- Speaker #0
Froville, prieuré clunisien de Lorraine. On arrive au village de Froville, les moutons nous accueillent près du petit pont en pierre qui traverse le rond. On admire un château élevé à la fin du XVe et puis à quelques pas se trouve le prieuré clunisien fondé à la fin du XIe siècle. Une église à la nef romane dotée d'une acoustique remarquable et un cloître du XVe, aujourd'hui propriété privée. Le prieuré de Frouville a donc contribué à l'histoire de la grande congrégation bourguignonne de Cluny et a occupé une place d'importance dans le réseau des huit établissements clunisiens de Lorraine au Moyen-Âge. Au XXe siècle, les États-Unis entrent dans l'histoire de Froville et trois des belles fenêtres à triple ogive de son cloître sont remontées au musée Cloisters de New York. Que font-elles outre-Atlantique ? Où sont les autres fenêtres qui ne sont plus à Froville ? Mystère. Aujourd'hui, l'Association des Amis du Patrimoine Culturel de Froville est engagée dans sa défense et fait du site un lieu artistique vivant et ouvert à tous. Nous remontons le temps. Presque un millénaire, nous sommes à la fin du XIe siècle et nous entrons dans le prieuré.
- Speaker #1
La fondation du prieuré de Froville nous est connue par une charte du 14 juin 1091 qui émane de l'évêque de Toul de l'époque Pibon,
- Speaker #0
Catherine Guyon, professeure et chercheure en histoire du Moyen-Âge à l'université Lorraine.
- Speaker #1
Et qui fait état d'une donation faite par un seigneur dénommé Odouin, visiblement un comte de rang assez élevé, et qui donne à l'abbaye. de Cluny, la grande abbaye de Cluny, de Bourgogne, des terres qu'il possède en pleine propriété à froville, ainsi que le droit de pêche et puis quelques terrains dans deux localités de Lorraine.
- Speaker #0
Luc Tripotin, agent du patrimoine de l'association des Amis de Froville.
- Speaker #2
L'acte mentionne des donations en terres et en biens. Autant de terres que deux charrues pouvaient cultiver chaque année, de ce qu'il possédait à Gondrexon et à Domevres-sur-Vezouz.
- Speaker #1
Et puis Pibon fait aussi Une donation de son côté en offrant à ce nouveau prioret tout un ensemble d'ornements liturgiques.
- Speaker #2
Trois croix, l'une en or enrichie de pierrerie, deux reliquaires d'argent, deux livres des évangiles, trois calices, deux chasubles.
- Speaker #1
Il donne aussi sa part pour cette nouvelle installation.
- Speaker #0
La fondation du prioret par Oudouin est classique au Moyen-Âge. Une donation par un grand noble en échange d'une contrepartie spirituelle. Dans ce lieu, les moines devront prier pour son salut. Mais le contexte de cette fondation est particulièrement riche. La réforme grégorienne, qui vise à transformer l'église et à purifier les mœurs du clergé, est en cours. L'évêque Pibon est un évêque majeur. Il est présent au concile de Clermont en 1095, concile au cours duquel le pape Urbain II appelle à la première croisade. Il connaît Hugues de Semur, grand abbé de Cluny, dans une période qui constitue l'apogée de la congrégation monastique. En Lorraine, il est à l'origine de la fondation de trois autres établissements clunisiens.
- Speaker #1
Proville prend place dans cette vaste coincaçon de Cluny. C'est quand même 2000 établissements à l'échelle de l'Occident tout entier, de la Castille à la Pologne, de l'Angleterre au sud de l'Italie. C'est quand même vraiment très impressionnant. Alors Froville, au sein de... de cette congrégation de Cluny, est un petit prieuré, d'autres. Il y a en général deux moines et un prieur. Parfois, on peut avoir au maximum cinq moines, mais c'est vraiment là des situations exceptionnelles. Donc vraiment un petit établissement, mais comme il y en a beaucoup dans la congrégation de Cluny.
- Speaker #0
Visite guidée du Prieuré
- Speaker #1
À Frouville, effectivement, on a des éléments de deux périodes. On a des éléments XIe et d'autres éléments du XVe siècle. Une magnifique, certainement l'une des plus belles néphres romanes de Lorraine, de la fin... du XIe siècle, avec Roi Nef, une alternance de colonnes et de piliers. Il y a aussi un clocher du XIe siècle, une belle tour massive, d'à peu près 7 mètres sur 6 mètres. pour donner un peu d'idée des proportions.
- Speaker #2
On a des murs qui sont très épais, qui font quasiment un mètre de large.
- Speaker #1
Avec au sommet deux baies géminées. Et ce qui est très curieux dans ce clocher, c'est que l'église s'articule autour de lui, comme si la tour préexistait à la fondation du prieuré. Est-ce qu'il s'agirait d'une tour défensive ou d'un donjon ? Il y a aussi de beaux témoignages du XVe siècle, notamment un nouveau chœur. Ce chœur repose sur de très belles croisées de gifles. Et puis surtout, bien sûr, le clou de Froville, c'était à l'origine d'un cloître. Un cloître magnifique du XVe siècle, malheureusement, qui a été mutilé par les aléas de l'histoire. On avait donc trois galeries, peut-être quatre, on n'est pas très sûr qu'il y ait une quatrième galerie qui ait été réellement réalisée. Et à l'intérieur de chaque côté, il y avait des galeries qui prenaient le... le jour sur le jardin du cloître, par 3 baies, qui est en fait 3 baies avec des arcades trilobées. Malheureusement, aujourd'hui, il ne reste plus que des éléments de 2 baies.
- Speaker #0
Au début du XXe siècle, des Américains entrent dans l'histoire de Froville. On sait qu'en 1904, le sculpteur et collectionneur américain George Gray Barnard acquiert les voûtes sur croisée d'ogives du cloître. En 1922, un achat conséquent est fait par un autre Américain.
- Speaker #1
George Blumenthal, banquier ami de Rockefeller, un puissant personnage, mais aussi mécène féru d'art occidental, qui a acheté les baies triples du cloître. Il a été 7 des 9 baies. On sait qu'il les a installées dans un salon de musique à Paris, boulevard Montmorency. Et ensuite, ces baies ont été emmenées aux États-Unis. Et ont intégré le musée des Cloître, le cloister de New York, en 1938. Et là, aujourd'hui, on peut y voir trois ensembles 3 baies qui ont été remontées, mais qui sont devenues les 4 autres. Là, c'est encore effectivement... un mystère et on recherche effectivement ces 4 baies on aimerait bien retrouver le lieu de conservation aujourd'hui probablement aux Etats-Unis Du 15e siècle, il reste aussi un très beau portail, avec des voussures en arc brisé, gothiques, avec des motifs sculptés de feuillages, avec des feuilles d'acande, de chênes de houe, et puis on distingue même un petit personnage très abîmé,est-ce que ce serait un moine, un donateur.
- Speaker #0
Que savons-nous de la vie du prieré et de celle des moines, de leur relation avec leur environnement, qu'il s'agisse des paroissiens ou des seigneurs locaux ?
- Speaker #1
La nef de Froville est aujourd'hui plus sombre qu'elle était certainement à l'origine puisque des fenêtres ont été obturées. Aujourd'hui, ça confère une certaine atmosphère de mystère, je crois, propice aussi au recueillement et qui nous plonge un petit peu dans l'atmosphère de ce priori qui était avant. tout un lieu de prière et dans l'église où les moines se réunissaient huit fois par jour pour les heures monastiques selon la règle de Saint-Benoît avec les huit offices donc huit ans de prière plus la messe quotidienne et donc vous imaginez un prieuré qui retentissait de la prière des moines et du chant de ceux-ci parce qu'effectivement la Congregation de Cluny insiste beaucoup sur le chant et sur la beauté des chants qui doivent rendre gloire à Dieu. Alors cette église du prierait était aussi l'église de la paroisse. Donc il faut imaginer qu'il y avait des contacts réguliers entre les paroissiens qui venaient assister à la messe dominicale, qui venaient s'y marier, faire baptiser leurs enfants, et effectivement le prieur et les moines qui étaient juste à côté. Donc il y avait effectivement des moines qui étaient forcément intégrés à la vie de la communauté villageoise.
- Speaker #0
De nombreux éléments nous sont connus grâce au compte-rendu des visites faites régulièrement par la Congrégation de Cluny, notamment pour évaluer la situation financière de l'établissement.
- Speaker #1
On a pas mal de traces d'exactions de princes, en particulier des ducs de Lorraine. Les ducs de Lorraine ont parfois des relations un peu compliquées avec les établissements monastiques, notamment je pense à Ferry III, qui notamment ont fait quelques exactions. actions envers le priori de Frouville en 1266 et puis en 1364 il argue du droit de gîte dont il dispose, c'est-à-dire le droit de pouvoir être hébergé gratuitement avec ses troupes dans tous les établissements religieux. On sait que le duc de Lorraine a séjourné à un moment au priori de Frouville avec ses troupes un petit peu affamées et qui avaient donc bien mangé et consommé toutes les réserves du priori. Et puis, on a aussi effectivement des traces de destruction, à la fois par les seigneurs, mais aussi par leurs ennemis dans les cadres de guerre. On sait qu'en 1336, le priori de Frouville se plaint d'avoir été victime de destruction émanant je cite, des ennemis. roi de France. Ou parfois aussi du pillard de passage, parce qu'il y a aussi des pillards, on est dans un monde qui est quand même parfois aussi instable. Et on articule au XIV-XVe siècle, une période un peu de crise générale de l'Occident, où on a régulièrement des bandes de pillards et les monastères peuvent être des cibles de choix. Et puis leurs terres peuvent aussi ravager, ce qui entraîne une perte de revenus.
- Speaker #2
Au XIVe siècle, le prioret a eu quatre moines, mais les revenus du prioret étaient insuffisants. Deux moines ont dû rejoindre l'abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois en 1312. Il n'y a plus qu'un moine en 1345. En 1365, la villa est incendiée et le prieur... retenu prisonnier.
- Speaker #1
Froville est en relation étroite avec l'abbé de Cluny mais aussi avec d'autres établissements clunisiens de Lorraine. Le prière de Froville intervient assez souvent. Visiblement, il est assez considéré. Le prière de Froville avait visiblement une certaine place au sein de la congregation clunisienne.
- Speaker #0
La Révolution française décrète la suppression des ordres religieux et vend les biens de l'Église qu'elle a nationalisés. Le domaine du prioré est vendu.
- Speaker #2
Et en 1791, le prieuré est confisqué par l'État, puis vendu comme bien national, l'Église devient alors propriété communale.
- Speaker #0
Dominique Lorenz, notaire honoraire, a mené une recherche sur l'histoire de la propriété du prioré depuis la Révolution. Le domaine de Frouville est vendu par deux adjudications.
- Speaker #3
Une première adjudication le 6 juillet 1791. L'adjudicataire fut M. Marisien. M. Marisien était un homme de la bourgeoisie puisque c'était un notaire royal. Il y a eu une deuxième adjudication qui a concerné la maison Curial elle-même. Là où il y a le cloître aujourd'hui, c'est le Trois-Terminor de l'an IV.
- Speaker #0
21 juillet 1796.
- Speaker #3
Madame Marisien, veuve Marisien avait trois enfants et il convenait de doter les filles pour qu'elles puissent se marier. Donc on a vendu le bien.
- Speaker #0
Le 18 avril 1806, le bien est vendu à Joseph-François de Lespée.
- Speaker #3
Donc ce bien est resté dans la famille de Lespée jusqu'en 1933. C'était pour l'essentiel des militaires, des officiers. Donc c'est des bourgeois, pour commencer, qui sont rachetés, puisque la famille marisienne, c'était des grands bourgeois, donc il y avait des sous à Nancy, et qui ont revendu ensuite à une noblesse.
- Speaker #2
La façade de l'église et le cloître de l'ancien Prieuré ont été inscrits au titre des monuments historiques le 29 octobre 1926. L'église et l'ère du cloître ont été classées le 16 septembre 1985.
- Speaker #0
Depuis presque 30 ans, l'Association des Amis du Patrimoine Culturel de Frouville s'est lancée dans une folle et passionnante aventure. Entretenir, protéger et faire vivre son patrimoine en jouant la carte de l'exigence, de la qualité et de l'authenticité. Le prieuré accueille tous les ans un prestigieux festival de musique baroque, profitant de l'acoustique exceptionnelle de l'église. Aujourd'hui, les sites clunisiens européens se mobilisent pour faire inscrire Cluny et ses sites au patrimoine mondial de l'humanité. C'était Froville, prioré clunisien de Lorraine. Un podcast réalisé par Delphine Mangeot