- Speaker #0
Dans ce premier épisode, nous allons écouter Lily Barbery, qui partage avec nous les passages de sa vie qui ont été des moments d'accès à elle-même, les décisions qui lui ont permis de se rapprocher de sa quête de vérité, et sa vision à elle, toute particulière, de ce qu'est l'inconfort. Vous verrez, selon elle, c'est le signal que la vie est devenue trop étroite, et que quelque chose a besoin d'éclore, ou d'évoluer. Je vous souhaite une très bonne écoute. Lily, on te connaît pour ton parcours de journaliste, pour tes cours de yoga, pour ta pratique généreusement partagée de la méditation, pour la manière singulière dont tu exprimes et tu partages tes questionnements, ton rapport au corps, ton rapport à la beauté, à la santé et à plein de petites choses du quotidien. On te connaît à travers tes livres, un podcast, ta newsletter et tes prises de parole sur les réseaux sociaux. Ce que je perçois de toi, c'est une attention très fine à la trame qui se tisse en toi, à ce qui se joue à l'intérieur du cœur, de la tête, du corps, mais aussi à ce qui te relie à ce qui est plus grand que toi, et une quête de spiritualité très forte. J'observe et j'entends une mise en conscience et une mise en mots de ce que tu traverses et une recherche de justesse, de beauté qui n'est jamais superficielle. Et puis je vois aussi ce désir de faire circuler, de partager, de transmettre ce qui te touche, ce qui t'aide et ce qui t'élève. Mais ce que l'on sait moins, c'est peut-être comment tu es devenu tout cela. Ce qui a nourri ta quête, ce qui a construit tes convictions, ce qui a affiné tes intuitions, orienté tes choix, affûté ton regard sur la vie et sur toi-même. C'est ce que je te propose d'explorer ensemble. aujourd'hui. Lily, je te souhaite la bienvenue dans cet épisode de La vie devant soi. Merci de me recevoir. Alors je t'ai demandé Lily de venir avec trois photos. Ces photos, elles vont nous permettre de remonter un fil de l'âge adulte à l'enfant que tu as été, de faire émerger des moments de transition ou des moments de bascule qui ont favorisé ce devenir soi, qui est vraiment le sujet qui nous intéresse. Avant de commencer, je voudrais te lire une très courte citation qui est tirée du livre La vie devant soi. de Romain Garry qui dit, qui écrit « J'ai toujours rêvé d'avoir un trésor caché quelque part. Et toi Lily, c'est quoi le trésor caché vers lequel tu reviens quand la vie est difficile ou quand tu as besoin de te ressourcer ? »
- Speaker #1
Hum... Moi j'ai tendance à penser un peu comme dans Le Petit Prince de Saint-Exupéry que le trésor il est à l'intérieur de nous. Donc tout ce qui, dans des moments de crise, m'a éloignée du trésor que je porte en moi, doit être nommé et retiré un peu comme une peau d'oignon. C'est-à-dire que moi j'ai la sensation que les épreuves ou les moments de crise sont des moments où la coque dans laquelle on était est devenue peut-être trop serrée et qu'elle commence à se fissurer et que c'est le bon moment pour nous. de muter. Je pensais à la coque parce que c'est un peu comme une chrysalide avec une idée de métamorphose. Mais une fois qu'il y a eu cette première métamorphose, elle n'est pas un but ou un accomplissement, elle va continuer. Elle va continuer à chaque fois que justement cette coque sera à nouveau trop serrée. Ce sont les images qui me viennent. Donc dans les moments de crise, j'essaye d'enlever la pression pour permettre justement à toutes les peaux de se retirer. et de retrouver l'écoute de ma voix intérieure. Qu'est-ce qui est aligné pour moi ? Qu'est-ce qui a du sens ? Qu'est-ce qui me donne de la joie ? Qu'est-ce qui me donne de l'élan ? Et parfois, on ne peut pas répondre à cette question. Il faut un peu de temps. Et donc, maintenant, je sais que j'ai ce processus qui se met en place de manière régulière. C'est toutes les... 7 à 10 ans à peu près, où il y a cette mutation qui se met en place et je ne sais pas comment font ceux qui ont une vie plus linéaire avec une vocation très décidée et qui évoluent dans leur vocation, comme par exemple mon mari qui est peintre et qui vraiment est dédié complètement à son art, qui a trouvé en fait son endroit absolu d'accomplissement. Moi, je... je change d'avis, je m'intéresse de manière radicale à quelque chose, et puis au bout d'un moment, quand le sujet en fait...
- Speaker #0
est essoré un peu comme un citron j'ai besoin d'aller voir ailleurs et voilà et la période entre la fin de l'essorage et la découverte du nouveau citron c'est ce moment où tu reviens à cette intériorité où
- Speaker #1
tu déplies les couches de l'oignon et tu reviens à ton centre ces moments de transition ils sont jamais confortables ils sont un peu moins douloureux maintenant que j'ai l'expérience d'avoir déjà beaucoup beaucoup transitionné. La première fois que j'ai eu ce sentiment d'urgence, de je ne suis pas au bon endroit, et il faut que ça change, il faut que ça bouge, je me souviens que ça a été très douloureux. Et d'ailleurs, ça s'est passé par la fin d'un contrat, de façon brutale, je m'étais sentie malmenée. bousculé en fait, même brutalisé dans la façon dont j'ai été traité. Et finalement, je pense que c'était quand même une manifestation d'un désir qui n'avait pas été identifié plus tôt, qui était que je ne me sentais plus bien là où j'étais. Donc la vie s'est chargée pour moi de me pousser vers l'extérieur. Il y a eu d'autres moments comme ça, de grandes transformations.
- Speaker #0
Et tu dirais que c'est de moins en moins douloureux parce que tu vois les signaux plus en amont, tu es plus attentive, plus à l'écoute.
- Speaker #1
Oui, d'abord je suis beaucoup plus en contact avec mon corps, qui pour moi est vraiment le diapason quotidien, même si je ne fais plus des méditations aussi longues qu'avant, en fait ma manière de fonctionner est un fonctionnement méditatif en permanence, c'est-à-dire que j'observe ce qui se passe dans mon corps. J'observe émotionnellement comment je suis impactée. Est-ce qu'il y a encore une trace ? Cette connexion avec le corps me permet de me dire que je ne suis plus au bon endroit. Et si ça se répète trop souvent, c'est que vraiment, je ne suis plus du tout au bon endroit. Là, je suis dans un moment un peu comme ça où il y a des choses que je n'ai plus envie de faire, mais je n'ai pas encore la solution avec « ça va être quoi mon nouvel objet de curiosité ? » Il y a plein de choses qui m'intéressent, mais je ne peux pas dire que mon regard se soit posé sur... une en particulier et c'est un peu inquiétant pour quelqu'un qui... Je fais beaucoup de choses, donc là je m'arrange pour créer du vide, pour avoir ce temps de réflexion et d'être avec cette sensation d'inconfort qui va être fertile, je le sais.
- Speaker #0
Mais donc tu l'acceptes, la sensation d'inconfort, comme faisant partie de cette expérience et comme étant le prérequis de la... révélation ou en tout cas de la découverte de ce qui va être l'objet de ton attention, de ta curiosité et de ton engagement à venir. Oui. Tu l'acceptes. Oui. Donc en fait, ce qu'on peut se dire, c'est que quand on ressent de l'inconfort, le meilleur moyen finalement de s'en défaire, c'est probablement de le prendre par la main et de se dire qu'il fait partie du voyage, qu'il va disparaître, que ce n'est pas un état définitif, mais qu'on a besoin de traverser ce passage avec lui.
- Speaker #1
Oui, et tout en sachant qu'on va quand même avoir envie de fuir. C'est-à-dire que les deux forces contraires sont là. C'est-à-dire, moi je sais qu'il est nécessaire d'être avec ce qui n'est pas confortable, en tout cas de l'observer, de lui donner de l'attention, mais il y a une partie de moi aussi très puissante. qu'il n'y a qu'une seule envie, c'est de se casser et de trouver du confort immédiat. Donc, voilà, je navigue entre les deux, mais j'ai plus d'expérience qu'avant, donc je suis un petit peu plus tranquille. Et puis, il y a d'autres mutations qui sont aussi en place et qui ne sont pas forcément liées avec est-ce que je suis curieuse, pas curieuse, mais qui sont liées avec le fait que je vais avoir 50 ans et que j'arrive à la fin de cette décennie plein de points d'interrogation mais des changements aussi qui sont conséquents il y a 10 ans quand j'étais sur le point d'avoir 40 ans il y a eu des grands changements dans ma vie parce que je ressentais une urgence de devoir me réaliser dans quelque chose qui avait du sens pour moi mais j'avais pas par exemple j'avais pas le désir d'avoir un deuxième enfant il y a 10 ans je l'ai toujours pas aujourd'hui mais sauf que que là, la question, elle se pose différemment. Maintenant, cette porte-là, elle va être fermée. Elle ne l'est pas encore tout à fait. Bon, encore une fois, je n'en ai pas envie. Mais c'est juste l'idée de cette possibilité, en fait. Donc, il y a quand même des changements. Je sais que là, je vais évoluer. vers une autre partie de ma vie, avec de nouveaux repères, et je n'ai aucune idée de comment ils vont être, ce qui va se passer pour moi. Et en même temps, comme j'ai beaucoup d'amis qui sont plus âgés que moi, et que je les trouve très inspirantes, je me sens assez tranquillisée en fait par « Ah oui, il y a une transition, il y a une mutation qui est en train de se faire, mais derrière, ça a l'air génial, parce que je les trouve très libres. » très sages, sages dans le sens sagesse, pas dans le sens docile et je les trouve très voilà là maintenant j'appelle ça en anglais the art of not giving a fuck mais vraiment ce truc de voilà on va plus m'embêter en fait avec des trucs que j'ai pas envie de faire, je vais pouvoir dire non plus facilement et je le sens ça c'est déjà la sève de ce truc là elle est déjà en train de monter sur le dire non Moi.
- Speaker #0
L'affranchissement de ce qu'on peut attendre de toi.
- Speaker #1
J'ai toujours eu de la facilité à dire non,
- Speaker #0
mais là, je trouve que c'est encore plus rapide. Alors, ce que je te propose, c'est d'ouvrir l'enveloppe qui est devant toi et de sortir la première photo, celle qui est la plus actuelle. Quand tu regardes cette femme aujourd'hui, Lily, quels sont les trois mots qui te viennent ?
- Speaker #1
je sais pas moi je vois quelqu'un de lumineux là sur cette photo j'étais très émue ce soir là j'ai envie de dire émouvante parce que tu sais ce qu'il y a comme émotions à l'intérieur et je sais que c'est aussi je suis très en lien avec mes émotions et j'ai aucun mal à les partager et heureuse Oui.
- Speaker #0
Qu'est-ce que cette femme a compris sur elle-même ?
- Speaker #1
Que le seul endroit où je peux me sentir bien, c'est lorsque je suis en lien avec un espace de vérité. C'est un peu flou quand on le dit comme ça, parce qu'on n'a jamais conscience qu'on est en train de se mentir. Et probablement que là, devant toi, je porte encore plein de masques et que je me rendrai compte dans 5 ou 10 ans que... J'avais encore beaucoup de couches à enlever pour être en lien avec cet espace d'authenticité.
- Speaker #0
Mais tu le sens déjà plus accessible qu'il y a encore quelques années. En fait, il devient de plus en plus accessible cet espace de vérité. La question d'après qui va peut-être aider à rendre ta réponse précédente moins floue, c'est qu'est-ce que tu ne ferais plus, qu'est-ce que la femme de cette photo ne ferait plus, quoi qu'il arrive ?
- Speaker #1
je ne peux pas faire des choses qui sont contraires à mes valeurs que ce soit pour de l'argent que ce soit pour faire plaisir c'est impossible je ne peux pas cultiver des amitiés lorsque je ne suis plus alignée avec les valeurs des personnes c'est impossible je ne peux pas le masquer on le voit tout de suite Merci.
- Speaker #0
Et tu dirais que c'est justement ça, l'accès à sa vérité, c'est une forme d'intégrité qui s'est renforcée avec le temps, c'est l'envie de ne plus être encombrée par du devoir ou des obligations ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça, et c'est aussi se libérer du regard extérieur, et ça, moi je n'y suis pas encore. Alors, est-ce que c'est souhaitable d'en être libérée totalement ? moi je pense pas parce que je pense qu'on vit les uns avec les autres et que du coup avoir conscience des autres c'est important mais je vois bien qu'il y a encore des moments où ça m'empêche d'être totalement authentique par peur de déplaire profondément donc j'avance sur ces sujets, c'est mieux, beaucoup mieux de mieux en mieux mais c'est parfois après coup où je me dis je me suis quand même un peu pu empêcher. J'aurais pu aller encore plus auprès, enfin...
- Speaker #0
Au plus juste de toi à ce moment-là. Mais c'est peut-être l'histoire d'une vie, ça,
- Speaker #1
en fait.
- Speaker #0
S'affranchir du regard et du besoin ou de la peur de déplaire, finalement. Parce qu'en fait, on sait inconsciemment que les conséquences de déplaire peuvent être tellement lourdes ou tellement difficiles à digérer ou à... accepter que ça nous oblige d'une certaine façon à rester un peu dans le conformisme, même si on a envie de se détacher de ça, même si on a envie de s'en éloigner. Qu'est-ce qui t'a permis de devenir cette femme-là ? À quel moment tu dirais que ça a commencé à changer pour toi ?
- Speaker #1
C'est des crises profondes qui m'ont permis de faire bouger mes plaques tectoniques à l'intérieur. Le premier moment où ça se fissure vraiment... De toute façon, tout... Tout sert et tout est utile, il n'y a jamais rien d'inutile, mais je dirais que le sentiment que j'ai ressenti après les attentats du 13 novembre 2015, dans lesquels je n'ai pas de personne qui a été touchée, je connais beaucoup de gens qui ont été touchés, mais je n'ai perdu aucun proche. Ces attentats ont réveillé chez moi une insécurité très profonde et même ont réanimé des traumatismes anciens que je pensais avoir traités, mais que je n'ai pas vraiment conscientisé au moment où ça s'est déroulé. En tout cas, du jour au lendemain, j'ai ressenti quelque chose que je n'avais jamais entendu, qui était la Vina. aucun sens, ma vie n'a aucun sens je l'entendais quotidiennement dans ma tête c'était vraiment ça se répétait et c'était tellement fort que j'en étais je ne pouvais plus fonctionner j'étais complètement perdue et donc du coup où est le sens donc ce que j'ai fait c'est que j'ai d'abord quitté mon emploi sans savoir ce que j'allais faire après, je n'avais aucune idée mais je sentais que Merci. C'est comme ce que je te disais tout à l'heure, c'est comme ça que moi je fonctionne et je recommande à personne de faire la même chose parce que c'est vraiment mon fonctionnement. C'est que si ça devient trop pressurisé, trop serré, il faut que j'enlève de la pression pour découvrir ce qu'il y a en dessous parce que je ne peux pas le faire en étant pressurisé. Donc il a fallu que je quitte mon emploi, que je démissionne sans savoir ce que j'allais faire, je n'avais pas d'argent de côté, je venais d'acheter un appartement avec mon mari donc j'avais un crédit à rembourser. Donc il y avait cette pression de « il ne va pas falloir non plus s'arrêter de bosser, il faut gagner de l'argent » . Mais je ne pouvais plus faire, et pourtant, rien ne m'avait préparée à ce que je viens de démissionner le jour où je l'ai décidé. J'aimais bien mon métier de journaliste, je travaillais pour un journal que j'adorais, j'aimais beaucoup l'équipe avec laquelle je bossais. Il y avait des choses évidemment qui étaient plus ou moins difficiles liées au rythme de publication.
- Speaker #0
Mais tu n'étais globalement pas malheureuse ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Mais il y a eu une urgence à faire un choix ?
- Speaker #1
D'un seul coup, je ne pouvais plus faire ce que je faisais quotidiennement. Je ressentais que c'était comme si je devais aller dans un espace qui était joué une vie qui ne me correspondait plus.
- Speaker #0
Et à quoi tu as accédé en faisant ça ? Parce que ce que tu as laissé derrière toi, on arrive assez bien à l'imaginer. Mais à quoi tu as eu accès en faisant ça ?
- Speaker #1
Pour moi, déjà, je suis passée du statut de salariée à celui d'entrepreneur puisque j'ai monté ma société juste dans la foulée. Et d'abord, j'ai réussi à me prouver que je pouvais me réinventer complètement et que l'illusion à travers laquelle je fonctionnais jusqu'alors, qui était je ne pourrais pas m'en sortir sans avoir un emploi salarié, je ne saurais pas entreprendre, je ne saurais pas créer par moi-même, c'est trop compliqué. Et la sécurité sociale, et la mutuelle, enfin, tous ces trucs auxquels... Toutes ces contingences-là,
- Speaker #0
mais auxquelles on rattache le sentiment de sécurité aussi, dont on a besoin.
- Speaker #1
L'idée qu'il y a tous les mois quelque chose qui tombe et qu'il n'y a que comme ça que je vais pouvoir me sentir bien, tout ça a explosé, et je me suis rapidement rendue compte que, en fait, non. J'ai découvert que j'avais énormément de ressources. Et ça, je le sais encore aujourd'hui, c'est-à-dire que dans un moment de changement comme celui que je suis en train de rencontrer en ce moment, changement qui ne me mènera probablement pas à transformer autant que... Oui,
- Speaker #0
ce que tu as fait par le passé.
- Speaker #1
Mais dans ce moment-là, je sais maintenant que j'ai plein de ressources et que du coup, il y a plein de choses que je sais faire et qu'il n'y a aucune raison d'avoir peur. Donc j'ai beaucoup moins peur qu'il y a 10 ans qu'on... C'était quand même un truc de kamikaze.
- Speaker #0
Oui, de rentrer chez soi en disant « ça y est, j'ai posé ma démission, je ne peux plus, j'arrête. » Et de répondre aux gens qui, j'imagine, te posaient la question « mais qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? » « Je ne sais pas, je vais explorer. » Et donc aujourd'hui, tu te retrouves dans une exploration.
- Speaker #1
un peu similaire avec une différence de taille c'est la conscience d'avoir des ressources pour le faire il n'y a pas que des ressources dans la tête ou dans mon expérience il y a aussi des ressources financières parce que j'ai bâti quelque chose et je me suis mise dans une situation qui me permet de prendre ce temps pour réfléchir alors j'espère qu'il ne va pas être trop trop long mais je ne peux pas le savoir à l'avance et donc cette liberté là Je l'ai pour des tonnes de raisons. J'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup travaillé pendant dix ans. J'ai fait l'écureuil aussi. J'ai été très raisonnable dans ma manière de dépenser. Et je m'en félicite. Parce qu'aujourd'hui, ça me permet d'avoir la liberté de me dire, tiens, j'ai besoin de réfléchir, de prendre du temps pour moi. Et ça arrive au bon moment parce que si ma fille a 18 ans, qu'elle est rentrée à l'université et que moi, j'ai... plus de temps pour moi donc je peux me permettre de me dire tiens je vais partir une semaine écrire ou 15 jours écrire ou j'ai envie d'aller marcher enfin voilà l'accès à une liberté qui
- Speaker #0
a été bâtie par tes soins qui est le résultat de tes engagements de tes efforts mais qui te donne aujourd'hui accès à la création d'un espace de réflexion et d'exploration dans lequel tu enlèves la pression exactement Alors je te propose maintenant de reprendre l'enveloppe et de prendre la deuxième photo. Cette deuxième photo, elle te représente avec ta fille dans ta première année de maternité. Ce que je te propose c'est de me dire dans quel état intérieur était cette Lily-là, cette année-là.
- Speaker #1
Alors moi je me souviens très bien du moment où a été prise cette photo, avec ma fille qui est au sein. c'était un tsunami le pédiatre qui s'occupait de ma fille et que j'aimais beaucoup aller voir à cette époque, il s'appelle le docteur Philippe Grandsen il a écrit un livre qui s'appelle bébé dis-moi qui tu es je l'aime beaucoup, il m'a beaucoup aidée et je me souviens qu'il compare l'arrivée du premier enfant avec Hiroshima mon amour C'est-à-dire que c'est nucléaire, ça explose tout sur son passage, mais en même temps, il y a tellement d'amour. Et je ressentais vraiment ça. C'est-à-dire que là, j'étais à la fois en osmose avec elle, je ressentais en fait quelque chose de vraiment de l'ordre du cercle complet et une béatitude. J'avais vraiment... J'étais fascinée en fait par ce bébé. Quand elle ne dormait pas, je regardais des photos d'elle. Enfin, quand elle dormait, je regardais des photos d'elle. Quand elle était éveillée, je la prenais en photo. J'étais complètement fascinée par cette aventure qu'on était en train de vivre. Mais en même temps, j'étais dépassée parce que ça ne se passait pas du tout comme ce que je m'étais imaginée. J'avais tellement à cœur d'être une maman idéale, parfaite. Et tout de suite, elle est arrivée avec un accouchement qui ne ressemblait pas du tout à celui dont je rêvais. L'allaitement, ça a été compliqué. Il a fallu abandonner assez rapidement pour passer au biberon, ce que j'ai vécu comme un échec personnel. Et en fait, tout de suite, il a fallu construire de la confiance et de la sécurité. sur le plan de la maternité pour ne pas sombrer dans je suis une mère qui ne sait pas faire je ne suis pas à la hauteur et donc d'abord je n'étais pas toute seule j'avais la chance d'avoir mon mari à mes côtés et puis j'étais déjà en travail thérapeutique et donc c'est fantastique parce que elle m'a permis, vraiment, cette petite fille-là, en arrivant, de me faire bosser comme un accélérateur de particules, de me montrer, en fait, ben là, c'est parti de toi que t'as pas guéri, ce perfectionnisme-là, il va falloir lâcher.
- Speaker #0
Parce que ça fonctionnera pas, en fait.
- Speaker #1
Ça marchera pas. Et donc, je me souviens du pédiatre qui, vraiment, me disait, il va falloir lâcher. Et comme c'était quelqu'un qui était... complètement, qui avait à cœur de déculpabiliser les femmes et qui par exemple c'est la seule personne et malheureusement je regrette aujourd'hui qu'on pressurise autant les femmes au sujet de l'allaitement dans... Ça vient s'englober dans un mouvement qui se veut évidemment bon pour l'environnement, la planète, la santé du bébé. Mais en fait, cet homme m'a demandé pourquoi j'avais choisi d'allaiter. Et j'étais très étonnée par cette question. Il était médecin, ce qu'il y a de mieux pour l'enfant, voilà. Donc, je voudrais savoir ce qu'il y a de mieux pour vous. Qu'est-ce qui est le mieux pour vous ?
- Speaker #0
Cette question, elle est extraordinaire parce qu'en fait, elle est totalement...
- Speaker #1
Elle n'est jamais posée, en fait. En fait, on pose tellement l'injonction que c'est ce qu'il y a de meilleur pour l'enfant qu'il doit primer. Or, non. En fait, ce qui est le plus important pour l'enfant, c'est que sa mère aille bien. Donc lui, en fait, il avait... C'était, il s'occupait de ce bébé, mais pour bien s'occuper du bébé, il voulait savoir si la maman allait bien. Et du coup, il a changé, en fait, le curseur au niveau de mon attention. C'était... Moi, j'étais plutôt heureuse d'allaiter, mais voilà, elle ne prenait pas suffisamment de poids, c'était compliqué. Et franchement, quand j'ai appelé les expertes de la lactation, de l'allaitement pour me faire aider, j'ai été tellement culpabilisée, en fait, dans « mais surtout, ne lui donnez pas de biberon, il ne faut surtout pas, vous allez tout couper » . Ne vous laissez pas avoir. Persévérez, madame. Vous ne vous rendez pas compte. Là, on est en train de vous manipuler. Votre pédiatre dit n'importe quoi. Et en fait, comme je le trouvais très sensé et qu'au contraire, il m'apaisait et que quand je sortais d'un rendez-vous avec lui, j'avais le corps qui était complètement adouci, je me suis dit, là, cette conversation, elle ne me fait pas du bien. En revanche, lui, il m'apaise. Donc,
- Speaker #0
je vais plutôt suivre ses indications. Qu'est-ce que tu vois maintenant en regardant cette photo que tu ne voyais pas à l'époque ?
- Speaker #1
Je vois que je suis vraiment un bébé encore. J'avais l'impression d'être très grande, d'être très adulte. Et je vois que je suis encore... Bon, j'ai 31 ans sur cette image, mais je suis encore toute petite. Je vois la petite fille en moi encore, très présente. Bon, je la vois aussi sur la photo d'aujourd'hui. Mais ce que je veux dire, c'est que j'avais encore... tellement de chemin pour apaiser mon histoire, mon enfance, tellement de chemin pour apaiser mes vieilles colères, mon ressentiment. J'étais encore beaucoup dans la rumination de ma merci, mon père ça. Et ça, pour le coup, ce qui est génial, c'est qu'un bébé, comme il nous place dans un... tous les chiquiers bougent donc dans l'arbre généalogique on était l'enfant d'eux,
- Speaker #0
on devient le parent de quelqu'un donc ça nous oblige absolument, on change de place et donc ça permet de réinterroger les rôles, l'histoire le passé,
- Speaker #1
le pardon et ça nous rend beaucoup plus indulgents vis-à-vis de nos parents parce qu'on voit bien que malgré nos bonnes intentions on n'y arrive pas et c'était la question que je voulais te poser après qu'est-ce que cette période-là a fait de toi ?
- Speaker #0
Ou qu'est-ce qu'elle a contribué à créer chez toi ?
- Speaker #1
Beaucoup plus de douceur pour moi-même. Parce que je pense qu'elle m'a... Je me jugeais beaucoup avant qu'elle arrive. Bon, j'ai continué à me juger pas mal, mais ça c'est pas... Mais quand même, elle m'a permis de voir que mon fonctionnement, en tout cas, il n'allait pas pouvoir continuer.
- Speaker #0
Il fallait l'interroger, il fallait travailler. Alors, on va maintenant passer à la troisième photo. Celle de l'enfant que tu étais. Tu m'as envoyé une photo de toi qui souffle tes bougies. Il y en a dix,
- Speaker #1
je crois.
- Speaker #0
C'est la photo de tes dix ans. Qu'est-ce qui est déjà présent de toi en elle ?
- Speaker #1
Le sourire, la gourmandise, parce qu'on sent que j'ai hyper envie de manger du gâteau. Oui,
- Speaker #0
tu as hâte de souffler et de passer à la suite.
- Speaker #1
je sais aussi que c'est un moment qui est pas facile il me semble que je suis photographiée au Canada au moment où je vais voir mon père et je sais pas à ce moment là qu'il me reste très peu de temps à passer avec lui puisqu'il est mort 3 ans plus tard lui non plus ne sait pas qu'il est malade ça avait été un été assez chaotique et donc je souris mais je suis assez triste en vérité
- Speaker #0
Je souris parce que c'est mon anniversaire et que j'aimais bien l'idée d'être célébrée et d'avoir des cadeaux. Mais il y a un chagrin. Il y a un vrai chagrin et un chagrin que je me traînais depuis longtemps. Et donc, ce que je vois aussi, c'est que je le retrouve sur la photo de la maternité. Là aussi, je suis très souriante, mais il y a plein de choses très mélangées, en fait.
- Speaker #1
Oui, la fameuse ambivalence maternelle, quand il y a des tensions, des contradictions, des tiraillements, des hésitations, mélangées à l'amour, mélangées à la béatitude.
- Speaker #0
Et donc, non, cette petite fille, j'ai énormément de tendresse pour elle. Elle a vraiment vécu pas mal de petits cauchemars et de grands cauchemars. Et j'adorerais aller m'immiscer en fait dans cette photo, pouvoir passer du temps, lui chuchoter des choses pour qu'elle se sente un peu mieux. Et puis peut-être, voilà, re-rentrer dans cette réalité parallèle pour poser des questions ou passer plus de temps avec mon père à ce moment-là, essayer de le regarder avec mon regard d'adulte. Voilà, mais c'est comme ça.
- Speaker #1
Est-ce que tu as le sentiment d'avoir... pu lui rester fidèle à cette petite fille ?
- Speaker #0
Oui, oui en partie. Je pense qu'il y a beaucoup de choses qu'on dit de moi aujourd'hui qu'on disait déjà de moi quand j'étais enfant. Mais c'est un chemin permanent en fait de se reconnecter avec les rêves qu'on avait quand on était tout petit. Et puis, moi j'essaye de ne pas rester figée sur une seule image de ce qu'on a été avant parce que Merci. Des fois, on a besoin de travailler avec l'adolescente qu'on a été ou bien avec la fille de 20 ans qu'on a été. Il y a plein de zones où, en fait, on a laissé de la souffrance derrière, qu'on a mis sous le tapis et où il faut aller un peu se soulever pour reprendre la main de celle qu'on a été, la réconforter et puis se dire que cette douleur-là, elle a fini par se transformer en quelque chose d'intéressant. oui c'est ce que tu disais tout à l'heure tout est utile et tout sert après moi je fais pas partie enfin je ne pense pas qu'il faille souffrir absolument et puis je crois pas que on a pas tous la capacité à transformer en fait les épreuves de la vie de la même façon et donc je veux pas faire passer un message qui serait culpabilisant ou qui serait une injonction de plus pour les personnes qui n'y arrivent pas parce que quand on en parle de ces trucs d'enfants intérieurs, c'est des techniques qui sont super intéressantes mais il y en a qui peuvent pas du tout aller là parce que l'enfance a été vraiment trop difficile et parce que le travail a démarré plus tard et que moi je suis passée par tellement d'étapes qu'aujourd'hui je peux aller dans ces espaces parce que j'ai commencé à être en thérapie à l'âge de 16 ans Merci. Donc, voilà. Mais je me rends compte parfois quand j'entends des femmes en retraite avec moi que se connecter à la petite fille qu'on a été, c'est hyper difficile et qu'il ne faut pas forcer. Et que ça ne vient pas, ça ne vient pas. Ce n'est pas grave.
- Speaker #1
Dans la joie de l'enfance, qu'est-ce que tu cherches à cultiver aujourd'hui dans ta vie d'adulte ?
- Speaker #0
Moi, la joie, c'est vraiment le fil conducteur de mes choix. Ça ne veut pas dire que tout ce que je fais est joyeux, mais j'essaie toujours de me connecter à cette sensation. J'ai une amie, là, elle vient juste de se mettre à créer quelque chose de nouveau. Et quand elle m'en a parlé, j'avais l'impression qu'elle venait de tomber amoureuse. Et elle ne pouvait plus s'arrêter de me raconter, en fait. Tu vois, il m'a dit ça, et après, je lui ai parlé de ce brief, et on a fait ci, et on a fait ça, et c'est génial. Et elle avait toute sa visualisation. Eh bien moi, ça là, ça m'excite énormément. Je sens que c'est un endroit juste, quand je suis dans cet espace de joie communicative.
- Speaker #1
De création.
- Speaker #0
De création. C'est le bon endroit.
- Speaker #1
C'est le bon endroit, c'est l'essence même.
- Speaker #0
Et on retrouve... La même excitation que quand on tombe amoureux et la même excitation qu'un enfant qui vient et qui dit « Maman, regarde, j'ai trouvé des tétards !
- Speaker #1
C'est trop bien ! »
- Speaker #0
et qui s'émerveille en fait. Donc la joie, c'est aussi des choses très simples. et c'est cultiver sa capacité à l'avoir dans des choses du quotidien pas forcément des trucs énormes alors Lili on arrive au terme de cet échange,
- Speaker #1
de cette conversation spontanément en lien avec cette quête de joie et d'émerveillement et en lien avec le nom de ce podcast La vie devant soi, qu'est-ce que tu vois devant toi ? aujourd'hui. Écoute, je vois la mer parce que je vais aller écrire au bord de la mer. De manière très claire, je vois un horizon dégagé. Voilà. C'est tout ce que je te souhaite pour les prochains mois. Merci beaucoup Lily. Merci d'avoir écouté cet épisode de La vie devant soi. Si cette conversation vous a touchée, questionnée ou ramenée à certaines parts de vous-même, alors c'est peut-être qu'elle a déjà commencé à faire son chemin en vous. Parce qu'au fond... Ce que je crois, c'est que devenir soi n'est pas un état, ni une destination, c'est un mouvement, un cheminement qui est fait de passage, de choix, de déstabilisation, de perte parfois, mais aussi du retour d'une certaine fidélité à soi. Je vous remercie pour votre soutien, pour votre écoute, pour vos partages, et je vous donne rendez-vous très bientôt pour un nouvel épisode de La Vie Devant Soi.