Speaker #0Bonjour et bienvenue dans la page 99. Aujourd'hui, je ne vous embarque pas, comme cela a été prévu, dans une contrée froide et lointaine, et bien auprès de nos chers... voisin anglais. Alors n'hésitez pas à écouter cette chronique en sirotant un Earl Grey, en dégustant un scone ou en vous délectant d'un verre de brandy. Aujourd'hui, nous allons parler d'un petit feu, un roman écrit par la talentueuse écrivaine britannique Elizabeth Jane Howard. Je vais également en profiter pour vous raconter la relation particulière qui me lie à cette romancière. En En effet, Je l'ai découverte lors de la publication en France de sa saga familiale intitulée « La saga des Gazalées » ou si vous préférez la version british « The Gazalée Chronicles » . Ces cinq romans ne paraissent en France qu'en 2019, alors qu'ils avaient été édités en Grande-Bretagne presque 30 ans auparavant. J'ai absolument adoré lire cette saga, il y avait tout pour me plaire. Des intrigues familiales, un contexte historique, le récit débute avant-guerre, et une chronique juste et réaliste qui dépeint l'atmosphère si particulière de la riche bourgeoisie anglaise des années 30. J'affectionne donc particulièrement cette autrice pour laquelle j'éprouve une grande tendresse et, je dois le dire, une certaine forme d'admiration. En effet, elle détient un talent fabuleux, celui de vous faire aimer la banalité du quotidien, comme le choix d'un chemisier, la méthode de conception d'une mayonnaise, le menu d'un club pour hommes aisés, Ces récits vous happent et vous captivent alors qu'il ne s'y passe rien d'extraordinaire. Vous l'aurez compris, le livre dont il est question aujourd'hui, A Petit Feu, est un roman qui traite de la vie normale de gens normaux. A la seule exception près que ces gens sont des anglais issus de la classe moyenne des années 60. Dans ce roman publié plus de 20 ans avant sa saga sur les cas salés, les femmes jouent déjà un rôle clé et sont au centre de l'intrigue. Même s'il faut le reconnaître, elles sont toutes introduites à travers le prisme d'une époque, celle de l'Angleterre machiste et misogyne des années 60. La romancière parvient avec finesse à retranscrire le statut de la femme anglaise de ces années-là en étant le plus proche possible de la réalité. Ces personnages féminins sont des femmes ordinaires, victimes de normes sociales, qui les excluent du domaine public et les relèguent à la maison. Les femmes sont également dévouées aux rôles qui leur ont été assignés, ... ne cessant jamais de se dévaloriser en se positionnant toujours dans un rôle d'infériorité par rapport aux hommes. Même si l'on sait que le roman se situe dans les années 60, aucune indication précise n'est fournie au lecteur. Mais qu'importe en vérité, dès les premières pages du roman, nous sommes plongés en plein corps de leur quotidien avec le mariage de la première femme qui fait son entrée dans la narration, à savoir Alice. Alice, d'un naturel doux et plutôt réservé, fuit un. père égoïste en épousant le premier homme qui ose la séduire et lui sourire. Alice n'est pourtant pas un personnage stupide et elle a parfaitement conscience que cette union n'a d'autre but que de lui permettre d'échapper à un quotidien lourd et dur à gérer avec un père qui la considère comme sa femme de ménage. Il lui relègue toutes les tâches quotidiennes et domestiques comme nettoyer les crottes des chiens, les nourrir, allumer les feux de cheminée ou encore, chose très importante, lui préparer son whisky. Alice n'est pas amoureuse de Leslie, son futur mari, au début du récit, et elle éprouve à son égard une certaine forme d'attachement. Pourtant, en l'épousant, elle a conscience qu'elle se plie à ce que la société attend d'elle, et pense naïvement sans doute que son mariage lui permettra de connaître, non pas le bonheur, mais un semblant de bien-être, de confort social, et pourquoi pas un peu d'affection, en retrouvant quelqu'un tous les soirs avec lequel elle pourra échanger et peut-être être écoutée. En plus de devoir supporter un mari insipide. Uniquement préoccupée par son seul bien-être et convaincue de son immense générosité à l'écart de son épouse, Alice doit aussi se plier aux exigences de sa future belle-mère qui, bien qu'aimable, n'en demeure pas moins intrusive. Quant à sa belle-sœur, Rosalie, celle-ci est envahissante et incarne la figure stéréotypée de la vieille fille qui vit sa vie par procuration à travers celle des autres. Résignée à l'idée de ne jamais se marier, Rosalie entend montrer aux autres ce qu'elle est. qu'est une véritable union et comment incarner une épouse parfaite. May est le second personnage féminin du récit. Elle est la dernière épouse du père d'Alice. May, c'est une femme à la fois très forte et très fragile. Sa force de caractère, sa détermination et sa volonté se manifestent lorsque jeune veuve, elle survit seule et avec ses deux enfants pendant la Deuxième Guerre mondiale. Demeurée célibataire pendant près d'une dizaine d'années, elle rencontre Herbert, le père d'Alice. Ce colonel des Indes à la retraite la séduit, la flatte et la convainc d'acheter une horrible propriété dans la campagne anglaise. May accepte à contre-coeur et prend sa tort qu'elle serait capable de s'adapter à la vie dans ce manoir reclus et éloigné. May souffre pourtant du départ de ses enfants, elle est inquiète de l'existence vaine de son fils qui passe son temps à enchaîner les petits boulots et les fêtes alcoolisées. May se trouve également toute seule, elle est isolée. et sa souffrance est extrêmement bien relatée dans le roman. Cela se traduit même par des douleurs physiques qu'elle va ressentir tout au long de la narration. Mais il va s'affaiblir, sa fatigue va parfois augmenter et elle n'est pas capable d'en saisir les raisons. Son mari, pendant ce temps, la presse de lui léguer la maison et d'établir son testament. Quant à elle, la seule relation qu'elle parvient à nouer est avec sa cousine. Il lui présente un mystérieux docteur. Celui-ci semble être une sorte de gourou qui dirige une secte. L'autrice ne fournit pas davantage d'informations sur ce personnage et sur le mode de fonctionnement de son organisation. Il demeure assez mystérieux. C'est l'élément du roman qui est très intriguant et néanmoins peu approfondi et finalement peu traité dans le récit. Enfin, le troisième personnage, c'est Elisabeth, la fille de May. N'ayant reçu comme autre instruction que celle d'une école d'art domestique, celle-ci est convaincue de son infériorité face à un frère à qui elle voue une grande... A ce titre, la relation qui unit cette sœur et ce frère est superbement retranscrite et décrite dans le récit. Il s'agit d'un lien indéfectible, caractérisé par une affection et une tendresse. Les échanges entre ces deux personnages sont tendres, émouvants et parfois très drôles. Tout comme sa mère, Elisabeth s'inquiète également pour ce frère qui ne semble poursuivre aucun but dans l'existence et qui, après avoir mené des études assez médiocres dans la vie de sa mère, prestigieuse université d'Oxford, mais une vie de bohème dans le Londres des années 60. Le récit fait état de fêtes, de dépenses et d'autres joyeusetés. Ainsi, Oliver consacre beaucoup de temps à enchaîner les liaisons ou encore à concocter des mets français. Il apprécie à ce titre particulièrement la gastronomie française et on va avoir le droit dans le récit à des longues descriptions de spécialités. culinaire de notre chère Hexagone. Au début du roman, Elisabeth qui souhaite fuir ce beau-père imposant, acariâtre et avide, rejoint donc son frère à Londres. Toutefois, elle refuse de végéter comme ce dernier et décide de postuler au sein d'une agence d'employés domestiques. Elle travaille ainsi en qualité de cuisinière auprès de familles aisées et riches de Londres. Elle s'occupe de la préparation de repas de fête ou encore de réceptions dans de belles résidences de la la capitale anglaise. C'est à cette occasion qu'elle va... tombée amoureuse d'un richissime homme d'affaires de 20 ans son aîné. Ce coup de foudre constitue un point de basculement dans la vie d'Elisabeth, mais également dans celui de ses proches. Mais alors, le roman va prendre une trajectoire quelque peu différente, mais à la manière d'Elisabeth Janeward, c'est-à-dire tout en douceur. En effet, cet amour est l'occasion pour le lecteur d'embarquer dans des voyages absolument savoureux et magnifiques dans le sud de la France. Elisabeth Jane Howard sait parfaitement et avec quel talent peindre les paysages de la côte d'Azur. Le ciel immensément bleu, les stridulations des criquets, cette végétation faite de pins et de résineux, ces pavés chauds que l'on s'empresse de parcourir, surtout qu'ils sont piétinés à nu, après une baignade dans cette eau trouble de la Méditerranée où, pour Elisabeth, dans une fastueuse piscine au sein d'une imposante et magnifique villa. L'autrice décrit la vacuité du temps qui passe, les fêtes célébrées par ces riches anglais qui viennent profiter du soleil, ainsi que les coups de fil passés par son amoureux dans le cadre de ses affaires. Il s'agit du seul élément qui semble relier ce personnage, ainsi que les autres personnages, à la réalité triste et morose de Londres. Quoi de mieux d'une lecture d'un passage du livre, afin de vous immerger totalement dans le paysage méditerranéen.
Speaker #0A petit feu propose un récit chronologique dont les titres des chapitres correspondent aux différents mois de l'année. Toutefois, la narration ne débute qu'au printemps et se poursuit jusqu'à la toute fin du mois de décembre. Et si jusqu'au trois quarts du roman, l'intrigue est celle plus classique d'une saga familiale, le récit va prendre une toute autre dimension à partir du mois de décembre. On rêvait-il un aspect glauque, ténébreux et noir, digne d'un thriller scandinave ? L'hiver rude qui s'installe en Angleterre est l'opportunité rêvée pour l'autrice de faire évoluer son histoire. La chronique familiale se transforme ainsi en récit macabre et tragique. De quoi ébranler les protagonistes de l'histoire ? et les lecteurs que nous sommes. Ces derniers pourront toutefois regretter certains ressorts narratifs très classiques et déjà connus, mais l'on peut aisément pardonner à Elizabeth Jane Howard, surtout lorsque l'on sait que ce roman a été publié plus de 20 ans avant la saga des Casalets. A petit feu, propose une fin très surprenante et haletante. La lecture est si palpitante, il vous sera impossible de lâcher le livre des mains tant vous aurez envie de découvrir le dénouement du roman. Les femmes que la romancière dépeint avec justesse ne sont pas toujours en opposition avec le monde qui les entoure et n'aspirent pas à une transformation radicale de la société. Pourtant, les événements inattendus des dernières pages vont amener ces femmes à résister, à s'émanciper et à adopter quelques gestes de résistance et d'opposition face au monde masculin qui les entoure. Ces actes de bravoure ne sont ni revendiqués ni plébiscité par elles. Ils sont même dissimulés et cachés, car les normes sociales sont si fortes et que ces femmes sont tellement conditionnées qu'elles seraient incapables d'en faire la promotion par peur d'être isolées ou bannies ou tout simplement parce que cela ne leur effleurerait même pas l'esprit. Alors, me diriez-vous, pourquoi lire à petit feu ? Laissez-moi vous donner 4 raisons pour vous convaincre, si vous en doutez encore. La première raison, pour le plaisir de se... plonger dans une critique asserve de la société bien pensante anglaise des années 60, pour l'humour noir so british, pour les belles descriptions des paysages méditerranéens, n'est ce pas une belle manière de prolonger ses vacances gratuitement, pour le talent incontestable de l'autrice qui réussit à vous faire aimer des passages entiers où il ne se passe rien, auprès de personnages que vous trouverez peut-être bêtes et fades et pourtant et cela je peux vous assurer que vous ne pourrez pas lâchez le livre des mains. Auditeurs, auditrices, il est temps de vous quitter. Merci d'avoir pris le temps de m'écouter. N'hésitez pas à partager ce podcast auprès de vos proches, de vos amis, de vos collègues, de vos connaissances. Bref, propagez la littérature et l'amour des livres à toutes les personnes que vous croiserez. La page 96.9, c'est un podcast réalisé, écrit et produit par Sarah Daphné Affise. Je vous dis à bientôt et en attendant, prenez le temps d'ouvrir un livre et de lire partout où vous serez. Merci à vous et à bientôt !