Speaker #1Alors, je m'appelle Delivrance McKinson et je suis né en Haïti pendant la dictature du Valier. Et du coup, ça m'a amené à venir en France à l'âge de 3 ans. Et comme je te disais dans l'épisode 1, je suis venu dans un petit village qui s'appelle Larny-sur-Automne en Picardie. Merveilleux village d'ailleurs. Il y a une petite église qui me fascinait parce que son clocher est penché et c'est l'église de Saint-Denis. Et j'étais fasciné par ce clocher et par cette magie de voir ce clocher penché qui ne tombe pas. Et on voit que c'est les... Les premiers essais, il me semble, il y a plusieurs arcs boutants. Et je pense que c'est les premiers essais avant de bâtir la cathédrale, puisque c'est un village du XIIe siècle. Et c'est là où on a exprié la pierre pour aller bâtir Paris, puisque c'est juste à côté de Saint-Maximin. Et du coup, j'ai passé mon enfance dans les pierres, dans les carrières. Et mes parents avaient cette carrière. C'était au fond du jardin. Et du coup, j'ai grandi dans les carrières de pierre et passé notre temps dans les carrières. Et c'est comme ça que le mot carrière m'est devenu familier. Et puis en fait, je pense que dès l'enfance, c'était déjà inscrit, comme si je devais déjà être ailleurs de pierre, comme si mon chemin était... déjà tout tracé. Et je suis venu dans ce métier par passion et puis un peu par hasard, mais pour mon amour des pierres et des cathédrales. Mon rôle dans l'aventure de Saint-Denis, c'est que c'est cette cathédrale qui m'a toujours fasciné depuis l'enfance. Je me souviens, à l'école, déjà, on nous parlait de Saint-Denis, mon joie, et on nous parlait des rois de France, on nous parlait de Saint-Denis. Et il y avait cette petite église à l'arnie sur Auton qui s'appelait Saint-Denis. Et puis, quand je rentrais dans cette église, je voyais une statue avec un homme qui avait la tête. coupé qui la tenait entre ses mains. Moi en France, je ne comprenais pas trop cette image, mais bon je sais que ça me marquait Saint-Denis. Et après une fois arrivé sur Paris, j'ai compris que cette cathédrale, je ne sais pas, elle m'a attiré comme si elle m'avait appelé, comme si je faisais partie de ses bâtisseurs ou de ses enfants quelque part. Il y avait Notre-Dame qui m'a fasciné, qui m'a pris comme un fils. Mais cette cathédrale, le fait qu'elle soit déjà la première cathédrale et que ça soit à l'abbé Suger, rendez-vous entre la pierre, le vitrail et le métal. Ça me fascinait, tous les rois de France, les gisants. Et puis l'histoire, l'histoire de France, ça m'a toujours passionné. Et du coup, je me suis senti attiré comme un aimant à cette cathédrale. Et j'ai l'impression que c'était réciproque. Et du coup, il y a plusieurs années de ça, j'ai décidé d'habiter à Saint-Denis pour être plus proche de la cathédrale. Et le fait qu'on m'a appelé un jour, qu'on est venu à moi pour me proposer de travailler à la restauration de cette cathédrale et puis de rebâtir la flèche, ça m'a beaucoup ému. Et j'ai dit oui tout de suite parce que je me reconnais à Saint-Denis. Et puis surtout, c'est que dans Saint-Denis, j'espère que j'ai participé. Et que je continue à y participer, c'est de faire une ville belle. Parce que Paris, à l'époque, si j'ai bien compris, dans les livres d'histoire et dans tout ce qu'on s'est dit, Paris, c'était la banlieue de Saint-Denis. Et tout se passe à Saint-Denis. On partait de Saint-Denis pour aller chercher le riz flamme, pour partir en croisade. Les rois de France voulaient être là-bas. Donc, il y a un côté mystique. Et j'ai beaucoup d'affection pour cette légende, pour cette histoire de Saint-Denis, et Sainte Geneviève, et Sainte Clotilde. Et le fait que ce soit la première cathédrale, ça me touche beaucoup. Et du coup, j'espère avoir marqué Saint-Denis parce que quand j'avais dit que j'allais habiter sur Saint-Denis, autour de moi on me disait, mais attends, on habite Saint-Denis comme si c'était toujours sa crainte là-bas. Et par les médias, ça avait toujours été décrit comme un lieu perdu, enfin délaissé, un lieu infréquentable. Et du coup, j'aimerais qu'on en parle différemment. Maintenant, avec la reconstruction de la flèche, de la basilique cathédrale, je pense que le monde entier va en entendre parler mais d'une façon plus séduisante. plus sexy, plus esthétique. Et puis, pour ce qu'elle est, elle est une belle ville. C'est comme un petit village. Une fois qu'on est en Saint-Denis, tout le monde se connaît. C'est toute l'histoire qui se retrouve dans cette ville. Mon rôle dans le projet de reconstruction de la flèche de Baptiste Saint-Denis, c'est d'être tailleur de pierre, de raconter mon parcours de tailleur de pierre. Et puis, surtout de faire découvrir ce métier dont on a un peu parlé au final. On connaît peu de noms, peu de prénoms de tailleur de pierre. Ils ont été des bâtisseurs, ils ont bâti des monuments fantastiques qu'on aime et qu'on idolâtre et dont on est fier. Et en fait, on n'entend jamais parler de ces personnes, ils sont dans l'ombre. Et mon rôle, c'est de mettre de la lumière sur ces ombres, de rajouter, de parler de ce métier extraordinaire qu'est la taille de pierre, de parler de l'histoire et puis surtout de transmettre à tous les gens. Tout le monde, toute catégorie d'âge, le métier de la taille de pierre. En fait, mon rôle, c'est de montrer que si quelqu'un taille une pierre, tout le monde peut arriver à tailler cette pierre et qu'on en sort grandi. Si on taille une pierre, ça change notre regard déjà sur les bâtiments, sur les monuments, sur l'histoire et puis sur nous-mêmes. Parce que quand on taille une pierre, on grandit, on en sort, il me semble, plus fort et plus grandi, on se surpasse. Parce qu'il me semble que tailler une pierre, c'est un peu ce qu'il y a de plus dur. Il y a d'autres métiers, bien sûr, qui sont harassants, mais... c'est se surpasser, c'est comme si on rentrait dans nous-mêmes et on se dépassait, du coup on en sort grandi et c'est ce qui me plaît dans mon rôle de la taille de pierre, de transmettre ce savoir et puis que tout le monde en sorte grandit et est ému avec un regard nouveau sur le bâtiment et sur le métier de tailleur de pierre et sur ces tailleurs de pierre qui sont restés dans l'ombre Mon plus grand défi, c'est de montrer que Saint-Denis, c'est autre chose qu'une banlieue crénios, et de montrer que Saint-Denis a une histoire magnifique derrière elle, et puis devant elle aussi. Et aussi, c'est le fait d'être haïtien. Alors à la radio, on ne voit pas, mais chez... voilà, je suis un renoua. Et du coup, de montrer aussi que la taille de pierre, ça fait partie du monde entier. La taille de pierre n'a pas de couleur de peau. C'est tout le monde. On a taillé la pierre partout, d'ailleurs, les Égyptiens en premier. Et mon rôle, c'était de montrer aussi que, comme on est dans une mixité à Saint-Denis, que la taille de pierre fait aussi partie de cette mixité-là. Parce que c'était un combat pour moi aussi, en tant que tailleur de pierre, quand j'ai commencé dans le métier, je crois qu'on n'était que deux ou trois personnes de couleur. Et du coup, on me l'a bien fait comprendre. On m'a souvent reproché, j'ai dû me battre. Je ne me plains pas, mais j'ai dû me battre pour montrer que, je ne sais pas, d'où tu me juges, tu juges ma couleur et tu ne juges pas mes actes et puis mon travail de tailleur de pierre. Et c'est ce qui était le plus grand combat. Et comme je dis, le plus dur, ce n'est pas de tailler la pierre, c'est les relations humaines. C'est vraiment, c'est encore plus dur que la pierre. C'est ça, le plus grand défi, c'est d'être confronté aux relations humaines. Parce que la pierre en elle-même, elle ne parle pas. Au contraire, elle a des millions d'années. Et souvent, je me dis qu'elle attendait ces millions d'années pour être travaillée par nous. Donc du coup, c'est un... C'est un amour pour le sédiment, pour l'histoire, pour le monde, pour la nature. Du coup, voilà, c'est ça, un de mes plus grands défis, c'est de montrer que la pierre, c'est de l'amour qu'on donne aux autres, de l'amour du regard. Et puis, quand on regarde une cathédrale, il faut aimer, il faut aimer l'autre. C'est la séduction, il faut aimer l'autre. Faire des choses belles, comme ça, des témoignages d'esthétique. C'est vrai que j'ai eu la chance de croiser avec cette aventure vraiment beaucoup, des milliers de personnes. je ne les ai pas racontées, mais vraiment beaucoup de personnes, d'enfants, de jeunes, de tout âge, et c'est vrai que j'ai vu beaucoup de personnes me dire qu'ils souhaitaient faire cette profession, que ça les a émus de travailler avec une massette et un ciseau. Alors le ciseau, c'est pour tailler la pierre ou la poitrole, et c'est vrai qu'à l'heure où tout est numérique, où on est sur les portables, on est sur les ordis, des fois je disais, je suis encore à l'âge de pierre, et c'est ému de se redécouvrir parce qu'on l'ignore, et si on ne le sait pas, c'est de réveiller en nous ce côté manuel, et puis... qu'on a en nous et susciter des vocations, des passions. Je l'espère. En tout cas, beaucoup de personnes m'ont dit qu'elles avaient aimé et qu'elles aimeraient continuer dans cet ouvrage.