Speaker #0Bienvenue dans la mentisserie financière, le podcast pour les parents qui savent qu'il n'y a pas besoin d'attendre 30 ans pour apprendre à gérer son argent. Ici, on accompagne nos enfants à avoir l'argent pour ce qu'il est, un outil à t'en prendre, à manipuler, à expérimenter, pour prendre des décisions financières adaptées à leur vie future. Chaque semaine, je te guide pour introduire l'éducation financière simplement avec des bases concrètes qu'ils pourront utiliser toute leur vie. Dans cet épisode, je vais partager un événement où on ressentit plutôt que je pense beaucoup de mamans ressentent. C'est le moment où tu as expliqué quelque chose à ton enfant, tu lui as expliqué un concept ou bien une manière de fonctionner qui serait plus adaptée. Une fois, juste par hasard en fait, quelques jours plus tard ou peut-être un mois après, ton enfant se retrouve dans une situation où ce serait bien qu'il mette en application ce que vous avez vu ensemble parce que vous en avez discuté et qu'il t'a semblé qu'il a compris. Et là, tu te rends compte que ça y est, c'est entré, il a réagi exactement de la manière qu'il était censé réagir ou alors il a eu cette analyse qu'il devait avoir. Et forcément, en tout cas, moi, ça m'a fait cet effet-là. Ça me fait bomber le torse. Je suis fière, mais comme un coq. Et il n'y a rien qui peut surpasser ça, ce sentiment de fierté pour mes enfants, une fois qu'elles font ce qu'elles sont censées faire, qu'elles ont l'analyse qu'elles sont censées avoir. Et du coup, pour moi, c'était vraiment un accomplissement, si je peux dire, quand elles réussissaient quelque chose sans se tromper, sans hésiter, sans galérer. Tu vois, c'est comme si ça me permettait de cocher une case en disant, ça y est, c'est bon, c'est fait. Elle maîtrise ça, on peut passer à la suite, on peut travailler sur autre chose. Tu vois, je me disais intérieurement, yes, elles ont compris. C'était aussi, enfin, je me sentais aussi validée. Comme si le réussite, immédiate ou pas d'ailleurs, était la preuve que j'avais bien fait mon job de maman. Mais en fait, ce n'est pas ça, comprendre. Même si sur un instant, je bombe le torse et je suis fière d'elle, je sais que ce n'est pas comme ça que c'est censé se dérouler. Parce que comprendre, ce n'est pas forcément réussir du premier coup. Comprendre, c'est vraiment avoir l'opportunité de se tromper, vivre les conséquences de cette erreur, en ressentir ce que ça fait dans ton corps, dans ton quotidien, dans ton mindset. Et après, se dire la fois suivante, ah oui, la dernière fois j'ai fait comme ça et voilà ce que ça a donné. Cette fois-ci, je vais essayer autrement. Pour moi, ça c'est comprendre. Et c'est particulièrement vrai avec l'argent. Parce que l'argent, ce n'est pas un concept abstrait qu'on peut juste expliquer. C'est quelque chose qui se vit, qui se ressent, qui se teste. Donc aujourd'hui, avec l'argent, je ne veux pas que mes enfants fassent parfaitement ce qu'ils sont censés faire. Je ne veux pas qu'ils appliquent aveuglément ce que je leur dis en fait. Je veux des enfants qui se plantent, qui se plantent encore et encore avec leur argent, avec leurs épargnes, avec leur choix de dépenses. Parce que c'est dans ces erreurs-là. que se construit leur vraie analyse financière. Celle qui vient d'elle-même, celle qui vient des expériences qu'elles auront vécues. Et si toi, en tant que maman, ça ne te crispe rien qu'à l'idée de l'entendre, si tu te dis, mais attends, je ne vais quand même pas les laisser faire cette erreur, dépenser n'importe comment, c'est normal. C'est normal, vraiment, c'est même sain de ressentir ça. On va en parler, on va décortiquer ensemble pourquoi en fait cette peur existe, d'où elle vient et surtout, comment la transformer en force pour l'éducation financière de tes enfants. Bon, soyons clairs, la vérité c'est que ce n'est pas l'enfant qui a peur de se tromper avec l'argent. En général, nos enfants sont assez braves, ils sont courageux, ils prennent plus souvent beaucoup de risques avec leur argent parce qu'ils n'y accordent pas la valeur, la valeur émotionnelle, la valeur dramatique que nous on y accorde. C'est nous, les adultes, qui avons cette appréhension. Et si on regarde bien, vraiment bien, ce n'est pas un hasard, si en fait c'était la notion d'erreur pour nous, c'est quelque chose qu'on essaie d'éviter Absolument. On a grandi dans un système scolaire où la valeur d'un élève était souvent, pour ne pas dire presque toujours, réduite à ses notes. Donc, chaque exercice était noté, chaque contrôle venait classer les élèves entre bons, moyens ou mauvais. Et dans ce système-là, l'erreur n'était pas vue comme une étape normale d'apprentissage, pas du tout. L'erreur était une faute, quelque chose qu'il fallait éviter à tout prix. Tu te souviens de cette sensation quand on te rendait une copie et que tu voyais... Un gros trait rouge pour barrer ta réponse. Tu vois, ce n'était pas juste, oh, tu t'es trompé sur cette question, tu pourras faire mieux la prochaine fois. Non, non. C'était presque comme si on te disait avec ce trait, mais tu n'as pas compris. Tu n'as pas assez travaillé. Tu n'as pas été assez bonne. Donc, du coup, l'erreur n'était pas reliée à l'action. Elle était reliée à notre identité. On n'était pas une personne qui avait fait une erreur. On devenait une mauvaise élève ou un enfant paresseux ou un enfant qui n'écoute pas. pas, un enfant qui n'a pas compris. Et ça, ça laisse des traces. En tout cas, chez moi, ça laisse des traces. Et c'est exactement ce qui s'est glissé aussi dans notre rapport à l'argent. Parce que quand ton identité est jugée à travers tes erreurs, tu développes une espèce de peur énorme de te lancer, d'oser, de tenter. Et ça se refait particulièrement quand il s'agit de prendre des initiatives pour faire des investissements. Tu te dis, ne vaut rien faire que de risquer d'être jugé comme incapable. Au pire, de perdre ce que j'ai. Et cette peur ne disparaît pas magiquement à l'âge adulte. Elle s'installe dans ton rapport à l'argent. Donc beaucoup d'adultes hésitent à investir leur argent, à lancer un projet, à négocier leur salaire ou à changer de carrière pour gagner plus. Ou même à prendre des risques financiers qui soient calculés. Mais tout ça, ça se fait inconsciemment. Ils ont associé le fait de se tromper avec l'argent à une mise en accusation. Si je me plante financièrement, c'est que je suis nulle, je suis irresponsable, je suis incapable de gérer mon argent et incapable de gérer ma vie. Ce que tu vois est le problème. On a tellement peur de l'erreur qu'on préfère ne rien tenter. Donc, on va rester dans un job qui ne nous paie pas suffisamment, en tout cas pas à la hauteur de ce qu'on voudrait. On n'ose pas investir, on n'ose pas demander une augmentation. On reste coincé dans une situation financière qui est inconfortable par peur de faire... pire, de se retrouver dans une situation qui soit pire que celle-là. Et sans nous en rendre compte, on reproduit ce schéma avec nos enfants, avec leur argent. Donc, quand un enfant reçoit son argent, qu'est-ce qui se passe ? On lui dit, fais attention, ne dépense pas tout d'un coup, économise pour plus tard, réfléchis bien avant d'acheter et c'est normal, on veut les protéger, on veut leur inculquer des principes de base sur le fait qu'il y une répartition à faire quand tu reçois ton argent. Tout n'est pas censé aller seulement dans une catégorie de dépenses. Mais dès qu'il fait un choix qui nous semble mauvais, qu'est-ce qu'on fait ? On intervient, on corrige. Ou alors, s'il a eu le temps de faire de l'erreur avant qu'on ne s'en rende compte, on va lui dire, je te l'avais dit. Ou bien, tu vois, tu vois ce qui s'est passé si tu m'avais écouté. Et là, sans le vouloir, on envoie le message qu'on a reçu. Se tromper, notamment avec l'argent, c'est être mauvais. Et du coup, là, dans le cadre de l'éducation financière, c'est être mauvais avec l'argent. Alors, il y a Carol Dweck, une psychologue à Stanford, qui a passé des années à étudier ça. Elle parle de deux mentalités. L'état d'esprit fixe. Donc, quand on est dans ce mode, les enfants croient que leurs capacités, notamment liées à l'argent, sont figées. Du coup, ils seraient soit bons, soit nuls avec l'argent. Et point final, il n'y a pas d'entre-deux, il n'y a pas de zone grise. Et pour préserver cette image d'eux-mêmes, ils vont fuir toute erreur financière. Ils évitent de prendre des décisions, ils n'osent pas expérimenter avec leur argent. Tandis qu'à l'inverse, il y a l'état d'esprit de développement. Là, l'enfant comprend que ses compétences financières peuvent évoluer. Ce n'est pas parce que là, tu as ce niveau A que tu ne peux pas arriver au niveau D ou F plus tard. Il voit l'erreur avec l'argent comme une espèce de signal, une information, tout simplement, une étape normale du progrès. Par exemple, un enfant qui dépense tout son argent le premier jour pour des choses... tels que des bonbons ou des jouets ou des choses comme ça. Dans la mentalité fixe, il va se dire, je suis nulle avec l'argent, je ne sais pas gérer. Dans la mentalité de développement, il se dira, ok, j'ai dépensé trop vite, la prochaine fois, je vais essayer de garder une petite partie pour plus tard. Est-ce que tu vois la différence ? Et ce n'est pas seulement une idée théorique, parce qu'il y a d'autres sciences cognitives qui parlent de ce qu'on appelle l'effet de testing. En gros, on apprend mieux avec l'argent quand on est confronté à des effets Et des erreurs répétées. Des erreurs répétées. Donc plutôt qu'en écoutant une explication parfaite sur comment bien gérer son argent, ce que nous, parents, on est tenté de faire quand on veut éduquer notre enfant financièrement, le cerveau consolide l'information beaucoup plus profondément quand il a dû corriger une erreur financière qui avait déjà été vécue. Parce que l'expérience a activé l'émotion, la mémoire et l'analyse critique. En clair, l'erreur avec l'argent, c'est un catalyseur d'apprentissage. Elle oblige l'enfant à réfléchir, à comparer, à chercher d'autres stratégies. Elle ne fragilise pas du tout l'enfant. Au contraire, l'erreur va le renforcer. Mais pour que ça fonctionne, il y a une condition. Que nos parents arrêtent de voir l'erreur financière comme une menace. Et ça, c'est peut-être le plus grand défi pour nous. En tout cas, pour moi. Parce que parfois, ce n'est pas le rapport à l'argent qu'il faut changer, c'est le nôtre. notre peur de les voir se tromper avec leur argent, notre réconfort à les regarder gaspiller, notre envie de les corriger avant même qu'ils aient expérimenté. Et c'est là que l'éducation financière devient un terrain magnifique parce qu'elle nous oblige à lâcher prise. Elle nous demande de leur laisser la place d'expérimenter avec leur argent, de se tromper, de recommencer pour que leur rapport à l'argent se construise non pas dans la peur, mais dans la confiance et dans la compétence. Prenons l'exemple de situation réelle que tu vis peut-être avec ton enfant. Chaque fois que ton enfant se trompe avec son argent, en tout cas en fonction de tes valeurs. Prenons plusieurs types de situations. Situation 1, ton enfant dépense tout son argent en quelques jours dans des jouets ou des choses qui sont futiles. Deuxième situation, il oublie complètement son projet, ce qui lui tenait réellement à cœur et pour lequel il était en train d'économiser. Il l'oublie carrément et il dépense tout son argent d'un seul coup. Situation 3. Il se retrouve sans rien dès le milieu de la semaine, puis si tu lui donnes de l'argent sur la semaine, et il vient te demander « Maman, tu peux me donner de l'argent, s'il te plaît ? » Tu peux m'acheter ça. Et dans ces moments-là, qu'est-ce que tu ressens ? De la frustration ? De l'agacement ? L'envie de lui dire, ben, je t'avais dit, si tu avais bien géré, tu n'en serais pas là ? C'est normal. Mais, tout ça là, toutes ces situations qu'il a vécues, ce ne sont pas des échecs. Ce sont des données. Ce sont des morceaux de vécu. Des morceaux des expériences qu'une fois qu'on aura condensées, vont venir enrichir son intelligence financière. Je sais que c'est difficile à appréhender là. Quand tout ce que tu vois, c'est qu'à chaque fois que tu lui donnes de l'argent, il va y dépenser tout d'un seul coup sans analyse derrière. Mais c'est bien ce qu'on fait. C'est enrichir son intelligence financière. Parce que l'erreur avec l'argent, c'est exactement ça. C'est une espèce de feedback naturel. Quand un enfant dépense tout d'un coup, qu'est-ce qui se passe ? Eh bien, il sera forcé de vivre les conséquences. Il va ressentir la frustration du manque. Par exemple, peut-être qu'au bout milieu de la semaine, le mercredi, il voit ses copains acheter quelque chose à la sortie de l'école. et lui, il ne peut pas. Puisqu'on a son argent déjà parti. Ou alors, il voit son projet, celui qui lui tenait réellement à cœur, s'éloigner un peu plus. Le jeu vidéo, le sac ou l'achat qu'il voulait réellement faire, il réalise qu'il n'avance pas dans ce projet-là, simplement parce qu'à chaque fois, il utilise la totalité de son argent d'un seul coup. Et pour des choses qui, sur l'instant, sont importantes à ses yeux, mais qui, sur le long terme, avec un peu de patience, ne sont pas aussi importantes que son projet de cœur. et que du coup, ça va prendre beaucoup plus de temps que prévu pour arriver à son objectif. Ce qui peut aussi se produire, c'est qu'il peut se comparer aux autres. Si, par exemple, sa soeur, elle, a encore de l'argent et qu'elle peut acheter ce qu'elle veut et lui, non, par exemple. Donc, l'erreur devient vraiment un endroit où l'enfant peut analyser concrètement. L'erreur va lui montrer ce que signifie le couranté. Donc, le plaisir immédiat d'acheter, c'est sympa, mais il y a une conséquence derrière. Il y a aussi le coup de l'imprévision, c'est-à-dire ne rien avoir de côté. Ça va aussi lui demander d'expérimenter la frustration, mais aussi l'envie de faire autrement la prochaine fois. Il y a le pédagogue John Dewey qui disait quelque chose d'intéressant. Il disait qu'on n'apprend pas de l'expérience, mais on apprend en réfléchissant sur l'expérience. Et l'erreur financière est ce déclencheur. Elle pousse l'enfant à se demander, ok, qu'est-ce que je peux faire autrement la prochaine fois avec mon argent ? pour ne pas ressentir ça, pour ne pas me retrouver dans cette situation. Et ce vécu, même si c'est vécu avec une somme qui est minime, 5, 10 ou 20 euros, c'est vraiment précieux. Parce qu'un jour, ton enfant sera adulte. Et il sera confronté aux mêmes situations, mais avec des enjeux qui sont bien plus grands. Le crédit à la consommation, par exemple, je veux cette voiture maintenant, mais je paierai plus tard. Les achats compulsifs, j'ai une nouvelle journée, j'ai vraiment envie de me faire plaisir. et je vais faire cet achat. L'absence d'épargne, je dépense tous mes allers-en chaque mois et je n'ai rien de côté. Les arnaques, cette opportunité d'investissement me semble vraiment trop belle pour être vraie, mais je vais quand même tenter. Et à ce moment-là, s'il a vécu ces erreurs-là en petit, quand il était enfant, il pourra se dire, j'ai déjà vécu ça, je sais où ça mène et je sais aussi comment m'en sortir. Tout ça, ça nécessite donc... qu'il a expérimenté ça, non pas une fois quand il avait 10 ans, et puis tu espères qu'à l'âge de 25 ans, avec son premier salaire, qu'il s'en souvienne. Non, il faut vraiment que ce soit quelque chose qui arrive tellement souvent, qu'il ne puisse plus l'oublier, qu'il ne puisse pas oublier l'analyse qu'il a eue, et les réflexions qu'il s'est dit, les pistes pour ne pas reproduire cette erreur-là. En d'autres termes, l'erreur de maintenant, donc avec ses 10 ou ses 20 roues, c'est une espèce de simulation en miniature de la vraie vie financière d'adulte. Voie-le comme une zone d'entraînement, mais totalement sécurisée, où les conséquences sont limitées. Imagine, ton enfant de 10 ans dépense tout son argent le premier jour, il est frustré toute la semaine. Conséquence, à 10 ans, il ne peut pas acheter un paquet de cartes Pokémon, et la leçon qu'il aura apprise, c'est que dépenser tout d'un coup engendre de la frustration, du regret peut-être, mais a une conséquence plus longue, c'est-à-dire qu'il se retrouve dans une situation financière où il ne peut plus faire ce qu'il a envie de faire. Maintenant imagine qui n'ait jamais vécu ça. Il devient adulte, il reçoit son premier salaire et il dépense tout le premier week-end. Conséquence, à 25 ans, il ne peut pas payer son loyer, il doit emprunter, il s'endette. Est-ce que tu vois la différence ? L'erreur avec ces 10 euros, même si tu peux te dire que c'est minime et que ça n'a pas d'impact, ça en a un parce qu'une fois accumulé, ça s'intègre dans sa mémoire, ça s'intègre dans sa capacité d'analyse financière et du coup, ça lui crée une espèce de terreau pour pouvoir réfléchir plus tard quand il sera plus grand. Maintenant, je veux revenir sur quelque chose d'important, sur notre histoire avec l'argent. Parce que pour comprendre pourquoi on a si peur de laisser nos enfants se tromper avec l'argent, il faut comprendre ce que nous, on a vécu. En réalité, ce n'est pas tant qu'on n'avait pas le droit de se tromper avec l'argent, parce qu'une erreur financière, tu l'as fait, tu ne demandes pas la permission à qui que ce soit, tu es dans la situation, tu le fais, et après tu analyses. Ce qui pose des problèmes, c'est la manière dont l'erreur financière était perçue. On a grandi dans des environnements où l'erreur avec l'argent n'était pas vécue comme une étape normale d'apprentissage. Mais c'était plutôt une espèce de faute morale. Tu dépensais tout ton argent trop vite. Qu'est-ce qu'on te disait ? Tu es irresponsable. Tu ne sais pas gérer ton argent. Tu es dépensière. Tu n'as aucune notion de la valeur de l'argent. Alors que faire une erreur avec l'argent, ce n'était pas juste se tromper. C'était ne pas avoir assez réfléchi. C'était être trop impulsif. C'était ne pas avoir de volonté, c'était être mauvais avec l'argent. Autrement dit, l'erreur financière n'était pas reliée à l'action, mais encore une fois, c'était relié à l'identité. Tu te souviens de ce que je te disais au début sur la manière dont on voyait les choses quand on faisait des erreurs à l'école ? Là non plus, ce n'était pas lié à l'action, c'était lié à notre identité. On n'avait pas juste fait une erreur, on devenait une mauvaise élève, on devenait quelqu'un qui ne réfléchissait pas suffisamment, n'étaient pas suffisamment sérieux dans ces... dans ses révisions, dans ses devoirs. Si on en revient à ton rapport à l'erreur avec l'argent, On n'était pas juste une personne qui avait fait une mauvaise décision financière. On devenait quelqu'un de mauvais avec l'argent. Et ça, ça laisse des traces dans notre rapport à l'argent. Quand ton identité est jugée à travers tes erreurs financières, tu développes une peur énorme. Tu te dis, mieux vaut ne rien faire avec mon argent que de risquer de me tromper et de prouver que je suis nulle. Et c'est exactement ce qui se passe aujourd'hui pour beaucoup d'adultes. On hésite à investir notre argent parce qu'on a peur de mal choisir. On n'ose pas négocier notre salaire parce qu'on a peur de demander trop. On reste dans un job qui ne nous plaît pas, par peur de ne pas réussir ailleurs. Ou on ne lance pas ce projet qui nous tient vraiment à cœur quand on a peur de perdre de l'argent. Ou alors on accumule de l'argent sur notre compte courant, qui ne rapporte rien, simplement parce qu'on a peur, encore une fois, de se tromper d'investissement. Nous devons briser ça. briser ce cycle qu'on est en train de transmettre à nos enfants en leur donnant la possibilité de se tromper avec leur argent sans les juger. On change la signification même de l'erreur financière. On leur montre que se tromper avec l'argent, ce n'est pas être mauvais. C'est juste une étape, c'est une donnée, c'est quelque chose que tu as fait à un moment T mais qui ne te définit pas. C'est limite une information à analyser pour pouvoir faire mieux la prochaine fois. Si ton enfant dépense tout le premier jour, ne lui dis pas qu'il est irresponsable. Dès lui, tu as fait un choix. Maintenant, on va voir ensemble ce que ce choix a produit comme conséquence. Et en faisant ça, ça contribue à briser ce cycle. On leur évite de grandir avec ce poids que nous avons porté. La peur constante que chaque erreur financière dise quelque chose de négatif sur qui nous sommes. Et quelque part, je pense qu'en faisant ça, nous-mêmes, on se libère de tout ça. Parce qu'à travers eux, on apprend à revoir l'erreur financière non plus comme un jugement, mais juste comme un tremplin vers une meilleure analyse. Alors attention, il y a quand même un point important à préciser. On n'est pas là pour dire à nos enfants, vas-y, fais des erreurs exprès avec ton argent. Bien sûr que non. Notre rôle de parents, c'est d'abord de montrer le chemin, d'expliquer ce qui serait le plus juste, le plus logique, le plus prudent avec l'argent. On leur donne la carte, on leur montre la route. Par exemple... Regarde, si tu dépenses tout ton argent aujourd'hui, tu n'auras plus rien pour le reste de la semaine. Tu pourrais peut-être garder une partie de côté. Tout simplement, on lui donne l'information, on lui montre les options. Mais un enfant n'est pas un simple exécutant qui doit suivre aveuglément juste parce que maman ou papa lui a dit. C'est une personne en construction, mais ça reste une personne qui doit apprendre à décider par lui-même. et c'est dans cette liberté de choix que les erreurs peuvent survenir. Forcément, si tu lui donnes la liberté de prendre une décision seule, tu dois accepter à un moment qu'il prenne la mauvaise décision et qu'il y ait des conséquences. Et tout ça, si cette conséquence, c'est une erreur, c'est juste parfait. Parce que même si toi, tu vois ça comme une erreur par rapport à ce qui était prévu, l'issue n'est pas toujours négative. Parce que ce qu'on pense être une erreur est en réalité... Une découverte. Je prends souvent l'exemple de la tarte tatin qui, à la base, est une erreur. C'est parce que quelqu'un l'a fait tomber. Je prends souvent cet exemple, mais d'ailleurs, je ne sais pas si c'est totalement vrai. Il faudrait que je fasse des recherches. En tout cas, si quelqu'un n'avait pas fait l'erreur de la renverser, peut-être qu'on n'aurait jamais découvert la tarte tatin. Et pourtant, de cette maladresse est née une super recette qui est devenue classique. Ça veut dire quoi ? Que toutes les erreurs ne mènent pas forcément à une catastrophe. Si la taine ouvre des portes, qu'on n'avait même pas envisagé. Certaines apportent des résultats qui sont inattendus, parfois bien meilleurs que ceux qu'on avait planifiés. C'est pareil avec l'argent. Ton enfant peut faire un choix qui te semble irrationnel. Par exemple, s'il dépense 5 euros pour acheter un jouet qui, à tes yeux, n'a aucune valeur, ne vaudrait même pas 50 centimes, tu te dis qu'il aurait pu économiser ces 5 euros pour son projet. Mais peut-être que ce jouet va lui permettre de jouer avec ses copains et créer du lien, découvrir qu'en fait, ce jouet ne l'intéresse pas tant que ça. et du coup ne pas acheter à nouveau des jouets de ce type, réaliser par lui-même que cet achat n'en valait pas la peine ou ne valait pas les 5 euros qui ont été investis dedans, ou alors il pourrait apprendre à évaluer la valeur réelle d'un objet avant d'acheter. Donc l'erreur, ce n'est pas forcément un mur, ce n'est pas forcément quelque chose qui va nous ralentir ou qui va nous empêcher d'avancer. Au contraire, ça peut ouvrir un nouveau chemin et ouvrir... D'autres pistes d'analyse financière. Il y a un exemple particulier qui me vient en tête. Dans un épisode précédent, je te parlais d'une trousse de maquillage que ma fille voulait acheter à tout prix après avoir vu ce panneau publicitaire gigantesque et que j'avais dû lui expliquer ce qu'était le marketing, que ça jouait sur nos émotions et que si elle analysait bien les choses, elle n'avait pas forcément... Avant de voir cette affiche, elle ne ressentait pas le besoin d'avoir cette trousse de maquillage et que du coup, tout ce marketing avait bien fonctionné sur elle parce qu'il avait créé un besoin, une envie qu'elle n'avait pas au départ. Et à ce moment-là, quand elle m'a répondu oui maman et qu'on a continué la conversation sur ce sujet, je me suis dit qu'elle a compris. Et il m'empêche, ça c'était il y a peut-être 2-3 mois de ça, il m'empêche que la semaine dernière, quand nous sommes allées chez Claire, oh ! Mon dieu, je crois qu'à chaque fois que je mentionne ce nom de magasin, tout ce qui me vient en tête, c'est que les prix sont exagérément hauts par rapport à la valeur réelle de ce qu'il y a dedans. Bref, je m'égare. Donc, nous étions chez Claire's. Elle venait de s'acheter quelque chose dans un autre magasin à côté, mais il se trouve que sa soeur voulait s'acheter quelque chose chez Claire's. Donc, on y va. Et elle, il y a la vendeuse qui vient lui parler, donc ma fille de 10 ans. qui vient lui parler et qui lui dit, mais ce serait trop cool d'avoir des colliers, des bracelets pour ta sœur et toi. Bon, cet argument n'a pas fonctionné. Du coup, elle a enchaîné sur l'argument d'avoir des colliers d'amitié pour tes meilleurs amis, en demandant comment elle s'appelle, quelle couleur elle préfère, qu'est-ce que tu pourrais leur offrir. Et tout le temps où la scène est en train de se dérouler sous mes yeux, j'avais juste envie de lui hurler, mais ne fais pas ça, tu n'es pas obligé, ce n'est pas parce qu'elle te le propose que tu dois dire oui. Tu réfléchis, tu n'en avais pas envie. Ce qu'elle est en train de te faire, c'est une technique de vente. Donc, j'observe avec ça, j'imagine le petit jab sur mon épaule qui me dit non, n'interviens pas. Et l'autre qui me dit, vas-y, dis-lui, sauve-la, sauve-la de tout ça. Finalement, je l'ai laissé prendre sa propre décision et elle a pris la décision d'acheter. Une fois qu'on sort du magasin, je crois qu'elle fait juste un pas pour sortir du magasin. et elle me dit, mais je crois que la vendeuse a... Elle a mis cette idée d'acheter et je n'en avais pas vraiment envie. Tu te rends compte ? Elle m'a presque forcée à acheter quelque chose dont je n'avais pas besoin. Je lui ai dit, elle ne t'a pas forcée parce que c'était ta décision de l'acheter. Mais il est vrai que, oh oui, la vendeuse a fait son travail qui est de te pousser à l'achat. Elle a continué son analyse toute seule en me disant, mais en plus, elle ne m'a même pas orientée vers les colliers qui étaient en promotion. Et puis elle a fait exprès de me demander c'était pour quelle copine pour que je puisse m'imaginer en train de leur donner le collier. Et toute cette analyse a continué. On est sorti de la galeria pour arriver jusqu'à la maison et elle a continué à analyser le truc. Et en fait, si j'étais intervenue, cette analyse, elle ne l'aurait pas eue. Peut-être qu'elle m'aurait dit ah oui c'est vrai, mais elle ne l'aurait pas ressenti avec cette même indignation. Parce qu'en fait, elle n'aurait pas dépensé son argent. Ça n'aurait pas eu le même impact. Bop ! Ça, c'est typiquement un exemple d'erreur que tu peux être tenté de vouloir arrêter parce que tu vois le truc arriver, que tu vois la manipulation, tu vois que ça n'a aucun intérêt ce qu'elle est en train de faire, mais il faudra laisser ton enfant faire son erreur. Dans tous les cas, elle a enrichi son expérience. Et toi, en tant que parent, ton rôle avec l'argent, ce n'est pas de balayer tout ce qui pourrait en fait te sembler absurde, dangereux. Alors pas dangereux, ce n'est pas le bon terme, mais en tout cas qui mettrait en péril son budget. Ton rôle, c'est de lui montrer le chemin au départ et puis être présente après pour analyser ensemble ce que ton enfant a découvert. Et si jamais tu te retrouves dans cette situation, alors c'est vrai qu'avec ma fille, l'indignation était tellement forte que l'analyse a commencé un mètre après être sortie de chez Claire et ça a continué. mais si jamais cette analyse, cette indignation ne vient pas. Ne cherche pas à la créer, mais par contre, lance quelques petites questions. Alors, tu as acheté ça ce matin, comment tu te sens maintenant ? Ou qu'est-ce que tu vas faire différemment la prochaine fois ? Quelle que soit sa réponse, qu'est-ce que tu ferais différemment la prochaine fois ? Ne cherche pas à pousser ton enfant à... voir que c'est une erreur. Au bout d'un certain moment, il s'en rendra compte. À force de faire face aux conséquences de ses choix, il est certain qu'il se rendra compte à un moment que c'est une erreur. Donne juste le temps au temps. Alors retiens bien ça. Ce n'est pas l'erreur qui va abîmer l'éducation financière de ton enfant. Ce qui aura un impact, c'est de lui faire croire que se tromper avec l'argent veut dire qu'il est nul, qu'il est irresponsable ou qu'il est mauvais avec l'argent. Ton rôle, ce n'est pas de lui éviter. tous les faux pas financiers. C'est de rester présente quand ils arrivent pour pouvoir les analyser. Ton rôle, c'est vraiment de transformer cette erreur avec l'argent en une occasion de réfléchir, de comprendre, de choisir autrement pour la prochaine fois. Parce que le jour où ton enfant pourra te dire « Maman, je me suis souvenue de ce que j'avais vécu la dernière fois avec mon argent et j'ai choisi de faire comme ça, cette fois-ci. » Ce jour-là, tu sauras que tu n'as pas élevé un enfant qui fait tout bien. Tu as élevé un futur adulte. qui sait se relever après une erreur financière, qui sait analyser ses choix avec l'argent et qui sait avancer avec confiance. Et ça, crois-moi, c'est la plus belle des réussites. Pour moi, à ce moment-là, tu peux bomber le torse et te pavaner comme un coq parce que oui, ton enfant est capable d'analyser et de réfléchir par lui-même. Parce qu'un adulte qui n'a pas peur de se tromper parce qu'il aura vécu toutes ses expériences avec l'argent en étant plus jeune, mais c'est un adulte qui ose. Un investisseur qui ose entreprendre, qui ose négocier, qui ose prendre des risques qui sont calculés et qui construit sa liberté financière. Alors oui, ça va te demander de la patience. Oui, ça va te demander de résister à l'envie d'intervenir. Oui, ça va te demander de le regarder quelquefois gaspiller son argent. mais rappelle-toi que chaque erreur, c'est une leçon qui lui évitera de répéter ça avec son salaire. Et quelque part, en lui donnant le droit de se tromper avec l'argent, Tu lui donnes le plus beau des cadeaux, la liberté de construire son propre rapport à l'argent. Pas le tien, pas celui qu'on lui a imposé, juste le sien. Voilà, j'espère que cet épisode t'a plu. S'il te plaît, abonne-toi. Laisse un commentaire pour me dire ce que tu en as pensé. Viens me voir sur Instagram pour qu'on puisse en discuter. J'aime vraiment échanger sur le sujet, donc n'hésite surtout pas. Et pourquoi pas, partage ça aux autres personnes qui ont un rapport avec l'éducation financière de ton enfant. ou d'autres mamans qui d'ailleurs devraient entendre ce message. À bientôt ! C'est déjà fini. Pense à t'abonner et à laisser un avis 5 étoiles. Si tu n'en vois pas l'intérêt, sache qu'en plus d'être informé de chaque nouvel épisode, tu contribues au succès de ce podcast. Plus il y aura de mamans impliquées comme toi dans l'éducation financière de leurs enfants, plus nous aurons des enfants capables de réfléchir, décider et agir avec l'argent de manière stratégique et intentionnelle. Alors, je te dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Et en attendant, rejoins-moi sur Instagram sur la Montessori financière.