Speaker #0Je suis Florent Mounier, c'est moi qui vais vous narrer cet épisode qui a été écrit et mixé par Sébastien Girard. Bon, avant de commencer... Je vous remercie d'être toujours aussi nombreuses et nombreuses à nous suivre, à nous écouter. N'hésitez pas à nous rejoindre sur les réseaux sociaux qu'on vous met en description de ce podcast comme d'habitude. Ça vous permettra notamment de suivre les formats vidéo courts qu'on produit en lien avec le podcast. Et en plus, ça soutient le podcast. Et puis d'ailleurs, si vous souhaitez nous soutenir encore plus, il y a plusieurs possibilités. D'abord, en likant ce podcast, en partageant cet épisode. en nous suivant sur les réseaux sociaux, tout ça c'est gratuit. Et si vous voulez aller plus loin, et on aimerait bien que vous alliez plus loin, vous pouvez nous rejoindre avec le Patreon de La Petite Histoire. Vous nous donnez un petit coup de pouce à 3 euros par mois, c'est sans engagement. 3 euros mis bout à bout qui permettront de financer notre travail de recherche, d'enregistrement, de mixage et de publication. Enfin, si vous êtes une entreprise et que vous souhaitez profiter de la visibilité du podcast, vous pouvez sponsoriser un épisode ou toute une saison et faire connaître votre entreprise ou votre marque à des dizaines de milliers d'auditeurs fidèles à La Petite Histoire. On vous rappelle qu'il y a plus de 100 000 écoutes par mois. On vous met tous les liens en description. Allez, direction le Maine-et-Loire, à la rencontre d'une femme dont l'histoire va sceller un tournant dans la justice française.
Speaker #0Alors avant de parler de Germaine, Revenons un petit peu à la peine de mort en France Et surtout à la façon dont elle s'appliquait pour les femmes Parce que c'est là que toute l'histoire prend son sens En France, jusqu'en 1981 comme vous le savez Avec l'arrivée de Robert Banninter en 1981 La peine de mort existe bel et bien dans le code pénal En guillotine, en général A l'aube, dans l'enceinte des prisons depuis 1939 Avant ça, c'était en public, devant la foule Entre 1906 et 1981 La justice française va condamner à mort environ 94 femmes, rien que pour des crimes de droit commun. Sur ce total, on retrouve notamment 15 femmes condamnées pour parricide et 18 pour empoisonnement. L'empoisonnement étant à l'époque considéré comme le moyen employé par ceux à qui manque la force physique nécessaire pour agir par la violence. Mais alors, sur ces 94 femmes condamnées, combien ont réellement fini sous le coup près ? Eh bien, quasiment aucune. Pendant très longtemps en tout cas. En effet... depuis 1893, une sorte de règle tacite s'est installée. Toute femme condamnée à mort voit sa peine automatiquement commuée par grâce présidentielle. Un moratoire de fait qui dure près d'un demi-siècle. Autrement dit, une femme pouvait entendre injurer la condamnée à mort tout en sachant, ou en espérant en tout cas, que le président ne signerait jamais le refus de grâce. Alors ce moratoire vole en éclats sous le régime de Vichy. A cette époque-là, le maréchal Pétain, qui veut montrer une justice forte et rapide, refuse la grâce à cinq femmes entre 1941 et 1944. La première, c'est Elisabeth Lamouli. C'est une empoisonneuse guillotinée à Bordeaux en janvier 1941. Une autre, Marie-Louise Giraud. Elle est guillotinée en 1943 pour avoir pratiqué des avortements clandestins. Après la guerre, sous la 4ème République, la France continue, dans de très rares cas, à exécuter des femmes. Et c'est là qu'intervient notre personnage du jour. Germaine Godefroy. Germaine Godefroy naît à Croismière, dans la Sarthe. Mais on ne sait quasiment rien de son enfance. À l'âge adulte, elle s'installe à Baugé, en Maine-et-Loire. C'est là-bas qu'elle épouse Albert Leloy. Ensemble, ils tiennent un commerce de charbon. Un métier physique est difficile, mais qui les fait vivre. Alors rien, sur le papier en tout cas, ne la prédestine à devenir l'un des faits divers les plus retentissants de l'après-guerre. Sauf que Germaine, elle a un amant. Et cet amant, il s'appelle Raymond. Raymond Boulissière. Et il a 12 ans de moins qu'elle, Raymond. Et il travaille justement comme commis dans le négoce de charbon du couple Lelois. Germaine, elle, elle a un projet bien précis en tête. Elle aimerait se débarrasser de son mari, histoire de reprendre l'entreprise avec son jeune amant. Alors, eh bien, elle prépare son coup. Cinq jours avant le meurtre... Germaine demande à Raymond d'affûter une hache et d'en raccourcir le manche. Cette hache, elle la cache ensuite dans un tas de bois pour la faire entrer discrètement dans la maison, avant de la planquer dans une caisse sous la cuisinière. Le soir du crime, vers 19h, Germaine remet à son amant toutes les économies du ménage, c'est-à-dire 82 590 francs pour être précis. En lui disant froidement à cet amant, cache-le. Je dirais que j'ai été volé. Pendant la nuit qui suit, pendant que son mari dort, eh bien Germaine va se mettre à le frapper. Elle frappe son mari à deux reprises, à la tête, avec la hache. Le crime est brutal, mais le crime est efficace. Et après ça, Germaine tente de maquiller la scène en cambriolage. Elle va notamment éponger une partie du sang répandue au sol. Et elle va planquer la hache. Oui, sauf que la police, elle, n'y croit pas une seule seconde. Et la police est persuadée qu'il s'agit d'un meurtre prémédité. Alors Germaine est acculée par les enquêteurs. Elle, elle accuse son amant, Raymond, d'être l'auteur du meurtre. Pas de bol, ça ne prend pas. Alors elle essaie de mettre en cause un autre de ses anciens amants. Ce n'est que face à l'accumulation des preuves qu'elle finit par passer aux aveux complets. Germaine et Raymond sont finalement jugés ensemble devant la cour d'assises de Maine-et-Loire. Alors lui, Raymond, il va quand même être reconnu complice, complice de meurtre. Et c'est ainsi qu'il va écoper de 10 ans de travaux forcés purgés à la centrale de Fontevraud. Elle, Germaine, en revanche, elle est présentée par l'accusation comme étant peu douée pour les études, peu intelligente et, je cite, « chicanière » . On lui reproche aussi Je cite encore, sa conduite et sa moralité douteuses. Le verdict tombe et avec ça la condamnation à mort. Le président de la République de l'époque, c'est Vincent Auriol. Et lui, il refuse la grâce. Germaine n'échappera pas à son sort. On est alors bien loin du réflexe quasi automatique de la fin du XIXe siècle. La France de l'après-guerre, marquée par les années sombres de l'occupation, et par une justice qui veut se montrer intraitable désormais, ne fait plus de cadeaux, y compris plus de cadeaux pour les femmes. Le 21 avril 1949, à l'aube, Germaine Leloy-Gaudefroy est donc exécuté, dans la cour de la prison d'Angers, par le bourreau, le bourreau c'est Jules-Henri Desfourneaux. Celui-là même qui, quelques années plus tôt, avait exécuté le tristement célèbre Marcel Petiot. Bon, après elle, plus aucune femme n'est montée sur l'échafaud dans l'Hexagone. Jusqu'à l'abolition totale de la pète de mort en 1981. Alors on vous l'a dit, sur 94 femmes condamnées à mort entre 1906 et 1981, la quasi-totalité a vu sa peine commuée, que ce soit par la grâce automatique d'avant-guerre ou par la clémence présidentielle d'après-guerre. Mais Germaine, elle, a fait partie de cette poignée de femmes, sur près d'un siècle, pour qui la justice... est allée jusqu'au bout. Voilà les amis pour cette petite histoire sur la dernière femme condamnée à mort en France. On oublie souvent que la France a exécuté également des femmes dans le cadre d'affaires juridiques. Dans les chiffres qu'on vous a donnés, on n'a volontairement pas compté les femmes condamnées pour collaboration. A la sortie de la guerre, le contexte était totalement différent. Mais pour vous les données, ce sont quand même 791 condamnations à mort pour 46 exécutions réelles. C'est l'histoire. Vous a plu cette histoire ? N'hésitez pas à la partager, à la liker et à la commenter. Et nous, on se retrouve très vite pour un nouvel épisode de La Petite Histoire.