Speaker #0Etats-Unis. Cleveland. Alors aujourd'hui, Cleveland, c'est une grande ville américaine de l'Ohio. Mais dans les années 30, Cleveland est une ville blessée. Alors pour comprendre cette histoire, il faut d'abord comprendre cette ville. Là, nous sommes en pleine grande dépression. C'est le carnage aux États-Unis. Depuis le krach boursier de 1929, l'économie américaine s'est effondrée. Des usines ont fermé, des banques ont disparu. et des centaines de milliers de familles ont tout perdu. Le chômage a explosé et Cleveland est donc l'une de ces villes les plus durement touchées aux États-Unis. Alors des milliers d'hommes vivent désormais dans la rue, ou sous des ponts, dans des cabanes de fortune, ou le long de voies ferrées. L'un de ces quartiers qui souffre énormément de ce krach boursier, il porte un nom à Cleveland. C'est Kingsbury Run. En réalité, Kingsbury Run n'est pas un quartier comme on pourrait l'imaginer. En fait, c'est une immense vallée industrielle qui est traversée par une voie ferrée. Et autour, on trouve des entrepôts abandonnés, un peu dégueulasses. Des usines, des terrains vagues et surtout des bidonvilles. Des dizaines de bidonvilles, avec des hommes, des femmes, des enfants. Dans ces bidonvilles, il y a peut-être des centaines de cabanes qui sont construites avec des planches, avec des tolles, avec des morceaux de récup. L'endroit attire les plus pauvres de Cleveland. Les sans-abri, les ouvriers au chômage, les vagabonds, les personnes qui ont tout perdu et qui n'ont plus rien. Et c'est donc précisément là que quelqu'un va commencer à tuer. Nous sommes le 23 septembre 1935. Dans le quartier de Kingsbury Run, les policiers découvrent donc un premier corps. L'homme n'est pas identifié. Et d'ailleurs, aujourd'hui encore, son identité à cette première victime reste inconnue. Alors les enquêteurs vont lui donner un surnom à cette victime. Il sera The Unknown Man. L'homme... Inconnu, tout simplement. Alors on autopsie le cadavre, et les résultats de l'autopsie révèlent quelque chose d'étrange. La tête a été coupée. Et coupée avec une précision remarquable. La tête n'a pas été coupée à coups de hache, non. Pas de manière maladroite, non. C'est une découpe. méthodique. Les médecins vont donc penser que la personne qui a fait ça possède une certaine connaissance de l'anatomie humaine. Attention, je dis bien « pense » , parce qu'à l'époque, ce n'est qu'une hypothèse médico-légale. Cette hypothèse, elle va pour autant revenir très souvent pendant toute cette enquête du boucher de Cleveland. En plus ! De la découpe précise, les policiers remarquent également autre chose. Ils se rendent compte que le corps a pratiquement été vidé de son sang. Donc, ça signifie probablement que la décapitation a eu lieu ailleurs. Bah oui, parce que sur place, il n'y a presque pas de sang. L'assassin a donc transporté le corps jusqu'à Kingsbury Run. C'est ça, la conclusion des enquêteurs. Les semaines passent, et puis, le 26 janvier 1936, un nouveau corps est découvert. Et cette fois, il s'agit du corps d'une femme. Alors comme pour la première victime, la tête du cadavre est absente. Le corps est également nu. Et là encore, l'identification de cette victime est très difficile. Mais cette fois-ci, les policiers vont tout de même finir par mettre un nom sur la victime. Florence. Elle s'appelle Florence Geneviève Polio. Florence Geneviève Polio est une femme d'environ 40 ans. Une femme qui fréquente régulièrement les quartiers les plus pauvres de Cleveland, donc notamment Kingsbury Run. Alors à ce moment-là, les enquêteurs, ils comprennent un truc. Ils comprennent qu'ils ne sont plus en train de chercher un simple meurtrier, non. Ils comprennent qu'ils cherchent désormais, potentiellement, un tueur en série qui a le même mode opératoire pour toutes ses victimes. Les jours et les semaines passent. Et le printemps finit par arriver. Puis l'été. Mais... Malgré les beaux jours, le cauchemar continue à Cleveland. Deux nouveaux corps sont retrouvés à la fin juin, avant qu'un troisième ne soit à son tour découvert. Puis encore un. Ça fait beaucoup. Et pour tout ça, toujours le même mode opératoire, c'est-à-dire décapitation puis mutilation. Et des victimes toujours aussi difficiles à identifier. Et surtout, des victimes que personne, ou presque, ne réclame. Donc, des marginaux, des personnes sans domicile, des hommes, des femmes, des vies que la société des années 30 regarde à peine. Alors, que cherche le tueur en s'attaquant à ce type de personnes ? Des personnes invisibles. Et d'ailleurs, en parlant de personnes invisibles, Les journaux non plus ne parlent pas beaucoup de l'affaire jusqu'à présent. Oui, seulement jusqu'à présent, parce que je peux vous dire que plus les corps s'accumulent, plus l'intérêt médiatique s'accroît. Et plus cela devient une véritable affaire de société. Et les unes des journaux vont devenir spectaculaires. On fait du sensationnel. La presse parle, je cite, du « méchant boucher de Kingsbury Run » . ou du tueur au torse pour désigner ce criminel qui découpe, mutile ou démembre ses victimes en ne laissant le plus souvent que leur torse, rendant ainsi leur identification extrêmement difficile. Désormais, les journaux se mettent à suivre chaque découverte macabre de corps décapités dans les quartiers pauvres de Cleveland. Les journalistes photographient également les battus de police le long des rives et des voies ferrées du quartier. et Toutes ces unes sur le quartier attisent, évidemment, vous l'imaginez, l'angoisse générale. Les habitants commencent désormais à éviter Kingsbury Run. Et les rumeurs vont bon train. Certains disent qu'un boucher, serial killer, vit dans le quartier. D'autres disent qu'il s'agirait plutôt d'un médecin du quartier. Et ces mêmes gens disent que ça serait lui, ce médecin, qui serait le tueur. D'autres encore imaginent plutôt un ancien chirurgien militaire. Mais pour tout vous dire, à ce stade, ce ne sont que des rumeurs. Les policiers de leur côté, ils établissent des constats. Ils remarquent que les victimes ne se connaissent pas entre elles. Ils remarquent aussi que leurs âges varient, que leur sexe aussi, et que leurs origines pareillent. Mais il y a un point qui revient presque toujours, c'est la grande précarité des victimes. Oui, en effet, la majorité de ces victimes vivent dans ou autour de Kingsbury Run et sont des personnes qui ne travaillent qu'occasionnellement, donc qui n'ont pas beaucoup de revenus. Certains voyagent même clandestinement en train, d'autres dorment sous les ponts. Bref, on remarque clairement. Il n'y a pas de doute que les victimes sont toutes des personnes qui peuvent disparaître en plusieurs jours sans que personne ne s'en inquiète. Et c'est probablement ça qui va permettre aux meurtriers d'agir longtemps. Alors pendant ce temps-là, à plusieurs centaines de kilomètres de Cleveland, un homme est en train de devenir une célébrité nationale. Son nom, c'est Elliot. Elliot Ness. Quelques années plus tôt, Elliot, il était à Chicago. Et là-bas, il a participé à la lutte contre le crime organisé. Et il a bien bossé, le Elliot, puisque son nom est resté associé à la chute d'Al Capone. Donc, en 1935, Elliot Ness est considéré comme, allez, on va dire, un flic star. Et donc, naturellement, ici, à Cleveland, tout le monde pense qu'Elliot Ness... et l'homme capable de remettre de l'ordre dans la ville. Le maire est clairement d'accord avec ça. Donc, le maire décide de nommer Elliot directeur de la sécurité publique de Cleveland. Le job d'Elliot Ness sera de superviser la police ainsi que les pompiers, et surtout de résoudre l'affaire qui attire l'attention générale, l'affaire des meurtres de Kingsbury Run. Voilà pour cette première partie autour de l'affaire du boucher de Cleveland. Dans la deuxième partie qui arrive très vite pour cet épisode, je vais vous dire si Elliot Ness a réussi à coffrer notre serial killer et comment Elliot a travaillé sur cette enquête passionnante. A très vite donc dans la petite histoire du crime. Avant de se quitter, je vous rappelle que La Petite Histoire est un podcast de La Fabrique Audio. La Fabrique Audio réalise des podcasts de marques et d'entreprises. Donc si vous cherchez pour vous, pour votre entreprise, pour votre marque, un studio pour faire des podcasts, n'hésitez plus, envoyez-nous un mail contact.lafabriqueaudio.com. La Fabrique avec un K.