Nathalie PiquéeMoi, je suis sortie de l'école en 1983. J'avais 23 ans et je croyais que je savais tout. Et donc, c'est assez marrant parce que je suis allée travailler dans une toute petite maternité où il y avait neuf accouchements par mois. Tous les professionnels qui étaient là, c'était la sage-femme de garde pour 24 heures. Pas d'infirmière, pas d'aide-soignante, pas de médecin sur place, pas d'anesthésiste. Ils voulaient la fermer plus ou moins, donc on n'avait absolument pas de matériel. Le monitoring ne fonctionnait pas, donc on écoutait à l'oreille. On n'avait pas de quoi perfuser, donc on laissait l'aiguille en place. On n'avait pas de quoi réanimer les bébés, donc il ne fallait faire que de la physiologie. Il n'y avait rien comme matériel. Et je crois que je me suis trouvée comme un poisson dans l'eau, parce que je me suis dit, puisque je n'ai personne autour de moi professionnel, Les seules personnes sur qui je peux compter, c'est les parents. Donc, je me suis mise tout de suite à regarder, parce que là-bas, il fallait voir venir la pathologie, parce que les médecins étaient à une heure. Et donc, j'ai commencé à regarder tous les signes qui pouvaient emmener vers la pathologie ou tous les signes qui me disaient, c'est OK, ça marche. Le papa en question est devenu mon aide. Donc, c'était cette femme qui accouchait au milieu de deux adultes. qui était son conjoint et moi, où tous les trois nous faisions alliance. Et ça, ça a vraiment forgé tout mon devenir sage-femme. C'est-à-dire que la physiologie, c'est d'abord une alliance, et ensuite, savoir faire avec la pathologie, c'est évident, il faut toujours l'avoir en arrière-pensée, il faut toujours l'avoir... Et je me suis retrouvée avec des grosses situations de pathologie, et là, avec une femme, un homme, où on a affronté ensemble. Je crois que ça m'a donné une confiance entière. dans le fait que c'est une alliance pour pouvoir mettre ce bébé au monde. Pour travailler dans cet état de physiologie, j'ai commencé à noter dans un petit coin de ma tête tout ce qui fait que cette femme était en capacité d'être totalement disponible dans cet accouchement ou alors elle n'était pas disponible parce qu'elle était occupée ailleurs. Quand je dis occupée ailleurs, elle pouvait avoir des problématiques socio-économiques ou de disputes dans le couple ou les parents ou avec sa mère. Et quand cette femme était dysrégulée, je vais le dire comme ça, je me disais tout de suite, bon, la physiologie, déjà la remettre en état de retrouver tout son potentiel avant même qu'on démarre l'accouchement. Et je crois que la méthodologie que j'utilise aujourd'hui, qui s'appelle Urkind, ça a démarré là. Qu'est-ce qui empêche une femme d'être totalement disponible pour être là, présente, dans la relation et pour mettre au monde son bébé ? Et j'ai commencé à noter dans ma tête tout ce qui pouvait l'empêcher d'être vraiment là. Pourquoi elle est ailleurs cette femme ? Où elle est ? Et de la faire revenir pour qu'elle puisse mettre son bébé au monde dans de meilleures conditions. Après, j'ai travaillé dans des grosses maternités où là, on faisait neuf accouchements dans la nuit. Il y avait deux sages-femmes de garde, les médecins sur place, et donc c'était vraiment passé de l'un à l'autre. Je me rappelle d'une situation qui m'a particulièrement marquée. Je me rappelle être arrivée auprès d'une jeune femme qui accouchait sous X. Je trouve qu'elle n'était pas bien traitée. La sage-femme qui me passe les consignes, à ce moment-là, elle dit « Bon, puisqu'elle abandonne son bébé, elle s'en souviendra. Elle se souviendra au moins de sa naissance. » J'ai trouvé ça... tellement injuste. Et donc la première chose, c'était de refaire alliance avec elle, puisqu'elle avait décidé ce bébé de le garder, de le mettre au monde et de le confier à la vie. Finalement, c'était aussi faire un cadeau à ce bébé que de le confier à la vie. Et puis on peut regarder ce bébé en lui disant « mon pauvre bébé, tu viens d'être abandonné, et je trouve que c'est pas juste pour cet enfant » . Par contre, on peut imaginer dans sa tête le visage des parents qu'on appelle et puis on dit « il y a un bébé pour vous, qui est à l'adoption » . et ce bébé-là, il peut entrer dans votre famille. Elle a joie qui explose. Et si on se charge de cette joie qui explose, ça ne donne pas du tout le même impact. Et je me rappelle la même chose, avoir fait alliance avec cette femme, pas savoir le pourquoi, qu'est-ce qui lui arrive. Simplement, elle était là, avec ce bébé, seule, avec ce corps qui mettait au monde. Et comment on fait de ce moment, non pas un moment de douleur qui va la marquer, mais un moment de mise au monde d'elle, en tant que femme qui aura mis au monde un enfant. en tant que ce bébé qui arrive dans la vie avec d'autres projets pour lui, et comment ça peut être quelque chose où l'un peut dire au revoir à l'autre. Ça ne sert à rien de connaître toute l'histoire. L'idée, c'est plutôt de savoir quoi faire avec cette histoire. Et on n'a pas besoin de connaître l'histoire pour savoir quoi faire. Après, je suis revenue dans... J'étais dans le Sud à ce moment-là, puis je suis revenue dans les Vosges, et puis j'ai eu mes propres enfants. Et comme je ne dirais pas beaucoup de sage-femme, ou c'est peut-être un biais pour moi de voir ça, Je trouve que les sages-femmes ne sont pas épargnées par la pathologie obstétrique. Donc moi, j'ai démarré mon parcours obstétrique, je vais le dire comme ça, avec une toute première naissance, une toute petite pitchounette qui s'appelait Tiffany et qui a vécu 48 heures parce qu'elle était très prématurée. Et là, je n'ai pas été bien suivie, je n'ai pas été bien accompagnée. Je me suis dit, mais les gens étaient gentils autour de moi. Ils ne comprenaient rien de ce que je vivais, ils n'étaient pas là, l'endroit où je les attendais. Après ça, mes deux enfants sont arrivés dans de très bonnes conditions. Ensuite, je me suis dit, c'est quoi cette rivière souterraine que moi j'ai vécue et que je vois dans le regard des femmes ? Et donc, je me suis dit, quels outils je pourrais utiliser, quels savoirs je pourrais utiliser ? Donc, je me suis dit, bon, je vais commencer à m'ennuyer. Donc, il faut que je fasse autre chose. Et ce mystère de la naissance, j'ai voulu aller l'explorer. Donc, je suis allée travailler avec Anne Ancelin, je suis de Saint-Berger, on a une dizaine d'années, et on a beaucoup échangé cette sage-femme, et qui disait, on a ce qu'on mérite. Et elle écrivait M apostrophe H E R E, comme héritage. Et j'ai beaucoup appris auprès d'elle, ça m'a donné une première entrée sur tout ce qui était la transmission transgénérationnelle, ça m'a vraiment ouvert quelque chose qui était extraordinaire. Et puis... J'ai fait un an de supervision et je le remercie vraiment à mon sourire à Paris avec Monique Bydlowski et cette femme merveilleuse, cette femme-là d'humanité. Et là, c'est pareil, ça m'a beaucoup appris de l'écouter où elle parlait de transparence psychique, où elle parlait si bien qu'après j'ai lu et j'ai écouté tout ce qu'elle pouvait dire. Ensuite, j'ai rencontré le docteur Delassus, la maternologie. Tout ça fait que ça m'a donné une ouverture d'esprit. Et je le dis souvent, alors je sais que... Parlant tant que sage-femme, et peut-être sûrement je parle aux sages-femmes, mais moi j'ai envie de dire que la naissance est quelque chose de bien trop sérieux pour le confier seulement à l'obstétrique. Il y a un monde incroyable derrière une naissance. Et tout ça, ça m'a amenée à une école, l'école de Gestalt. En allemand, Gestalten, ça veut dire donner une forme à l'invisible. Quand on se passe les consignes entre nous, sage-femme, et qu'on dit, attention, il y a un truc là, celle-là, je ne sais pas, je ne la sens pas. Il y a quelque chose qui est en train de se passer. La sage-femme, je dirais, c'est qu'est-ce qu'on sent très bien quand on ne la sent pas ? Comment on peut passer de cet imprévisible, de cet inconnu ? Parce qu'on ne peut pas écrire dans un dossier. Il y a un truc, on ne peut pas l'écrire. Comment on peut le rationaliser ? Et moi, je me suis dit, ce chaînon manquant entre la rigueur obstétricale et épidémiologique et le tsunami psychique, ça m'intéresse de faire ce pas. Et pour qu'on puisse parler aux parents, attraper comme un filet à papillons tout ce tsunami psychique et puis le transformer, je dirais, comme un alambic. C'est-à-dire de le découper de plus en plus petit pour avoir l'essence même et puis pouvoir faire de l'épidémiot. Et donc la gestalt, c'est vraiment découvrir toute cette rivière souterraine. On n'exerce pas la profession de sage-femme, on devient sage-femme dans tout son être. Et la gestalt, c'est la même chose. On n'apprend pas la gestalt, on devient gestaltiste. C'est une façon de regarder le monde. Et donc, moi, ça m'a beaucoup plu. Mais après cette école qui a duré cinq ans, qui était vraiment dans l'expérience, je n'étais pas rassasiée au niveau rigueur scientifique. Donc, j'ai refait une autre école de Gestalt, mais cette fois-ci en neurosciences affectives et en neurosciences sociales. Les neurosciences affectives, c'est comment gérer les affects émotionnels. Comment se construit le cerveau face à des affects ? Comment je communique avec les autres ? Ça, c'est les neurosciences sociales. C'est-à-dire, si je veux demander quelque chose à quelqu'un, Est-ce que j'ai peur d'y aller ? Comment je fais ? Tous ces codes-là. Et tout ça, c'est encodé dans notre cerveau et ça fait une trame. Et nos activités, on va passer sur cette trame-là pour être dans le monde. Et donc, tout ça, je l'ai appris, je l'ai expérimenté pour, à un moment donné, arrêter le travail de sage-femme clinicienne et passer dans celui de la thérapie périnatale. Et aujourd'hui, je rencontre des femmes, des couples, des bébés avec tous ces outils. de maternologie, ces outils de gestalt, tout mon savoir de sage-femme, l'histoire transgénérationnelle. Les femmes arrivent, les bébés arrivent, les couples me livrent une histoire. Je suis honorée d'écouter leur histoire. Et c'est comment je donne simplement une lecture pour qu'on puisse regarder ailleurs. Les femmes sont incroyables dans leur capacité à rebondir. Elles ont besoin d'une chose, toutes ces femmes, tous ces couples, c'est qu'on leur montre déjà tout ce qu'il y a de beau chez elles, tout ce qu'il y a de cohérent au milieu du chaos. Et à partir du moment où elles se remettent en sécurité, je n'ai pas besoin d'être créative, ce n'est pas moi qui travaille, c'est elles. Il y a une chose qui est très très importante quand on travaille en périnatal avec les femmes, depuis une place de sage-femme ou une place de thérapeute comme je le suis, c'est cette phrase de Monique Biglowski qui dit Chaque femme enceinte, c'est un ancien nouveau-né convoqué à l'histoire de sa propre naissance. Ce qui fait que devant nous, même si on a une femme seule qui est là, on a déjà son histoire de vie de cette femme qui a une trentaine d'années, et on a le nouveau-né qu'elle a été. Elle amène avec elle son histoire de vie, ses parents. Elle amène avec elle son conjoint. Et comment elle est devenue mère ? Une femme seule, c'est déjà de la thérapie familiale. Et donc c'est un système très complexe. L'idée, c'est comment on peut garder la complexité. de ce système-là, sans vouloir tout réduire pour nous simplifier la pensée, mais simplement en se disant, je prends l'ensemble, et puis de voir où elle nous amène. J'ai un cas clinique, c'est une jeune femme qui vient et qui me dit que son tout petit ne mange pas. Il ne boit pas ses biberons, ça ne va pas. Elle dit, on m'a dit que c'était moi qui étais trop stressée, donc c'est mon mari ou ma mère qui lui donne les biberons parce qu'on me dit que moi je suis trop stressée. Et ce tout petit, il est là, et il est posé. à côté d'elle, à aucun moment elle ne le regarde. Elle en parle, elle parle de lui, mais elle ne parle pas avec lui. Et puis, elle m'explique que l'accouchement, ça a quand même été... Elle dit, bon, l'accouchement, ça a été... Mais après, ça a été horrible, quoi. Ils ne sont pas venus dans la chambre, ils ne s'occupaient pas de moi. Une fois que j'ai sonné, ils ont mis 22 minutes pour venir. 22 minutes, vous vous rendez compte ? J'ai regardé ma montre. Moi, je voulais un jus d'orange. Et donc, j'imagine bien, on garde une femme qui sonne pour un jus d'orange. Les sages-femmes, elles disent, c'est encore la 204 qui sonne. Elles gèrent les urgences. Mais quand elles arrivent, je voudrais un jus d'orange. Je dis, oui, Alors non seulement elles ont mis tout ce temps-là, mais ensuite, vous savez ce qu'elles ont fait ? Elles m'ont amené une orange. Soit disant qu'elles n'avaient pas de jus d'orange. C'était à moi d'éplucher. Comment voulez-vous que j'épluche une orange ? Moi, je suis là, je suis fatiguée. Heureusement, mon mari m'a amené des compotes, des choses. Moi, je n'ai rien mangé de ce qu'elle m'a amené. En plus, c'était des gros morceaux. Comment voulez-vous, assise dans le lit, que je coupe les morceaux ? » Puis au fur et à mesure qu'elle parle, je la vois dans le fauteuil qui se recroqueville un petit peu, qui se roule un petit peu en boule. Et puis, à un moment donné, elle approche sa main tout près de sa bouche et presque son pouce. Et d'un seul coup, ça me vient, je me dis « Mais le bébé, c'est elle ! » Ok, en fait, la personne qu'elle m'a amenée en thérapie, ce n'est pas son fils qui ne mange pas, c'est elle en tant que bébé qui ne mange pas et dont on ne s'occupe pas. C'est ça qu'elle est en train de me raconter. Et là, ça a changé toute l'approche. J'ai regardé s'il y avait du maternologie dans son histoire. Apparemment, il y avait une mère qui était là. Donc, j'ai dit, faites-la venir. Et donc, on a refait une séance avec le tout petit, cette femme et puis sa mère. Et au fur et à mesure que cette femme, elle me racontait des choses et tout, il y avait cette... jeune maman qui regardait sa mère et qui avait une mimique avec sa bouche. Elle têtait toutes les paroles de sa mère. Et j'ai dit à sa maman, je lui ai dit, vous voyez ce qu'elle fait votre fille ? Elle dit, non mais elle est grande, c'est pas maintenant que j'ai à nourrir au sein. Alors je lui ai dit, non mais est-ce que vous pourriez la nourrir simplement avec votre regard ? Et cette femme, elle me regarde, mais elle me dit, mais non, je ne peux pas. Je suis bien trop vilaine à l'intérieur de moi. Moi, je ne veux pas lui transmettre ma colère, ma violence, ma folie. Non, non, moi, je ne la regarde pas. Et moi, je la regarde et je dis, moi, ce n'est pas ça que je vois. Je vois cette femme qui est venue, cette femme qui aime sa fille. Et vous avez un cœur grand comme ça. Prenez le risque. Je me dis, vous croyez que je peux ? Et là, elle a regardé sa fille. Je peux imaginer que c'était presque la première fois de sa vie qu'elle a regardé sa fille. Et moi, je me suis calée dans mon fauteuil. Et là, c'est moi qui ai pu boire la situation. C'était incroyable de voir ces deux femmes se rencontrer. Et elle a bu jusqu'à plus soif, cette jeune maman. Bon, hasard de la situation, derrière le tout petit, il s'est mis à téter. Et c'est ça le transgénérationnel, et c'est ça qui me passionne, qui me fascine. Et elle avait vu plein de pédiatres, mais c'est pas de ça dont elle avait besoin. C'était juste une histoire de vie à raconter dont elle n'avait pas conscience, ni elle, ni le bébé bien sûr, et ni sa mère. Ça m'a beaucoup touchée cette histoire-là. Comme je disais tout à l'heure, comment faire le chaînon manquant ? Transmettre un discours dans un staff obstétrical, ce n'est pas le même langage, ça demande du temps, ça demande de l'émotion, ce n'est pas la place dans un système obstétrical. Et le chaînon manquant, c'est comment raconter toute une histoire de vie, simplement c'est pour ça que ça s'appelle une cartographie, c'est comment on refait toute la carte de l'histoire de cette femme. Donc petit à petit, ça a pris jour de faire une carte, comme un radar. de mettre des items, ce qui depuis mes toutes premières expériences, je me disais qu'est-ce que j'ai repéré ? Il y a la matrice de soutien, la relation à sa propre mère, à son propre père, l'intuition c'est bien, mais je suis allée aussi vérifier que c'était bien les recommandations de la Haute Autorité de Santé, ça tombe bien, c'était la même chose. Et puis j'ai beaucoup regardé ce qui se faisait en neurosciences, et ce qui se faisait en fait de toutes ces approches différentes. C'est qui tu es ? extraordinaire, c'est qu'on disait tous la même chose avec un vocabulaire différent. Donc j'ai rassemblé ça sous la forme de dix items. Je parle de la grossesse, parce qu'il y a les items de la grossesse, du post-natal, du deuil périnatal, de la santé sexuelle. Les items changent. La cartographie ne change jamais, mais les items changent. Et là, en périnatal, si je reste là-dessus, je prends la relation de cette femme avec sa propre mère, si je lui dis, racontez-moi la relation avec votre mère. Déjà, ça va prendre beaucoup de temps. Et puis, si je suis sage-femme et pas thérapeute, je vais déborder très vite par la réponse. Et puis, cette femme, elle n'en a pas forcément conscience. Et qu'est-ce que je vais faire de toute cette réponse-là ? Moi, je suis restée sur mes toutes premières impressions. Je me suis dit, ce que je veux savoir, ce n'est pas l'histoire. Ce que je veux savoir, c'est, est-ce que ça lui prend de l'énergie sur sa relation avec son bébé, la relation avec sa grossesse ? Qu'est-ce que ça fait à l'intérieur de son corps ? Est-ce que ça fait des étoiles et plein de soleil et quelque chose de réjouissant ? ou est-ce que ça fait un tsunami ? On va voir si elle a les ressources internes pour gérer ce tsunami. Est-ce que ça prend beaucoup de place ou trop de place ? Donc, transformez ça en météo. Qu'est-ce que ça fait à l'intérieur de vous ? Les femmes enceintes, elles le disent. Depuis que je suis enceinte, je n'ai plus de cerveau. Mais elles n'ont plus de cerveau gauche, elles n'ont plus de cerveau rationnel, elles ont un cerveau, un cerveau droit j'appellerais ça, un cerveau tout en couleurs, tout en émotions donc. C'était aller les chercher sur les cartes de l'émotion. Et donc quand je me suis dit cartes de l'émotion, on va faire des vraies cartes, de la photolangage. Et donc les cartes, elles sont suffisamment subjectives pour que chacun y voit. une histoire particulière. Et quelquefois, on me dit, donc c'est des cartes qui ont été dessinées par une graphiste qui est très sensible à tout ce qu'est la périnatal, mais ça ne représente pas une réalité. C'est pas une jolie maman avec un bébé. Il y a des petites choses, par exemple, je ne sais pas, il y a un soleil, ou il y a une lune, ou il y a des étoiles, ou il y a un parapluie, ou il y a des choses comme ça, et chacun y voit ce qu'il a envie d'y voir. Par exemple, il y a une carte où on pose la question à cette femme comment elle se sent dans la relation avec son propre père. Et on voit une petite fille qui est sur un caillou et son papa qui essaye de la faire monter sur le caillou. Et il a un grand parapluie au-dessus. Et là, j'entends plein, plein de choses. J'entends, mais oui, mais il est hyper protecteur, ce papa. Et puis, il essaye de la faire grandir. J'entends, mais il lui arrache presque le bras, quoi. Il essaye de la faire grandir de force, quoi. Et puis, ce parapluie, en fait, c'est juste pour se cacher des regards. Et d'autres, mais ce parapluie, regarde comment il protège. Il protège sa pitchounette. Et en fait, chacun parle depuis son propre monde interne. C'est totalement un test projectif. Et si bien que cette femme, elle ne va même pas avoir conscience qu'elle est dans un test projectif. Elle va dire, quand je vois cette image, moi, ça me met du soleil partout. Ça me met du sourire partout. Mon papa, voilà, c'est... Si vous saviez... Bon, je l'ai perdu, mon papa, depuis, donc c'est une grande tristesse. Mais j'ai toutes ces couleurs dans ma vie. Tout ce qu'il a pu m'apporter, c'est... Il y a une carte, par exemple, où j'ai une femme qui me dit « Donc, tsunami, c'est 5. » Ok, donc c'est gros orage. Mais moi, je viens d'une tempête force 10. Et les femmes, comme elles sont dans ce cerveau droit de l'imaginaire, elles répondent avec ce qu'elles sont. Et ça nous permet de faire un état des lieux. Et surtout, surtout de ne pas déplier. Ce n'est pas le lieu, pas maintenant, pas tout de suite. Et quand on a posé 10 questions, ça veut dire qu'à la fin, à ce moment-là, on va avoir une araignée au centre qui va représenter tout ce que sont les vulnérabilités maternelles et autour on va voir tout ce qui est le potentiel des ressources. Là j'ai mis en place une étude que j'ai envoyée à l'UQAM c'est l'unité de psychologie à Montréal et qui est que les 62% correspondent aux 13 de l'échelle d'Édimbourg. C'est-à-dire qu'une femme qui est en dessous de 62% elle est au seuil limite critique de « elle ne va pas bien » . Et si elle est en dessous de 40%, elle est carrément en train de se noyer. Et ça, c'est intéressant parce qu'on a attrapé, comme je disais, comme un filet à papillons. On a attrapé une histoire de vie et on peut le faire dans un langage très cartésien en disant, cette femme, 40%, tout le monde doit se mettre autour d'elle. 60%, il faut qu'on lui tienne la main. 80%, on va lui donner des conseils, quoi. Et ça, c'est l'idée d'égalité et d'équité. L'égalité, c'est faire tout le monde pareil. L'équité, c'est faire ce qui convient à chacun. C'est comme un Apgar, un tout petit, quand il vient au monde, si on appelle le pédiatre, réanimateur et qu'on lui dit « il faut venir, ce bébé, il a 7 d'Apgar » , c'est sur 10, il va dire « oui, bon, je finis mon café, j'arrive » . Si on lui dit « il a 4 d'Apgar » , il lâche son café, il arrive en courant. C'est la même chose, c'est pouvoir donner un signal qui dit « on est dans l'urgence, on n'est pas dans l'urgence » . Et c'est faire la différence entre le structurel, de comment va cette femme structurellement, puis le conjoncturel, cette femme qui arrive, qui est un peu énervée, qui... pleure, mais qui va très très bien. Elle a juste eu peur parce qu'elle avait un peu de contraction avant. Et aux urgences, ça fait une vraie différence. Et on ne peut pas traiter les deux pareil. Il y en a une qui est rassurable, l'autre qui ne l'est pas. Et c'est donc un repère très concret où les femmes peuvent envoyer un message, j'ai besoin d'aide. Mais le travail très subtil, j'ai envie de dire, c'était que cet outil soit à disposition des femmes pour qu'elles puissent voir tout le potentiel qu'elles ont, qui est dessiné en jaune, et c'est comment elles vont faire pour gagner du jaune. Ça, c'est le discours pour les parents et pour les femmes. Et puis pour les soignants, c'est de dire, là, il y a urgence ou pas. L'idée, c'est de passer d'une clinique du déficit à une clinique du potentiel. Quand on est dans l'urgence, ce qui est préoccupant, c'est la clinique du déficit. Une femme qui fait une hémorragie, on ne va pas être en train de chercher son potentiel. Donc là, c'est de l'urgence. Mais quand une femme est en larmes et on a un tout petit peu de temps devant nous, là, c'est la clinique du potentiel qu'il faut aller chercher. C'est vraiment d'aller regarder de chaque côté. côté, chacun depuis sa place, qu'on soit médecin généraliste, assistante sociale, qu'on soit sage-femme, qu'on soit psy, tout le monde sait de mettre tous les professionnels autour d'une femme, ce père conjoint ou conjointe, et ce bébé au centre, en tant que chef d'orchestre, et nous tous autour, et vraiment de se donner la main en fait, pour faire de la matrice de soutien, pour qu'elle puisse s'appuyer. sur tout un réseau, mais pas un réseau qui recherche la pathologie, chacun en silo, chacun depuis sa place, plutôt tout un réseau qui se parle au service d'eux. Ce qui est intéressant, c'est qu'on a toujours un biais, nous un biais professionnel, où on a en tête les vulnérabilités qu'il faut prendre en compte. Dès qu'une femme affiche cette vulnérabilité, il y a plein de clignotants qui s'annoncent. Mais la même vulnérabilité, quelle qu'elle soit. qu'elle soit psychique, qu'elle soit socio-économique, qu'elle soit physique, la même difficulté n'est pas prise en charge, pareil, par cette femme, si elle a plein de ressources à mettre pour gérer cette vulnérabilité, ou si elle n'a pas de ressources du tout. Il y a une jeune femme qui me disait, « Depuis qu'on a travaillé ensemble toutes mes ressources, vous savez qu'on a gagné du jaune, là ? » C'est une femme en dépression du postpartum qui me disait, « Je m'enfonce tous les jours. » Et là, ce qu'elle me dit, c'est, « Vous savez, depuis qu'on a travaillé toutes les ressources, mes ressources, je vais vous dire à quoi elles servent. » c'est que tous les matins, au petit-déj, la dépression du postpartum, elle sonne à la porte. Et bien, tous les matins, j'ai l'énergie de la mettre dehors. Et ça, je trouve que c'est super, quoi. Ce qui est, je dirais, propre à l'approche Urkind, c'est surtout, pour moi, la naissance, enfin, telle que je l'imagine, ça peut être... très chouette, une expérience de vie, mais c'est quand même monter l'Everest. On ne peut pas y aller en tongs, en se disant « Oh, je ferai ce qu'on me dit » . Non, non, il faut s'équiper dans son sac à dos. Et si quelquefois les femmes, le sac à dos est en train de se vider un peu, notre travail, avant même de chercher l'hélicoptère et d'aller les rechercher, c'est peut-être de les aider à remettre tout ce qu'il faut dans leur sac à dos. Et plus on va nourrir ce qu'elles vont remettre dans leur sac à dos, plus elles vont gravir, elles vont monter haut. Alors... Je veux dire, nous, les sages-femmes, en tout cas, moi, j'ai été éduquée comme sage-femme pour prendre soin, pour materner, pour faire à la place, pour trouver des solutions. Tout ça, pas avec la nouvelle parentalité. On n'est pas là pour materner. Il y a plein de ressources. Boris Cyrulnik, il pose cette phrase-là et il dit « Aujourd'hui, on nous parle d'autonomiser les parents. Mais qui sommes-nous pour autonomiser qui que ce soit ? Notre travail, le plus juste, c'est de créer les conditions pour que le parent s'auto-nomme. Et il l'écrit en deux mots. Et je crois que c'est passé du maternage, en pensant bien faire, en faisant du cocooning. Certaines femmes en ont besoin. S'il y a un déficit maternel, elles vont en avoir besoin. Mais nous, les sages-femmes, on n'est pas là après. Donc, si on les abandonne après, c'est plutôt le fait de leur donner des ressources pour qu'elles aillent chercher en elles ce côté maternant et qu'elles l'activent avec leur bébé et qu'elle l'active dans... leur réseau. Une grand-mère, une voisine, peu importe, mais elles vont le trouver, ce côté maternant. Si on donne tout et qu'on trouve toutes les solutions, on ne les incite pas à devenir elles-mêmes maternantes. Ce n'est plus elles, le bébé. L'idée, c'est que maintenant, pour les faire grandir, c'est leur donner suffisamment, qu'elles soient suffisamment nourries pour qu'elles se redressent et qu'elles trouvent leurs propres solutions et qu'elles soient fières d'avoir trouvé leurs propres solutions. Bien évidemment, moi, ce qui me passionne, c'est transmettre. C'est bien pour ça que j'ai créé un organisme de formation, Natal Formation. C'est surtout transmettre tout ce savoir. Moi, j'ai appris de Monique Bydlowski, j'ai appris de Françoise Molénat, j'ai appris d'Anne Ancelin Schützenberger. Et donc, je me suis dit, comment moi, à mon tour, je peux laisser une trace, comment je peux transmettre ? Ce qui m'a apparu le mieux, c'était un organisme de formation. Et donc, Urkind, aujourd'hui, c'est une méthodologie je dirais qui est toujours en mouvement parce qu'on invente d'autres champs d'application. Elle a été créée pour la périnatalité, mais très vite, on a eu le postnatal. Et puis, on a la PMA, on a le deuil périnatal, l'accordage mère-bébé ou parent-bébé. On a aussi la santé sexuelle qui revient beaucoup dans les consultations en périnatalité. Et puis, tout dernièrement, là, on a avancé un peu vite dans les générations, mais on vient de créer une cartographie pour les adolescents.Comment ils se sentent les adolescents ? De quelle énergie ils disposent pour faire face à cette adolescence qui est... Alors peut-être, je ne sais pas si c'est mon âme de grand-mère qui parle, mais je trouve qu'il est dangereux aujourd'hui. Quand même un adolescent, il doit faire face au harcèlement scolaire, aux addictions, aux risques de suicide, à la violence du monde. Il lui faut beaucoup, beaucoup d'énergie. C'est intéressant de calculer de combien d'énergie il dispose et puis de voir à quel endroit on peut lui faire gagner du jaune. Quand on l'a construite, on l'a faite avec tout un collectif de sage-femme. Et quand je l'ai expérimentée avec mes petites-filles, ça a été étonnant parce que ça a ouvert des sujets où je n'aurais pas bien su aller avec elles. Dernièrement, on a mis en place, on vit avec notre temps, une web-appli qui fait que ce soit les parents, en périnatal, en post-natal, ou les ados, pour qu'ils puissent eux-mêmes faire un auto-questionnaire et puis qu'ils puissent arriver en consultation avec les cartographies déjà faites. Ça fait gagner un temps énorme au sage-femme si on est en périnatalité. Et puis l'intérêt vraiment certain, c'est que quand les femmes arrivent en consultation ayant fait leur propre cartographie, il y a plein de temps pour en parler, mais il y a aussi la cartographie du conjoint qui est jointe. Et quand on a la cartographie maternelle et paternelle, on voit l'écosystème. Et ça, c'est très intéressant de voir comment ça s'actionne. Et parfois, une femme qui va bien, qui a 80% d'énergie, si elle a un conjoint qui a 40% d'énergie, c'est le conjoint dont il faut prendre soin. Parce qu'autrement, cette femme, elle va avoir deux tout-petits à la maison. Le tout-petit qui vient au monde est l'ancien nouveau-né convoqué à l'histoire de sa propre naissance qu'elle papa et qui ne va pas bien. Donc, c'est elle qui va être source. Elle ne va pas pouvoir se couper en deux. Donc là, l'idée, c'est de prendre soin du conjoint. Et si c'est l'inverse, et que c'est le conjoint qui a 80% et cette femme qui a 50%, là, le conjoint, ça devient un vrai partenaire. On va y arriver et on bosse ensemble. Et puis il y a aussi, quand ça se croise, je me rappelle d'un couple où elle, elle était très inquiète au niveau socio-économique et le conjoint, lui, pas du tout. Donc il lui dit, écoute, ça je m'en occupe, c'est moi qui gère, je fais Ils s'auto-sécurisent l'un et l'autre. Il y a une danse relationnelle dans le couple qui est intéressante à prendre en compte. Cette cartographie, on peut l'utiliser à plein de moments de l'histoire de la femme. Hier, on me demandait, est-ce qu'on pourrait faire une cartographie pour la douleur en gynéco ? Bien évidemment. on peut. Le principe, c'est toujours le même. C'est de mettre de la photolangage pour emmener les femmes ou les hommes dans un ressenti et qui fait qu'ils puissent nous livrer de l'émotionnel simplement en météo. Ensuite, ça nous donne un graphique. Et ce graphique, c'est de déplier tout ce qui est jaune, tout ce qui est l'énergie, comment on la fait monter, comment on ouvre les ressources. Et une femme qui a 80% de ressources, elle ne gère pas par elle son endométriose qu'une femme qui a 40%. On peut l'aider à gérer bien évidemment l'endométriose de façon médicale. Mais aussi, c'est si elle est en difficulté à plusieurs endroits et que ça lui mange toute son énergie, elle n'a plus l'énergie de combattre la douleur. Donc c'est faire remonter l'énergie ailleurs pour gérer la douleur. Ce n'est pas du à la place, c'est du en plus. Et on ne peut pas parler avec eux de prendre soin des autres sans prendre soin de soi en tant que soignant. C'est pour ça qu'on a créé la cartographie pour les soignants. Moi, je l'utilise régulièrement. Pourtant, je la connais par cœur et tout, mais je réponds en émotionnel. Et à un moment donné, je me dis « Ah, ok » . Donc, je choisis un item et je le bosse. Et là, je remonte en énergie. Et donc là, par contre, on va travailler sur « Est-ce que je travaille en adéquation avec mes valeurs ? » « Est-ce que je suis soutenue par mes collègues ? » « Est-ce que je me sens seule ? » « Est-ce qu'au niveau socio-économique, je me sens bien ? » « Est-ce que je me sens légitime dans ce que je fais ? » C'est très intéressant parce qu'après, une fois qu'on a cette cartographie, la personne dit Ah, donc c'est ça. Moi, par exemple, la dernière fois, je me disais, ah oui, au niveau corporel, ok, je ne me sens pas top. Ça fait 25 fois qu'on me dit qu'il faudrait que je fasse du sport. Ce n'est pas mon truc extraordinaire, mais la marche, j'aime bien. Eh bien, je m'oblige à aller marcher 5 km par jour. Ça me prend du temps. Des fois, je n'ai pas envie. Des fois, je me dis, je m'oblige. Je me dis, si jamais je ne le fais pas, eh bien, ma cartographie, je vais remonter à 3 ou 4 ou 5 et je vais moins bien dormir. Donc, je m'oblige à le faire pour maintenir ça. C'est une vraie rigueur. Quand on décide de toucher un item, on s'en occupe vraiment et on en prend la responsabilité. L'idée, c'est de prendre la responsabilité de sa santé psychique. Ce n'est pas seulement la faute à. Quand on a cette cartographie, on a le choix de ne rien en faire. Et on a le choix de dire, je m'en occupe. Si on est dans cette situation, ce n'est pas forcément de notre responsabilité ou de notre faute d'être dans cette situation. Mais ça peut être de notre responsabilité de ne pas changer la situation. La cartographie, ça vous permet de faire un pas de côté, parce que tout l'émotionnel des femmes est posé sur cette cartographie, elle n'est pas posée sur la sage-femme. Et pour bien prendre soin des autres, les sages-femmes, prenez soin de vous. C'est évident. La technique a permis de faire des progrès en mortalité, en morbidité incroyables. Et aujourd'hui, on stagne. On a le suicide maternologie arrive. Mais de quoi elles manquent ces femmes ? Peut-être qu'on pourrait se réapproprier une notion. C'est peut-être qu'on est passé à côté du sacré de la naissance. C'est redonner le sacré de la portée communautaire d'une naissance, d'un petit dôme qui est mis dans notre monde. Comment tous ensemble, on peut en prendre soin ? Et sacraliser ce moment, sans parler d'ésotérique ou de spiritualité, c'est vraiment comment laisser la technique uniquement à sa place et revenir avec une naissance qui est l'acte fondateur de l'humanité. En allemand, Ur, c'est la préhistoire. Et en allemand, on dit Urmensch, c'est l'homme préhistorique. Et Urkind, Kind étant l'enfant, c'est un mot qui a été inventé par... docteur Delassus, en maternologie. J'ai suivi son enseignement et un jour je suis allée le voir et je lui ai dit, ce mot-là que vous avez inventé. Il m'a dit, oui, c'est ce qui se transmet, c'est le sacré de la naissance, c'est vraiment l'enfant originaire. Je lui ai dit, donc comment on pourrait le traduire ? Il m'a dit, ben, Ur, c'est la préhistoire et l'enfant, c'est pas l'enfant qui joue dans la cour de récréation. C'est l'enfant originaire qui est à l'origine du monde. On doit y retourner pour pouvoir retrouver notre humanité. Et alors... J'ai posé la question, je lui ai dit, mais vous me le donnez ce mot ? Je voudrais l'utiliser. Il m'a dit, mais les gens ne vont rien comprendre. Je lui ai dit, oui, mais vous et moi, on saura. Juste vous et moi. Il m'a regardé, il m'a dit, écoutez Nathalie, ce que je vous propose, c'est d'accord, je vous donne Urkind, faites-le grandir.