- Speaker #0
C'est le tout début de la rentrée. Peut-être profitez-vous encore des dernières douceurs de l'été, tout en retrouvant peu à peu le rythme des consultations avec l'énergie particulière de septembre. Aujourd'hui, je vous amène à Tours, mais dans une atmosphère qui ne ressemble en rien aux tumultes de la ville. Ici, derrière la façade d'un immeuble, se cache un petit havre de paix. D'abord, un grand jardin avec son beau cerisier, ses fleurs et le chant des oiseaux. Et tout au fond, une maison ouverte et chaleureuse dans laquelle on a tout de suite envie d'entrer. Dans cette maison, on croise des sages-femmes, mais aussi d'autres professionnels, toutes et tous réunis pour accompagner les femmes, les parents, les enfants. C'est l'histoire d'une rencontre, celle de deux sages-femmes devenues amies, qui ont rêvé ensemble d'un lieu chaleureux, vivant, presque comme chez soi, en famille. Et tout cela a commencé par une simple annonce.
- Speaker #1
Alors moi je m'appelle Marie, je suis sage-femme depuis 2011. J'ai toujours été sage-femme en libéral, d'abord sur Paris et puis maintenant sur Tours depuis 2018. En arrivant à Tours, moi d'abord je me suis installée sans cabinet, donc je faisais que du domicile au début, ce qui n'était absolument pas rentable, j'avais très peu de patientes, mais ça me permettait de continuer un petit peu à travailler. Et puis après j'ai fait un remplacement finalement, et puis je me suis installée près de chez moi, dans un cabinet. Et puis, j'ai démarré mon... congé maternité. Et puis un mois après mon accouchement, j'ai vu une annonce sur les réseaux sociaux.
- Speaker #2
Moi, je m'appelle Servane. Je suis sage-femme depuis 2009 et j'ai été essentiellement sage-femme à l'hôpital pendant 15 ans, dans différents hôpitaux, pas mal en région parisienne. J'ai fait beaucoup de services d'urgence, salle d'accouchement. Et puis, je me suis installée en libérale en venant m'installer à Tours. Je suis donc arrivée dans la région. C'était tout nouveau pour moi, je ne connaissais pas du tout le libéral, j'avais vraiment très peu d'expérience qui datait de mes études. Je savais juste que j'avais envie d'un cabinet dans lequel on était plusieurs professionnels, plusieurs professions à travailler en même temps, pour qu'il y ait vraiment une ambiance et qu'on soit vraiment à l'écoute de nos patientes, qu'on puisse leur apporter un maximum de réponses, un maximum d'accompagnement dans leurs choix et dans leurs souhaits par rapport à leur grossesse, etc. Donc ça, c'était certain que je ne m'installerais pas toute seule. Je recherchais, oui, une collègue sage-femme. qui puisse à la fois me former et avec lequel on puisse échanger et partager et s'entendre. Donc j'ai posté l'annonce. C'était un peu l'aventure. J'ai rencontré Marie et en fait directement on s'est très bien entendus et on a rencontré après toutes les deux ensemble une psychologue et une ostéopathe et on a créé une équipe plus nombreuse.
- Speaker #1
Quand j'ai vu l'annonce de Servane, la première chose que je me suis dit mais... Elle a bien du courage de vouloir créer ça à tour, parce que je n'avais pas l'impression que c'était très facile de créer une activité. Et puis après, je me suis dit, attends, non, mais c'est génial, c'est ce que tu as toujours voulu faire. Donc, saute sur l'occasion, appelle-la et voilà. Et là, ça a débouché d'abord sur un coup de téléphone entre une à deux heures.
- Speaker #2
Avec ta fille dans les bras.
- Speaker #1
C'est ça, je me souviens du poids de ma fille au fur et à mesure, qui n'était pas vieille, mais voilà, c'était quand même très long. On avait beaucoup échangé sur l'installation, sur nos points de vue, de notre façon de travailler, de voir notre métier de sage-femme, notre vision sur la vie tout simplement. Et ça a débouché sur les visites des locaux.
- Speaker #2
On a visité un local qui nous a tout de suite plu parce qu'on a une petite maison qui correspondait vraiment à cette idée de cabinet pluridisciplinaire, de petite maison chaleureuse où on peut accueillir et recevoir nos patientes. Et du coup, on a ouvert le cabinet en septembre 2020.
- Speaker #1
Quand on s'est rencontrés, on était très complémentaires. Moi, je connaissais très peu Tours. Servane, elle avait du réseau sur Tours, ne serait-ce que pour le plombier, pour nous installer un lave-main dans chaque cabinet. Et Servane, elle n'avait pas fait de libéral. Et moi, ça faisait déjà presque dix ans que je faisais du libéral. Donc, on avait chacune nos apports pour monter ce cabinet assez vite, en fait.
- Speaker #2
Donc, on a commencé d'abord par des cafés. On propose aux mamans qui ont accouché et qui allaient, et qui se sentaient un peu seules, de se réunir et de se retrouver au sein de notre cabinet.
- Speaker #1
Et puis, nous, on... On a proposé aussi des ateliers de portage. Moi, je proposais des ateliers de chant avec bébé. Et ça a plutôt bien marché. Et on s'est aperçu que ça nous prenait quand même beaucoup de temps. Et donc, on a voulu déléguer. Comment faire pour pouvoir faire intervenir des professionnels dans notre maison alors que ce ne sont pas des sages-femmes ? Et c'est justement pour faire intervenir ces professionnels qu'on a créé l'association pour distinguer notre métier de sage-femme et l'association à côté. C'est vrai qu'en tant que sage-femme, il faut faire attention à ce qu'on fait. On ne peut pas... partager les locaux avec les mêmes professionnels. Donc on a vraiment cherché à distinguer notre cabinet, notre SEM créé avec les sages-femmes, la psychologue. Les sages-femmes, on travaille principalement autour de la grossesse. L'ostéopathe et la psychologue travaillent également avec, on va dire, du public tout venant. Mais on a axé les professionnels, en tout cas, autour de la grossesse.
- Speaker #2
Qui est vraiment le côté médical du cabinet.
- Speaker #1
Voilà, tout à fait, qui est le côté médical. Et puis le côté association. Donc il y a une pièce dédiée pour l'association. pour que ces ateliers puissent être indépendants de nos cabinets. Ça nous a permis de développer les ateliers, notamment les ateliers avec Aude, qui est aussi l'air de puriculture, qui propose des ateliers autour de la parentalité, comme des ateliers sur les pleurs du nouveau-né, sur le sommeil du nouveau-né, sur l'éveil, la motricité. Moi, j'étais très contente qu'elle développe ces ateliers parce que même en tant que sage-femme, parfois c'est difficile de répondre sur des questions sur le sommeil. C'était vraiment chouette qu'il y ait des ateliers vraiment dédiés pour ça.
- Speaker #2
Formés à ça et qui a le temps de les accompagner. En fait, c'est ça, c'est que nous, en tant que sage-femme, on a nos compétences qui nous appartiennent, qui sont propres à notre métier, mais c'est pas pour autant qu'on peut pas être aussi accompagnée par d'autres professionnels qui, elles aussi, sont compétentes et formées et qui ont dû peut-être un peu plus de temps que nous pour pouvoir être auprès des parents, auprès des familles. Voilà,
- Speaker #1
on sait quelles sont nos limites. Comme nous, on s'est envoyé vers un pédiatre ou un gynécologue quand il y a une pathologie pendant la grossesse. Une auxiliaire, elle s'est très bien envoyée vers une sage-femme quand il y a besoin. Puis on a développé aussi d'autres ateliers, des ateliers de shiatsu, de signes avec bébé.
- Speaker #2
Il y a les ateliers de massage Rebozo pour les femmes enceintes, massage pour les nouveau-nés et les ateliers de yoga avec bébé.
- Speaker #1
Le but c'est vraiment d'accompagner la famille, que ce soit le père, la mère ou l'enfant. Tous les membres de la famille ont besoin d'un accompagnement, mais on peut se retrouver aussi avec des pères qui ont beaucoup de questions, beaucoup d'interrogations et qui se sentent un peu exclus. Ça fait partie de nos projets de proposer des soirées réservées au papa. On a aussi pas mal de demandes, et ça fait longtemps qu'on aimerait le faire, mais proposer des formations de premier secours pour les parents. On avait proposé aussi des conférences le soir. Notamment une conférence sur révenir et guérir les petits maux de l'hiver pour toute la famille en phytothérapie, avec une phytothérapeute très compétente. On avait fait aussi une conférence sur la reprise de la sexualité après l'accouchement, avec une sexologue. On avait fait aussi une conférence sur les réflexes archaïques, une conférence sur parler de sexualité à nos enfants. Donc ça, c'est pour élargir un petit peu des familles dont les enfants sont... éventuellement un peu plus grands aussi. Et puis au tout début, on avait cette idée-là, c'était des ateliers Faber et Maslich sur l'accompagnement des parents dans leur communication avec leurs enfants. Chaque intervenante paie un petit loyer, qui est assez dérisoire pour la salle, et ensuite se fait régler par les patientes pour les ateliers. Chaque intervenante fixe son prix et est rémunérée directement par les familles. En tant qu'organisation, c'est très prenant. Nous, ça ne nous rapporte strictement rien. l'association, clairement. Et ça nous demande le temps de faire la communication sur les réseaux, de faire les mails, de faire la coordination entre les différents professionnels.
- Speaker #2
C'est pour ça que chacune de nous participe, et donc aussi l'ostéopathe, aussi la psychologue, participent à la même hauteur que nous à la réalisation de tous ces ateliers. Donc on est maintenant trois sages-femmes au sein du cabinet, plus la psychologue et l'ostéopathe. Donc chacune participe à l'organisation de l'association. Comme une association assez classique, il y a une présidente, une trésorière, une secrétaire, etc.
- Speaker #1
L'adhésion est de 15 euros par an, par famille. Donc ça ne nous permet absolument pas de pouvoir embaucher quelqu'un pour la communication, etc. C'est nous qui faisons tout. C'est pour ça qu'on cherche un maximum à avoir du soutien, ne serait-ce que parmi les patientes, celles qui ont un congé maternité un peu long, qui ont quelques compétences. peuvent nous aider. Dans le site internet, par exemple, on a eu le mari d'une patiente qui nous a donné un petit coup de main.
- Speaker #2
Elles ont envie de nous aider parce qu'elles s'approprient vraiment ce lieu qu'elles ont fréquenté tout au long de leur suivi de grossesse. Donc c'est un lieu où elles se sentent accueillies, elles l'ont investie, elles se sentent comme dans une petite maison. Donc assez volontiers, elles proposent leur aide. Et du coup, c'est vrai que l'asso tourne pas complètement de façon autonome, mais quand même tourne bien grâce à une entraide de tout le monde. Notre cabinet est situé quand même en plein centre-ville. avec une petite maison qui est au fond d'un jardin. Et c'est vrai que rien que ça, je pense que ça crée probablement un cadre probablement apaisant et serein pour les familles qui viennent. Donc quand on est en été, on se met même dehors dans le jardin pour organiser des événements, des braderies. Donc on organise deux braderies par an, ce qui permet aux gens de se rencontrer, d'échanger entre eux, etc. Il y a les goûters des enfants. Donc une fois par an, à la fin de l'année, on réunit toutes les familles et tous les bébés qui sont nés pendant l'année, on organise un grand goûter. Donc il y a vraiment cette ouverture. Effectivement, au sein du cabinet, parce qu'on a vraiment envie de leur apporter toutes les réponses qu'elles peuvent trouver, mais il y a effectivement cette ouverture qu'on peut imaginer, visualiser comme accueillante, parce qu'on propose à tout le monde de venir.
- Speaker #1
Le but, c'est de créer comme une grande famille, en fait. Justement, à ce goûter au mois de juin, les familles sont contentes de se retrouver. Elles ont échangé des temps de préparation à l'accouchement, elles ont échangé des séances post-natales en groupe. où elles vont se raconter leur accouchement, échanger. Et puis ensuite, dans la salle d'attente, en attendant leur séance de rééducation, elles se croisent à nouveau et il y a du lien qui se fait. On a des patientes qui se retrouvent en dehors du cabinet, qui vont se faire des restos. On a même eu une année un groupe de mamans, alors qu'elles nous sentaient peut-être un peu débordées. Elles avaient pris le relais sur les cafés des parents. Et elles nous avaient dit, si vous voulez, c'est nous qui animons le prochain café. On a envie de fabriquer des bouteilles sensorielles. On va acheter le matériel et puis c'est nous qui animons le café. Et en fait, c'est vraiment ça le but de l'association, c'est que les familles s'en emparent, s'emparent de cette opportunité pour pouvoir échanger et qu'elles se fassent grandir entre elles. On n'a pas forcément besoin de faire partie de nos patientes pour pouvoir bénéficier du café des parents, des ateliers. Ce n'est pas réservé à nos patientes.
- Speaker #2
Je pense que l'atout principal des ateliers, c'est de rompre l'isolement. Tous nos ateliers sont collectifs. Elles sont au moins deux ou trois mamans par atelier. Et en fait, c'est porteur de pouvoir échanger avec les autres, de voir comment une autre maman fait devant telle situation, qu'elle soit primipare ou qu'elle soit multipare. Elles ont besoin d'échanger, elles ont besoin de s'accorder à un moment aussi agréable dans leur journée aussi, avec leur enfant en fait. Elles adorent venir à l'atelier, l'atelier massage avec bébé. C'est vrai que c'est un moment agréable qu'elles partagent avec leur enfant.
- Speaker #1
J'ai le souvenir d'un témoignage qui m'a marquée, c'était une patiente médecin. Elle venait d'avoir son troisième bébé. Donc on va dire que ce n'était pas tout à fait une novice. Mais elle était là toutes les semaines. Elle a fait tous les ateliers. Elle habite pas très loin du cabinet. On pourrait se dire que c'est une femme qui typiquement n'a pas besoin. En suite de couche à la maternité, une patiente comme ça, on va à peine la voir parce qu'on sait que tout roule. Et en fait, elle, elle était là toutes les semaines pour rompre l'isolement. C'est pareil, ce n'est pas une dame qui était particulièrement isolée socialement. Mais en fait, quand toutes nos copines travaillent et que nous, on est toute la journée à la maison, On a besoin de sortir, on a besoin de rencontrer d'autres mamans qui vivent les mêmes choses que nous. C'est vraiment un témoignage qui m'a beaucoup marquée. Et puis là, tout récemment aussi, j'ai reçu des voeux d'une patiente qui a déménagé sur Nantes et qui m'a dit que la maison bien-être me manque.
- Speaker #2
Ma plus grande joie en créant ce cabinet, c'est avant tout l'amitié qu'on a développée toutes les deux, parce que ça a matché très rapidement. On s'est rencontré une fois, puis après c'est vrai qu'on s'est téléphoné souvent pour créer tout ce projet, mais en fait c'était une évidence de créer ce cabinet ensemble, donc ça c'est vraiment la grande joie.
- Speaker #1
Je venais de me dire, il faut que je dise aux sages-femmes que je ne reste pas avec elles dans le précédent cabinet, il faut que je le dise, il faut que je le dise, bon ça y est enfin je l'ai dit, mais je ne sais pas vers quoi je vais. Et là, bingo, le message de Servane tombe vraiment au bon moment.
- Speaker #2
Mais parce qu'on a eu la chance de se rencontrer et que ça a marché directement en fait. On est à la fois collègues, on est à la fois amis, on est très complémentaires, on s'entend très bien. Et ça, je pense que c'est le rock d'un cabinet, la fondation. J'ai travaillé beaucoup et longtemps à l'hôpital, mais quand même, je pense, avec cette idée d'un jour m'installer en libérale. Parce que j'avais ce côté peut-être un peu farfelu, de vouloir jouer du piano à mes patientes, être au petit soin pour elles. Et c'est là où j'ai posté une annonce en disant que j'aurais cherché une équipe pluridisciplinaire dans un lieu. agréable et sympa et en fait tout s'est enchaîné très rapidement on s'est rencontré avec Marie on était complémentaires elle ne jouait pas du piano mais elle chantait c'était finalement pas plus mal.
- Speaker #1
Et non et c'est énorme que tu dises ça parce que moi pareil quand je rêvais je m'imaginais et sage-femme et prof de danse et entre les deux salles alors je pense pas que ce soit deux activités compatibles mais il y avait une petite cuisine où je servais des petits gâteau soit au parents de mes élèves de danse, ce soit mes patientes, entre deux consultations. Bienvenue chez les Bisounours.
- Speaker #2
Je pense que c'est d'apporter autre chose ou de mettre à disposition nos compétences qui peuvent être autre chose que nos compétences médicales, sans que ça n'enlève la valeur de notre métier ou de notre profession qu'on exerce déjà depuis longtemps. C'est d'apporter aussi une autre chose artistique, amicale, d'être aussi tournée vers les autres.
- Speaker #0
Merci à Marie et Servane pour ce témoignage doux et lumineux qui maintient l'esprit ouvert et met en lumière la richesse des liens interprofessionnels. Quand l'envie de créer ensemble s'accorde avec une rencontre qui sonne juste, des lieux uniques peuvent voir le jour, presque naturellement. Une belle dose d'élan et d'inspiration pour celles et ceux qui peut-être s'apprêtent à lancer de nouveaux projets. Je me joins à toute l'équipe MyOtikap pour vous souhaiter une belle rentrée et je vous donne rendez-vous très bientôt pour un nouvel épisode du podcast La Voix des Sages-Femmes.