Speaker #1Bonjour, c'est Nathalie Paszko, tailleur de pierre. Alors, mon rôle actuellement dans cette aventure, c'est d'avoir intégré l'association Suivez la Flèche, qui a donc un projet en cours de réalisation. Donc moi, le poste qui m'est pour l'instant destiné, c'est d'être artisan médiateur. tailleurs de pierre. Je serai amenée à parler avec le public, à avoir des échanges avec eux sur les techniques que vont employer les tailleurs de pierre sur place. Et puis donc, je suis là pour avoir vraiment une relation, une passation de notre métier avec le public, en fait. Alors moi, je n'ai eu aucune formation technique par rapport à ce qu'on me demande de faire. Il suffit en fait d'être assez ouverte. chaleureuse envers les gens et puis d'avoir la facilité d'expliquer son métier en fait. En fait, sur ce chantier visitable, on reprendra les techniques de travail du XIIe siècle, c'est-à-dire avec très peu de matériel. On aura vraiment un matériel de base et c'est cette relation qu'on veut faire voir aux gens, c'est de leur expliquer, de leur montrer visuellement comment à l'époque du XIIe siècle, les tailleurs de pierre travaillaient et avec quels outils en fait. Cette année, une nouvelle année commence aussi. On a démarré début mars. Donc là, cette année, avant l'ouverture du chantier visitable et la transformation de notre petit jardin et notre rotonde, nous sommes amenés à travailler avec des écoles, des associations, beaucoup de la région de Saint-Denis en fait. Et on est là dans un milieu aussi assez culturel. On se fait découvrir, on leur apporte des choses. apporte aussi un petit peu d'évasion. Et donc cette année, nous proposons des ateliers en visite jumelée avec la Basilique de Saint-Denis où l'autre choix, c'est que toute personne et enfant à partir de 6 ans peut s'inscrire pour faire un atelier de découverte avec nous. Donc il aura une petite initiation d'une heure, d'une heure trente et donc ils peuvent venir s'inscrire sur le site de Suivez la Flèche. et se réserver un petit créneau de taille de pierre. Il y a aussi la forge avec les taillandiers qui nous fabriquent de très beaux outils. Nous faisons actuellement des sessions et nous donnons aux enfants des repères sur ce qu'étaient nos métiers il y a très longtemps. Un après-midi, on reçoit une classe d'élèves qui a à peu près 8 ans. Et puis donc, souvent, ils attendent. atteignent quand même 25, 30 élèves. Donc, on les divise en deux groupes. Un groupe qui va donc passer une heure à la forge et un groupe qui passe une heure avec moi à la taille de pierre. Donc, je passe vraiment un moment avec chacun des enfants. Je suis là auprès d'eux, je les aide. J'adore travailler avec les enfants. Et une fois qu'on a fini notre petite session, souvent, ils viennent me remercier, ils me disent au revoir, à bientôt. C'était génial, c'était super. Et ce jour-là, en fait, j'ai une petite fille qui est venue et qui m'a attrapée, qui m'a serrée très fort et qui m'a dit « Nathalie, tu ne m'oublieras pas » . C'était trop chou. On sentait que c'est une petite fille qui avait vécu sûrement des, je ne sais pas, elle a dû découvrir des sentiments, des... Je veux dire, elle a été captivée, je pense, par ce qu'elle a fait. Et en fait, ça a dû lui procurer un bonheur immense. Et je pense qu'elle avait besoin de me le faire savoir, en fait. Elle avait envie que quelqu'un sache qu'elle avait partagé un très bon moment, en fait. Mais ça m'est arrivé d'avoir un enfant autiste une fois. Et en fait, on arrive avec de la patience à le faire découvrir et à le faire manipuler de la pierre quand même. Même si certains enfants sont très réticents quand ils arrivent. Boudent aussi des fois parce qu'ils se disent que jamais ils y arriveront. Et en fait, il y a des enfants qui vont se mettre en retrait un petit peu. Donc déjà, visuellement, je les regarde et je sais qu'il y aura besoin d'un petit démarrage. On arrive à les définir quand même quand les enfants arrivent, aussi bien les adultes. Et en fait, je sais qu'au bout d'une heure, je n'arrive plus à les arrêter. Une fois qu'on les a canalisés, qu'on les a lancés et qu'on est près d'eux, qu'on les accompagne, le temps passe, ils ne s'en rendent même plus compte. Et puis en fait... Tout le monde quand même repart avec une belle petite réalisation personnelle. Alors, en tant qu'enfant, ils ne se permettent pas par rapport à, alors, peut-être le fait que je sois une femme, parce qu'ils ont quand même bien compris, souvent ils me disent « vous devez avoir de la force » . Et en fait, je leur montre qu'il n'y a pas besoin d'avoir non plus une force physique très masculine pour arriver à tailler de la pierre. Et en fait, même un enfant. qui est réticent et qui n'a pas envie de tailler de la pierre, je n'en ai jamais côtoyé. Parce que quand je vois qu'ils n'osent pas toucher les outils, je me positionne derrière eux, je leur demande l'accord de leur prendre leurs deux mains, de positionner les miennes dessus, et c'est moi qui leur montre le geste technique. Après, on peut aussi parler du côté religion, mais alors vraiment, dans la grande ligne, c'est qu'à Saint-Denis, j'ai énormément de public. adulte, enfant de tout horizon et de toute origine. Et nous sommes dans un lieu catholique, en fait. Je n'ai jamais aucun souci de religion. Quand on arrive dans cet endroit, qui est donc religieux à la base, ils y viennent vraiment pour y découvrir un métier, pour y passer un bon moment. Et peu importe de quelle religion on est et à quel endroit on se trouve, en fait. Là, il n'y a aucune barrière, en fait. C'est vrai que je ne suis pas... pas très grande physiquement. Et souvent, les garçons me disent « Oh, mais madame, c'est un métier de garçon ! » Et en fait, il suffit que je leur explique, que je leur montre que je suis capable de faire la même chose. Et en fait, la plupart du temps, ils me font cette remarque, mais peut-être sans jamais avoir vu un tailleur de pierre. Ce qui fait que la plupart du temps, je suis sûrement la première personne qui leur montre ce métier. Donc oui, par leurs oreilles, ils ont entendu que c'est un homme souvent qui est le tailleur de pierre et que là, le fait qu'ils arrivent et qu'ils se retrouvent face à une femme, ça les surprend un petit peu. Mais ils oublient très vite, une fois qu'ils sont dans la pratique, ils ne font plus de différence entre la femme et l'homme. Je me rends compte que les enfants jusqu'à un certain âge, jusqu'à 8-10 ans, ils sont très réceptifs. à ce qu'on leur explique, ce qu'on leur montre et ce qu'on leur dit. Par contre, quand on arrive chez des jeunes ados, ils ont tout de suite une perception du monde qui est différente en fait. Et une ou deux fois, des garçons souvent m'ont dit « Mais madame, votre métier, vous gagnez beaucoup d'argent ? » Parce qu'ils s'imaginent que quand on travaille sur un monument historique, qu'on a une reconnaissance un petit peu publique. Et en fait, moi déjà, quand je leur... posent la question « ça vous a plu ? Est-ce que vous aimeriez vous être tailleur de pierre ? » Souvent, c'est bon non, parce qu'ils n'ont pas envie de rentrer dans un métier manuel, mais souvent la réponse c'est « combien vous gagnez ? » Donc quand on leur explique que c'est un travail quand même de précision physique et qu'il faut être travailleur. Il ne faut pas s'aviser de manquer des journées de travail ou être malade régulièrement. C'est quand même un métier où on a besoin d'être sur les projets. En fait, ils sont vraiment intégrés dans ce monde assez virtuel. D'où ils s'imaginent que l'argent se gagne très facilement. Et que de toute façon, eux, tout ce qu'ils veulent, c'est gagner au moins 3 000 euros par mois. Donc quand on a 12 ans, 13 ans, 14 ans et qu'on se dit déjà... Moi, je ne travaillerais pas en dessous de 3 000 euros par mois. On voit bien la différence, en fait, d'un enfant qui est très jeune, à qui on peut inculquer des valeurs, à qui on peut expliquer et démontrer la vie, et des ados qui ont très facilement accès aux réseaux sociaux et qui, donc, eux, rentrent quand même dans une perception du monde qui est vraiment différente. Contrairement aux adultes, quand j'ai des adultes qui, donc, s'offrent une visite, et une expérience, donc un petit atelier de pierre avec moi. À tout âge, que ce soit des trentenaires, des sexagénaires ou même des personnes d'un certain âge. Moi, ce qui me plaît en fait chez eux, c'est qu'ils se rendent compte qu'il existe des métiers où on aime notre métier et qu'on le fait par passion, par amour. Et souvent, je les sens un petit peu envieux de ce moment-là parce qu'ils sont à me dire... « Oh ! » Vous en avez de la chance. Or, c'est beau de passer ses journées à manipuler la pierre. Après, le mien est encore un petit peu plus particulier parce que je suis médiateur, je parle beaucoup avec le public et je fais de la démonstration. Après, voilà, je leur explique quand même la différence. Je ne suis pas dans un atelier, je ne suis pas sur un chantier tous les jours. Il faut aussi subir les intempéries. Mais c'est vrai que là, ils arrivent quand même à se rendre compte que dans un monde très... speed, en fait. Maintenant, on vit à 100 à l'heure et ils se rendent compte qu'en fait, on peut encore vivre d'un métier où là, voilà, on est hors du temps présent, en fait. On est présent, mais dans un autre temps. En fait, c'est, je sais pas, on est en parallèle entre le présent et un monde qui est complètement différent. Maintenant, le plus grand défi dans cette aventure, c'est de voir la fin du projet, la reconstruction de la flèche. et de voir cette belle cathédrale basilique refaite comme elle l'a été pendant des siècles et des siècles. Donc oui, ça va être des paliers, des étapes de travail, mais une très belle aventure, je pense.