- Speaker #0
Le vrai Art Nouveau, l'école de Nancy, absolument pure, avec des grands noms quand même. Cette brasserie magnifique a été ouverte en 1903 et hélas, s'est arrêtée, a fait faillite en 1909.
- Speaker #1
À la cure d'air, Trianon. C'est la belle époque, même si on ne le sait pas encore. Même si la vie, surtout celle des paysans, celle des ouvriers, est dure. Si la misère reste très présente, c'est aussi le temps de l'essor économique. La bourgeoisie s'enrichit. La belle époque... C'est le moment du mouvement artistique Art Nouveau. Son univers esthétique est fait de courbes, d'arabesques, et puis son inspiration dans l'observation de la nature. Architecture, art décoratif, comme les meubles, les verreries, les céramiques. À Nancy, le mouvement Art Nouveau connaît un épanouissement exceptionnel avec l'Alliance Provinciale des Industries d'Art, ou École de Nancy, créée en 1901. est présidée par l'artiste Émile Gallet. Sa racine était au fond des bois, disait-il. La botanique et l'horticulture inspirent les artistes. C'est dans cet élan qu'est créé en 1902, à Malseville, l'arborétum de l'Abiétiné. On y trouve des espèces qui offrent les motifs végétaux aux créateurs de l'école de Nancy. La production artistique se veut moderne, et se sert de l'essor industriel pour sa diffusion. L'élégante cure d'air Trianon de Malseville en est un magnifique exemple mêlant recherche artistique et technique de construction de pointes. La propriétaire des lieux, Nicole Bichaton, nous fait la visite.
- Speaker #0
Bonjour à tous et à toutes. Je m'appelle Nicole Bichaton. J'habite à la cure d'air rue Pasteur à Malseville.
- Speaker #1
L'histoire commence avec un couple.
- Speaker #0
Monsieur et Madame Royer qui avaient un café à Nancy au Point Central qui s'appelait le Grand Café. Monsieur Royer avait envisagé de faire une brasserie mais à l'extérieur de Nancy et si possible avec du bon air comme on disait à l'époque. Donc il a acheté des terrains, rue Pasteur à Malseville.
- Speaker #1
À l'époque, les cures d'air sont à la mode, et la concurrence est rude avec celle de Saint-Antoine, à Nancy, qui bénéficie de la mise en service d'un funiculaire à partir de 1905. On ne recherche pas seulement la promenade et le loisir, mais aussi le bon air, pur et bon pour la santé. Loin de la ville, un article dans l'Est républicain du dimanche 21 août 1904 est consacré aux cures d'air nancyennes.
- Speaker #2
Au pays lorrain, les cures d'air de Nancy. Au terminus de tous nos tramways, par des chemins grimpants de faubourgs, de bourgades suburbaines, on arrive facilement au bouvoir de Nancy, à ses tabors, de 3 à 350 mètres, qui sont le fait de nos collines bordant la meurtre d'une ceinture verdoyante. Ils sont 8, 10, 12 et même davantage, ces points culminants qui surplombent la cité du Cal, jusqu'aux échappées merveilleuses de la forêt de Haie, au-dessus des parcs majestueux de Villiers, depuis la ferme de Beauregard et le plateau de Butién-Yémont. Les cures d'air, de repos et de doux farnientes ne manquent donc pas aux entours de chez nous. Ici, le verre gazon des pâturages. Plus loin, la solitude des bois, entre les rupes qui dévalent aux belles et bonnes fontaines, aux sources vivifiantes de la haie. Là-bas, les bancs rustiques, les tonnelles propices aux baisers, les hôtelleries improvisées du dimanche. Plus haut encore, les splendeurs récentes des établissements anciens, Saint-Antoine. et Trianon, rendez-vous des familles, des solitaires ou des bandes joyeuses, des élégants viveurs. De Trianon, sous la marquise aux guets vitraux, sous la terrasse où flottent des bannières aux couleurs voyantes, la vue sur Nancy est plus douce et tout autre.
- Speaker #1
La Curdère-Trianon était donc un établissement de restauration et de loisirs réservé à une clientèle bourgeoise. Dès l'ouverture, M. Louis Royer diffuse une publicité dans l'annuaire de Meurthe et Moselle.
- Speaker #2
Point central. Louis Royer est nancy à la bifurcation de toutes les lignes de tramway, réunion de e-commerçants, téléphone, billard. Son annexe, Cure d'air, côte de Mazéville, 10 minutes de tramway, 300 mètres d'altitude, grand restaurant, panorama unique, jeux et parcs et promenades, ouvert du 1er mai au 30 septembre, établissement... relié par un service de voiture régulier.
- Speaker #1
Le propriétaire, M. Royer, a eu la bonne idée de mettre en place un service gratuit de voiture à cheval ou tapissière pour relier le centre-ville de Nancy à la rue Pasteur de Malseville. Le départ se faisait devant le Café Foy, Place Stanislas, ou au domicile, sur demande.
- Speaker #0
Il a commandé à un architecte, M. Biette, un restaurant. qui était à l'époque absolument révolutionnaire, avec une structure entièrement en fer, et non pas en acier comme certains le disent, en fer pudelé, c'est-à-dire de la fonte décarburée. Et ce fer a été fabriqué à Pompée, comme la tour Eiffel. Et même principe, tout est rifté. L'architecte était Georges Biette. Il a dessiné sa structure en fer et il l'a commandée à l'entreprise Scherzer, qui n'existe plus maintenant.
- Speaker #1
La cure d'air Trianon, c'est la rencontre de trois talents. D'abord, il y a l'architecte, Georges Billet, de formation artistique et industrielle. Ensuite, Frédéric Scherzer, ingénieur et entrepreneur, dont l'entreprise réalise l'ensemble des structures métalliques. Et puis Henri Berger, dessinateur, artiste verrier, célèbre pour son activité au sein de la Maison d'Aume. l'établissement était composé d'une grande salle de restaurant le grand hall surmonté d'une terrasse couverte d'un vélum et d'un parc de promenade et de loisirs nous sommes dans la brasserie nicole bichaton lit un extrait des travaux de roger beck sur l'établissement
- Speaker #0
De plan rectangulaire, l'ensemble est composé d'un bâtiment maçonné sur lequel s'appuient quatre fermes. Si les charpentes métalliques ne sont pas rares, en revanche, peu nombreux sont les édifices qui montrent aussi nettement le tout métal dans la structure. Au fond, il y avait la cuisine. Sur la gauche, il y avait un bar. Et puis, voilà, c'était une grande, grande, grande surface.
- Speaker #1
Les cartes postales de l'époque nous font vivre le lieu. Une grande salle rectangulaire donc, ouverte sur trois côtés, des vitraux dans leur partie supérieure, trois grandes travées, des banquettes et des chaises tout du long, motifs et éléments de décoration tout en courbe et arabesque. Au plafond, Une série de lustres diffuse la lumière de la récente fée électricité. Au sol, un carrelage. Trois teintes, rouge-brique, ocre clair et anthracite. Que mangeait-on à la brasserie de la Cure d'Air ? De la poularde ? De la langue à la gelée ? Du bœuf à la mode ? De la glace ? En tous les cas, on sait ce qu'on y buvait. Les 23 vitraux de berger nous le disent. Conçue pour être une carte des boissons, ces panneaux publicitaires colorés étaient visibles par les clients installés aux tables du restaurant.
- Speaker #0
Alors les publicités c'est pratiquement uniquement des boissons alcoolisées. Tout de même, il y a le respect de ne pas boire trop, il y a l'eau de Vichy et il y avait aussi la laiterie Saint-Hubert. Voilà, c'est les deux seuls mais tout le reste c'est le Roms Saint-James, l'absinthe oxygénée, il y avait le guignolet Kirsch. Il y avait le caquina, la grande fille de Champagne.
- Speaker #1
Champagne, canard du chêne, sucre bourguignon, chambéry, birre, cassis, vermouth, bière brune de Maxéville.
- Speaker #0
Alors, les vitraux ont été dessinés par Henri Berger, qui était le dessinateur de Dôme.
- Speaker #1
Chaque publicité est encadrée de motifs de Chardon-Lorrain. en fleurs et porte la mention « en vente » ici. La promotion est la plupart du temps faite par un personnage féminin. Berger a-t-il été influencé par d'autres artistes affichistes, eux aussi, comme Toulouse-Lautrec et Mucha. La Cure d'Air, c'était aussi un grand parc, aménagé, décoré, pour le plaisir et le loisir des bourgeois et bourgeoises qui s'y promenaient.
- Speaker #0
Alors sur la terrasse, il y avait un vélum, les dames prenaient le thé.
- Speaker #1
Nicole Bichaton nous promène devant les arbres du parc, grand témoin de la vie animée de la cure d'air.
- Speaker #0
Ça, c'est les noyés d'Amérique. Ils étaient tout petits. On les voit sur les cartes postales. Les grands, là, ce sont des cyprès de Lawson. Là-bas, il y a un catalpa, un grand sapin qui est de la Sierra Nevada. Ici, il y a un être pourpre qui a environ 160 ans, celui-là. qui se porte mieux que celui de la pépinière.
- Speaker #1
L'éclair de l'Est, dimanche 29 avril 1906.
- Speaker #2
Cure d'air Trianon, ouverte aux promeneurs. Demain dimanche, à chaque enfant, il sera distribué une surprise. Ouverture du restaurant le 13 mai.
- Speaker #1
Les cartes postales de l'époque nous transportent au début du XXe siècle, à la Cure d'air Trianon. Les hommes portent des canotiers ou des chapeaux melons. Les femmes sont elles aussi coiffées. de grands chapeaux plats, décorés souvent de fleurs. Elles se protègent du soleil sous de gracieuses ombrelles. Les enfants se pressent autour de la fontaine de la nymphe et sur les balançoires.
- Speaker #0
Cette statue était une fontaine. C'est une nymphe qui sert à boire un poutot, un petit ange, un petit garçon. Et en bas, il y a des dauphins. On connaît le sculpteur qui s'appelait Islin, qui était assez connu à son époque. et qui a fait des statues pour l'Opéra de Paris.
- Speaker #1
Les hommes se retrouvent au stand de tir. Certains se prélassent en terrasse sous les cerisiers ou sous la pergola, quand d'autres admirent le panorama sur Nancy. Des couples se soustraient au regard en s'attablant dans une des alcoves de la grotte en rocaille. On joue aussi aux fléchettes, aux boules et aux jeux de massacre. L'éclair de l'Est, samedi 25 août 1906.
- Speaker #2
Dimanche, ouverture du restaurant. Concert tous les dimanches et tous les jeudis. Prochainement, un service de voiture. On prend sur demande à domicile. Téléphone 099, on demande des cochers.
- Speaker #1
Au kiosque, on écoute de la musique classique.
- Speaker #0
Il y avait aussi un kiosque à musique. J'ai vu plusieurs fois que c'était de la musique symphonique, de la musique classique, mais jamais on ne dansait pas la java.
- Speaker #1
Un pavillon de trois étages appelé le chalet servait de résidence au Royer.
- Speaker #0
Monsieur Madame Royer, très élégant, très bourgeois, je dois dire. Malheureusement, le pauvre a fait faillite. Il a eu beaucoup de mal, je pense même, de payer les terrains. Quand mon grand-père a racheté, il n'avait pas pu payer tous ses terrains. C'était un homme qui avait vraiment de l'idée. C'est grâce à lui qu'il y a ces édifices 1900 qui sont connus du monde spécialiste du 1900.
- Speaker #1
La vie de la cure d'air Trianon fut brève. 1902, année de l'édification. 1903, ouverture au public. 1909, cessation totale de l'activité. Royer est criblé de dettes qu'il ne peut rembourser. En 1909, Il est entendu dans le cadre d'une affaire de tenue illicite d'un jeu de petits chevaux. Il voulait faire du Trianon un casino. Il est accusé de tentative de corruption pour en obtenir l'autorisation. La Curder est saisie et mise en vente au tribunal civil.
- Speaker #0
C'est à cette époque que mon grand-père a racheté. Moi, je pense que mon grand-père l'a racheté parce qu'il avait deux filles. Parmi ces enfants, il y avait deux filles qui étaient très malades, qui étaient tuberculeuses. Et malheureusement, le bon air de Trianon ne les a pas sauvées. Mais je pense que c'est pour ça qu'il a acheté. Parce qu'on disait, la cure d'air, c'était ça. Parce que l'air était bon à l'époque. Je pense qu'il l'est toujours un peu maintenant. J'espère. Donc en 1909, il a racheté, il a agrandi la propriété, il a racheté des terrains tout autour, il a détruit ce qu'il y avait, il y avait un théâtre en bois, il y avait une gloriette avec un orchestre de musique symphonique, c'est bien précisé, un stand de tir, enfin il a enlevé tout ça et il a gardé la structure naturellement. Et en 1920, il a agrandi la maison, il résidait en été, toujours. Donc la maison familiale était 53 boulevard Lobo. La famille venait, et nous on a continué avec mon père, venait de mai à septembre. On passait l'été ici, voilà.
- Speaker #1
La structure métallique et les 18 vitraux restants de la cure d'air Trianon sont classés au titre des monuments historiques.
- Speaker #2
en on monte lentement dans la poussière du chemin sable rose cendré écoutant les couler les eaux vives qui sourdent péniblement à des tournants de sentiers venus des tréfonds de la colline pierreuse et descendant par des follets limpides aux profondeurs des terrains fertiles le chemin continue tout raide et tout droit au flanc du bois vert et de la côte rôtie Et sur cette route qui fut peut-être le lieu propice au rendez-vous des belles malévilloises du temps passé, sous cette route qui tourne et retourne entre les vignes et les vives, c'est déjà la jonchée de feuilles sèches. C'est aux arbustes épais de la vie vive, des baies rouges ou violettes, des poches, des gratte-culs et des prunelles, des houppettes de murs et des floquets de graines de sirop, très âcres au palais.