Speaker #1Bonjour, moi c'est Pascoe Nathalie et je suis tailleur de pierre. Pour moi, ma définition du tailleur de pierre, c'est une personne qui va pouvoir transformer une pierre. classique, un morceau de roche en fait, un bloc, donc qui n'a, on peut dire, aucune forme, ou qui aura un début de forme de six faces. Plus ou moins lui donner une seconde vie, parce qu'on va la transformer, elle n'aura plus la même apparence, elle n'aura plus le même poids, elle aura vraiment une différence visuelle d'un départ au final en fait. Donc après, on peut la transformer à la demande, suivant ce qu'on va nous demander. Ça peut être des moulures, ça peut être des sculptures, ça peut être des gravures. Et donc oui, pour moi, elle est vivante, on va la faire vivre autrement, mais elle aura un nouvel aspect, elle servira sûrement, elle aura sa propre fonction définie, je pense. Ce métier met aussi en valeur un métier ancestral avec un savoir-faire que l'on essaye de réapprivoiser dans notre monde actuel. Il valorise le patrimoine et contribue à le maintenir en vie. Alors moi, j'ai un parcours professionnel assez... cours. En fait, c'est une reconversion professionnelle qui a été faite en huit mois pour obtenir un titre professionnel de tailleur de pierre avec le maçonnage, je crois, puisqu'on est quand même capable de monter un mur, de le démonter, de déjointer une façade, de démonter une fontaine et puis la remettre en place, la rénover. Donc, en huit mois, on obtient un diplôme qui consiste à aussi passer une partie Sortie chez un patron qui va nous prendre et faire le relais entre l'école et lui, on a un petit quart d'atelier. Donc après, ce qui est bien aussi, c'est que sortie de l'école, quand on est en apprentissage, on a vraiment intégré l'équipe qui est sur place, c'est-à-dire qu'on peut accéder à des postes différents dans l'entreprise. Donc on peut se servir des machines de coupe. Il y en a pas mal de différentes. On apprend les techniques de coupe, la taille, l'équerrage. On peut aussi aller sur les chantiers. Il faut savoir charger du matériel dans un camion, les échafaudages, il faut les monter. Et donc voilà, il y a tout un parcours. En fait, une journée n'est jamais identique d'un jour à l'autre. À l'atelier, on peut vraiment se spécialiser dans une partie, dans un domaine. Parce que quand les tailleurs de pierre sont sur des blocs, on va dire... qu'il y en a un qui sera peut-être plus précis sur les coupes, les grosses coupes. Donc, il aura tendance à commencer le travail. Et après, on va dire que le second, il va être plus à l'aise sur des moulures, sur des tailles précises. Donc, on va déterminer quand même que chacun a son propre travail à l'atelier. Ce n'est pas tout le monde fait tout. C'est un petit peu une petite chaîne où ils organisent leur travail de manière à ce que ce soit vraiment des commandes livrées à temps. Moi, j'ai fait un petit peu tout. J'ai appris à utiliser des grosses machines de coupe. Donc, quand le bloc sort de carrière, il nous est livré. En fait, on a comme des gros chariots sur un rail, comme un morceau de wagon. Et puis, en fait, on doit fixer le bloc dessus. Donc après, il y a encore une technique. On doit laisser de la poudre de coupe pour faire un lit. On pose deux poutres et puis le bloc se met encore au-dessus de cela. pour qu'il y ait une protection, en fait. Ensuite, il faut savoir ajuster la largeur de la lame à la mesure exacte d'où on veut que ce soit coupé. Après, il faut savoir maîtriser les boutons et la manivelle. Et puis voilà, il faut surveiller la machine qui ressemble, on va dire, à une lame géante de tronçonneuse. Voilà. Et il faut, en fait, une fois qu'on a maîtrisé ça, on peut se permettre de travailler à côté, outre de tailler une... pierre ou un bloc parce qu'en fait Ce métier, il y a des sens qui se développent. Lui, la vue et le toucher. Ça peut être l'odeur aussi, mais rarement. On va sentir les textures de poudre quand même. Et en fait, quand la machine de coupe, quand la lame commence à s'enfoncer dans le bloc, elle a un bruit. Et plus la lame va descendre, plus le bruit va changer. C'est un petit peu comme une musique, une mélodie. Et en fait, nous, on est habitués à entendre ces bruits-là. Ce qui fait que si la lame ne déraille pas ou ne bloque pas, en fait... On peut faire autre chose parce que le bloc peut mettre plusieurs minutes, voire une heure, voire plus à être découpé. Donc en fait, on se serre nos oreilles pour ce qui est de la grosse coupe. En fait, le métier est très précis. On travaille au trait, au millimètre. Quand on nous demande de mettre une pièce de 10 cm sur 20 cm, ce sera 10 et 20, ni 10,1 ni 20. ou 19,9. On doit être précis, vraiment, au millimètre. Parce que c'est... Quand on nous demande un travail, c'est comme ça. Je veux dire, il y aura un joint qui sera posé, il y aura une hauteur. On peut toujours rectifier. Même sur du 0,5 millimètre, on peut rectifier. Mais c'est juste que c'est ce métier qui veut que quand on nous passe une commande, on nous donne des chiffres, il faut les respecter. C'est une notoriété. c'est le savoir-faire et c'est un travail de précision. La taille, encore, on va dire, ça peut être très précis, mais s'il y a une reproduction de sculpture, il faut vraiment être précis à la perfection. Alors, ma reconversion professionnelle, elle est due à un souci de santé. Ce qui a fait que je ne pouvais plus exercer mon métier qui était un petit peu lié à la restauration, l'organisation, la réception, tout ce qui touche à l'hôtellerie aussi. Et donc, suite à ça, j'ai eu des complications de santé et on a donc dû me réorienter. Donc là, c'est une grosse décision à prendre puisque quand on a atteint 47-48 ans et qu'on n'a fait qu'un métier, entre guillemets, il faut donc... trouver une réorientation, c'est-à-dire se projeter dans un nouveau métier. Alors il faut, pour cela, intégrer une formation où on nous permet de faire un point sur nos affinités, sur nos qualités, nos défauts, sur ce qu'on a peut-être rêvé de faire et qu'on n'a pas pu réaliser. Et puis en fait, on est amené, on est suivi dans cette formation. En fait, on réintègre On refait une remise à niveau et c'est de là qu'en fait, on peut s'auto-analyser, définir un petit peu nos envies. Et après, c'est à nous aussi de faire des recherches parce qu'il faut bien évidemment monter un dossier. Il faut faire des recherches et après, on découle un résultat positif si on trouve la formation et si on trouve aussi un patron. Alors... Moi, je me suis orientée vers la taille de pierre parce qu'à la base, j'avais ce besoin d'un travail quand même assez manuel. J'aime les couleurs, sachant que dans la pierre, il y en a très peu, mais elles en ont quand même. En fait, j'aime manipuler. Je suis très organisée. Je peux être très précise dans ce que je fais. Et en fait, j'aime un petit peu les défis. Et donc, à la base, je m'étais orientée. Je me suis dit que le vitrail... Les couleurs, ça me plairait beaucoup. Et que je savais aussi que dans le vert, il y avait des aspérités différentes. Et bon, après, voilà, il faut aussi manipuler du plomb. Il y a des dessins à faire, il y a des choix à faire. Et voilà, moi, j'aime ce domaine-là, en fait, la création. Et en recherchant une vie trahiste, elle m'a expliqué quels étaient les inconvénients de ce métier dans notre monde actuel, puisque le débouché... et minime, en fait. Le diplôme est assez simple à obtenir, mais le débouché derrière est assez compliqué. C'est un domaine fermé. Et elle me dit que son compagnon est donc tailleur de pierre, premier ouvrier de France. Sachant qu'il y a des carrières à proximité de chez elle et de chez moi, elle me propose tout simplement d'y réfléchir et éventuellement de voir si ce serait un domaine qui me plairait. Et puis, comme je suis assez ouverte, Tatoo. J'ai fait mes petites recherches et puis il s'est avéré que oui, j'ai trouvé une école à côté de chez moi et que j'ai pu y accéder et que j'ai aussi trouvé l'entreprise qui m'accueillerait lors de cette formation. Donc voilà, ce petit chemin s'est fait tout seul. Vraiment, ça a été une découverte parce que c'était inattendu en fait. Alors oui, la petite anecdote sur mon métier actuel. Alors c'est que j'ai toujours aimé le les reportages archéologiques, les reportages sur l'Égypte. J'ai toujours aimé les vieilles pierres, j'aime beaucoup visiter des églises, des choses comme ça. Mais voilà, après, ça reste une petite passion. Et en fait, je me rends compte maintenant que ce métier, je ne sais pas s'il m'était destiné, parce qu'en fait, j'ai quand même été propriétaire et j'ai vécu 20 ans dans une maison troublodite. Donc je vivais à l'intérieur d'une roche et c'était une très belle maison, très agréable et c'est un vrai petit cocon. Alors moi, là, actuellement, j'ai intégré l'équipe de Suivez la Flèche. Donc je travaille avec un collègue. Plusieurs, puisqu'il y a quand même aussi des personnes qui viennent régulièrement nous voir. Alors en fait, moi je suis la dernière arrivée dans cette équipe. Voilà, donc l'association Suivez la Flèche a un très gros projet, mais en dehors de cette activité professionnelle, il m'arrive très régulièrement de retourner dans l'atelier où j'ai fait entre guillemets ma formation en alternance. Et en fait... Je suis autodidacte et sculpte aussi pour mon plaisir. Je suis aussi micro-entrepreneur, ce qui me permet éventuellement, sur une demande particulière, soit d'être médiatrice sur une petite prestation avec des enfants ou des adultes. Donc, je peux le faire. Et je peux aussi éventuellement, si on me commande une lampe, une sculpture et que je peux la créer, la réaliser, je peux aussi donc me permettre de le faire. Alors, je n'ai pas mon propre atelier, mais j'envisage d'en avoir un peut-être d'ici une petite année, je pense. Je n'ai pas d'atelier actuellement puisque je vis en appartement, dans un tout petit appartement au premier étage qui est une vraie petite caisse de résonance et donc si je devait mettre juste un petit coup de massette sur une pierre, je pense que mes voisins ne seraient pas contents du tout. Donc non, en appartement, c'est impossible. Il faut de l'espace. C'est quand même très salissant, dans le sens où vous avez une poussière constante en continu. C'est bruyant. On peut dire que c'est bruyant. Vous travaillez en plein air, ça va, mais vous travaillez dans un lieu fermé, il y a tout de suite une résonance où il est adapté. de porter un casque quand même. En fait, mon approche personnelle de ce métier, c'est que la pierre et moi, en fait, on ne fait qu'un. Quand je travaille sur un bloc, un caillou, en fait, j'apprends à le connaître. Et tous les jours, on vit une relation avec, parce qu'on le découvre, on l'apprend, il a un son différent, il a une texture différente. Et en fait, moi, je trouve que c'est une relation unique. C'est un moment où on est complètement en symbiose. On oublie le temps, on oublie l'espace. En fait, on se vide la tête, on apprend à être précis, à savoir se canaliser aussi. Et je me rends compte que quand je fais des ateliers, que ce soit avec des adultes ou des enfants, ils ont toujours un petit temps d'adaptation. Un quart d'heure, vingt minutes. Ça peut papoter, ça peut rigoler. Et d'un seul coup... on va entendre une mélodie de massettes et de ciseaux où là, vous vous rendez compte que ça y est, ils ont oublié le temps, ils ont oublié le lieu et ils sont complètement connectés à ce qu'ils font. Donc c'est quand même un métier très, très plaisant.