- Alexandra, AS EHPAD Marnaz
Oui, c'est jusqu'à la fin de vie, mais avant la fin de vie, il y a de la vie.
- Charlotte, IDE court-séjour gériatrique
La gériatrie, c'est pas ce qu'on pense et ne vous fiez pas à ce que vous entendez tout autour.
- Voix-off
La gériatrie, c'est pas ce qu'on pense. C'est une infirmière du court séjour gériatrique qui le dit. Et c'est peut-être la phrase qui résume le mieux cet épisode. Parce que, quand on parle de la prise en charge de la personne âgée, une image perdure, de couloirs silencieux, de la maladie. et de la fin de vie. Cette vision, un peu triste, ne reflète pas vraiment la réalité. C'est pourquoi on est allé voir. On a poussé les portes des EHPAD, du service de court séjour gériatrique, de l'équipe mobile de gériatrie. On a rencontré des aides-soignantes, des infirmiers, des médecins, une animatrice, une résidente. Ce qu'ils nous ont raconté, c'est une histoire de patience et d'œil aiguisé, de technique et d'humanité, de projet fou et de fin de vie magnifique. Bienvenue dans la salle de pause, le podcast du centre hospitalier Alpe-Léman. Commençons par ce que la gériatrie n'est pas. Alexandra est aide-soignante à l'EPAD de Marnaz. Et s'il y a bien une chose qu'elle aimerait qu'on arrête de croire, c'est celle-là.
- Alexandra, AS EHPAD Marnaz
En fait, je pense que la personne âgée, on la voit vraiment malade, souffrante, dans un lit. Voilà, c'est très cliché. et en fait... pas du tout, il y a beaucoup d'humanitude bien sûr, mais de relationnels et des fois de s'asseoir à côté d'eux et qu'ils nous prennent la main qu'ils nous racontent leurs histoires que nous ça nous paraît improbable parce qu'on va peut-être jamais vivre ce qu'ils ont vécu je trouve ça vraiment passionnant c'est quelque chose de beau c'est une richesse en fait on nous dit aussi beaucoup à l'école il ne faut pas trop s'attacher il faut faire attention il faut vous préserver alors on entend à demi-mot Parce que forcément, quand c'est notre quotidien, on passe plus de temps ici avec eux qu'avec notre propre famille. Il faut venir voir, il faut enlever tous ces clichés. Oui, c'est jusqu'à la fin de vie, mais avant la fin de vie, il y a de la vie. Et je pense que c'est important de mettre le point dessus.
- Voix-off
Avant la fin de vie, il y a la vie. C'est peut-être la meilleure porte d'entrée pour comprendre ce métier. Direction l'EHPAD de Bonneville, où Ophélie et Nicolas nous racontent ce que ça veut dire concrètement, prendre soin d'une personne âgée au quotidien.
- Ophélie, AS EHPAD Bonneville
Il faut être patient dans tout, parce que leurs gestes sont quand même aussi au ralenti. Pour ceux qui ont la chance encore de marcher, ils se déplacent lentement. Tout est au ralenti, on va dire même la parole. Donc il faut être patient, il ne faut pas être pressé, il ne faut pas être stressé. Des fois c'est un peu long et ça va avec le vieillissement et tout. Et nous on doit aussi respecter les habitudes de vie, c'est ça. Ça aussi, je pense que c'est une compétence qu'on a, parce qu'on doit respecter les habitudes de vie chacun en individuel, et ils sont quand même nombreux. Donc c'est vrai qu'il faut se rappeler de tout. On a aussi ces compétences-là de connaître tout le monde vraiment personnellement. Puis on a un rôle quand même important, on maintient une certaine autonomie, et il y a même des personnes qui arrivent du domicile. qui sont mieux après, quand ils ont un petit moment qu'ils sont là, ils sont quand même mieux parce qu'on leur réapprend des gestes qu'ils ne faisaient plus. Tout ça, on a aussi, il n'y a pas que des gens qui régressent, en tout cas, il y a aussi des gens qui progressent vraiment quand ils intègrent l'établissement. Ça, c'est vraiment quand même une fierté. Et on a quand même plein d'exemples vraiment de personnes qui sont, même des gens qui sont arrivés en fauteuil roulant et qui marchent maintenant. Je ne dis pas qu'ils font le tour de l'EHPAD en courant, mais en tout cas qu'ils reprennent de l'appui, qu'ils marchent un peu. On a des personnes qui ne savaient plus du tout faire, ne serait-ce qu'une toilette, se laver le visage et qui le font tout seuls maintenant. Même des fois, sans qu'on leur dise, ils reprennent des réflexes qu'ils n'avaient plus. Et c'est vrai que ça, c'est quand même une fierté pour nous.
- Voix-off
Cette fierté du progrès, elle passe aussi par une autre compétence, savoir s'adapter à chacun. infirmiers dans le même établissement en parlent comme d'une nécessité de tous les instants.
- Nicolas, IDE EHPAD Bonneville
L'adaptabilité, parce que chaque personne est unique et chacun a son état de dépendance ou non, ou même de compréhension au niveau cognitif. Donc c'est aussi à nous de nous adapter, d'adapter le dialogue, la posture, les gestes. C'est tout bête, mais en exemple comme ça, c'est au niveau du repas, au niveau de l'installation à table. Certaines personnes... Vous nécessitez par exemple d'être accompagné par les assistantes pour les deux repas, donc il faut mettre en place cette organisation-là. D'autres peuvent en manger tout seuls. Mais certains vont devoir être un peu plus isolés pour certaines problématiques ou par choix, parce qu'ils préfèrent être un peu plus isolés. Donc il faut prendre cette demande aussi en compte. Il y a la vie en communauté, donc avec les, je ne vais pas dire contraintes, mais les obligations, par exemple les heures de repas qui sont fixes ou autres. Mais ce n'est pas pour autant qu'on ne peut pas quand même essayer de personnaliser le plus possible.
- Voix-off
Ce quotidien, fait de patience et d'attention, cache aussi une vraie technicité. Parce que soigner une personne âgée, ce n'est jamais soigner un seul organe. Et Caroline, infirmière, en parle comme d'un art de l'observation.
- Caroline, IDE EHPAD Marnaz
Sur n'importe quel organe, il faut être capable de pouvoir observer. Et puis on a très rarement des cas d'école sur la personne âgée, notamment sur la personne âgée démente, où il faut savoir lire à travers les lignes, ou quelqu'un qui n'a plus du tout accès à la communication verbale. Comment nous on va pouvoir se rendre compte que ça ne va pas ? Je pense qu'on a un œil, peut-être qu'on s'en rend un peu moins compte, mais on a un œil aiguisé sur le fait de lire. C'est un peu la carte au trésor tous les jours.
- Claire, médecin gériatre
Il faut toujours avoir un œil partout. Et puis penser que quand on fait quelque chose sur un organe, ça va retentir sur un autre organe. Par exemple, on soigne le cœur, ça va retentir sur le cerveau, sur le poumon, etc. Et donc, c'est vraiment le fait d'avoir un œil partout en même temps dans la prise en charge. Et c'est aussi pour ça que cette spécialité-là, elle est très humaine. Parce que forcément, on sort d'une vision qui serait juste un organe. Et on a forcément cette vision... un peu plus globale, avec un peu plus de recul. Et c'est pour ça que la composante humaine, elle rentre énormément en compte dans nos prises en charge.
- Charlotte, IDE court-séjour gériatrique
Et c'est ça qui fait, je pense, aussi la complexité de la gériatrie. C'est qu'on ne va pas se limiter à un problème. C'est qu'on essaye de voir la globalité. Et en fait, au final, tout s'imbrique, tous les problèmes s'imbriquent. Et on veut faire quelque chose, mais ça, ça va être délétère sur cet autre problème. Et c'est ça, toute la complexité de la gériatrie, mais qui est, je trouve, quand même hyper formatrice au final. puisque... J'ai quand même été dans d'autres services faire certaines missions. C'est pas la même chose, c'est pas la même chose.
- Nathalie, IDE équipe mobile de gériatrie
Tout est intriqué. On peut avoir un chuteur qui va être là, mais parce qu'il va avoir fait une chute, la première chose qui va nous venir à l'idée, c'est surtout des troubles de locomoteur. Mais c'est pas obligatoirement ça. Chez des personnes âgées, ça peut être sur complètement autre chose. Il peut chuter sur un problème aigu avec une infection ou autre. Et ça, ça va nous aider à vraiment démêler un petit peu tout ça.
- Voix-off
Démêler les symptômes, mais aussi démêler une histoire de vie entière. Parce qu'en gériatrie, comprendre un patient, c'est aussi comprendre qui il a été.
- Nathalie, IDE équipe mobile de gériatrie
Je dirais qu'en fait, le fait de connaître leurs histoires de vie et d'aller gratter vraiment au fond de cette histoire de vie, ça nous permet vraiment de connaître leurs habitudes et de savoir ce qu'ils ont toujours fait et ce qu'ils aimaient faire. Et c'est pas sur la fin de vie qu'on va vouloir les faire rentrer dans un moule.
- Voix-off
Une histoire de vie qu'on apprend à connaître avec authenticité, loin de la distance qu'on nous enseigne parfois à l'école. Caroline en est convaincue.
- Caroline, IDE EHPAD Marnaz
On nous formate un peu dans ce côté, oui bon là t'es soignant, t'es là pour sauver de toute façon déjà, donc tu mets ta blouse blanche et tu laisses tes problèmes au vestiaire. Sauf que plus on prend de l'expérience je trouve dans ce milieu-là, et puis on se rend compte que... Bien sûr, il faut toujours une histoire d'équilibre, de dosage, etc. Mais plus on met d'authenticité et plus la relation de confiance, elle est forte, elle est importante et nous, on est satisfaits de notre travail, en tout cas.
- Alexandra, AS EHPAD Marnaz
Il faut savoir, bien sûr, se protéger, mais pleurer aussi, c'est une forme de protection. Et je rejoins Caro, on arrive aussi à communiquer entre nous, à décharger. On rigole beaucoup, on pleure beaucoup, mais ça fait partie du truc et on arrive à doser. Peut-être que certaines situations vont nous toucher plus longtemps, d'autres moins. mais En tout cas, on est ensemble et je pense que c'est important.
- Voix-off
S'attacher, encaisser ensemble, ça mène naturellement à une des questions les plus délicates de la gériatrie, celle de l'éthique face à la fin de vie. Guy, médecin gériatre à l'équipe mobile, en parle sans détour.
- Guy, médecin équipe mobile de gériatrie
On fait beaucoup d'éthique aussi en gériatrie, parce qu'on approche de la fin de vie. Et donc, il y a beaucoup de questionnements sur, notamment des services, sur jusqu'où on va. jusqu'où on va, à partir de quand ça devient de l'acharnement. Et donc on a beaucoup de discussions avec les équipes, avec les familles, pour les faire avancer aussi, parfois avec le patient, s'il n'a pas de troubles cognitifs, bien sûr, c'est lui en priorité. Mais l'éthique est quand même quelque chose qui est prédominant dans notre domaine, et c'est pour ça qu'on travaille vraiment en équipe. Je suis le médecin, mais j'ai besoin de l'équipe. On a besoin de chacun pour prendre une bonne décision. Je pense qu'il faut toujours mettre en balance le bénéfice-risque. Effectivement, parfois on a des familles qui veulent institutionnaliser leurs parents parce qu'il y a un risque de chute trop important, ou ils chutent régulièrement à leur maison. on leur dit bien à l'EHPAD, ils tomberont aussi. Et si on peut mettre des aides en place à domicile qui sont beaucoup mieux à domicile, on essaye d'aller dans ce sens-là, même s'il y a un risque de chute. Parce que, alors bien sûr, on va essayer de mettre une télé-alarme, on va voir s'ils peuvent répondre à la télé-alarme, s'ils n'ont plus la possibilité d'utiliser la télé-alarme. Effectivement, on ne va pas aller dans ce sens-là. Mais s'ils peuvent, oui, on va essayer de maintenir au domicile. Parce que pour eux... Leur domicile, c'est quelque chose de sacré et donc il ne faut pas avoir un autre regard, mais il faut avoir notre regard à travers le regard de la personne âgée.
- Voix-off
Ce regard à travers celui de la personne âgée, Claire, gériatre, a la portée jusqu'au bout un jour pour une résidente qui s'appelait Claude. C'est sans doute l'histoire la plus marquante de cet épisode.
- Claire, médecin gériatre
Il y a un accompagnement qui nous a beaucoup marqué à Marnaz. C'était une dame, mon prénom c'était Claude, c'était une résidente qui était à l'EHPAD déjà, qui était arrivée à l'EHPAD avant moi en tout cas, donc ça remonte à il y a 3-4 ans. Et puis c'est une dame chez qui on avait découvert un cancer du pelvis qui était à un stade dépassé et on était vers le mois de juin et elle savait qu'on ne pouvait rien faire pour son cancer. On avait essayé de... elle faisait des infections à répétition dessus, c'était très compliqué. Et elle avait été un petit peu hospitalisée au cours de ses jours, le temps qu'on fasse le diagnostic. Et puis après, on l'avait reprise à l'EPAD à Marnaz. Et elle voulait absolument voir la naissance de son arrière-petit-fils. Et on avait mis en place tout ce qu'il fallait pour qu'elle tienne l'été, parce que la naissance était prévue en septembre. Et voilà, mais je vais me remettre à chialer parce que j'adore cette histoire. Et donc, on avait tout mis en place pour qu'elle puisse tenir jusqu'à la naissance du petit. Elle était en soins palliatifs et tout le monde adorait cette résidente-là, elle était vraiment gentille comme tout. Et un jour la fille nous a appelé pour nous dire ça y est le petit il est né. Et on a tous dit bon bah ok elle sera morte dans deux trois jours. Et je me rappelle qu'on savait que le petit-fils allait venir présenter lui-même son fils à sa grand-mère de façon imminente. Et je me rappelle être rentrée dans la chambre à ce moment-là. Au moment où il sortait le petit du berceau pour le donner à sa grand-mère, et elle qui était dans une espèce de demi-coma depuis des jours et des jours, je l'ai vue, elle avait les yeux grands ouverts, elle vivait le moment, et elle est morte quelques heures après. Et on s'est dit, waouh, on a fait vraiment un truc de qualité, elle avait un projet. Et on s'est dit, putain, on s'est vraiment investi dans son projet de fin de vie, on l'a tenue pendant deux mois à bout de bras pour réussir à ce qu'elle voit le petit, et on était... hyper fier de notre prise en charge. Et on s'est dit, on peut vraiment faire la prise en charge de qualité en EHPAD sur de la fin de vie, sur du soin palliatif. Et cette patiente-là, moi j'ai sa photo dans mon bureau à Marna parce que c'est un peu ma patiente zéro. C'est la patiente où je me suis dit, on va faire des fins de vie de fou à Marna, on va leur faire des projets incroyables. Ils veulent mourir avec de la musique, ils veulent rentrer chez eux pour leurs dernières heures, ils veulent n'importe quoi. On s'est dit, en fait, il n'y a pas de limite, on peut, pour des fins de vie, proposer des trucs incroyables. Et on a eu d'autres patients après, qui étaient des grands musiciens, et qui sont morts sur la dernière partition, leur dernier souffle, sur la dernière mesure de leur musique préférée, etc. Et en fait, on a fait des accompagnements de fins de vie incroyables, d'une vraie beauté humaine et d'une richesse. On est tous à moitié à pleurer dans l'émotion à chaque fois, parce qu'on a fait vraiment des beaux accompagnements avec des familles qui nous ont vraiment remerciés. Et en fait, moi, cette patiente, Claude, c'est vraiment ma patiente zéro. C'est celle où je me suis dit, on peut vraiment faire des choses incroyables et des fins de vie qui soient belles. Et franchement, toutes les fins de vie qu'on a eues depuis cette patiente-là, Marna, tous les départs qu'on a eus, c'était tous des beaux départs. Et c'est là qu'on sort du technique et qu'on repart dans l'humain. La technique nous a permis de la faire tenir jusqu'à la naissance du petit, etc. Mais c'est là que l'humain prend largement le dessus et qu'on fait des très belles prises en charge. Voilà, c'était l'histoire de Claude.
- Voix-off
Des projets de fin de vie qui n'ont pas de limites. C'est peut-être ça le secret de la gériatrie. Une spécialité toute jeune où tout reste à inventer. Claire nous explique pourquoi c'est justement ce qui la rend si stimulante.
- Claire, médecin gériatre
Ici en Occident, l'image du vieillissement, elle est négative. Réussir à convaincre des gamins qui ont 20-25 ans de s'engager dans des spécialités où on ne s'occupera que de la personne âgée toute sa vie, c'est très très difficile. L'avantage de la gériatrie pour un jeune médecin, effectivement, c'est qu'il va pouvoir s'ouvrir à beaucoup de choses. Et notamment, il y a un peu des branches qui se sont créées. Par exemple, ça existe de la cardiogériatrie, de la néphrogériatrie, de l'oncogériatrie, de l'orthogériatrie. En fait, comme tous les spécialistes ont un peu peur des personnes âgées. Ils sont bien contents d'avoir un gériade pour leur donner la main. En fait, il y a moyen de créer plein de trucs. La gériatrie, c'est une spécialité qui est jeune, qui n'existe pas depuis 50 ans. C'est quelque chose qui s'est vraiment formalisé il y a une quinzaine d'années, 10-15 ans. Et du coup, c'est encore une spécialité qui est assez balbutiement. Donc, il y a plein de choses à créer. on peut avoir une imagination sans limite et partir dans des projets fous parce qu'en fait, il y a tout à créer en gériatrie. Déjà, je conseillerais à un médecin de nous rejoindre parce qu'on est une équipe incroyable, voilà, déjà, dans un hôpital incroyable. Non, pourquoi ? Parce que moi, je conseillerais à un jeune médecin ce type de carrière parce que justement, il y a tout à écrire. Et en fait, il y a des modes d'exercice extrêmement variés en gériatrie et puis on peut combiner ces modes d'exercice. Moi, c'est ce que je fais, c'est ça que je trouve sympa. On peut travailler sur un EHPAD, on peut travailler sur de l'hôpital de jour, on peut faire de la consultation, on peut travailler dans le privé, dans le public. En libéral, ça commence un petit peu, c'est encore compliqué, mais je suis persuadée que dans les 10, 15, 20 ans à venir, le libéral va se développer en gériatrie. Et en fait, on peut imaginer plein de choses. C'est vraiment une page blanche, donc comme ça, les gens, ils peuvent venir, écrire leur projet. Il y a des tels besoins populationnels de soins gériatriques que... Il y a vraiment matière à créer et ça c'est cool parce qu'on n'est pas enfermé toute sa vie dans un truc. On peut très bien faire de la gériatrie aiguë à un moment de sa vie, faire des urgences gériatriques, on peut après repartir sur l'EHPAD, on peut faire de l'évaluation en hôpital de jour ou en consultation, on peut partir sur un mode d'exercice en privé parce qu'on en a marre à un moment du public et qu'on veut passer en clinique essentiellement sur du SMR. On peut passer sur des métiers même très administratifs. Il y a des médecins qui gèrent des réseaux, etc. Il y a vraiment un mode d'exercice qui est extrêmement varié et qui, à mon sens, peut répondre à tous les envies, les inspirations de quelqu'un tout au cours de sa carrière. Parce que c'est vrai que, par exemple, si vous êtes cardiologue, on ne sait rien, c'est aller en ville, vous avez monté votre cabinet, etc. Ça met quand même un boulet au pied, on est quand même obligé de rester un petit peu dans ce mode d'exercice-là toute sa carrière. Et c'est vrai qu'en gériatrie, on peut réinventer sa carrière tous les cinq ans. Et on est maintenant dans une société où les gens, ils n'ont pas envie d'être enfermés dans un modèle professionnel toute leur vie. Ils veulent avoir 15 carrières dans leur vie. Et la gériatrie, ça peut permettre ça.
- Voix-off
Cette diversité, Charlotte, infirmière en cours séjour gériatrique, la vit très concrètement sur le terrain, au point d'en faire un argument imparable.
- Charlotte, IDE court-séjour gériatrique
Parce que c'est vrai qu'au début, moi, je pensais faire... plus du soin relationnel. J'adore faire ça. Et je me suis vite rendu compte qu'en fait, le côté technique, il est aussi là et qu'il faut assurer au niveau technique. et que c'est moins drôle. Mais au final, j'ai appris à aimer cette diversité, le soin relationnel, les soins techniques, les prises en charge globales, tout ça mélangé fait que maintenant, oui, je vante la gériatrie parce que je trouve qu'on voit de tout. On voit de tout. Vous aimez la cardio, venez chez nous, on fait de la décompensation cardiaque. Les pauses de pacemaker, oui, ça arrive que chez certains de nos patients, on en pose. Vous aimez la néphro, les insuffisants rénaux, on a Régulièrement, de la médecine interne, là actuellement on en a une de patiente qui relève de la médecine interne, on en fait chez nous. La CHIR on en fait aussi, donc on fait vraiment toutes les spécialités mais avec cette vision gériatrique qui fait que les soins ont vraiment du sens.
- Voix-off
Et pour Nathalie, infirmière à l'équipe mobile de gériatrie, cette sensibilité gériatrique ne devrait même plus être une option pour les soignants.
- Nathalie, IDE équipe mobile de gériatrie
Au niveau des soignants, c'est un mot que j'ai souvent quand on va à l'IFSI. Je leur dis, si vous n'aimez pas la gériatrie, si vous ne voulez pas faire de la gériatrie, changez de métier, parce que de toute façon, à l'hôpital, c'est essentiellement de la gériatrie. Donc, au-delà de la spécialité gériatrique, je pense que si on a cette sensibilité gériatrique, tout soignant doit l'avoir, parce qu'il y en a partout, il y en a dans tous les services. C'est aussi pour ça qu'on a fait ces formations et que c'est très important. S'ils n'aiment pas la gériatrie, il faut changer de métier. Parce qu'on ne va pas tous travailler en pédiatrie ou en obstétrique.
- Voix-off
Alors la gériatrie, c'est vraiment tout ça. Des clichés à déconstruire, un quotidien exigeant, une vision globale, des relations humaines fortes, de l'éthique et une spécialité pleine d'avenir. Mais au fond, le meilleur conseil, C'est peut-être celui que nous laisse Charlotte pour conclure.
- Charlotte, IDE court-séjour gériatrique
La gériatrie, ce n'est pas ce qu'on pense. Et ne vous fiez pas à ce que vous entendez tout autour sur les prises en charge des personnes âgées. Venez découvrir, venez voir pour vous faire votre propre idée plutôt que d'essayer de rester derrière ce que tout le monde dit.
- Voix-off
Se faire sa propre idée. Alors pour finir, on va laisser la parole à ceux dont on a parlé pendant tout cet épisode. Voici Françoise, résidente à l'EHPAD de Marna, et Audrey, son animatrice.
- Françoise, résidente
Et vous nous avez emmené au cabaret ! Ah oui ! Vous vous rappelez du cabaret ? Bah oui ! Jamais je n'y serais allée ! Jamais !
- Audrey, animatrice
C'est vrai, on est partis faire un après-midi cabaret du Mont-Blanc à Cluse. Un beau spectacle ! Ah oui !
- Françoise, résidente
Jamais je n'y serais allée ! Jamais !
- Audrey, animatrice
C'est vrai ?
- Françoise, résidente
Ah non ! Non, non, c'était super ! Oui, moi j'ai bien apprécié, c'est sûr !
- Audrey, animatrice
Moi aussi, j'ai bien apprécié.
- Voix-off
Un après-midi au cabaret, une dame qui voit naître son arrière-petit-fils. Quelqu'un qui réapprend à se laver le visage ou à marcher. « Avant la fin de vie, il y a la vie » , nous disait Alexandra en ouverture. On espère qu'après cet épisode, cette phrase vous paraît un peu moins abstraite. Alors, si l'envie vous prend d'aller voir par vous-même, les portes sont ouvertes. C'était la salle de pause, le podcast du centre hospitalier Alpe-Léman. Merci à Alexandra, Caroline, Ophélie, Nicolas, Claire, Guy, Elisabeth, Nathalie, Charlotte, Audrey et Françoise d'avoir partagé leur regard sur la gériatrie. Merci à vous pour votre écoute. N'hésitez pas à partager ce podcast et à très bientôt en salle de pause.