Speaker #0Dieu ! Tout commence en Éthiopie, dans la province de Kaffa. La légende la plus connue raconte l'histoire d'un berger du nom de Kaldi, qui aurait remarqué que ses chèvres sautillaient dans tous les sens et ne dormaient plus après avoir grignoté les baies rouges d'un arbuste mystérieux. Kaldi aurait alors goûté à son tour et Eureka, j'ai trouvé ! L'autre légende raconte que ce même Caldi, toujours lui, aurait accidentellement fait tomber une branche de cet arbre dans une poêle et l'odeur de la torréfaction des baies lui aurait donné envie de goûter. Alors soyons honnêtes, cette histoire, ces histoires d'ailleurs, ont probablement été inventées au XVIIe siècle pour accréditer leur version de l'histoire. Mais on ne sait pas réellement comment, au tout début, quelqu'un s'est dit « Tiens, si je goûtais ça ! » Ce qui est sûr en revanche, c'est que les ancêtres des Oromo, Un peuple autochtone d'Ethiopie consommait le café depuis la préhistoire. Alors, pas sous forme de boisson à ce moment-là, non non, il torréfiait les grains dans des braises, puis il les broyait dans une sorte de bouillie. Le café à l'époque, c'était une épice médicinale, un peu comme le cacao chez les Aztèques. Rien à voir donc avec votre petit allongé du matin ou votre capsule d'expresso. D'ailleurs, on dit expresso ou espresso ? Eh bien, on dit espresso. C'est au Yémen, au XVe siècle, que le café va vraiment devenir une boisson. Et là, il y a une raison très pratique. En effet, l'islam interdit l'alcool. Donc, quand les moines des monastères découvrent cette boisson qui s'appelle alors le kawa, ce qui signifie « revigorant » , eh bien ils adorent ça ces moines. Les premières traces attestées de consommation de café sous forme de boisson datent de cette époque. dans les monastères soufis. Et très vite, la boisson se répand. Au XVIe siècle, des maisons du café ouvrent partout, au Caire, à Constantinople, mais aussi à la Mecque. Les maisons du café, ce sont les ancêtres de nos cafés modernes. Là-bas, on joue aux échecs, on récite des poèmes, on échange des idées, c'est convivial, c'est pas cher, et puis ça brasse les classes sociales. Sauf que, problème, ça dérange un petit peu les autorités. Eh oui. Un endroit où les gens se réunissent librement pour discuter dans la joie et la bonne humeur, c'est potentiellement dangereux pour le pouvoir. Alors le gouverneur de la Mecque, Kaï Bey Mimar, convoque une assemblée de juristes pour décider si le café, oui ou non, est conforme au Coran. Je peux vous dire que les débats sont houleux. Et l'un des opposants finit par déclarer que le café est aussi enivrant que le vin. L'Assemblée lui répond que s'il sait à quoi ressemble le vin, c'est qu'il en a bu. C'est tendu. On en vient même aux mains et au final, un choix est fait, le café sera interdit à la population. Mais le café sera finalement réautorisé, puis interdit à nouveau, puis réautorisé, puis réinterdit. Bref, le café va quand même continuer à gagner en popularité à travers le monde musulman avant de traverser les continents. Alors c'est vers 1600 que le café débarque en Europe, grâce aux marchands vénitiens. Et c'est un certain Giovanni Francesco Morosini, un ambassadeur de la République de Venise à Constantinople, qui témoigne sur les bienfaits du café. Je cite « Les ottomans boivent publiquement une eau noire très chaude. Cette eau est l'infusion d'une baie nommée cave, et elle a pour vertu de tenir l'homme éveillé. » Alors évidemment, tout le monde est intéressé par ces propos de Giovanni Francesco Morosini et tout le monde a désormais envie de goûter à ce fameux kawa. Mais là encore, l'Église s'en mêle. On conseille dès lors au pape Clément VIII d'interdire le café, car il représenterait une menace venue des infidèles. Alors le pape goûte la boisson, quand même, et il l'adore. Il la baptise lui-même en déclarant que laisser ce plaisir aux seuls infidèles serait vraiment dommage. Merci le pape donc. Et du côté de l'Angleterre, à ce moment-là, le café fait également un carton. Dès les années 1650, en Angleterre, des cafés se mettent à ouvrir, à Oxford et à Londres, et ces endroits deviennent des bouillons d'idées, des lieux où philosophes et lettrés viennent débattre. Les pamphlets s'y distribuent, les idées libérales y naissent, et il y a tellement d'idées libérales d'ailleurs que le procureur du roi ordonne la fermeture de ces cafés en 1676. pour, je cite, « crime de lèse-majesté » , c'est-à-dire atteinte à la majesté du souverain. Mais Lady est finalement révoquée tellement la réaction populaire est forte. Oui, tout le monde a envie de boire du café. Et en 1700, le café cartonne tellement en Angleterre qu'on compte plus de 2000 cafés sur l'île. D'ailleurs, petite anecdote, saviez-vous que la célèbre compagnie d'assurance Lloyd's of London qui existe encore aujourd'hui d'ailleurs, est à l'origine d'un café fondé en 1688. Oui, le Lloyd's Coffee House, c'est plutôt pas mal comme reconversion. Bon, en France, c'est à Marseille que l'histoire du café a commencé. Marseille est en effet une grande porte d'entrée des produits du monde entier. Et en 1671, le premier café marseillais a ouvert ses portes à une clientèle devenue rapidement nombreuse. Mais c'est à Paris que ça devient vraiment la fête. Oui, parce que... En 1669 arrive en grand pompe, s'il vous plaît, l'ambassadeur de l'Empire Ottoman, Soliman Aga. Il reçoit ses invités de marque dans son appartement parisien, dans une mise en scène digne de mille et une nuits. Et il leur offre du café à la turque. Alors toutes les grandes dames de Paris se piquent de curiosité. D'ailleurs, le personnage de Soliman Aga est tellement haut en couleur qu'il va inspirer à Molière le personnage du bourgeois gentilhomme. En 1686, on invente une nouvelle façon de préparer le café. Cette méthode consiste à faire passer l'eau chaude à travers le café moulu, retenu par un filtre. Et c'est ainsi que le café devient la boisson du siècle des Lumières. Par exemple, Voltaire en boit. Et comme je vous le disais, il en boit beaucoup, peut-être un peu trop, jusqu'à 12 tasses par jour. Voltaire qui collectionne même les cafetières. A la veille de la Révolution française, Paris compte plus de 2000 cafés. Louis XV, lui, il fait encore mieux puisqu'il cultive ses propres plants pour faire du café dans les jardins du Trianon et il torrifie lui-même ses grains. Alors pour alimenter la demande croissante, les Européens vont transporter des plants de café un petit peu partout dans le monde. Les Hollandais le font cultiver en Indonésie. Les Français tentent eux de l'implanter à la Martinique. Un certain Gabriel de Clieu, capitaine d'infanterie, va traverser l'Atlantique avec ses précieux plants. Et il va même raconter que pendant plus d'un mois, il a dû partager sa ration d'eau avec le plan de café pour lui éviter de mourir de soif. Bon, et le Brésil dans tout ça ? Parce que c'est vrai qu'on parle de café et on n'a pas encore nommé le Brésil. Eh bien, sachez que la première plantation brésilienne a été établie en 1727 par un ambassadeur du nom de Francisco de Melo Paleta. L'histoire dit que la femme du gouverneur de Guyane, très reconnaissante d'une escapade dans les jardins avec le bouillon Francisco... lui aurait glissé quelques graines dans la poche. Et c'est comme ça que le Brésil serait devenu finalement, au fil du temps, le premier producteur mondial de café. Pas mal pour une histoire qui a démarré avec la femme d'un gouverneur. Bon, sachez que le café aujourd'hui, c'est la deuxième marchandise la plus échangée dans le monde, après le pétrole. Et chaque jour, ce sont environ 2,5 milliards de tasses qui se boivent dans le monde. Alors, les plus grands consommateurs de café ne sont ni les Italiens, comme on pourrait l'imaginer, ni les Français, bien sûr, mais les Finlandais, avec 12 kilos par an et par habitant, devant les Norvégiens et les Néerlandais. Ouais, c'est pas ce qu'on avait en tête. Au-delà des chiffres, le café, c'est surtout un rituel universel. Le café du bata, qui réveille. Le café entre amis, qui prolonge le repas. Le café qui aide à la digestion, si vous voyez ce que je veux dire. Le café au bureau, qui marque une pause. Et depuis les maisons de café ottomanes du XVIe siècle jusqu'au Starbucks du coin de la rue, en passant par le café Prokop de Voltaire, cette petite graine éthiopienne n'a jamais cessé de rassembler les gens. Et finalement, c'est peut-être ça le vrai secret du café. Pas juste la caféine, mais ce moment suspendu que le café crée entre les gens. Bon, moi les amis, j'ai arrêté le café depuis deux ans, ça me faisait mal aux ventes. Mais ça, c'est ma petite histoire à moi. Voilà les amis pour cette petite histoire autour de l'invention. Si on peut dire ça comme ça, du café, j'espère que cette histoire vous a plu. Si c'est le cas, n'hésitez pas à la partager, à la liker. Dites-nous d'ailleurs si vous buvez du café. Par exemple, Sébastien se prendrait presque pour Voltaire avec 5 expresso par jour. Je l'ai vu, il ne fait que ça. Et d'ailleurs, il dit souvent, je cite, « Le café avec le carreau de chocolat noir est probablement la plus belle association sur Terre. » Oui, il est comme ça notre Seb. Bon, en tous les cas, on l'embrasse déjà. Et puis, je vous embrasse également. Et on se retrouve très vite avec une autre petite histoire. Et n'oubliez pas, d'ici là, de vous abonner à La Petite Histoire et puis de nous rejoindre sur le Patreon de La Petite Histoire. Salut !