Speaker #0Bienvenue dans la page 89, un podcast littéraire animé, écrit et produit par Sarah Daphné, 100% dédié à la littérature et à son actualité. Dans ce podcast, nous parlerons de livres, d'essais, de magazines, de bandes dessinées ou encore de livres spécialisés. Le tout accompagné d'invités, des amoureux des livres, des libraires, des éditeurs et des auteurs. Êtes-vous prêt à emparquer pour ce nouvel épisode ? Auditeurs, auditrices, bonjour. Le roman dont je vais vous parler aujourd'hui est l'une des œuvres littéraires les plus importants du XIXe siècle. Elle a été écrite par un auteur majeur, un génie des lettres françaises. Il s'agit de Splendeur et misère des courtisanes d'Honoré de Balzac. Comment demeurer insensible face à un tel titre ? Il laisse en effet présager une critique acerbe de la société bien-pensante parisienne et une description précise, sinon réaliste, du quotidien et du métier de courtisane. Pourtant, ce titre cache en réalité une œuvre balsacienne, noire, tragique, un brin comique, et comportant même certaines caractéristiques du roman policier, voire du thriller. Scène de la vie parisienne. Splendeur et misère des courtisanes est une sorte de prolongement des illusions perdues. Il fait partie des scènes de la vie parisienne, qui lui-même est intégré au sein de la comédie humaine. Splendeur et misère des courtisanes... regroupe à lui seul quatre romans qui ont été publiés entre 1838 et 1847. S'il n'est pas indispensable d'avoir lu les Illusions perdues avant de commencer la lecture du présent ouvrage, cela peut toutefois aider à mieux cerner les relations entre les différents personnages de l'histoire et à comprendre le passé de certains protagonistes du roman. Splendeur et misère des courtisanes est l'une des œuvres les plus abouties, les plus complexes et les plus longues de Balzac. Au début du roman, nous retrouvons Lucien de Rubempré-Néchardon qui se rend à l'opéra au bras d'une de ses nouvelles conquêtes, l'élégante Esther de Gobsec. Cette dernière, malgré une beauté époustouflante et une apparence digne d'une bourgeoise sous la deuxième restauration, est pointée du doigt. Elle est moquée, elle est reconnue et identifiée comme une prostituée. Humiliée et désespérée, la courtisane décide de mettre fin à ses jours. D'autant plus qu'elle est follement amoureuse de Lucien de Rubempré et qu'elle sait que son amour pour lui est impossible. À ce titre, je vous propose la lecture d'un extrait qui illustre les sentiments d'Esther à l'égard de son cher Lucien adoré.
Speaker #0Perade, Corentin, les adversaires du faux abbé. Mais face à Herrera se dresse un duo de chocs composé de Perrade et de Corentin. Le premier, Perrade, est un ancien fonctionnaire de police ayant servi sous Louis XVIII avant d'être disgracié sous Charles X. Fraudeur, manipulateur, à la vie personnelle désordonnée et débauchée, il va être mêlé à plusieurs affaires louches qui vont l'amener à effectuer deux séjours en prison. Quand débute le roman Splendeur et misère des courtisanes, il possède un petit domaine et vit seul avec sa fille Lydie. Sa seule préoccupation est d'amasser suffisamment d'argent pour constituer une dot à sa fille, afin de lui permettre de faire un beau mariage. Espion de génie, il œuvre aux côtés de Corentin, véritable transformiste, capable d'endosser n'importe quelle identité et même d'imiter un accent britannique à la perfection. Ses personnages, Perra de Corentin d'un côté et Herrera de l'autre, vont s'affronter et utiliser tous les moyens dont ils se disposent Merci. y compris des moyens humains, pour se nuire mutuellement. Les luttes qui vont se livrer donnent au récit un aspect très noir, digne d'un roman policier. En effet, la police joue un rôle essentiel dans le roman. D'une part parce que Corentin en fait partie, c'était un haut fonctionnaire de la police. Et en fait, si le combat est rare, c'est parce que celui-ci est un ancien forçat échappé de prison. D'autre part parce que le roman explore le crime et en fait un thème social. Balzac aime abrouiller les pistes. Il ne s'inscrit pas dans un genre en particulier, il ne se limite pas à une classe sociale, il a le désir d'absolu, il ne dit pas la modernité, il en est le créateur, comme le précise la citation de Blaise Sandrard en quatrième de couverture. Le début de l'ère moderne et capitaliste. Après des romans qualifiés de tableaux de genre où Balzac se plaisait à décrire les scènes de la vie privée et adressait un tableau précis et minutieux de Paris, La particularité de cette œuvre réside en fait dans la quête d'universalité de Balzac. Il ne cherche plus à décrire Paris, mais bien de décrire le monde entier. Du moins, s'il fallait nuancer ce propos, le monde occidental. Fini les tergiversations philosophiques. Fini un passé communautaire qui était idéalisé. L'auteur de la comédie humaine s'inscrit dans un monde résolument moderne. Pour autant, il ne l'encense pas. Il montre la disparition de certaines familles nobles au détriment d'une certaine bourgeoisie. Quant au désir de richesse et d'ascension sociale, à l'ambition personnelle, au développement économique et technique, il considère que tout cela est voué à l'échec et que tout est condamné à s'écrouler. L'avènement de la modernité condamne certains personnages à une vie de végétation et de petits bourgeois, dont le quotidien est morose et monotone. D'autres, au contraire, tentent de s'introduire dans le milieu très fermé de l'aristocratie parisienne. Ainsi, quoi de mieux qu'une union entre Lucien de Rubempré Merci. et Claudite de Grandlieu, qui bien que laide, n'en demeure pas moins riche et noble, pour permettre à Erra d'y laisser son protégé aux plus hautes sphères sociales. La noblesse parisienne n'est-elle pas aux abois, au point d'accepter une union avec un provincial dont la particule et le titre de noblesse n'est que très récent, voire superficiel ? Quelles seraient les conditions à une telle alliance ? À quel sacrifice est prêt à consentir Erra pour assouvir son désir de pouvoir ? Le banquier Nus-Singène ? l'objet de toutes les machinations. Et s'il fallait encore ajouter un personnage pour compléter ce tableau, il faudrait bien évidemment évoquer celui du baron de Nus-Singène. Cet homme richissime, ce banquier sans foi ni loi, talentueux pour faire fructifier ses affaires, aperçoit un soir le profil d'Esther. Elle se promène dans un calèche, dans un parc parisien. Il ne l'a vue que quelques secondes, et pourtant il va en tomber éperdument amoureux. Cet amour qui lui fera perdre raison. et millions constituent une voie sans issue pour Esther. Herrera, aidé d'Asie et d'Europe, deux personnages qui constituent deux soutiens infaillibles du faux abbé, dont on découvrira plus tard la véritable identité, vont imaginer mille et un stratagèmes pour forcer Esther à soutirer à Nusagène le plus d'argent possible. Le raisonnement du faux abbé est éloquent. Pourquoi faudrait-il ressentir le moindre mort à voler un homme qui a lui-même volé ? Quant à Esther, Fidèle à son Lucien, elle ne peut qu'imaginer un amour filial à l'égard de ce baron qui a l'âge d'être son père. Esther, appelée également la Tortepille, est tantôt courtisane, tantôt femme amoureuse, tantôt femme objet échangée contre une grosse somme d'argent et un titre de propriété. Mais dans le nouveau monde capitaliste, Esther la courtisane n'est pas la seule à se prostituer. Tous le font, car tous sont des marchandises que l'on va échanger contre de l'argent, une appartenance sociale, un titre de noblesse ou une nouvelle carrière plus prometteuse. En conclusion, splendeur et misère des courtisans est une véritable claque littéraire. On en sort bluffé, estomaqué et essoufflé tant les affrontements entre Herrera d'un côté et Perra de Corentin de l'autre sont intenses et se poursuivent jusqu'à la toute dernière phrase du roman. D'autres protagonistes de l'histoire, issus des plus hautes sphères sociales, seront mêlés à ces conflits. Ces derniers, les affrontements, vont donc atteindre une dimension politique et sociale qui sera prépondérante. Dans cette guerre à laquelle se livrent les personnages, rien n'est gagné d'avance. Et chaque manche est une épreuve redoutable, d'autant plus que les deux forces en opposition sont d'intelligence et de forces égales. Autre particularité de cette œuvre littéraire est l'absence d'un héros. On pourrait presque penser que Balzac ne s'attache à aucun de ses personnages. Tant il les maltraite et s'échigne à montrer la médiocrité et l'avélissement. L'avélissement pour le pouvoir, pour l'argent, pour le sexe. Considéré comme un auteur réaliste, Balzac montre également l'impuissance de l'amour face à l'argent, la disparition de la noblesse au profit de la bourgeoisie, le monde du crime et des prisons, la corruption de la police et ses liens avec les milieux politiques et maltrats, la fin d'une ère communautaire et l'avènement de la modernité, de l'individualisme et du capitalisme. Le roman s'achève sur un retournement de situation, un tour de passe-passe incroyable qui laisse présager l'avènement d'une nouvelle ère où pour reprendre le titre du dernier roman de cette œuvre, d'une dernière incarnation. Pour la rédaction de cette chronique ô combien difficile, je me suis appuyée sur les travaux de chercheurs, biographes et spécialistes, que je tiens chaleureusement à remercier. Je vais ainsi citer Agathe Novak-Lechevalier, Marine de Gatelli, ou encore Bière Barberis. Ce dernier est d'ailleurs l'auteur de l'excellente préface de l'édition Folieux Classique, que je vous conseille de lire après avoir achevé le roman. Je tiens à remercier... Betty Fleur et Sylvain, qui ont accepté de prêter leur voix pour lire des extraits du roman. Je vous retrouve d'ici 3 à 4 semaines pour une nouvelle chronique, consacrée cette fois à un roman danois absolument savoureux. Auditeurs, auditrices, il est temps de vous quitter. Merci d'avoir pris le temps de m'écouter. N'hésitez pas à partager ce podcast auprès de vos proches, de vos amis, de vos collègues, de vos connaissances. Bref ! Propagez la littérature et l'amour des livres à toutes les personnes que vous croiserez. La page 96.9 c'est un podcast réalisé, écrit et produit par Sarah Daphné Affiz. Je vous dis à bientôt et en attendant prenez le temps d'ouvrir un livre et de lire partout où vous serez. Merci à vous et à bientôt !