Speaker #0Je suis Florent Mounier, c'est moi qui vais vous narrer cette histoire que j'ai écrite et qui a été mixée par Sébastien Girard. Bon, avant de commencer, on vous remercie d'être toujours aussi nombreux et nombreux à nous écouter sur les différentes plateformes de podcast. Je vois qu'il y a toujours du monde sur Spotify, mais aussi sur YouTube désormais, sur Apple Podcast, sur Deezer. Merci à vous. N'hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, à liker le podcast, à nous partager, à laisser des notes sur les plateformes. Ça nous aide beaucoup pour le référencement. Et puis, évidemment, vous pouvez nous rejoindre sur le Patreon de La Petite Histoire pour seulement 3 euros par mois. sans engagement, donc vous pouvez dégager quand vous le souhaitez. Ça nous permet de faire la production de ce podcast qui est entièrement gratuit, comme vous le savez. 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Alors pour accomplir cet exploit, les Britanniques vont réunir tout ce que la modernité de l'époque compte de plus éclatant. Deux vaisseaux d'exception, le HMS Erebus et le HMS Terror. Le Erebus et le Terror, ce ne sont pas de simples navires en bois, non. Ce sont des bombardiers de guerre. Des bombardiers qui ont été construits avec un chêne massif. La proue de ces bateaux est renforcée de plaques de fer, des plaques épaisses pour fendre la banquise. Et attendez, vous n'avez pas encore vu l'intérieur du bateau. On a greffé dans les cales des anciennes locomotives de chemin de fer, histoire d'actionner des hélices rétractables. Bref, tout a été pensé, et minutieusement. Les cabines sont même chauffées. par un circuit d'eau chaude. Ça, c'est très innovant pour l'époque. Et pour nourrir l'équipage, la technologie fait là aussi des miracles. Une entreprise londonienne livre plus de 8000 boîtes de conserves. À l'intérieur, il y a du bœuf. Il y a aussi des soupes, des légumes, des tonnes de farine, du chocolat, des milliers de litres de rhum. Et puis, un ingrédient hyper important, il y a du jus de citron. À foison ! Alors pourquoi du jus de citron ? Eh bien ça c'est pour lutter contre le scorbut, les vitamines du citron étant très bonnes contre le scorbut. Alors l'équipage en porte également de quoi occuper les longues soirées d'hiver. Des milliers d'ouvrages reliés, ou bien encore des orgues de barbarie, histoire de s'ambiancer un petit peu. À la tête de cette armada de 129 officiers et marins d'élite, laissez-moi vous présenter Sir John Franklin. C'est un vétéran de 59 ans, un héros national qui a déjà arpenté les rives glacées du Grand Nord canadien. On le surnomme, avec respect, l'homme qui a mangé ses bottes. Pourquoi ? Eh bien parce qu'il a vécu une terrible expédition terrestre 20 ans auparavant. Expédition à laquelle il a survécu en faisant bouillir le cuir de ses souliers. Alors, pour l'opinion publique de l'époque, et pour l'Empire d'ailleurs, cette expédition a toutes les cartes en main pour réussir. Elle ne peut pas échouer. On a les meilleurs, on a la science avec nous, le fer, la vapeur. et la bénédiction de Dieu. Alors, en juillet 1845, on attend désormais des conditions favorables pour engager la troupe dans le détroit de Lancaster. Les hommes de Franklin sont confiants, souriants et impatients. Ouais, impatients que l'aventure commence. Ça y est, les deux navires sont partis. Oh, et ils sont partis depuis pas mal de temps, puisque pendant deux ans en Angleterre, on ne va plus recevoir aucune nouvelle. Oui, pas d'internet à l'époque, pas de téléphone à bord non plus, alors personne ne s'inquiète outre mesure. On sait que l'Arctique exige de la patience. On sait que la banquise force parfois les navires à hiverner un an, coincés dans une baie protégée, en attendant le dégel de l'été suivant. Bref, tout semble à peu près normal, sous contrôle, rien n'est vraiment inquiétant. Mais à l'automne 1847, le silence commence à peser. Toujours aucune nouvelle. Aucun courrier. Aucune voile vue dans le détroit. En fait, Franklin est parvenu à franchir le détroit de Lancaster. Mais très vite, la glace l'a bloqué au nord. Alors il a décidé de faire demi-tour et de passer le premier hiver sur un minuscule îlot stérile. L'île Beachay. Un hivernage arctique au milieu du 19e siècle. Ça, c'est une épreuve psychologique absolue pour tout l'équipage. Imaginez plutôt, à partir de novembre, quasiment plus de soleil. Ouais, c'est la période où le soleil disparaît sous l'horizon pour ne plus revenir pendant plus de 100 jours. C'est la nuit polaire intégrale. Et dehors, c'est le froid. Le thermomètre chute sous les moins 40 degrés. Quand on sort sur le pont du navire, l'air nous gèle les cils, nous mord les poumons, fait même éclater le bois des mâts. Alors les hommes sont à l'intérieur des navires. Ils sont terrés dans les entrailles des bateaux, à la lueur des petites lampes à huile de phoque. Je peux vous garantir que c'est pas gai du tout. Sur l'île, le premier hiver va donc très mal se passer et puis surtout il va être très long. Pour commencer, il y a quand même trois marins qui vont mourir coup sur coup. D'abord un certain John Torrington, puis John Hartnell et enfin William Brain. Les trois ont une vingtaine d'années. On doit les enterrer. Les camarades creusent péniblement la terre gelée au pic. Puis ils dressent trois croix de bois face au vent glacé. Et c'est donc là qu'on dépose les tombes, sur cette île. Île qui nous a accueillis pendant des mois. Alors les tombes existent encore aujourd'hui, et petite parenthèse, mais les corps ont été exhumés dans les années 80, 1980, pour réaliser des autopsies scientifiques. Et bien, quand on a sorti les corps, sachez qu'ils étaient parfaitement conservés par le froid. Les visages étaient quasi intacts, les joues encore pâles. On aurait dit que les navigateurs étaient tout simplement endormis. Bon, on revient à l'été 1846. On est toujours pris dans les glaces. Et c'est à ce moment-là que la débâcle arrive. Oui, parce que c'est à cet instant que la glace commence à se fissurer. Alors Franklin ordonne de lever l'encre, naturellement, direction plein sud, vers l'île du roi Guillaume. Franklin espère en fait contourner les blocs de glace et trouver un accès libre vers le Pacifique. Mais malheureusement... le piège va se refermer sur les deux navires. Car ce que Franklin ignore, c'est qu'un courant puissant charrie en permanence les immenses banquises venues du nord de l'océan Atlantique. Et ce courant entasse les banquises au nord-ouest de l'île du roi Guillaume. Donc résultat, le 12 septembre 1846, l'Erebus et le Terror sont pris dans les glaces, emprisonnés. Et ils ne vont jamais s'en libérer. L'hiver 1846 débute en novembre et les mois passent dans le froid noir. On attend patiemment d'être libéré par un nouvel été qui finira forcément par venir. Mais on sait ce qu'a été l'hiver précédent. Il a été long, il a été rude, il a été triste. Alors, eh bien, on prend son mal en patience et on attend, patiemment. Mais au printemps 1847, toujours pas de beau jour. Ouais, on dirait que cette année-là, l'été ne veut pas venir. Les températures restent anormalement basses. La glace qui enserre les deux géants de fer ne font pas d'un pouce. Et là, soudain, un drame va frapper l'équipage. Puisque le 11 juin 1847, Sir John Franklin va mourir à bord de son navire. Alors, sa mort reste aujourd'hui encore un mystère. On ne sait pas s'il est mort d'une maladie ou d'épuisement. On ne le saura sans doute jamais. Et son corps n'a jamais été retrouvé. Désormais, c'est donc le capitaine de l'Erebus, Francis Crozier, qui est aux commandes. Un marin d'une bravoure exceptionnelle, dit-on. Mais un marin usé par les épreuves. Et puis à bord des navires, on peut le dire, rien ne va plus. Les hommes commencent à dépérir et ce mal n'est pas seulement dû au froid. Car d'abord, il y a le scorbut qui fait des ravages. Le jus de citron embarqué dans des tonneaux de bois a perdu sa vitamine C au fil des mois passés dans les cales. Les gencives des navigateurs noircissent donc. Les vieilles cicatrices de guerre se rouvrent mystérieusement et les articulations enflent. La fatigue devient écrasante. Bref, l'ambiance sur les navires n'est pas au beau fixe. Mais il y a pire, ouais. Un poison invisible est en train de s'infiltrer dans les rations alimentaires. En fait, pour honorer la gigantesque commande de vivre dans des délais records, eh bien le fournisseur de conserve dont je vous ai parlé tout à l'heure a bâclé le travail. Les soudures des boîtes en fer blanc ont été réalisées. À la va-vite, avec un alliage contenant un taux massif de plomb, et donc de grosses coulures de soudure ont couru à l'intérieur des boîtes de conserve en contact direct avec la viande et la soupe. Donc, tout est infecté par le plomb. Et pendant des mois, les marins et les officiers vont ingérer ce plomb à chaque repas. Et donc, le saturnisme va s'installer à bord, détruisant les reins, le foie... et le cerveau de tous les équipiers. Alors en fait, il y a des recherches qui ont été menées qui ne permettent pas d'affirmer que les conserves ont intoxiqué l'ensemble des marins, ni d'ailleurs que le saturnisme aurait joué un rôle déterminant dans la disparition de l'ensemble de ces marins. Il y avait une étude scientifique qui avait été publiée en 2018 et qui insistait sur le fait qu'il n'y avait pas de preuves suffisantes pour conclure que le plomb avait joué un rôle majeur dans l'échec de cette expédition. En tout cas, je peux vous dire qu'à bord, les migraines sont atroces, les vertiges sont bien présents, les sautes d'humeur imprévisibles. On voit également chez certains de la paranoïa et une incapacité progressive à prendre des décisions rationnelles. Au printemps 1848, cela fait donc un an et demi que les deux navires dérivent au gré des pressions de la banquise. 24 hommes sont déjà morts, dont 9 officiers. Crozier comprend que s'il reste à bord pour un troisième hivernage, personne ne survivra. Et puis, les navires resteront bloqués ici, quoi qu'il en soit. Les vivres s'épuisent en plus, le charbon banque. Donc en gros, Crozier pense qu'il faut tenter le tout pour le tout. Le 22 avril 1848, les 105 survivants descendent sur la banquise et ils abandonnent les deux navires, l'Erebus et le Terror. Leur plan est complètement fou, mais ont-ils un autre choix ? En fait, les gars veulent marcher sur la banquise jusqu'à la rive nord de l'île du roi Guillaume, traverser l'île à pied, atteindre le continent américain et remonter ensuite la rivière Back jusqu'au poste de traite de la compagnie de la baie d'Hudson. C'est un périple de près de 1000 km à travers un désert de pierres gelé par des températures largement négatives. En gros, complètement impossible. Pour tenter cette expédition, les hommes vont décrocher les chaloupes de sauvetage des navires. Ils vont les poser sur de lourds traîneaux en bois et ils vont les atteler avec des harnais de toile. Imaginez ces hommes qui sont affamés, intoxiqués dit-on au plomb. Ils crachent le sang à cause du scorbut. et il tire désormais des embarcations de près de 500 kg chacune à travers un champ de glace chaotique. Trois jours après le départ, l'équipage arrive enfin sur la pointe Victoire, au nord-ouest de l'île. Le capitaine Crozier décide que l'équipage va y faire une halte. Et là, Crozier décide de laisser une note destinée à qui ? Il ne le sait pas. Mais au moins, ceux qui liront ce message, si jamais quelqu'un le lit un jour, sauront ce qu'il est advenu aux deux navires. Et bien en fait, ce document, c'est l'unique document écrit qui a été retrouvé de cette expédition. Je vous le lis. 25 avril 1848. Les navires de Sa Majesté Terror et Erebus ont été abandonnés le 22 avril, sous le commandement du capitaine F.R.M. Crozier. Sir John Franklin est décédé le 11 juin 1847, et le nombre total des décès dans l'expédition s'élève à ce jour à 9 officiers et 15 hommes. Et nous partons demain, le 26, pour la rivière Bac. Sale a ce message. C'est en fait l'adieu officiel de l'expédition Franklin. La marche vers le sud commence. Une marche qui va rapidement se transformer en un cortège funèbre. Imaginez, on voit une longue file d'hommes blancs émaciés. Des hommes tirant des canaux sur la neige. Leurs visages sont noirs de gelure. Leurs lèvres ensanglantées et fendues par le froid. Les hommes tombent les uns après les autres sans bruit. et meurt en marchant. À mesure que la force des vivants décline, l'incohérence prend le dessus. Je parle d'incohérence parce que plus tard, on va découvrir sur l'un des traîneaux une cargaison qui laisse sans voix. Écoutez bien. Les hommes ont chargé sur leurs traîneaux des bottes en cuir vernis, bon, pourquoi pas, des rouleaux de tissu, Des brosses à dents en argent massif, des exemplaires de la Bible et des boîtes de cirage. Donc le délire de l'épuisement leur a fait perdre toute lucidité. Et les gars ont dépensé le peu d'énergie qu'il leur restait pour traîner des objets qui ne servaient à rien. Tout ça au cœur d'une tempête polaire. Et pire encore, dans les années 1990, des anthropologues ont fouillé les sites. Et ils ont analysé près de 500 ossements humains. Et les conclusions scientifiques sont formelles. Un quart des os portent des marques nettes de découpe au couteau, situées aux insertions musculaires. Certains os longs ont été brisés délibérément pour en extraire la moelle. Vous voyez ce que ça veut dire ? Ça veut dire que les derniers survivants se sont tournés, finalement, vers le cannibalisme. Alors ce n'est qu'en septembre 2014, grâce notamment à des sonars à balayage latéral dernier cri, que l'épave du HMS Erebus a été retrouvée. Elle était seulement à 11 mètres de fond dans le golfe de la Reine Maud. Et deux ans plus tard, en 2016, on a également retrouvé le HMS Terror. Les images sous-marines, qui ont pu être filmées par les robots, sont sidérantes. On y voit un terroir quasi intact, comme prêt à reprendre la mer. La coque n'a pas été broyée finalement. La barre à roues est encore dressée. Dans les cabines, les assiettes reposent sur des étagères. Les lits sont en place. Et dans le bureau du capitaine Crozier, des mâles de documents et de journaux intimes. L'expédition Franklin devait être le triomphe anglais de la technologie industrielle sur la nature sauvage. Bon ben finalement... elle est devenue l'une des plus grandes démonstrations de vulnérabilité de l'homme face à la nature. Qu'avez-vous pensé de cette folle aventure ? Est-ce que vous vous imaginiez avec ces hommes-là dans les glaces en train de marcher et de pousser les traîneaux ? Bon, partagez-nous vos avis dans les commentaires évidemment, comme d'habitude. On attend également vos théories, si vous en avez d'autres, elles nous intéressent forcément. Et si ce récit vous a captivé, n'hésitez pas à laisser un pouce comme d'hab, à vous abonner pour ne manquer... aucun de nos prochains rendez-vous et à nous retrouver également sur le Patreon de La Petite Histoire pour peut-être vous abonner à La Petite Histoire pour 3 euros seulement par mois. 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