Speaker #0Bonjour à toustes, je suis Jules Blavier, vous écoutez La Boîte à Ruban, je suis très heureux de vous retrouver aujourd'hui pour un épisode spécial. Je vous rappelle que le podcast est aussi disponible en version vidéo sous-titrée pour les personnes malentendantes, le lien est en description. Aujourd'hui, pendant les 20 prochaines minutes, et pour l'occasion du lancement de Maison de Vrance, on va parler de l'importance de la transmission et de la mémoire. Dans ce nouvel épisode, je vais vous parler de l'origine de la maison, de ce qui la constitue et surtout son lien avec le principe de transmission. On avait déjà pu en parler dans le tout premier épisode, mais la transmission c'est comme donner aux autres une boîte remplie de ce qui nous a construit, de ce qui nous lie aux autres. En quelque sorte... Maison d'Euvrance, c'est une boîte aussi. Une boîte qui renferme tous nos souvenirs, tout ce qui lie les uns aux autres. Parce que l'histoire que raconte Maison d'Euvrance, c'est pas la mienne, c'est pas la vôtre, mais c'est bel et bien la nôtre. Parce que mon but est de raconter une histoire universelle pour que chacun puisse se l'approprier pour en faire une histoire personnelle. Parce que la transmission, c'est comme une boîte dans laquelle on a rangé ce qui avait de la valeur pour nous et qui, au moment venu, sera offerte à l'autre. Alors allons-y. Ouvrons ensemble la boîte à rubans. Pour ceux pour qui cet épisode est le premier qu'ils écoutent, je suis Jules Blavier, j'ai 28 ans, je suis diplômé de l'école de la Chambre syndicale de la couture de Paris et de l'Institut français de la mode, et je cherchais à donner du sens à ma vie, au quotidien, et du coup, hier, j'ai lancé le projet de ma vie, Maison de Vrance. Comme j'ai déjà pu en parler dans un précédent épisode, Moi, je suis très lié au principe de transmission, à la mémoire familiale et à tout ce qui peut s'apparenter aux souvenirs. Et je cherchais à redonner du sens à mon travail et associer la mode et la transmission. Il y en a vraiment redonné un. Maison de France, c'est une idée que j'ai depuis des années. Et avant même de commencer à travailler, j'avais déjà ce projet précis en tête. Alors oui, effectivement, avec le temps, le projet a mûri, il a grandi. Comme moi, j'ai pu grandir et comme moi, j'ai pu évoluer. Mais l'idée de base, en tout cas, c'est la même qu'il y a 10-12 ans, quand j'ai eu l'idée de cette maison. En fait, je me suis rendu compte que je donnais beaucoup d'importance à la transmission, aux souvenirs en particulier. Je pense que ça vient des films que je regardais enfant, et qui m'ont beaucoup influencé tout au long de ma vie. Parce qu'un jour, je me suis rendu compte qu'une grande partie des films que je regardais en boucle, quand j'étais plus jeune, c'était des films qui abordaient cette idée de transmission. Dans les films que je regardais en boucle, il y avait Big Fish de Tim Burton, où c'est un père qui raconte sans cesse sa vie à son fils pour qu'il continue à vivre à travers lui en relatant ses aventures aux autres. Fruit Green Tomatoes de John Avnett, en français c'est Beignet de tomate verte, où c'est une femme âgée qui raconte à une inconnue en quête de sens toute sa vie et toute l'histoire de ses amis pour continuer à vivre au travers d'elle. Et puis plus tard, en grandissant, il y a d'autres films qui m'ont aussi accompagné. Midnight East de Jonah Hill. Juste la fin du monde de Xavier Dolan, 2001 l'Odyssée de l'espace de Kubrick. En fait, tous ces films, ils ont vraiment cultivé mon attachement et ma sensibilité pour la transmission. Et d'ailleurs, j'en ai fait un épisode. Si vous ne l'avez pas écouté, je vous invite à le faire. À côté du cinéma, de regarder des films, j'ai toujours été intéressé par les photos. Mais vraiment d'un point de vue matériel. La photo de famille, la photo souvenir. Le petit polaroïd qu'on prend comme ça sur l'instant T. Et j'ai toujours été fasciné par la capacité de l'être humain à conserver du papier. Je ne sais pas vraiment d'où ça vient, mais je trouve ça assez fascinant. Je sais que c'est niche, mais ça me fascine. Pour vous expliquer, en fait, ce qui me fascine, c'est notre capacité à conserver, pendant autant de temps, des petits morceaux de papier comme ça, que ce soit des photos ou des cartes, qui sont pour ça des éléments fragiles et qu'on peut facilement... perdre ou dégrader avec le temps. Chez mes grands-parents, par exemple, il y a une sorte de mallette en cuir dans laquelle ils ont conservé tout un tas de cartes de vœux qui étaient adressées à mes arrière-grands-parents. Cette même arrière-grand-mère, de qui j'étais assez proche enfant, a aussi conservé des décennies et des décennies de cartes postales qu'elle recevait. Tous ces papiers sont finalement des fragments de vie, je trouve. Des fragments d'instants, des fragments de souvenirs qui peuvent nous apprendre beaucoup des autres. Ces cartes postales, elles nous apprennent Beaucoup de ceux qui les recevaient, mais aussi de ceux qui les envoyaient. Et c'est ça, moi, qui me touche personnellement. Quand il a été sujet, pour moi, de trouver une histoire à raconter pour ma maison, j'ai tout de suite voulu faire une marque où le vêtement se transmet. Enfin, tout du moins, j'avais vraiment envie de construire un vestiaire qui donne l'impression qu'il sort tout droit de la mort de nos grands-parents. Comme si tous ces vêtements nous avaient été légués. J'avais envie de faire, en quelque sorte... des vêtements Madeleine de Proust. Que toutes ces pièces, en fait, elles puissent, dans leurs détails, dans leurs aspects, vous provoquer une certaine émotion. Comme si vous retrouviez au fond d'un placard des vêtements oubliés d'une personne qui vous était très chère. D'ailleurs, c'est tout le sujet de notre campagne vidéo. Je vous mets le lien en description si vous souhaitez la regarder. Du coup, pour Maison d'Ovrance, j'ai construit toutes les pièces autour de cette idée. Cette idée de... de vêtements Madeleine de Proust, cette idée de transmission. Souvent, je suis parti d'un élément qu'on a tous pu connaître, un souvenir commun, quelque chose qu'on a vu quotidiennement pour les transposer dans un vêtement, que ce soit la broderie des trousseaux de mariage ou des nappes en dentelle de chez nos grands-parents. C'est des choses qu'on a toujours vues, peu importe notre génération, la région dans laquelle on a grandi ou même le pays d'où l'on vient. Ce sont des éléments qui nous étaient toujours familiers. Et plus encore, c'est des éléments qui sont rattachés à des souvenirs précis. Alors, quand on les revoit, ça nous provoque vraiment une certaine émotion. Ça fait remonter des souvenirs parce qu'on les rattache à quelque chose de précis. On les rattache à un souvenir, on les rattache à un lieu qui va nous faire remonter des souvenirs, qui va nous provoquer de l'émotion. Et pour vous donner un exemple plus précis, on a fait développer une chaîne avec une médaille. Et l'idée autour de ce produit, c'est de créer une sorte de bijou de famille dont vous avez hérité. Cette médaille, en fait, elle reprend notre logo et c'est une médaille de baptême. Elle reprend tous les codes d'une médaille traditionnelle et donc, elle permet d'exister dans un inconscient collectif. Que vous soyez croyant ou non, on a tous, pour la plupart, vu des membres de notre famille avec ces bijoux, avec cette médaille de baptême. C'est des bijoux qu'on garde et qu'on transmet. C'est des bijoux qu'on nous a offerts ou c'est des bijoux qu'on nous a donnés, qui appartenaient à nos grands-parents, à nos parents ou même à un frère. Et finalement, leurs valeurs et leurs sens reposent principalement sur le principe de les avoir reçus en transmission. En plus de ça, ils portent en eux des souvenirs qui sont importants, parce qu'ils portent les souvenirs que vous avez avec cette personne. qui vous la transmis, donnée, offerte. Et donc, il y a vraiment une dimension de transmission et d'émotion dans ces produits. J'ai eu envie de construire un vocabulaire, j'ai eu envie de construire des codes, des références qui soient assez riches pour solidifier le projet, pour solidifier le discours au travers du vêtement et surtout, à réussir à vous parler pour vous transmettre de l'émotion. C'est aussi parce que... Moi, ce que j'aime dans les maisons historiques, c'est la richesse de leur histoire et la richesse des codes qu'ils nous partagent. C'est pas parce que Maison d'Euvrance, c'est pas une maison centenaire qu'elle peut pas renfermer une histoire qui a donné naissance à des codes distinctifs. Par exemple, chez Chanel, on retrouve beaucoup de codes qui sont liés à la vie de Coco Chanel et à ce qu'elle aimait. On retrouve son signe astrologique sous le signe du lion. On le retrouve énormément chez Chanel. Elle en a fait son animal totem. On retrouve aussi le symbole du blé. Parce que le blé, c'était pour elle le symbole de l'opulence, mais c'était aussi, en quelque sorte, une manière d'illustrer son enfance, qui était une enfance assez rurale. Elle n'a pas grandi dans une famille très aisée. Ça lui a permis de raconter aussi cette partie d'elle-même sans trop en dévoiler. Et c'est ça que je trouve très touchant et très important dans une maison. Tous ces codes, ça fédère autour d'une histoire, ça fédère autour d'une valeur, et ça fédère autour de quelque chose. qu'on a vraiment très envie de raconter symboliquement. Moi, c'est pour cette raison-là que j'ai voulu constituer, dès maintenant, dès le début en fait, ces codes. C'est aussi ces codes qui permettent de rendre cette histoire, l'histoire qu'on va vous raconter, suffisamment intéressante pour qu'elle puisse vous toucher. Par exemple, chez Maisons de France, on retrouve beaucoup, mais genre, beaucoup de myosotis dans tous les imprimés, dans toutes les illustrations, mais aussi... Il y a certaines couleurs de la maison qui sont inspirées par les musotis. Et pour comprendre pourquoi ce choix de fleurs... Il faut que je vous raconte quelque chose d'un petit peu personnel. Je l'ai évoqué un peu avant, mais j'avais une arrière-grand-mère de qui je me sentais très proche. Et cette arrière-grand-mère portait de manière assez frénétique, assez obsessionnelle, à quasiment chaque repas de famille un peu important, un tailleur bleu avec un chemisier à fleurs. Pour être très honnête, je ne sais pas si elle portait vraiment ce chemisier, mais en tout cas, ce chemisier existait sur les photos. C'était un chemisier bleu avec des fleurs blanches et c'était un chemisier qu'elle avait fait faire pour le mariage de mes parents. Elle l'avait porté avec un tailleur jaune et un chapeau en paille qui avait un ruban qui reprenait le tissu du chemisier. J'avais toujours vu ses photos chez elle et ce chapeau, il était accroché en fait au mur de son salon. Et pour moi, cette fleur, ça a toujours été un myosotis. Donc quand j'ai voulu choisir une fleur pour symboliser ma maison, c'était évident que ce soit celle-ci. Et quand j'ai cherché ce qu'elle symbolisait, c'était encore plus une évidence. Et quand j'ai cherché ce qu'elle symbolisait, parce que c'était important pour moi de raconter une histoire un peu personnelle au travers de cette fleur, mais c'était aussi important que le symbole puisse vous parler, parce que vous avez besoin de vous approprier cette histoire. Et quand j'ai cherché ce qu'elle symbolisait, c'était encore plus une évidence d'avoir choisi cette fleur. Pour vous dire, de toutes les fleurs que j'aurais pu choisir, j'avais choisi le myosotis. Et le myosotis, c'est la fleur du souvenir. En anglais, et dans toutes les autres langues, hormis le français, le myosotis, ça se traduit par « ne m'oublie pas » . Et c'est pour dire, parce que l'utiliser le myosotis comme code, c'est vraiment aller au bout de l'histoire de la transmission et du souvenir éternel. Moi, j'avais envie que ce principe puisse être illustré, et cette fleur est venue vraiment comme une évidence, parce qu'elle signifie réellement ça. Parce que moi, ce qui m'intéresse aussi, c'est donner du sens aux choses. C'est pas faire pour faire. Si vous connaissez aussi un peu la marque, vous savez aussi que la majorité des pièces sont assez oversize. Il y a aussi un sens symbolique derrière cette décision, comme un peu toutes les décisions qui ont été prises dans cette marque. Cette décision de faire des vêtements un peu trop grands. Moi, je voulais emmener plus loin cette idée de vêtements qu'on transmet ou qu'on nous a transmis. En fait, vous portez un vêtement trop grand parce qu'il vous avait été transmis. Et donc, c'est logique qu'il ne soit pas vraiment à votre taille. Ça permet aussi d'en faire une enveloppe. Ça permet de faire une enveloppe protectrice, rassurante. Souvent, quand on porte un vêtement trop grand, on a le sentiment d'être protégé, d'être enlacé. C'est des sentiments de confort, de confiance, d'être rassuré, que je voulais vraiment transmettre par ce vêtement. Aussi, quand on porte les vêtements d'une autre personne, on a le sentiment de transporter un peu d'elle avec nous. C'est ça que je voulais transposer. C'est vraiment une réflexion. importante autour des vêtements, moi j'ai véritablement envie qu'on porte une histoire sur soi. Parce que c'est ça que signifie pour moi De Vrance. En fait, depuis le début, je vous raconte un peu tous les codes, la symbolique, mais je vous ai pas expliqué pourquoi Maison de Vrance. De Vrance, ça vient d'un vieux prénom du sud-est de l'Europe qui veut dire cycle. En termes de symbolique, c'est un prénom très fort. Ça signifie... cycle dans le sens du temps qui passe, des saisons qui succèdent, de la fluidité du temps finalement. Pour sa symbolique à lui, le temps est un éternel recommencement et donc que tout renaît du temps qui passe. De Vrance, c'est pas vraiment le prénom d'origine. Le prénom d'origine, c'est De Vrance. Mais moi, j'ai décidé de l'adoucir un petit peu pour faire un mot rassurant et puis pour donner l'impression que c'est un nom commun. Pour vous donner l'impression que c'est un nom de famille que vous avez déjà entendu, un prénom qui vous est familier, pour, encore une fois, jouer sur cet aspect de souvenir, de se remémorer quelque chose qui est au fond de vous. Et maintenant, avec tous ces bagages, moi je vous propose de plonger avec moi dans cette galerie de souvenirs qu'on a construit, qui saura faire écho, en tout cas j'espère, à chacun d'entre vous, et toucher votre sensibilité pour faire de cette histoire votre histoire. On arrive à la fin de cet épisode. On va passer au rituel de la recommandation du jour. Comme vous le savez, à chaque épisode, l'invité et moi-même vous recommandons un livre, un film, un artiste. pour vous inviter à continuer à explorer le sujet du jour. Aujourd'hui, je suis seul, mais je vais quand même plier à l'exercice. Je vais vous recommander de vous brancher Maison d'Oeuvrance sur Pinterest, car oui, on a un compte Pinterest. Comme ça, vous aurez accès à toutes les inspirations de la marque et peut-être même les inspi des projets à venir. C'est aussi un moyen de vous donner accès à encore plus d'histoires et de vous faire entrer encore davantage dans notre univers. Un peu comme le fait de ce podcast, finalement. On se retrouve mardi dans deux semaines, je serai de nouveau accompagné, mais je ne vous en dis pas plus. En attendant, n'oubliez pas de vous abonner, laisser des étoiles et un commentaire, et je vous dis à très vite.