- Speaker #0
On ne devient pas soi en une seule fois, et encore moins une fois pour toutes. Il y a de nombreux moments dans la vie où on comprend que l'on ne peut pas continuer comme avant. Il nous faut alors nous questionner, nous repositionner, et faire des choix qui peuvent parfois tout changer. Dans ce deuxième épisode, je reçois Elsa Wolinsky. Celle qui parle sans décours, celle qui décomplexe, celle qui nous fait rire et qui nous émeut de ses partages. C'est une femme qui est à la fois puissante et vulnérable, solidaire, généreuse, sensible et très travailleuse. Une femme qui essaie d'accéder sans cesse à un prochain palier qu'elle devine plus juste pour elle. Mais comment a-t-elle fait pour construire cette force ? Qu'est-ce qu'elle a dû traverser, comme deuil, violence, emprise parfois, pour accéder à cette version d'elle-même ? À 52 ans, elle vient de faire un choix majeur pour elle. Abandonner un emploi à la télévision qui la faisait souffrir et une vie professionnelle qu'elle jugeait toxique. Elle a choisi donc le vide, le vide et elle-même. Comment on redessine sa vie quand on a tout lâché ? Comment on se choisit enfin ? Elsa va nous le raconter dans cet épisode, avec beaucoup de spontanéité. Bonne écoute ! Alors Elsa, on vous connaît pour votre travail de journaliste, d'autrice, pour vos prises de parole qui sont engagées, féministes, politiques, mais aussi sur des sujets plus intimes. comme le rapport au corps, les impacts de la ménopause, l'amour, l'anxiété, le désir, la relation mère-fille. Ce que l'on peut constater, c'est le choix d'une liberté de ton assez rare, une vraie capacité à dire les choses telles qu'elles sont, sans chercher à avoir l'air d'autre chose que ce que vous êtes, sans minimiser, sans chercher à lisser votre image. Vous témoignez d'une lucidité parfois presque frontale sur les relations et sur les illusions aussi. Et puis vous avez cette manière bien à vous d'assumer vos contradictions, vos élans, vos zones de fragilité, sans chercher à les masquer, en les revendiquant comme faisant partie de vous.
- Speaker #1
J'aime bien la femme que vous décrivez.
- Speaker #0
C'est celle que je connais. Vous partagez le processus du changement avec honnêteté. Et c'est probablement ce qui vous rend aussi si populaire dans le meilleur sens du terme. On vous aime, les femmes sont attachées à vous, vous les décomplexez, vous les faites rire, vous les reliez à vous et probablement aussi entre elles, dans un élan d'affection qui nous rapproche et nous rassemble, comme si vos bras étaient assez grands pour nous contenir toutes.
- Speaker #1
Mon cœur est assez grand en tout cas.
- Speaker #0
Mais ce que l'on ne sait pas, ou ce que l'on sait moins, c'est comment vous êtes devenu cela, ce qui vous a construite et ce qui vous élève. ce qui a forgé cette liberté de ton, cette spontanéité honnête, cette quête d'authenticité que vous semblez placer si haut dans l'échelle de vos valeurs et de vos convictions. C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble aujourd'hui. Elsa, je vous souhaite la bienvenue dans cet épisode de la vie de bonsoir.
- Speaker #1
Oh là là !
- Speaker #0
Alors, je vous ai demandé Elsa de venir avec trois photos. Elles vont nous permettre de remonter un fil. Le fil de vous, à l'âge adulte, à l'enfant que vous avez été. et de faire émerger les moments de transition ou les moments de bascule qui ont favorisé ce devenir soi dont il est question ici. Avant de commencer, je voudrais vous lire une très courte citation qui est tirée du livre « La vie devant soi » de Romain Garry. « J'ai toujours rêvé d'avoir un trésor caché quelque part. » Alors vous Elsa, c'est quoi le trésor caché vers lequel vous revenez quand la vie est difficile ou quand vous sentez que vous avez besoin de vous ressourcer ?
- Speaker #1
Je dirais le sourire de l'autre en fait. Je crois que ce qui me rallie, ce qui me relie à moi, c'est souvent... Je pense à ça parce que souvent, quand je ne vais pas bien, ce qui fait que je vais aller mieux, parfois, c'est quand même de croiser l'autre, celui que je ne connais pas dans la rue, qui va tout d'un coup me sourire. Et ça me relie à moi. Ça me relie au plaisir, à l'échange, à l'être humain.
- Speaker #0
Ça vous ramène à vous. Il y a des choses qui sont essentielles pour vous.
- Speaker #1
Oui, à des valeurs, qui est le partage, la générosité, qu'on n'est pas seul sur Terre. Oui, le lien. que sur son nombril, le lien. Je sais que souvent, il suffit que je sorte et que je croise un regard et un regard joyeux pour tout d'un coup changer d'attitude, et sur moi et sur la vie.
- Speaker #0
La fameuse modification d'attitude dont parlait Frankel en fait.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Quand ça ne va pas, j'ai toujours la liberté de choisir l'attitude que j'adopte dans cette situation.
- Speaker #1
Mais peut-être que c'est ce que je faisais avant. Comme je suis en train de changer, ça c'est ce que je fais. C'est ce que je fais. Ok. Mais comme il se trouve que j'ai une nouvelle assurance en moi... que j'ai de nouvelles forces que je ne soupçonnais pas, je me demande si finalement aujourd'hui ça ne serait pas juste de me recentrer sur moi, de prendre du temps, du calme, de me dire « ok, qu'est-ce qui me va ? » Mais de ne pas aller chercher chez l'autre en fait, peut-être de trouver en soi, en moi, la force de me relever.
- Speaker #0
Donc c'est intéressant parce qu'en fait, jusqu'à présent, enfin avant on va dire, avant la nouvelle connexion à ces nouvelles forces. Le trésor caché, il était à l'extérieur de vous. Et là, vous êtes en train d'élaborer une réponse qui change un petit peu parce qu'en fait, vous vous rendez compte que ce n'est peut-être plus tout à fait juste.
- Speaker #1
Oui, je pense que ce n'est plus tout à fait juste, effectivement. Je me demande si... Parce que je n'ose pas le dire. En fait, ce que je n'ose pas dire, parce que c'est trop fort, mais je me demande si le trésor caché, il n'est pas en moi, en fait, simplement. Je ne suis pas mon propre trésor.
- Speaker #0
Et pourquoi ce serait trop fort ?
- Speaker #1
Parce que moi, quand on se voit comme du caca pendant très longtemps, se voir comme un trésor, c'est quand même un énorme pas. Donc, c'est vrai que quand je me suis vue mal et j'ai mal parlé de moi-même, je me suis mal regardée, tout d'un coup, me voir comme un trésor, c'est un grand pas. Mais vous êtes contente de le faire. Oui.
- Speaker #0
Alors, je vous propose de prendre l'enveloppe qui est sur la table et de regarder la première photo qui est la photo de vous,
- Speaker #1
de moi maintenant, aujourd'hui. Et je vais vous demander de regarder cette femme et de me dire les trois mots qui vous viennent spontanément quand vous la regardez. Déjà, elle a des lunettes de soleil que j'ai perdues. Justement, des lunettes de vue que j'aimerais bien retrouver. C'est un appel à témoins. C'est un appel à témoins. Quelqu'un a trouvé mes lunettes. Oh là là, mes lunettes. Quels sont les trois mots qui vous viennent spontanément ? Joyeuse, fière. Mais non, je dirais puissante. C'est bizarre parce que ce n'est pas du tout dans mon vocabulaire. Vraiment, mon vocabulaire a changé. En même temps, votre esprit change. Je pourrais même dire sûr d'elle, alors que elle a l'air heureuse, en tout cas. Vraiment, mon vocabulaire a très, très, énormément changé. On est heureux, on est sur du heureux, du puissant.
- Speaker #0
Qu'est-ce que cette femme a compris sur elle-même ?
- Speaker #1
Je crois que j'ai compris que j'avais dans mes mains ma propre destinée. Mais ça, je l'ai appris avec vous, quand même. Je n'ai pas du tout appris ça toute seule, mais il y a des voies qui se sont ouvertes. Alors après, il y a beaucoup de choses qui se sont mises ensemble. Il y a un concours de circonstances qui a fait que tout ça est arrivé. Je pense que les dix ans de l'attentat de Charlie Hebdo ont marqué l'arrêt d'un poids lourd pour moi. Je pense que là, ça fait quatre ans que ma mère est décédée. Donc, il y a aussi du temps qui est passé. Je pense que ça arrive à un moment où je suis enfin à m'écouter, à prendre soin de moi et à ne pas être acculée par mon passé. Mais au contraire, laisser sortir celle qui doit sortir.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que vous en avez fait de votre passé, à votre avis, si vous n'êtes plus acculée à votre passé, comme vous dites ?
- Speaker #1
Je l'ai digéré,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #1
Je crois que je l'ai digéré. Alors, je ne l'ai digéré pas tant que ça, puisque quand même, on voit que quand je m'en approche, je ne suis pas tout à fait solide avec. Ça m'atteint encore. Mais j'ai pardonné. Je crois que c'est ça, quand même. J'ai pardonné à la mère. que je n'ai pas eue, mais que j'aime quand même. Elle a été comme elle était. Est-ce que j'ai pardonné aux hommes qui ont tué mon père ? Je ne sais pas. Je pensais, je pensais. Mais je crois qu'en fait, non. Je crois que j'étais dans le déni. Et que c'est pour ça que je n'ai pas fait le monde deuil. Je crois que non. Et que j'ai le droit de ne pas pardonner. Et ça aussi, c'est nouveau. Je pense que le concours de circonstances, c'est aussi la ménopause, qui a fait que je m'affirme plus, puisque quand même, c'est des moments de trouble. hormonaux, de troubles émotionnels qui font qu'on doit se choisir parce que sinon on coule. Et puis après, il y a eu notre rencontre à nous qui a posé des mots sur des mal-êtres et vous m'avez donné des impulsions. Et ce qui finit tout ça, c'est le fait d'avoir pu dire non, d'avoir pu poser un cadre sur une vie professionnelle qui me faisait souffrir et de l'avoir refusée en fait.
- Speaker #0
Alors c'est justement l'objet de la question qui suit, c'est qu'est-ce que cette femme que vous voyez là ?
- Speaker #1
photo,
- Speaker #0
ne ferait plus, quoi qu'il arrive.
- Speaker #1
Quoi qu'il arrive, elle ne se ferait plus jamais marcher sur les pieds. On ne lui parlera plus jamais mal.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui vous a permis de devenir cette femme-là ?
- Speaker #1
Beaucoup de travail sur moi, beaucoup de prise de conscience, vraiment, ma rencontre avec vous, quand même, et beaucoup de douleurs, quand même. Non mais vraiment...
- Speaker #0
Que vous avez traversées.
- Speaker #1
Beaucoup de douleurs que j'ai traversées. En fait, il y a une forme de répétition, c'est-à-dire que... J'ai tout le temps eu dans ma vie professionnelle des femmes qui m'ont malmenée. Donc, il y avait une forme de répétition qui ne pouvait plus continuer.
- Speaker #0
dont vous avez pris conscience ? Vous avez vu le schéma ?
- Speaker #1
J'ai vu le schéma à vos côtés, puisqu'on s'est rencontrés, j'étais en burn-out. Je ne savais pas ce que c'était. D'ailleurs, je ne l'ai pas vraiment soigné. Je ne me suis pas vraiment arrêtée, mais en tout cas, je vous ai rencontrés et vous m'avez aidée. Et à ce moment-là, parce que c'est vous qui m'avez fait prendre conscience du schéma que je reproduisais, et en fait, moi, j'avais quand même très conscience que… L'ombre de ma mère n'était pas loin de toutes ces femmes qui me parlaient mal. Pourtant, ma mère ne m'a jamais mal parlé. Mais elle a pu mal me regarder. Donc, il y a un travail que j'ai dû faire d'assimilation, de pardon et de rejet. Parce que là, j'ai rejeté en fait. Et le rejet m'a fait prendre conscience de ma faute.
- Speaker #0
Et donc, vous avez choisi qui ou quoi à ce moment-là ? Moi, je choisis moi. Et vous avez choisi de vous affranchir de tout.
- Speaker #1
Parce que vraiment, c'était un saut dans le vide. Là, par exemple, je ne l'ai jamais dit, donc je le dis là, mais c'est vrai que j'ai arrêté la télévision. C'est un vrai deuil pour moi, puisque j'avais une émission de télé depuis cinq ans, dans laquelle je participais. C'était très important pour moi. Je veux faire de la télé depuis que je suis toute petite. Tout d'un coup, le fait de décider d'arrêter de faire partie d'une équipe et de travailler à la télévision, c'était très douloureux pour moi. Mais je me suis rendue compte Merci. que je n'étais pas du tout prête à tout pour faire de la télé. Et que surtout pas à me marcher dessus ou à me faire malmener. Ou à dire qu'à partir du moment où on vous parle mal, où on vous traite mal, on devient, on a ce sentiment d'être salie un peu. Et moi, je n'ai pas envie d'être salie par personne.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que vous avez laissé derrière vous en faisant ce choix-là ?
- Speaker #1
J'ai laissé la trace. J'ai laissé le sale, justement. J'ai laissé les méchants. j'espère que de mon vivant je verrai la gentillesse gagner parce que je crois beaucoup que la vulnérabilité la gentillesse le fait d'être droit de croire en ses valeurs va gagner un jour même si finalement j'ai 52 ans donc j'ai perdu du temps quelque part sur une carrière on peut dire que j'ai perdu du temps parce que même dans toutes les douleurs que j'ai pu quand je regarde ma vie d'aujourd'hui je me sens aussi assez chanceuse d'avoir vécu parce que... Même si j'ai eu des catastrophes, même si j'ai travaillé avec des gens qui m'ont fait du mal, que je me suis laissée marcher dessus, j'ai quand même appris beaucoup, beaucoup. Et j'ai eu des grands moments de kiff.
- Speaker #0
Et vous diriez qu'elle est là, votre chance, dans cet apprentissage, dans le fait d'avoir su apprendre de ces épreuves, de ces catastrophes ?
- Speaker #1
Moi, j'adore faire. Donc même quand j'ai mal fait, j'ai fait quand même. C'est ça qui est positif chez moi. C'est vrai, c'est de me dire que oui, même quand... J'ai toujours fait, j'ai toujours avancé. Et même si ça fait du mal, j'arrive à transcender les choses quand même. Mais j'ai mis du temps. Mais à chaque fois, je transcendais un peu, un peu. Et puis là, j'ai éclos, je dirais. Après, c'est fragile.
- Speaker #0
Comme toute personne en période de transition, de transformation finalement. Parce qu'avant que les nouveaux repères s'installent, se normalisent, deviennent les nouveaux standards de vie finalement. Il faut un petit temps.
- Speaker #1
Je suis un peu perdue. Je vois, je le vois, je le sens, je suis un peu entre deux eaux. C'est-à-dire que j'ai besoin de me reposer. Et je n'ai pas le temps de le faire. Mais je sens que j'ai besoin d'être du calme, du vide, pour comprendre un peu ce qui s'est passé. Parce que le contre-coup quand même, il y a un contre-coup d'arrêter une vie professionnelle et de dire non. Et de dire à quelqu'un, non, maintenant ça suffit, tu ne me feras plus de mal. Je choisis autre chose, mais je ne choisis rien. Parce que je choisis un vide, tant pis. Je choisis de manquer l'argent peut-être, je choisis d'être dans le flou de ma vie, mais je me choisis moi.
- Speaker #0
Je me choisis moi et en me choisissant moi, j'assume l'incertitude qui va avec, je me respecte.
- Speaker #1
Et je me fais confiance. Et je me fais confiance.
- Speaker #0
Et c'est là la force à laquelle vous avez accès.
- Speaker #1
Oui, parce que s'il y a une chose dont je suis certaine, ça c'est vraiment, c'est que je n'ai pas peur, je sais que je peux me relever, je me relève de tout. Mais après, c'est à quel prix ? Et aujourd'hui, Le prix, il est positif. Jusqu'à maintenant, à chaque fois que je me relevais, c'était quand même… Il y avait un coût existentiel. J'étais en miettes. Aujourd'hui, je me relève, je ne suis pas en miettes du tout. Je suis plutôt très solide. Et j'ai juste besoin de faire dodo.
- Speaker #0
C'est fatigant de changer.
- Speaker #1
C'est juste… Oui, c'est fatigant de changer.
- Speaker #0
C'est fatigant parce qu'en fait, ça demande énormément d'énergie. Ça demande du courage. Ça demande de dépasser l'incertitude. peur, et donc en fait tout ça est énergivore, en fait ça draine. Mais si vous sentez à l'intérieur de vous que ça déclenche de la joie, de la justesse, le sentiment de faire ce qui est bon pour vous... Alors, c'est de la bonne fatigue, presque.
- Speaker #1
Oui, oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Alors, je vais vous demander maintenant de prendre la deuxième photo qui est dans l'enveloppe.
- Speaker #1
C'est celle avec mon bébé, ma première. Je l'adore, cette photo.
- Speaker #0
Quand vous regardez cette jeune maman, qu'est-ce que vous voyez ? Dans quel état elle est, cette maman ?
- Speaker #1
Ça me donne envie de pleurer. Oui. C'est fou. Alors, je pense que ça me donne envie de pleurer, parce que je ne serai plus jamais dans cet état de maman. puisque je suis méloposée, que je n'aurais plus jamais de bébé. Donc, je pense, et que ça, moi, chez moi, c'est vraiment un moi. J'étais cette maman, j'étais folle de mon bébé. J'adore les bébés. Mais vraiment, j'adore les bébés, j'adore les... J'aime tout. Les couches, les pleurs, les biberons, ne pas dormir la nuit, j'aime tout. Je prends tout. Je connais tout. Je prends tout. Et je reprendrai tout aujourd'hui. Et qu'est-ce qui se jouait intérieurement pour cette jeune maman, à ce moment-là ? Alors, à ce moment-là, ce n'était pas ça quand même. Même si j'aimais tout, je pense que cette maman, elle n'était pas très heureuse. J'ai été très heureuse d'être maman, mais je n'étais pas très heureuse. Moi, je n'étais pas une… J'étais perdue. J'étais une maman perdue. J'ai fait des enfants avec un homme formidable. Mais je pense qu'on ne savait pas trop si on s'aimait tant que ça. Mais on s'aimait. On a fait nos enfants dans l'amour. Mais je ne sais pas si on était… très heureux quand même. On était très heureux en famille, mais je pense qu'on ne parlait pas le même langage, on s'est trompés. En fait, ce n'est pas ça, parce que c'était un homme formidable. Je pense que moi, je n'étais pas apte à ce moment-là, parce qu'en plus, c'est quelqu'un qui m'a beaucoup aidée, mais je n'avais pas fait assez de travail sur moi, et je n'étais pas prête à être ni aimée, ni aidée, en fait. Parce que c'est pourtant un homme qui m'a aimée et qui m'a aidée, qui m'a... aidé professionnellement, qui m'achetaient des petites caméras. Et moi, je ne comprenais pas. Parce que comme je ne m'aimais pas, je ne comprenais pas.
- Speaker #0
Ça ne rentrait pas ? Il y avait quelque chose qui n'était pas accessible ?
- Speaker #1
Je ne comprenais pas. Non, mais parce que ça me fait penser à récemment. Pareil, je pense que j'ai beaucoup évolué, mais j'ai un travail à faire sur les hommes.
- Speaker #0
Sur le fait de vous laisser aimer ?
- Speaker #1
Oui, peut-être. J'ai un travail. cas à faire sur les hommes. Je ne sais pas sur lequel, mais ça, j'ai un travail à faire. C'est inévitable.
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous voyez maintenant que vous ne voyez pas à l'époque ?
- Speaker #1
Déjà, il y a quand même une chose, c'est que ce petit bébé que j'ai avec moi est parti. C'est ma première qui est partie. C'est vrai que ça aussi, c'est douloureux. C'est quand même tout douloureux. Mais c'est marrant parce que quand on parle de nid vide, je trouve que ce n'est pas du tout le bon mot. parce que c'est vraiment trop fort, on a toujours des mots atroces pour les femmes la ménopause c'est atroce, le nid vide c'est atroce parce qu'en fait c'est pas un vide puisque les enfants sont toujours là moi j'ai vraiment la chance d'avoir une enfant qui m'aime qui m'appelle, qui vient mais c'est plus que, en fait on voit pas le temps passer c'est plus ce truc là de se dire, waouh, en fait elle est déjà partie, c'est à dire que J'ai déjà 52 ans. Je n'ai pas vu le temps passé. Moi, j'ai vraiment… Je crois que depuis le jour où mon père est décédé et maintenant, il y a un temps que je n'ai pas vu. Il y a un temps que je n'ai pas compris.
- Speaker #0
Qu'est-ce que cette période de début de maternité a fait de vous ?
- Speaker #1
D'abord, j'ai pris de la cocaïne. Donc, ça a fait que j'ai arrêté complètement la drogue et l'alcool. complètement, donc déjà c'est une entrée en sobriété très importante et ça a prouvé une chose c'est que moi je suis née maman je le sens, je sais que je suis très jeune, très petite, je voulais déjà avoir des enfants à 15 ans je voulais déjà être maman, d'ailleurs je suis tombée enceinte et en fait ma mère m'a fait avorter et moi je voulais pas me faire avorter mais heureusement que je me suis fait avorter et je me suis toujours dit que ce bébé que j'ai Merci. qui est partie, c'est ce bébé qui rentre. C'est un bébé rentré. C'est un bébé que je n'ai pas. Et d'ailleurs, mes filles, elles se moquent souvent de moi parce que je dors toujours avec une bouillotte que je mets sous mon T-shirt ou un doudou que je mets sous mon T-shirt. Et elles disent, mais ça, c'est ton bébé qui te manque.
- Speaker #0
Le bébé que vous n'avez pas eu.
- Speaker #1
Oui. Et ça, je... Mais sinon, cette maman, elle a quand même... Oui, elle est rentrée en sobriété. Elle est devenue... C'était devenir adulte quand même. C'était de devenir responsable.
- Speaker #0
Et vous vous êtes sentie responsable de votre fille ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc vous avez finalement exploré une nouvelle facette de vous. Enfin même plusieurs.
- Speaker #1
Tout en étant très perdue.
- Speaker #0
Donc ça n'a pas dû être simple.
- Speaker #1
Non, pas du tout.
- Speaker #0
Mais pas du tout ça en même temps. Déjà que la maternité en soi, c'est une aventure pour laquelle on n'a quand même pas de carte, pas d'itinéraire.
- Speaker #1
Et je n'ai pas du tout été aidée par mes parents. Je n'ai pas du tout eu des parents qui n'ont pas... C'était des grands-parents gentils, mais qui n'étaient pas du tout présents. Ma mère n'a jamais... Il fallait que si elle gardait les enfants, il fallait que je les emmène tout Paris pour lui déposer les enfants. En fait, c'était plus galère qu'un service. elle n'est jamais allée à l'école les chercher elle les a jamais amenées à faire des activités donc j'ai pas du tout je me suis sentie assez seule avec assez peu de relais ah ouais enfin aucun on va maintenant passer à la troisième photo Elsa j'adore ce hyper bien pensé la photo de l'enfant vous étiez vous aviez 9-10 ans ouais je pense et j'avais un t-shirt avec un dessin de mon père que je n'ai jamais retrouvé. Mais je ne sais pas pourquoi, j'adore cette photo, je me trouve très mignonne.
- Speaker #0
Vous l'êtes, je confirme.
- Speaker #1
Très jolie. Et puis, je suis toute blonde parce que j'étais toute blonde quand j'étais petite et j'avais la pommade. Non, mais j'aime beaucoup cette photo. Mais parce qu'en fait, cette photo, j'étais très heureuse enfant. Alors, c'était la question que je voulais vous poser. Qui est cette petite fille et qu'est-ce qui est déjà présent de vous, que je connais moi aujourd'hui, en elle ? Qu'est-ce qui est déjà là ? Moi, j'étais une enfant très heureuse. Mais vraiment, j'ai des souvenirs d'éclats de rire avec mon père. J'étais une enfant très aimée, très désirée. Alors, c'est ce que je ressens aujourd'hui. Ma sœur, Natacha, ma plus jeune sœur, qui est quand même beaucoup plus vieille que moi, qui a 15 ans de plus que moi, m'a dit qu'en fait… Et c'est vrai que j'avais des parents qui n'étaient pas… Moi, j'avais ce sentiment d'avoir été très entourée. Mais pourtant, et je sais que j'avais quand même beaucoup de nounous, mes parents ne venaient pas me chercher à l'école, je sais. Mais j'ai été très proche de… J'ai quand même le sentiment d'avoir… Je vois mes parents, d'avoir passé beaucoup de temps avec mes parents. Mais c'est vrai que ma sœur Natacha m'a dit qu'ils sortaient beaucoup et que c'est elle qui s'occupait beaucoup de moi. Et ça, j'ai aussi des souvenirs, parce que je tombais beaucoup malade, je faisais des otites à répétition, des angines à répétition. Et en fait, je sais que j'attendais qu'il rentre le soir pour leur dire « j'ai mal aux oreilles » . Et je sais que je me vois attendre le retour des parents. Mais j'étais quand même une enfant très heureuse. Ça, je sais. J'en suis sûre.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qu'elle comprend déjà du monde, cette petite fille de 10 ans, avec ses yeux d'enfant ?
- Speaker #1
Elle a compris très jeune qu'elle n'avait pas des parents comme les autres. Très jeune. J'ai compris très vite. que j'avais d'abord j'avais des parents célèbres parce que c'était une époque où mon père était l'un des dessinateurs il était très célèbre à cet âge là on vivait dans le 6ème arrondissement dans un appartement immense j'étais très lucide d'avoir de la chance il y avait beaucoup de monde à la maison ma mère était très très belle elle avait toujours des très belles robes très féminines il y avait une salle de bain immense Merci. Je voyais bien que c'était beau à la maison. Il y avait des livres partout. Je lisais Pif Gadget en mangeant des granolas avec mon père et en regardant des vieux films. D'ailleurs, ça me donne envie de pleurer parce que c'est un très bon souvenir.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'est un hyper bon souvenir. Et j'ai d'ailleurs une culture cinématographique assez importante grâce à ça. Parce que c'est vrai que très petite, il me faisait regarder tous les textes avérés. Les vieux films en noir et blanc, les Kubrick, les Bankévics. Donc, j'ai regardé très jeune. Peut-être des choses qui n'étaient pas forcément de mon âge, mais ça m'a permis d'avoir une ouverture. Je n'étais pas très bonne à l'école, mais par exemple, j'avais une très grande culture. Et surtout, cette petite fille, elle a compris très vite que ses parents n'étaient pas des parents. Qu'en fait, maman et papa, ce n'était pas maman et papa. C'était un homme et une femme qui avaient beaucoup de travail. puisqu'il travaillait à la maison. Ma mère écrivait, il ne fallait pas faire de bruit. Mon père dessinait, on pouvait faire du bruit. Il avait de la musique dans son bureau. Mais c'était des paroles bizarres. Ce n'était pas comme les autres.
- Speaker #0
C'était plus une femme et un homme avec des rôles bien particuliers, des carrières, un rayonnement, une notoriété.
- Speaker #1
Ma mère ne sentait pas le gâteau, elle sentait le Chanel, le numéro 5 de Chanel ou Chalimar de Guerlain. Et moi, je voulais que ça sente le gâteau. Je sais que j'avais ça.
- Speaker #0
Cette envie de…
- Speaker #1
Oui, parce que quand j'allais chez mes amis… Ça sentait le gâteau. Alors que chez moi, ça sentait la bougie. Et moi, je ne voulais pas que ça sente la bougie. Je voulais que ça sente la nourriture. Je ne voulais que... Mais j'étais quand même très heureuse.
- Speaker #0
Et vous aviez quoi comme relation avec vos sœurs ?
- Speaker #1
J'en ai eu très peu, en fait, puisque mes sœurs sont très vite parties de la maison parce que mes parents étaient quand même assez toxiques. Mais moi, je ne m'en rendais pas compte à ce moment-là. Et donc, ma grande sœur Frédérica, dès qu'elle a eu 18 ans, elle est partie. Ma autre sœur Natacha, dès qu'elle a... Les deux, dès qu'elles ont eu 18 ans, elles sont parties, elles se sont mariées. Natacha, elle est partie au Kenya. Elle est partie.
- Speaker #0
Assez loin. Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir pu rester fidèle à cette petite fille ?
- Speaker #1
Ah non.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que vous avez laissé ? Les parts d'elle que vous avez laissées derrière vous, c'est lesquelles ?
- Speaker #1
Moi, j'ai perdu quand même beaucoup de plumes avec un premier mariage très agressif et très violent. Et avec la drogue, j'ai perdu beaucoup de temps là-dedans et beaucoup de plumes là-dedans. Parce que j'étais quand même une personne très joyeuse, très solaire, très créative.
- Speaker #0
Donc, c'est par là que vous avez un peu laissé derrière vous ?
- Speaker #1
Et j'étais très sûre de moi. J'étais vraiment sûre de mon existence, sûre de moi. J'avais aussi une assurance, mais ça, je l'ai gardée. Mais ça, c'est grâce à mon père. Mais même ma mère, quand même, même si elle était un peu snob, elle parlait à tout le monde. Et mon père, il était très généreux. Donc, j'avais une assurance que ma vie serait extraordinaire. J'étais sûre que je serais une grande styliste ou une grande je ne sais pas quoi. Mais je serais une grande. Et en fait, j'ai été très vite cassée. J'ai été cassée par des accidents de vie, j'ai été cassée par des mauvaises rencontres. Et c'est vrai que mon premier mariage m'a brisée. Mais je ne m'en suis pas rendue compte. Parce qu'on ne se rend jamais compte de la violence quand on n'est pas…
- Speaker #0
Quand on est dedans.
- Speaker #1
Je ne me suis pas rendue compte de l'emprise. Et donc, en fait, l'emprise, ensuite, ne m'a jamais quittée puisqu'elle m'a quittée. C'est-à-dire que j'ai dû rencontrer mon premier mari. Je te dis à quoi ? 25 ans. C'est ça, 25 ans. Donc, quand même… Si on enlève l'épisode du père de mes enfants, qui est vraiment la seule personne bien que j'ai eue dans ma vie, à part mes amis, j'ai quand même tout le temps été sous emprise en permanence. Il y a eu mon premier maré, et ensuite, professionnellement, j'ai tout le temps été sous emprise.
- Speaker #0
Donc finalement, dans cette période dans laquelle vous êtes aujourd'hui, dans laquelle vous retrouvez de la force, de la confiance, de l'assurance, vous avez même utilisé, même si ça vous fait bizarre. le mot de puissance. Qu'est-ce que vous retrouvez de la petite fille de cette époque-là ?
- Speaker #1
Une assurance. Et une joie. Vraiment. Et puis, c'est une envie de créer. Mais de créer différemment, de rire, en fait. J'ai envie de légèreté, j'ai envie de folie. Peut-être qu'avant, j'aurais été plus dans une discussion, par exemple, d'avoir envie de créer un podcast, où on discute, ou peut-être on est sur les failles. Aujourd'hui, j'ai envie de faire n'importe quoi. mais j'ai vraiment envie de retourner vers quelque chose de fou je sais pas, je peux pas vous dire quoi parce que je ne sais pas j'ai envie de rire de faire rire et d'apporter quelque chose aux gens c'est ce que je voulais être petite je me disais je veux faire de la télé parce que j'ai envie de parler aux gens j'ai toujours eu cet envie de message et
- Speaker #0
peut-être que maintenant que le couvercle a sauté On peut retrouver ça, cette essence-là, finalement.
- Speaker #1
Oui, j'espère. Après, tout ça, c'est des... Oui, je pourrais dire que j'y arrive que quand j'aurai commencé.
- Speaker #0
Mais comme vous le disiez tout à l'heure, au début de cette conversation, vous faites, vous êtes quelqu'un qui fait.
- Speaker #1
Je fais. Donc, vous avez le désir, vous avez l'élan, vous avez la joie, vous avez l'espoir. Vous allez mettre tout ça dans du fer. Et même pire, c'est-à-dire, je me suis débrouillée. Comme j'ai peur cette fois-ci de faire, comme là, je suis face, là, tout d'un coup, je ne peux me protéger derrière personne, puisque j'ai cassé tous les murs et tous les gens qui pouvaient contrôler ou m'empêcher de faire. Je me suis même débrouillée pour me contraindre à faire. C'est-à-dire, comme je me suis tout de suite dit, ok, la peur va s'immiscer, tu vas avoir peur d'avancer.
- Speaker #0
J'ai mis avec moi, tout de suite comme je sais que j'avance bien en équipe, j'ai pris quelqu'un avec moi. Donc,
- Speaker #1
vous vous connaissez assez maintenant pour identifier les garde-fous.
- Speaker #0
Oui, c'est-à-dire que j'ai tout de suite su que j'allais avoir peur de me mettre à créer toute seule. Et donc, j'ai demandé à mon ami… Enfin, j'ai pris avec moi Marianne. Mon ami Marianne. qui a traversé, elle, une leucémie, qui a, elle aussi, des bagages de vie assez importants. Et elle, elle est aussi dans un désir de faire. Et comme elle, elle est vraiment… On n'a pas le même âge. Elle est beaucoup plus jeune que moi. Et je sais qu'elle aussi, elle fait. Elle est en train de créer à ma place. Et je me suis coincée comme ça, en fait. Mais réellement, c'est-à-dire que je l'ai…
- Speaker #1
Enfin, vous ne vous êtes pas coincée, vous vous avez coincée la peur, en fait.
- Speaker #0
J'ai coincé la peur comme ça. C'est-à-dire, je n'ai pas le choix aujourd'hui de ne pas avancer puisque de toute façon, quelqu'un est déjà en train de créer. Vous vous êtes déjà engagée. Je me suis déjà engagée et je la lâche. Et ça, en revanche, je ne la lâcherai jamais. Ça, c'est sûr. C'est parce que c'est dans mes valeurs.
- Speaker #1
Elsa, on arrive bientôt au terme de cette conversation, mais j'aimerais avant qu'on termine que vous puissiez nous partager ce qui, dans votre vie, vous a le plus rapproché de vous-même et qui pourrait inspirer les femmes et les hommes qui nous écoutent. Se rapprocher de soi. Ça passe par quoi ? C'est bizarre parce que j'ai deux choses qui me viennent à l'esprit. En même temps, en fait,
- Speaker #0
toutes les douleurs que j'ai traversées, parce que que ce soit la mort de ma mère, je me suis rapprochée de moi pour survivre. Que ce soit la mort de mon père, je me suis rapprochée. Vraiment, quand mon père est mort, j'ai l'impression que c'était une seconde naissance puisque j'ai quand même eu plus confiance en moi à ce moment-là. Bizarrement, j'ai pris position sur des choses. Quand ma mère est morte... J'ai été fière de moi parce que je l'ai accompagnée jusqu'au bout. Donc, je me suis renforcée. Donc, toutes ces douleurs m'ont quand même contribué à ce rapprochement. Et je pense au câlin. Parce que le câlin, en général, quand je rencontre des gens, les gens, ils ont envie qu'ils se blottissent dans mes bras. Et je pense que j'ai quelque chose aussi comme ça de très protecteur, en fait. Je pense que… Et c'est vrai. Il n'y a pas longtemps, j'étais dans un ascenseur avec quelqu'un, justement avec une personne qui m'a fait beaucoup de mal et que j'ai quitté professionnellement, et qui avait peur dans l'ascenseur. Et je lui ai dit « il ne peut rien t'arriver parce que tu es avec moi » . Et c'est vrai que j'ai cette assurance. Et ça, je suis comme ça, c'est-à-dire que je suis quelqu'un qui peut protéger au péril de sa propre vie l'autre.
- Speaker #1
Et vous faites quel lien entre ça et la maternité ?
- Speaker #0
Je suis une très bonne mère.
- Speaker #1
Ça vous a rapprochée de vous-même, ça aussi, la maternité ? Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Non, mais je pense sincèrement être… Je suis une maman fiable, je suis très fiable. On peut vraiment compter sur moi, je suis très à l'écoute. Donc oui, je suis sûre d'être une bonne maman. J'ai fait des erreurs parce qu'on laisse passer des choses.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Après, elles ont leur bagage et je suis une maman sur Instagram, je suis une maman qui prend de la… place, qui rit fort, qui pleure fort. Donc, c'est sûr que elles partent avec des bagages elles aussi pas faciles. Mais je suis présente. Je suis une maman très présente.
- Speaker #1
Elsa, ce podcast s'appelle La vie devant soi. Aujourd'hui, dans cette période de transition, d'entre deux, qu'est-ce que vous voyez devant vous aujourd'hui ?
- Speaker #0
Je voudrais accomplir mes rêves. Alors déjà, c'est déjà une phrase très étrange qui n'est pas du tout dans mon vocabulaire. Je ne dis que des mots qui ne sont pas dans mon vocabulaire.
- Speaker #1
Le vocabulaire d'Elsa est en train de radicalement changer.
- Speaker #0
Non, mais je voudrais, c'est-à-dire, je voudrais construire, je voudrais créer, je voudrais construire, je voudrais… Ce mot, d'ailleurs, j'ai du mal à le dire. Je voudrais capitaliser. C'est un mot très difficile pour moi. Je veux capitaliser, c'est vrai. Je veux réussir. Je veux réussir, mais réussir pour moi, ça veut dire réussir des choses très concrètes. réussir à avoir un... une émission à moi, mais l'idée n'est pas qu'elle marche ou pas, en fait. Je m'en fous. Réussir ne veut pas dire être connue. C'est réussir à aller jusqu'au bout de mes idées et de pouvoir le faire seule et de gérer mon argent seule. C'est réussir à m'acheter un espèce de deux pièces devant la mer à Marseille. C'est d'avoir des choses à moi, c'est de réussir à être aimée et d'aimer. C'est là-dedans que je sentirai ma puissance.
- Speaker #1
Qu'est-ce que vous auriez envie de partager avant de conclure avec celles et ceux qui nous écoutent et qui ont peut-être besoin, là, en ce moment, de clarifier la vie qui se trouve devant eux ?
- Speaker #0
En fait, je trouve que la vie n'est pas facile. La vie, c'est de la souffrance, c'est des remises en question permanentes, mais qu'il y a toujours une part de sortie. C'est un peu bateau, quand même, ce que je dis. Mais il y a, même quand on voit que tout est fermé, moi, j'ai toujours dit, il n'y a pas de bout au bout du bout, quoi. Ce n'est pas possible. Ça, c'était ma grande phrase pendant des années. En fait, s'il y a un bout, et ça, je n'aurais jamais cru, je n'aurais jamais cru qu'il y avait un bout au bout du bout. Mais il y en a un.
- Speaker #1
Il y en a un et il passe par quoi ?
- Speaker #0
Il passe par la confiance en soi. En tout cas, pour moi, il est passé par le fait de couper tout ce qui pouvait être toxique, se mettre au centre de sa vie et de ne pas laisser les autres. décider pour soi. Je crois que c'est ça. C'est ça que j'ai fait.
- Speaker #1
C'est ça. Et c'est ça, devenir soi.
- Speaker #0
Et c'est ça, devenir soi.
- Speaker #1
Et redessiner ses contours aussi.
- Speaker #0
Voilà. Et j'ai redessiné mes contours. Bon, j'aimerais bien les redessiner un peu plus encore. Niveau contours, niveau silhouette, j'aimerais bien encore plus la redessiner. Non, mais c'est assez joli de dire redessiner ses contours. C'est vrai, redessiner sa vie, ça me va pas mal. En étant la fille d'un dessinateur, c'est pas mal.
- Speaker #1
Merci beaucoup Elisa. Merci,
- Speaker #0
vous m'avez sauvé la vie. Je ne peux que vous remercier.
- Speaker #1
Non mais c'est vrai. Merci d'avoir écouté cet épisode de La vie devant soi. Si cette conversation vous a touché, questionné ou ramené à certaines parts de vous-même, alors c'est peut-être qu'elle a déjà commencé à faire son chemin en vous. Parce qu'au fond, ce que je crois c'est que devenir soi n'est pas un état, ni une destination, c'est un mouvement. Un cheminement qui est fait de passage, de choix, de déstabilisation, de perte parfois, mais aussi du retour d'une certaine fidélité à soi. Je vous remercie pour votre soutien, pour votre écoute, pour vos partages, et je vous donne rendez-vous très bientôt pour un nouvel épisode de La Vie Devant Soi.