Speaker #0La Petite Histoire www.lafabriqueaudio.com Salut tout le monde et bienvenue dans un nouvel épisode de La Petite Histoire. Moi c'est Florent Mounier, c'est moi qui vais vous narrer cet épisode qui a été écrit et mixé par Sébastien Girard. Avant de commencer, comme d'hab, on remercie toutes celles et ceux qui nous suivent et qui nous écoutent, dont vous faites partie donc. N'hésitez pas, vous aussi, à nous rejoindre sur les réseaux sociaux. On vous met en description de ce podcast tous les liens. Et si vous souhaitez nous soutenir, il y a plusieurs possibilités. Déjà, en likant, en partageant le podcast et tout ça, c'est gratuit. Et si vous voulez aller plus loin, et on vous encourage à le faire, vous pouvez rejoindre le Patreon de La Petite Histoire et nous donner un petit coup de pouce, 3 euros par mois, sans engagement. 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Là, on peut le dire, c'est bon, la machine vastine est repartie. Alors de 2009 à 2011, Alexis va construire patiemment sa route vers Londres, avec des titres de champion de France, une médaille d'or au jeu méditerranéen, deux nouveaux titres de champion du monde militaire. Sauf que les blessures s'accumulent également. Une hernie discale, des problèmes de dos, des problèmes de coudes, mais peu importe, Alexis tient bon et il a un objectif, finir avec l'or. Alexis, il intègre désormais la catégorie du dessus, les moins de 69 kilos. Et il se qualifie pour Londres, son objectif. Avant les Jeux, je peux vous dire que l'ambiance dans l'équipe de France est un poil tendue. Alexis est la vedette de la délégation, alors il en fait beaucoup. Et pour certains, il en fait trop. Il fait des pubs pour Adidas, il présente les tenues olympiques, tout le monde le regarde, mais ça ne plaît pas à tous dans l'équipe. Et certains lui reprochent d'en faire un petit peu trop, voire beaucoup trop. Mais peu importe, il s'en fout. Lui, son objectif, c'est effacer Pékin et obtenir l'or. Août 2012, Alexis passe ses deux premiers combats sans trop forcer, il faut bien le dire. Victoire sur un Allemand, puis victoire d'un seul point sur un Mongole, bien en bas. 13 à 12, un combat qui lui déplait mais qu'il gère finalement avec efficacité. Et puis vient le quart de finale. Ce quart de finale, il le joue face à Taras Cheleschiouk, un champion du monde 2011 qu'il a battu par deux fois dans le passé. Ça sera le combat le plus important de sa carrière depuis Pékin. Les deux premières reprises sont disputées, elles sont serrées. Dans la troisième et la dernière reprise, Alexis semble prendre l'avantage. Et là, il hausse son niveau, il met son adversaire sous pression. Et tous les observateurs présents sont d'accord. Le jeu d'Alexis est beau. Le jeu d'Alexis est bon. Oui, mais vient l'annonce des scores. Et il est déclaré que les deux boxeurs ont enregistré exactement 18 touches chacun. Bref. Égalité parfaite. Alors dans ce cas, le règlement dit que les arbitres doivent désigner un vainqueur selon leur appréciation du combat. Grosse tension, les arbitres se réunissent et ils finissent par désigner un vainqueur. Et ce n'est pas Alexis. Alors le public londonien eut le vainqueur lui-même. qui est debout dans son coin, semble décontenancé par cette décision qu'il n'attendait pas. Plusieurs observateurs rapportent qu'il paraît même surpris d'être déclaré vainqueur. Alexis, quant à lui, il bondit. Il hurle même. Et une nouvelle fois, il s'allonge au milieu du ring, devant tout le monde. Et dans une scène qui restera gravée dans la mémoire du sport français, on l'entend crier « Non ! Non ! Non ! » Pas encore, pas deux fois. Cette fois-ci, l'équipe de France va déposer une double réclamation. Première réclamation pour cette injustice, et puis une autre réclamation qui concerne également l'élimination du boxeur nordine Oubali dans une autre catégorie le même soir. Et les deux réclamations sont rejetées. Les résultats sont donc maintenus. Et je peux vous dire qu'Alexis, il en a gros sur la patate. Ce soir-là, il publie un message sur Facebook. Dans ce message, il dit qu'il n'a fait que ça, la boxe, toute sa vie, que depuis l'âge de 13 ans, il a tout sacrifié à cet objectif, qu'il a tout misé sur les jeux et qu'il pensait qu'après Pékin, plus personne ne pourrait lui refaire ça. Il ne sait plus quoi faire et à sa mère, en privé, il va même dire qu'il en a marre de cette putain de boxe. Alors petite parenthèse quand même pour vous dire, pour vous mettre dans le contexte, que la boxe olympique, elle baigne à cette époque-là dans une culture de corruption arbitrale. Corruption qui sera officiellement reconnue d'ailleurs des années plus tard, puisqu'en 2018, le CEO va suspendre la boxe olympique après de nouvelles polémiques lors des JO de Rio 2016 et la mise en cause du président de l'AIBA. Et ça va confirmer ce qu'a pensé Vastine toute sa vie, c'est-à-dire que ce qu'il vit n'est pas un mauvais hasard. C'est en fait le fruit de tout un système corrompu, un système qui s'oppose à lui. Allez, on retourne en 2013 et les mois qui vont suivre à Londres vont être sombres pour Alexis Vastine. Il tourne désormais le dos au sacrifice lié à la boxe et il plonge dans les excès, comme le font de nombreux sportifs. Il fait la fête, beaucoup de fêtes, les sorties en discothèque. Il dit lui-même qu'il rattrape le temps perdu. Il se sépare de sa compagne Alexia, avec qui il était depuis huit ans déjà. Il est exclu de l'INSEP après avoir eu des mots durs envers le président de la Fédération française de boxe. Il perd du même coup son appartement et sa prime mensuelle de sportif de haut niveau. Et puis il dit publiquement qu'il connaît la boulimie, la dépression, l'alcool. Alexis va confier qu'il traverse des périodes très sombres, avec des idées noires. Et il pense à tout arrêter à ce moment-là, Alexis. Il pense à se mettre au théâtre. Il se demande ce qu'il serait sans la boxe. Bref, en gros, il cogite et c'est le brouillard pour Alexis. Fin 2013, Alexis décide enfin de se relever. Et il s'installe à Lyon. Il se fait opérer du coude en janvier 2014, le coude qui lui faisait mal, souvenez-vous. Il perd les 13 kilos qu'il a pris pendant ces mois de désordre entre l'alcool et la boulimie. Et puis il s'isole à Bourges avec un préparateur physique. Début 2014, Alexis passe dans l'émission de Thierry Ardisson pour parler de tout ça, pour dire que la chute a été réelle et que la remontée l'est aussi. Alors les gens qui l'entourent à cette époque disent que Alexis semble avoir retrouvé sa boxe, avec un style plus... pure, une légèreté dans le jeu, une intelligence tactique. Il reprend la compétition, Alexis. Il fait une première victoire en Italie, puis un gala à domicile, à Pont-aux-Deux-Mers, devant les Lyciens, et en fin d'année 2014, au Kazakhstan, Alexis remporte son quatrième titre de champion du monde militaire. Premier boxeur français à réaliser ce quadruplet, l'ambition d'une troisième Olympia de l'horizon à Rio 2016 qui prend forme, et Alexis Westin qui a 27 ans et qui se bat pour une troisième chance. Janvier 2014, un drame. La sœur d'Alexis, Célie, 21 ans. Elle meurt dans un accident de la route. Passagère d'une voiture dont le conducteur a bu, elle perd la vie dans un violent choc frontal. Alexis se prend ça lui aussi en pleine gueule. Alors il encaisse, comme il peut. Et il continue à s'entraîner. Et puis, vient une proposition de la télévision. Une proposition de tournage en 2015 pour une émission de télé-réalité sur TEF. Une émission produite par Adventure Line Production. Une émission qui s'appellera Dropped. Oui, ça vous dit forcément quelque chose, vous vous souvenez du concept. Lâcher des célébrités sportives dans des zones hostiles, sans carte ni boussole, pour rejoindre la civilisation. Parmi les candidats, une navigatrice, Florence Artaud. Une nageuse, Camille Muffat. Un footballeur, Sylvain Wiltord. Le patineur, Philippe Candeloro. Le nageur, Alain Bernard. L'émission doit être présentée par Louis Baudin et doit donc être diffusée, je vous le disais, sur TF1. Nous sommes le 9 mars 2015 et Alexis Vastine est en Argentine, dans la région de la Rioja. Nous en sommes à la deuxième étape du tournage qui va commencer d'ici peu. En attendant, Alexis joue au football avec des enfants du village de Villa Castelli. Un petit peu avant 17h15, Alexis prend place dans l'un des deux hélicoptères qui doivent transporter les candidats et l'équipe technique vers le prochain point de largage. Avec Alexis dans l'appareil, Camille Muffat et Florent Sarto, entre autres. Mais quelques instants après le décollage, les deux hélicoptères entrent en collision, l'un avec l'autre. Comme deux aimants, et ils s'écrasent. Il n'y a aucun survivant. Dix personnes meurent ce jour-là. Parmi elles, la navigatrice Florence Artaud, Camille Muffat, triple médaillée olympique en natation à Londres, et vous l'avez compris, Alexis Vastine. Son frère Adriani apprend la nouvelle dans la nuit, d'abord via la télévision. puis par un appel d'Alain Bernard. Et c'est lui qui appelle le reste de la famille pour les en informer. Les obsèques d'Alexis Vastine se déroulent à Pont-aux-Deux-Mers le 24 mars 2015. Les commerçants du centre-ville baissent ce jour-là leur rideau et ils apposent la photo de Vastine sur leur vitrine. La cérémonie est retransmise sur écran géant à l'extérieur de l'église. Teddy Riner et Sylvain Wiltord sont là. Des membres du gouvernement aussi sont présents. Son cercueil est porté par des lutteurs olympiques, des soldats de son régiment et ses oncles. Le parc des sports de Ponde-aux-Deux-Mers porte aujourd'hui le nom d'Alexis Vastine, tout comme plusieurs salles de sport en France. À Villa Castelli en Argentine, deux salles informatiques sont inaugurées en 2018 et elles portent son nom, Alexis Vastine. Elles ont été financées par l'association... Alexis Vastine et ses neuf amis qui a été créé par la famille. Le ministère de la Défense va créer, quant à lui, le trophée Brigadier-Chef Alexis Vastine, un trophée remis chaque année aux meilleurs sportifs militaires français. Le premier lauréat, en 2015, n'est autre que Martin Fourcade. Alors, en 2016, à Rio, l'équipe de France de boxe réalise son meilleur résultat olympique de l'histoire avec six médailles, dont deux en or. Les boxeurs français évoquent ouvertement le souvenir d'Alexis comme source d'inspiration. Le frère, Adriani, devient quant à lui champion de France amateur en 2015. Et son entraîneur, Jean Savarino, dira de lui qu'il symbolisait à la fois la grâce, la technique, la tactique, qu'il était un modèle et qu'il n'est pas mort sur un rig, mais qu'il restera ce boxeur qui est mort sur scène sous le regard du monde entier. Voilà. Les amis, pour cette petite histoire autour d'Alexis Vastine, ce grand sportif. J'espère que cette petite histoire vous a plu, si c'est le cas n'hésitez pas à la partager bien sûr, à la liker. Dites-nous également en commentaire si vous vous souvenez d'Alexis Vastine, de Pékin, de Londres, ou est-ce que c'était peut-être la première fois que vous entendiez ce nom ? En attendant, nous on se retrouve très vite pour une nouvelle petite histoire, et d'ici là on vous attend sur les réseaux sociaux et sur le Patreon de La Petite Histoire pour nous aider dans ce projet de podcast. Salut !