Speaker #0Chaque semaine, je te guide pour introduire l'éducation financière simplement avec des bases concrètes qu'ils pourront utiliser toute leur vie. Aujourd'hui, on va parler de plaisir. On va parler du fait qu'à force de vouloir bien faire, de vouloir donner les bonnes bases à nos enfants, on se focalise beaucoup sur la partie épargner, investir, anticiper pour pouvoir éviter et éviter le gaspillage aussi. On finit, à force de faire ça, on finit par transmettre à nos enfants que faire un budget, c'est se restreindre systématiquement. Alors que ce que je voudrais, c'est que nos enfants grandissent en se disant que gérer, ce n'est pas forcément renoncer, c'est par contre choisir là où on décide de mettre notre énergie et là où on décide de dépenser notre argent. Et le piège, en fait, c'est de se rendre compte que quand on parle... argent à nos enfants, on utilise souvent un vocabulaire qui est plutôt proche de l'organisation de la restriction et de la négativité. Par exemple, on va beaucoup dire « tu ne peux pas tout dépenser, il faut épargner, il faut investir, il faut garder pour les imprévus » . Et en soi, tout ça c'est vrai, c'est totalement vrai. Si c'est le seul message qu'il entend, il va associer la gestion financière à une perte de liberté. Il Comme si le fait de gérer son argent, c'était renoncer au plaisir quotidien, à la spontanéité, à la liberté qu'il avait de pouvoir faire ce qu'il voulait quand il le voulait avec son argent. Alors qu'en réalité, gérer, c'est plutôt, c'est fait pour pouvoir avancer et profiter sereinement. Un budget qui est bien pensé, c'est un outil qui va lui permettre de poser ses actions en fonction des objectifs qui s'est fixés. Alors, le plaisir dans tout ça, ce n'est pas une option. Ce n'est pas quelque chose qu'on laisse sur le côté et qu'on voit si jamais il reste du budget, si jamais on y pense, eh bien, qu'on verra comment on gère la partie plaisir. Pour moi, c'est plutôt un carburant. Pourquoi ? Parce que le cerveau humain, et particulièrement celui des enfants, fonctionne avec des systèmes de récompense. C'est-à-dire que chaque fois qu'on vit une petite joie après un effort, notre cerveau va libérer de la dopamine, une molécule qui va nourrir notre motivation et qui va nous donner envie de recommencer. Sans ça, l'effort va devenir démotivant, ça va devenir difficile, lourd à supporter et du coup on va être tenté de décrocher. C'est comme quand tu débutes un rééquilibrage alimentaire pour pouvoir perdre du poids. Le fait de voir le résultat sur la balance, le poids qui descend progressivement, ça te donne envie de continuer tes efforts. Par contre si tu te rends compte que quels que soient les efforts que tu fais, il n'y a rien qui avance, il n'y a rien qui... t'emmène un minimum de satisfaction pour te donner envie de continuer, là spontanément tu auras envie d'arrêter. De retourner au même schéma qu'avant puisque dans les deux cas on a la même situation. C'est-à-dire que dans les deux cas ton poids reste le même. Si on ramène ça au plaisir des enfants, avant qu'il y ait cette gestion du budget, peut-être qu'il pouvait dépenser son argent comme il en avait envie. Et c'est exactement ce que Skinner nous dit à montrer dans sa théorie du renforcement positif. C'est-à-dire que quand un comportement est suivi d'une récompense, il a plus de chances de se répéter. A contrario, quand un comportement n'apporte jamais de satisfaction, il finit par disparaître. Autrement dit, un effort sans récompense n'est pas durable. Ça ne va pas tenir dans le temps. Prenons un cas hypothétique : imaginons que tu donnes à ton enfant 10€ par semaine. Tu lui dis : "Tu mets tout de côté pour ton projet et pas de dépenses-plaisirs." Résultat, il va tenir peut-être 2, 3, 4 semaines Mais il va finir par lâcher parce que son cerveau n'a eu aucune gratification. La frustration s'est accumulée, il va finir par craquer et dépenser tout d'un coup, ce qui va générer de la culpabilité et ce qui va faire qu'il va associer le fait de gérer son argent et de la punition à quelque chose qui le frustre plus qu'autre chose. Et Maria Montessori insistait beaucoup sur l'importance de nourrir la motivation intrinsèque de l'enfant. Un enfant ne persévère pas seulement parce qu'on lui dit que c'est bien, que ce qu'il et la bonne direction, il persévère parce qu'il ressent lui-même une forme de satisfaction, une joie intérieure dans l'acte qu'il est en train d'accomplir. Donc prévoir du plaisir dans son budget, c'est respecter ce besoin fondamental. Associer l'argent non seulement, non pas uniquement, à la contrainte, mais à une expérience de joie. C'est lui transmettre que l'effort peut être agréable, que la discipline peut lui emmener une satisfaction à moyen ou long terme, et même à court terme d'ailleurs. Et que gérer ce n'est pas juste s'éteindre, ce n'est pas oublier tout ce qui est plaisir et se focaliser sur ce qui est censé être fait. De la manière dont je le vois, un budget ce n'est pas un sprint, ce n'est pas quelque chose qu'on fait sur 15 jours, on se prouve qu'on est capable de tenir pendant ce moment-là. pendant ce laps de temps et après, on oublie. C'est plutôt un rythme de vie, quelque chose qui s'installe progressivement sur le long terme, un peu comme un marathon. Et du coup, sur ce marathon, il faudrait qu'il y ait des points de ravitaillement. Personne ne court par exemple 100 km sans boire une goutte d'eau ni reprendre des forces. Et pourtant, beaucoup de parents demandent inconsciemment à leurs enfants de gérer leur argent sans aucun ravitaillement plaisir. Du coup, l'enfant va s'épuiser, se démotiver et il va finir par tout lâcher. Il faudrait que tu vois les ravitaillements financiers comme soit des petits plaisirs hebdomadaires, par exemple des autocollants, un petit jeu, une sortie, une glace, peu importe, mais quelque chose qui soit prévu, quelque chose qui envoie le message que ton argent ne sert pas juste à survivre ou à payer ce qui doit être payé ou à planifier ton avenir. Il sert aussi à toi, ici et maintenant. pour te faire du bien. Il y a aussi l'option du petit bonus mensuel, une récompense supplémentaire à la fin du mois quand tout s'est bien passé. Quand, par exemple, au fur et à mesure des semaines, le budget plaisir qui avait été planifié n'a pas forcément été utilisé, ce qui se passe fréquemment quand on est sur des périodes scolaires, le budget plaisir n'a pas l'occasion d'être dépensé parce qu'il y a moins de temps de disponibilité pour aller dans les magasins ou aller flâner. Faire du shopping. Du coup, ce budget plaisir s'accumule. Ce qui fait qu'à la fin du mois, ça permet de faire une dépense plaisir qui est beaucoup plus grande que ce qui aurait été faisable sur un plan hebdomadaire. Ce qui fait qu'à la fin du mois, ça nous permet à nous deux parents de faire remarquer que certes, il n'y a pas eu autant de plaisir hebdomadaire qu'en période de vacances, mais que ça lui a permis de faire un achat qui est beaucoup plus grand, qui est plus réfléchi, plus conséquent parce qu'il avait plus de budget pour ça. Ça permet à l'enfant d'expérimenter la patience, ce qui rend à mon sens le plaisir beaucoup plus savoureux, mais ça donne aussi une dimension plus grande à ce qu'il est possible de faire. D'ailleurs, Maria Montessori parlait de l'importance des cycles dans l'apprentissage. L'enfant se concentre, puis il relâche. Il va travailler et après il va se reposer. Après, il va recommencer, il va répéter et il va se réjouir de ce qu'il a accompli. Sans ces alternances, sans ces coupures, l'élan va un peu se briser et l'enfant va se démotiver. Et c'est exactement pareil pour le budget. Si tu veux que ça dure, si tu veux qu'il tienne ce rythme, il faut qu'il y ait une partie effort-relâchement. Effort-relâchement. Et les relâchements, ce sont les petits plaisirs qui sont prévus. Ça ne casse pas la discipline, pas du tout. Ça permet de se régénérer, d'avoir de l'énergie pour pouvoir continuer sur le long terme. Et puis ça permet à l'enfant de comprendre que la gestion, ce n'est pas tout ou rien. Il y a vraiment des moments où certes on peut être à fond, des moments où on a besoin... de lâcher un peu la pression. Des moments où on a besoin de moins de vigilance et ça, ce n'est pas un problème parce qu'on a un système global qui nous l'autorise. Ça permet aussi à l'enfant d'avoir plus de patience, d'apprendre à attendre le moment plaisir, de découvrir aussi que la liberté est bien plus grande quand elle est organisée. Si tu as décidé que ton budget plaisir serait de 10 euros parce qu'il y a vraiment quelque chose qui te tient à cœur et que c'est ça que tu veux faire, Si jamais tu dois faire une pense-plaisir, c'est ça et rien d'autre. Tu t'organises pour que la puce se gagne. Ça te permet de garder ça, cet objectif en tête pour pouvoir prendre des décisions tout au long de la semaine ou tout au long du mois. Et du coup, de ne plus subir ce qui aurait pu être un craquage et de faire un achat compulsif qui n'a pas beaucoup d'importance pour toi. Ça permet aussi à l'enfant d'adopter une logique de marathon et non de sprint. Et à mon sens, les plaisirs doivent être réguliers. Plus la privation est longue, plus l'explosion sera garantie et sera forte. Pour moi, quand tu prévois une partie plaisir dans ton budget, tu expliques à ton enfant que l'argent ce n'est pas juste un outil pour survivre. C'est aussi une ressource qui te permet de te procurer de la joie, de partager et de faire preuve de spontanéité. Il suffit juste de l'utiliser avec sens et surtout de s'autoriser le droit de vivre avec. Parce qu'à travers l'argent, ton enfant n'apprend pas seulement à compter Il apprend à se situer dans le monde, il apprend à comprendre ce qu'il peut s'autoriser, il apprend à construire son rapport au désir, au plaisir et à la liberté. En d'autres mots, en intégrant le plaisir dans le budget, tu normalises le fait que l'argent sert à vivre et à profiter. Tu lui apprends que l'argent n'est pas un ennemi pour ses envies, pour ses désirs, pas du tout, mais c'est plutôt un levier qu'il faut juste organiser pour que tout ce dont il a envie de faire puisse finalement se réaliser. Parce que les désirs de ton enfant ne sont pas trop. Les envies qu'il a ne sont pas des dangers pour son budget. Il suffit juste de les accueillir, de les cadrer et de les assumer. Ça fabrique un adulte qui est capable de se faire plaisir sans excès, sans culpabilité et sans se mettre en danger financièrement. De manière pratico-pratique... Il faudrait que dans la partie épargne de ton enfant, il y ait donc une enveloppe plaisir, une enveloppe projet, une enveloppe sécurité et une enveloppe pour ses investissements. Et dans la partie plaisir, dans son enveloppe plaisir, il faut qu'il y ait quelques petites règles simples. C'est-à-dire que les plaisirs qu'il souhaite faire dedans n'ont pas besoin d'être argumentés. Il y a un budget qui est prévu pour ça. S'il veut se faire plaisir, eh bien qu'il le fasse. Laisse-le malgré la... L'envie que tu puisses avoir de lui dire d'utiliser seulement une partie au cas où il a d'autres envies dans la semaine, laisse-le expérimenter les différentes conséquences de ses décisions. Si jamais il utilise tout dès le départ, eh bien, il va le constater par lui-même que son budget est à zéro et que du coup, ça s'arrête là. À lui de voir si la semaine d'après, il décide de fractionner ou pas. Rappelle-toi que ce sont les expériences qu'il va vivre qui sont ancrées dans le réel, qui vont lui servir d'apprentissage plus que... que ce que tes mots pourraient lui apporter. Il faudrait aussi qu'il y ait une espèce de wall over, c'est-à-dire que ce qui n'a pas été dépensé sur la semaine puisse aller sur la semaine suivante. Ce qui permet en fait de cumuler le budget plaisir et de ne pas se dire « cette semaine, mon budget plaisir n'a pas été utilisé, il faut vraiment que je trouve de quoi l'utiliser maintenant » . Non. Dans la logique où on cumule le budget plaisir, ça permet de se dire « je n'ai pas d'obligation de tout dépenser » , Même si ce que je veux m'acheter ne coûte que 2 ou 5 euros, si mon budget plaisir est de 10, ça ne veut pas dire que j'ai perdu quelque chose. Ça veut simplement dire que je déplace ça et que ça me permet d'avoir une plus grande largesse de dépense la semaine suivante. Tu peux aussi mettre en place un délai de réflexion. C'est-à-dire que vous pouvez décider ensemble que si quelque chose a une certaine valeur, peut-être une valeur de 20 ou 30 euros, qu'il y ait un délai, peut-être 24 heures, avant d'acheter cette chose pour pouvoir être sûr que c'est vraiment ce qu'on veut. Si tu ne devais retenir qu'une seule chose de tout cet épisode, ce serait que si tu veux que ton enfant tienne son budget, enseigne lui dès maintenant que le plaisir fait partie du plan, que le plaisir doit être intégré dans son budget. Et même si parfois toi en tant que maman tu te dis que probablement il aurait pu faire autre chose de cet argent qu'il aurait pu le mettre à à bon escient dans ses investissements ou dans ses épargnes. Garde en tête que le plaisir, c'est son carburant. Ça lui permet de faire des pauses et de tenir sur la durée. Ça lui permet d'avoir un équilibre entre ce qu'il est en train de vivre maintenant et ce qu'il est en train de planifier à moyen et long terme. Ça permet aussi de prévenir des craquages, des crises où il aurait tellement envie de dépenser que ça devient plus fort que le système que vous avez mis en place. Et ça lui envoie un message qui est hyper fort C'est-à-dire que l'argent, ça sert à vivre. Pas seulement à être dépensé dans l'avenir, mais sur l'instant présent, en fonction de nos valeurs, on peut totalement dépenser dans ce qui nous fait plaisir, ce qui nous fait du bien. Le plaisir n'a pas besoin d'être opposé entre deux visions différentes. Soit il est spontané et du coup, on le dépense de manière immédiate, soit il est jugé comme une dépense qui est inutile et du coup, on ne le fait pas. Le plaisir, c'est comme n'importe quel autre poste de dépense, ça se prévoit. exactement comme tu prévois une enveloppe pour les imprévus ou pour la sécurité. On peut avoir une enveloppe qui soit dédiée aux évasions plaisir, aux invitations de dernière minute. L'important c'est juste de se rappeler que la catégorie plaisir a toute sa légitimité dans le budget. C'est déjà fini. Pense à t'abonner et à laisser un avis 5 étoiles. Si tu n'en vois pas l'intérêt, sache qu'en plus d'être informé de chaque nouvel épisode, tu contribues au succès de ce podcast. Plus il y aura de mamans impliquées comme toi dans l'éducation financière de leurs enfants, plus nous aurons des enfants capables de réfléchir, décider et agir avec l'argent de manière stratégique et intentionnelle. Alors je te dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode et en attendant, rejoins-moi sur Instagram sur la Montessori Financière.