- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous dans le podcast Ladies in Tech. J'ai le plaisir de recevoir aujourd'hui Louise Piennoir. Louise est Chief Data Digital et Innovation Officer pour la business unit Réseau des services ferrés. Bon, on va décrypter tout cela. Derrière ce grade, qui est Louise ? Quel est son parcours, sa personnalité, ses convictions ? Nous allons découvrir ensemble l'histoire d'une Lady in Tech. Pour commencer, Louise. Qui es-tu et comment te définirais-tu ?
- Speaker #1
Bonjour Marie, merci de m'avoir donné l'occasion de participer à ce podcast Ladies in Tech. J'en suis ravie et j'espère que ce sera l'occasion de donner de l'inspiration à toutes celles et ceux qui l'écouteront. Alors je m'appelle Louise Pied-Noir, j'ai 43 ans, je suis mère de deux filles en bas âge et je suis adepte de culture, d'art vivant, de musique. Professionnellement, je me définirais comme agente de la transformation des entreprises par le digital et l'innovation.
- Speaker #0
Super, alors quelles sont les grandes étapes de ce parcours, de ton parcours ?
- Speaker #1
Alors ce que je te propose, c'est peut-être de ne pas être dans une vision très chronologique de mon parcours. En tout cas, ce qui a marqué, on va dire, les 20 premières années de ma vie professionnelle, c'est deux grands axes. Le premier, c'est le conseil en transformation notamment. et le deuxième c'est le fait d'occuper des fonctions digitales et innovation d'entreprise. Au-delà de ça, moi j'ai toujours voulu tester des choses différentes. J'aime prendre des risques et je me pose tout le temps la question de comment je continue à grandir, est-ce que je suis au bon endroit et je ne veux pas rester sur mes acquis. Au contraire, je pense que surtout dans le monde d'aujourd'hui, il faut savoir se remettre en question de manière permanente. Voilà.
- Speaker #0
D'accord, alors... Quels sont tes diplômes ? Tu parlais un petit peu du conseil, par qui es-tu passée ?
- Speaker #1
Alors, je suis diplômée d'une école de commerce, l'ESSEC, avec une dimension internationale et une spécialisation en vente, distribution et marketing, donc pas du tout de la tête. J'ai eu des premières expériences dans le luxe, dans la grande consommation et dans l'industrie, mais toujours sous l'angle du marketing. Donc marketing produit, marketing opérationnel, marketing stratégique. Et en fait, suite à ces premières expériences, je me suis dit que le métier de marketer n'était pas forcément fait pour moi. Je recherchais quelque chose de plus challengeant, plus dynamique et avec un peu plus de diversité dans mes activités. Donc, aucune critique sur le métier de marketer, mais en tout cas, ce n'était pas fait pour moi. Et au gré de mes échanges avec mes camarades de promo, j'ai finalement découvert le métier du conseil et j'ai atterri pour ma dernière expérience avant de rentrer dans le... monde professionnel avec un vrai job à part entière, j'ai atterri chez Capgemini Consulting qui était un très bel endroit pour se développer sur les problématiques de stratégie et de transformation et avec le métier du conseil qui permet de découvrir plein de choses.
- Speaker #0
Oui, effectivement, Capgemini numéro 1 du service et des conseils IT en France et donc côté diversité d'émissions, j'imagine que oui, tu fus servi. Et c'est là donc tes premiers pas dans la tech ?
- Speaker #1
Alors effectivement, j'ai eu l'occasion en 8 ans de faire plus de 25 missions pour 17 clients en France, à l'international, des grands acteurs comme des très petits acteurs. Et le conseil, c'est une superbe école pour découvrir une multitude de sujets, alors là avec une dimension technologique qui s'est aussi accrue, puisque la notion de transformation digitale... a pris de plus en plus à la fois de buzz et puis aussi de réalité auprès des entreprises que nous accompagnons. Et finalement, ce sujet de la transformation digitale, il est devenu relativement encore dans toutes nos missions, puisque cela impactait fortement le développement et la croissance des entreprises. Et donc, c'est vrai que j'ai mis mon premier pied dans la tech en rejoignant la branche conseil d'une grosse entreprise IT. Ce n'était pas volontaire, encore une fois, mais bon, ça doit être les synchronicités de la vie. Et en tout cas, moi, ça m'a donné le goût de comprendre ce que c'était la transformation, de comprendre ce que pouvaient apporter les technologies au service de la transformation des métiers et des entreprises. Et il se trouve que chez Capgemini, j'ai eu des clients pour partie qui étaient acteurs dans les services publics ou parapublics. Et ça, ça a été aussi une découverte très enrichissante et qui m'a donné envie d'aller plus loin. Ensuite, après ces huit années, j'ai évolué dans un autre job. Mais pour continuer sur la partie conseil, j'ai aussi eu dans mon parcours la chance de pouvoir créer un cabinet de conseillers en innovation pour un fonds de Venture Capital qui s'appelle Aster. Et là, j'ai vraiment saisi une opportunité qui était guidée par un vif intérêt pour la création d'entreprise.
- Speaker #0
Effectivement, avec cette partie un petit peu plus entrepreneuriale, on voit que tu as continué ta diversité dans les activités avec toujours le fil conducteur du digital, de l'innovation. Mais je sais que ce n'est pas juste pour ça que tu as choisi l'entreprise Asterfab. Qu'est-ce que tu es allé aussi chercher pour étoffer ton parcours et puis satisfaire ta curiosité ?
- Speaker #1
Alors moi, ce qui m'intéressait dans ce... dans la création de cette filiale, donc d'un fonds de venture, qui était vraiment une filiale dédiée au conseil en innovation pour des corporate, c'est que c'était l'occasion de créer une offre un peu nouvelle sur le marché, qui était à la croisée du monde du conseil que je connaissais, et aussi du monde du venture capital, qui est d'une richesse extrêmement forte sur la compréhension des tendances de marché de manière très fine, puisque derrière, les fonds de venture, ils investissent, donc c'est leur argent, et derrière, l'objectif, c'est que... Il y a un rendement qui peut sortir de ces investissements et avec un niveau d'incertitude qui est très fort puisque le venture capital, on est vraiment sur des phases à moins de financement des entreprises. Et donc là, moi, ce qui m'intéressait, c'était de pouvoir créer cette nouvelle offre et apporter à mes clients de nouvelles solutions dans leur démarche d'innovation. Donc comment structurer l'innovation chez eux et également comment mieux décrypter les tendances de fonds et finalement discriminer, on va dire, les... les vagues un peu de buzz versus les vraies tendances de fond et les vrais signaux faibles pour pouvoir bien se préparer à ce qui allait advenir en termes de transformation sur leur marché. Voilà, donc ça, c'était vraiment très enrichissant.
- Speaker #0
Donc ça, c'était tout le premier pan que tu as structuré autour du conseil. Et après, il y a un second pan où là, on rentre maintenant, on va dire, chez un client final. Et donc, tu es passée par notamment Keolis pour faire un petit écho à où tu es maintenant, la RATP.
- Speaker #1
Oui, effectivement, je pense que comme toute personne qui est passée dans le conseil, je me suis posé la question de la vraie vie, de la vraie vie en entreprise. Et forcément, j'ai voulu aussi me frotter à la réalité de ce que c'est que d'occuper des fonctions, dans ce cas précis, digitales et innovations dans une entreprise. J'ai rejoint Keolis il y a quelques années au sein d'une direction digitale qui était en train de se créer et de fonctions corporate également qui étaient en train de se structurer pour le groupe. du développement de cette direction, on a également embarqué l'innovation. Et donc j'ai porté, in fine, pour le groupe, à la fois la stratégie, les partenariats et les projets innovation et digital dans une entreprise très ancrée en France, mais aussi à l'international. et ce qui m'a permis de goûter au secteur du transport et de la mobilité du quotidien et de tous ces enjeux. Et puis, avant de rejoindre la RATP, j'ai travaillé pour un laboratoire pharmaceutique américain qui s'appelle Biogène, qui développe des traitements pour aider les patients atteints de maladies neurodégénératives. Et pour ce laboratoire pharmaceutique, j'ai été en charge de la stratégie et du portefeuille de solutions. de santé digitale que nous mettions à disposition soit des patients directement, c'est par exemple pour t'aider à mieux vivre ta sclérose en plaques au quotidien, ou pour les professionnels de santé. Là, concrètement, comment on peut tirer parti de l'intelligence artificielle pour aider un pré-diagnostic sur la maladie d'Alzheimer. Toujours, tu retrouves ce goût pour l'innovation, le digital, et puis là, ce qui était intéressant, c'était le côté aussi santé que je ne connaissais pas.
- Speaker #0
Oui, et noble, la cause noble pour reprendre tes mots quand on a un peu préparé le podcast. Et du coup, on voit effectivement que dans ton parcours, la tech elle est arrivée très tôt, un peu par surprise, mais finalement c'était une belle rencontre et que c'est toi qui après a choisi d'aller de plus en plus dans la tech, la transformation au service de différents secteurs, au service des métiers. Pourquoi en fait cette orientation, tu as aimé dire sur ces sujets 360 ? Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus sur le pourquoi de la tech ?
- Speaker #1
Bien sûr, effectivement, j'aime bien ce terme de sujet 360 ou cette logique de système. C'est-à-dire que par ces leviers, soit par le digital, soit par l'innovation, on touche toutes les dimensions de l'entreprise. C'est-à-dire qu'aucune fonction d'entreprise ne peut... déroger à cela. Ces leviers-là transforment la façon dont on propose des services à nos clients finaux. Là, par exemple, pour nos voyageurs sur nos réseaux, ça paraît normal aujourd'hui d'utiliser une application pour connaître son itinéraire. Il y a quelques années, ce n'était pas forcément le cas. On développe aussi des solutions de biéthique directement sur nos mobiles. Tout ça, c'est des vraies ruptures dans les parcours et dans le... quotidien de nos clients. Ça transforme aussi la réalité et le quotidien de nos collaborateurs et vraiment la façon dont on va opérer. Ça peut nous rendre plus performants, plus résilients, plus efficaces, plus intelligents et vraiment ça augmente notre capacité à répondre aux besoins de nos clients finaux tout en améliorant potentiellement la qualité de vie de nos collaborateurs. Donc ça c'est très important. Et enfin, ça, je dirais que ce sont des ruptures, on va dire, incrémentales. C'est pour simplifier, mais plutôt incrémentales. Et puis, on a aussi, pour moi, avec ces sujets-là, une réflexion plus de rupture. C'est lié au terme d'isruption en anglais, qui est de se dire comment tout ça, à horizon moyen terme, long terme, va venir faire bouger des business models dans le monde de la mobilité. Encore, si on fait écho au monde dans lequel... On est aujourd'hui, le véhicule autonome, c'est une rupture qui met du temps à se mettre en oeuvre parce qu'elle soulève beaucoup de questions sur les aspects juridiques, sur des aspects potentiellement éthiques aussi. Mais ce sont des réalités qui vont advenir progressivement dans notre secteur et on voit bien que l'IA, c'est une déferlante qui va nous poser mille questions. Et donc c'est passionnant de pouvoir travailler là-dessus.
- Speaker #0
Alors tu as commencé à mettre un pied dedans, mais tu es à la RATP depuis 2024. Pourquoi avoir choisi la RATP ou pourquoi la RATP t'as choisi ? Pourquoi cette rencontre ?
- Speaker #1
Alors je ne me permettrai pas de répondre pour la RATP, mais en tout cas de mon côté, pour celles qui ont eu des grossesses, je dirais que moi déjà mes grossesses ont été des moments de questionnement très profonds. Voilà, et ça a souvent marqué des ruptures, enfin pas des ruptures, mais en tout cas des changements dans ma vie professionnelle. Et donc la dernière, lorsque je travaillais chez Biogen, m'a notamment questionné sur le développement durable. Et je me suis posé la question de bifurquer dans des fonctions de développement durable en entreprise. Et donc, avant de me lancer, puisque je suis quand même quelqu'un de raisonné, j'ai fait évidemment... Voilà, une forme de confrontation de mon projet professionnel auprès de différents acteurs. Et la conclusion que j'en ai tirée, c'est que finalement, moi, ce qui m'intéressait, c'était de travailler pour une entreprise qui avait un corps business par nature durable, mais que ce que j'aimais faire, ça restait le digital et l'innovation, que c'était vraiment un terrain de jeu dans lequel, je passe moi l'expression, je m'éclatais et je continue à m'éclater tous les jours. Et voilà, donc c'est ça qui m'a fait finalement affiner. mon projet en me disant je veux retourner vers le secteur public ou parapublic et j'avais aussi cette envie de travailler enfin d'occuper un poste dans une business unit et plus dans des fonctions siège que j'ai connu auparavant c'était mes deux jobs en entreprise et là j'avais envie d'être vraiment plus proche du terrain il y avait aussi une forme de continuité avec la notion de durabilité, au sens de se dire, bon, ben, ok... Je sais pourquoi concrètement je travaille tous les jours et être encore plus proche du terrain. Et donc pourquoi la RATP ? Parce que la RATP c'est un acteur du quotidien de millions de personnes. En plus à Paris, on a la chance de pouvoir voir concrètement tous les jours à la fois les voyageurs que l'on sert, mais aussi les travailleurs qui bénéficient. les collègues qui bénéficient de choses que l'on peut mettre en place. Donc moi, je trouve que c'est la plus belle des choses de pouvoir vivre ça. Et par ailleurs, je termine par ça, la RATP a été la seule entreprise dans laquelle j'ai eu un entretien d'une heure, dans lequel on a échangé sur ce qui pourrait se passer après ce job-là, si je rejoignais la RATP. Et donc finalement, c'était aussi une preuve de durabilité, au sens où on projetait mon parcours de manière durable dans le groupe. Et moi, je trouvais que c'était très attrayant.
- Speaker #0
Je ne peux que te rejoindre sur tout ce que tu as dit. Et c'est vrai qu'à la RACP, c'est la possibilité de réinventer son job sans changer d'entreprise. Et on le verra dans certains autres épisodes avec des ladies qui ont plus de 20 ans, 25 ans de maison. Comment elles se sont réinventées durant toutes ces années. Et donc du coup, aujourd'hui, Louise, concrètement, tu fais quoi ? Quel est ton poste ?
- Speaker #1
Alors... question. Donc moi, j'ai rejoint le groupe juste avant les JO en 2024 pour prendre le poste de directrice innovation digitale et data pour la Business Unit Services Ferrés de la RATP. En deux mots, les services ferrés, c'est une activité qui est aujourd'hui en monopole et qui... qui est opérée par 12 500 personnes tous les jours, qui englobe à la fois les conducteurs de métro, de RER, pour ceux qu'on opère en région parisienne, les agents dans les stations et les gares, donc les personnes qui vont vous accueillir dans les stations et les gares, qui vont vous vendre des titres de transport par exemple, et puis aussi un certain nombre d'activités qui sont moins visibles des voyageurs, mais qui vont être par exemple des activités de marketing opérationnel. sur l'information voyageur, la biétique et un certain nombre de fonctions support. Et donc mon rôle au sein de cette business unit, ça va être de porter la vision du digital et de l'innovation au service évidemment de l'expérience des voyageurs, mais également de l'efficacité de nos opérations, de définir notre feuille de route à moyen terme et à plus long terme, s'assurer qu'on arrive à exécuter cette feuille de route parce que... La théorie c'est bien, mais la concrétisation c'est encore mieux. Évidemment tout ça se réalise avec les directions opérationnelles, en travaillant main dans la main avec toutes leurs équipes. S'assurer également que l'on monte en compétences sur des compétences qui sont critiques. On a, comme toutes les entreprises, les sujets cyber, sécurité, RGPD, qui prennent de plus en plus de place, les sujets data évidemment. L'architecture aussi d'entreprise, comment on pense nos systèmes. pour être résilients, flexibles, modernes, optimisés dans un monde qui change vite. Et également tous les sujets autour de l'IA, qui sont des sujets qu'on commence à prendre à bras le corps et sur lesquels il faut aller très vite. Tout cela doit nous permettre de mieux maîtriser notre destin dans un monde qui est de plus en plus incertain, surtout sur la dimension technologique, et de nous préparer à être robustes quoi qu'il se passe.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on retrouve bien là une complémentarité des différents apprentissages de ton parcours que tu nous as expliqué tout à l'heure. Il y a du management, il y a de la tech au service des métiers, de la transformation par l'innovation et le digital pour reprendre l'une de tes convictions. Donc, si on rentre un petit peu plus en détail, quels sont les angles qui vont t'animer chaque jour ?
- Speaker #1
Alors moi, le premier angle, c'est l'angle managérial puisque moi, j'adore. Piloter des équipes, faire grandir des collaborateurs et des collaboratrices. Donc je me l'applique à moi-même, mais surtout j'aime pouvoir aider les autres à grandir. Et une de mes plus belles réussites, c'est si un collaborateur ou une collaboratrice prend son envol et l'élève dépasse le maître. Ça je pense que c'est la plus belle des fiertés qu'on peut avoir en tant que manager. Le deuxième angle, c'est vraiment la tech au service des métiers. Comme je le disais, la tech, c'est vraiment un catalyseur de réflexion sur la transformation. Voilà, réfléchir sur quel est mon métier demain, quand on met à disposition, par exemple, de nos agents des outils qui leur permettent de faciliter la traduction en plusieurs langues de services qui rendent aux voyageurs. Moi, je trouve que c'est extraordinaire. Ce n'est pas moi qui l'ai fait, donc je dis surtout félicitations aux équipes qui ont mis... cette solution-là en place qui s'appelle Tradivia. Mais voilà, je trouve que c'est vraiment très chouette. Et le dernier angle, c'est vraiment la transformation au sens comment on arrive à passer finalement du poussin à la poule ou de l'expérimentation au passage à l'échelle, puisque ça pose plein de questions sur comment on arrive à gérer de la propriété intellectuelle, comment on arrive à maîtriser... des chaînes techniques de bout en bout, comment on gère des coûts. Tout ça, c'est vraiment des dimensions très complémentaires et passionnantes de mon métier tous les jours.
- Speaker #0
Oui, j'imagine, pour le côté passionnant. C'est quoi ton défi personnel au quotidien sur ce poste ?
- Speaker #1
Alors déjà, je voudrais dire que je ne crois pas à l'omniscience et je ne crois pas au leader qui sait tout. Moi, je pense qu'il faut être humble face à de nombreux sujets et notamment sur les sujets de... transformation d'équipe, d'embarquement d'équipe. Donc moi, mon enjeu, c'est comment on embarque des acteurs qui ont eu l'habitude de travailler sans mon équipe ou sans moi, mais qui voient leur contexte très concrètement bouger à plein de niveaux. On parlait de la data, de l'IA qui bouge très vite, mais on a aussi, nous, en ligne de mire, à 2040, l'ouverture à la concurrence de nos services. Et donc tout ça, ça pose plein de questions. Et le défi, c'est comment on arrive à monter en maturité collectivement, vite, sur des sujets qui ne sont pas aisés et avec des bandes passantes qui sont aussi très chargées. Donc, il faut arriver à prioriser, dégager du temps et donner envie aussi aux gens d'accorder du temps à ça, même si le résultat ou l'impact n'est pas immédiat.
- Speaker #0
Oui, effectivement. Et c'est travailler au quotidien avec notre cœur métier de la RATP. et bah Ce poste, pour toi, tu l'auras réussi, si ?
- Speaker #1
Alors, je l'aurais réussi si les équipes se sentent suffisamment en confiance et en maîtrise pour s'auto-saisir des sujets et les porter eux-mêmes. Donc ça, ce serait vraiment une vraie fierté. Et puis au-delà de ça, avoir réussi à aider la RATP à relever les défis de la mobilité du quotidien en modernisant ses systèmes d'information.
- Speaker #0
Ok, on va suivre tout ça de très près. Et donc, depuis le début de cet épisode, on découvre Louise sous l'angle professionnel. Avec des convictions affirmées, que tu as étoffées et que tu étoffes encore chaque jour, tu nous as parlé brièvement tout à l'heure des temps forts que furent tes grossesses. Tu es donc une femme, une working girl, maman et bien plus encore. Alors quel équilibre trouves-tu avec toutes ces casquettes ? Et je pourrais même tourner la question, où en es-tu dans ton équilibre pro-perso ?
- Speaker #1
Alors c'est une vaste question, je vais essayer d'y répondre et je pense que c'est... Ça n'est jamais acquis, c'est-à-dire que c'est un chemin qu'on construit tout au long de la vie et tout au long de la vie professionnelle. Moi, ce qui m'a beaucoup marquée en lecture, c'est le livre Lean In de Sheryl Sandberg, qui est l'ex-patronne de Facebook, enfin l'ex-CEO de Facebook, donc qui est américaine, et qui l'a sorti en 2013, donc ça fait 13 ans maintenant. Et quand je l'ai lu, ça a été une forme d'un peu de déflagration, je me suis dit, ah, c'est incroyable ! Ce qu'elle dit, je me reconnais, oui elle a raison, il faut s'imposer, prendre sa place, y aller, avoir des discussions franches, etc. Donc ça m'a beaucoup guidée, j'ose être présente, je prends ma place. J'ai aussi fait beaucoup de coaching, de mentoring, de formation, soit individuelle, soit en groupe. Et ça je pense que c'est toujours utile, ça permet aussi de se décaler son regard sur soi-même pour pouvoir bouger et faire un pas de côté. Mais au final, si je reviens à cette lecture, si je devais la relire aujourd'hui, je trouve qu'elle a une injonction très culturelle américaine, qui est qu'au final, tout repose sur toi. C'est-à-dire que c'est toi qui es le maître de tout ce qui t'arrive. Tu dois être la super maman, la super amie, la super professionnelle, tout. Et en fait, ça m'a drive pendant très longtemps. C'est un peu cliché de dire ça, de dire ah oui, le perfectionnisme, etc. Mais c'est vrai. Et depuis quelques années, j'essaye de me libérer de ce perfectionnisme. Je dirais que ça fait 5-6 ans que j'y arrive de mieux en mieux. C'est pas encore acquis, mais j'y arrive. Et surtout, ce que j'ai fait, c'est que j'ai passé pas mal de temps à clarifier mes priorités sur la gestion de mon temps. C'est-à-dire que j'essaie vraiment de gérer mon temps. Je suis beaucoup plus stricte sur ce que je veux faire, ce que je ne veux pas faire, le temps que je ne veux pas consacrer à faire certaines choses. Et ça, ça s'applique à la fois dans le monde professionnel, mais aussi dans la vie personnelle. Et donc ça, je pense que ça me permet aujourd'hui de me sentir relativement à l'aise dans mon équilibre vie-perso, même si, soyons clairs, il y a des jours et des semaines où c'est dur. Surtout quand on a des enfants en bas âge, ce n'est pas évident. J'ai trouvé un équilibre. Il n'est pas idéal, mais en tout cas, il se construit au fil du temps. Je pense qu'il faut se détendre sur les attentes qu'on peut avoir sur soi-même, les attentes qu'on imagine que les autres peuvent avoir sur nous aussi. Il faut essayer d'être raisonnable par rapport à ça.
- Speaker #0
Je me retrouve pas mal dans pas mal de choses que tu as dites et comme tu le dis, c'est un chemin permanent et ce livre en avant-tout en français, c'est un incontournable effectivement. Je l'ai lu il y a pas mal d'années et je pense comme toi que si je le relisais maintenant, j'en aurais un autre regard. Et donc les références de l'ouvrage seront inscrites dans le descriptif de l'épisode. Et justement, Cheryl Sandberg, elle raconte de nombreuses anecdotes pour structurer tout son argumentaire. Est-ce que toi, tu en aurais une à nous partager d'anecdotes ?
- Speaker #1
Alors, moi déjà, j'aimerais parler de la réalité de mon job aujourd'hui. Je ne sais pas si c'est une anecdote, mais en tout cas, c'est la première fois de ma vie que je suis dirigée par une femme. Voilà, donc c'est Agnès Auger, qui est la patronne de la business unit Service Ferry. Et également avec un codire qui est... très féminin. Donc on est un certain nombre de femmes dans ce Codire. Et donc moi, ce que je trouve génial, c'est que finalement, ça me fait découvrir des facettes de leadership au féminin. En plus, j'aime pas vraiment dire ça, mais en tout cas, des facettes de leadership. qui sont différentes des miennes, qui sont complémentaires et qui en tout cas sont très inspirantes et qui me permettent de me dire que c'est possible avec des styles très variés. Et donc c'est ça que je trouve plutôt, en tout cas moi ce que je trouve aussi inspirant à la RATP, c'est que j'ai réussi à trouver finalement ce contexte-là qui permet de se projeter aussi dans des rôles de leader. qui ne sont pas forcément ceux que j'avais imaginés au départ, ou que j'avais pu croiser auparavant. Donc ça, c'est très inspirant. Après, je ne parlerai pas forcément des anecdotes un peu moins drôles, mais je pense qu'on en a toutes vécues. Et je pense surtout quand on est plus jeune, on est peut-être un peu moins robuste pour résister à certaines situations qui ne sont pas forcément toujours très agréables. Mais en tout cas, celle-ci, je la trouve plutôt positive. J'ai plutôt envie de partager ça que les anecdotes un peu moins dures.
- Speaker #0
C'est un beau message aussi envoyé parce que c'est vrai que pour se sentir légitime à sa place, on a à chaque fois besoin de modèles qui nous prouvent que c'est possible. C'est valable dans tous les domaines, le sport, le monde professionnel, partout. Et actuellement, il n'y a que 4 femmes à la tête des entreprises du CAC 40 et seulement 12 dans les entreprises cotées au SB 120. Donc c'est peu et malheureusement ça stagne au fur et à mesure des années. Donc côté professionnel pour se projeter, il faut y croire. Mais là c'est un beau message que tu envoies par rapport au contexte à la RATP. Et si on zoome un peu sur le côté tech, il y a un baromètre de Gender Scan qui est paru en 2024 qui révèle des écarts très significatifs entre les femmes et les hommes. Par exemple, il y a deux fois plus d'étudiantes que d'étudiants qui déclarent avoir été découragées pour entreprendre des études. dans l'ingénierie, dans la tech, et notamment pour le motif, attention, qu'il ne s'agirait pas de métier de femme. Donc oui, les stéréotypes ont vraiment la vie dure. Et ce qui le fait encore plus peur, et t'as des enfants en bas âge, c'est aussi mon cas, et c'est qu'en fait, très tôt, c'est dès l'entrée en école élémentaire que l'écart se creuse pour les mathématiques. Si bien que 37% des lycéennes envisagent de s'orienter vers une école d'informatique ou une école d'ingénieur, contre 66%, pardon, pour les garçons. Et pourtant, il y a beaucoup de femmes qui ont marqué et qui marquent encore aujourd'hui le monde de l'informatique. Et pour avoir déjà posé cette question de citer trois noms lors d'une conférence Ladies in Tech, trois noms féminins, ça bégayait alors qu'on cite plus facilement des noms masculins. Donc juste là, pour la culture, je vais en citer trois. Les personnes pourront faire leur recherche, mais on a la célèbre Margaret Hamilton pour la conquête de la Lune avec la mission Apollo 11. On a Sophie Wilson, la sainte patronne des smartphones, et très récemment, on a aussi Mira Murati, la femme qui est derrière ChatGPT. Et donc, sur ce secteur-là, quel regard aujourd'hui portes-tu sur la place de la femme dans la tech ?
- Speaker #1
Alors moi, je voudrais distinguer deux niveaux dans cette place des femmes dans la tech, c'est-à-dire qu'il y a effectivement le nombre de femmes qui travaillent dans la tech. Donc ça s'améliore, j'ai quand même l'impression, mais je pense qu'il faut qu'on continue à développer justement des modèles de femmes puissantes dans la tech. Donc certaines ont ouvert la voie, on parlait de Sheryl Sandberg, les femmes que tu évoquais juste avant. On a eu aussi en France des ministres, des femmes, qui ont été sur ces sujets. Mais moi, ce que je trouve intéressant, c'est que travailler dans la tech ne veut pas dire qu'on a un diplôme dans la tech. Je suis l'exemple vivant. les limites aussi que ça. C'est-à-dire que moi, je ne suis pas capable de codir en péton. Ce n'est pas grave. Je pense que ce n'est pas là-dessus qu'on m'attend. J'ai eu longtemps un complexe autour de ça, d'autant plus que j'ai une fratrie où j'étais la seule à faire une école de commerce et tout le monde a fait des écoles d'ingénieurs. Mais voilà, désormais, moi, j'assume. Ma force, c'est d'avoir cette vision systémique des sujets, de savoir en fait,
- Speaker #0
Prendre des décisions ou amener à faire prendre des décisions avec une vision globale. Et ça, je pense que ça a énormément de valeur dans les entreprises aujourd'hui, d'autant plus avec le niveau d'incertitude que l'on évoquait. Et le deuxième regard que je porte sur les femmes dans la tech aujourd'hui... Moi, ce qui m'inquiète plutôt, c'est comment on s'assure que dans ces nouvelles technologies, ces technologies émergentes, et notamment l'IA, on arrive à intégrer le regard féminin, ou plus globalement, l'intégration de la diversité. dans ces technologies. C'est plutôt ça qui me fait peur. C'est de me dire qu'on n'arrive pas à capter cette diversité-là et qu'on biaise finalement des outils qui sont dans la poche de tout un chacun. C'est plutôt ça qui m'inquiète. On occupe le terrain sur le sujet.
- Speaker #1
Effectivement, oui. Il y a beaucoup d'exemples sur Tchadjepité qui a plutôt été programmé par des hommes, et donc des réponses qui sont plutôt orientées avec une vision... Plutôt homme que femme. Je devais vraiment être dans le stéréotype, mais oui, c'est très juste ce que tu dis. Et ta remarque aussi sur le syndrome de l'imposteur, il faut savoir qu'elle touche davantage les femmes. D'après une étude de KPMG qui date de l'année dernière, il y a 75% des femmes qui seraient touchées par ce syndrome et 50% des hommes. Ils sont aussi, eux, touchés. Mais ça, c'est dû aussi à la sous-représentation des femmes dans certains milieux professionnels, dont la tech. et le manque de valorisation de leurs compétences qui va créer un système de pensée selon lequel on doit toujours faire ses preuves. Il y a une étude qui a montré que les femmes avaient tendance à postuler quand leur profil correspondait à 100% des attentes du poste, alors que pour les hommes c'est plutôt 60% des compétences requises et la plupart du temps ils vont se positionner en experts, ils vont apprendre sur le tas et ils croient naturellement en leur potentiel. Ça fait écho un peu à ce qu'on peut voir circuler sur les réseaux sociaux. la capacité à faire atterrir un avion de ligne. Et je n'ai plus le pourcentage, mais en fait, les hommes étaient très sur deux sur leur capacité à faire atterrir un avion de ligne, ce qui était moins le cas des femmes. Alors bon, je ne sais pas trop après comment il faut le prendre, mais ça montre cette philosophie, cette confiance en soi et en la capacité d'apprendre sur le tas, alors que nous, il y a ce perfectionniste permanent qui peut nous animer.
- Speaker #0
Juste pour rebondir là-dessus, Il y a aussi un certain nombre de statistiques qui montrent que dans la promotion des femmes, on attend des femmes qu'elles aient déjà démontré leur valeur sur le poste précédent pour leur donner le poste d'après. En gros, il faut qu'elles aient déjà coché 100% des cases. Alors qu'on a une tendance à autoriser plus facilement les sauts des hommes sur des postes qu'ils maîtrisent moins. Et ça, c'est en fait la double... C'est une sorte de double peine pour les femmes parce qu'elles-mêmes, elles ne vont pas s'autoriser à postuler. Et si elles s'autorisent à postuler, on va leur demander, exiger d'elles qu'elles aient déjà tout coché. Et donc ça, moi, je trouve que pour le coup, c'est vraiment aussi des choses qui peuvent être travaillées d'un point de vue RH, de travail sur les biais personnels. Et je dis ça, c'est pas parce qu'on est une femme qu'on n'a pas non plus des biais sur les autres femmes avec lesquelles on travaille. Je pense qu'il faut être hyper vigilant là-dessus. Mais ça, je trouve que c'est aussi des choses sur lesquelles il faut qu'on mature et qu'on arrive à projeter les potentiels des femmes, en se disant comment est-ce que cette personne-là, demain, elle peut donner quelque chose, en fait, bourgeonner différemment de ce que moi j'imagine. Je voulais juste faire cette aparté-là parce que je pense que c'est aussi important.
- Speaker #1
Non, et puis il faut qu'on en parle pour justement décomplexer le sujet et oser. Et justement, pour briser ces stéréotypes, pour démocratiser la place de la femme dans la tech, Que dirais-tu à l'ado, alors l'ado Louise de 15 ans, mais même tous les ados qui pourraient nous écouter ?
- Speaker #0
Alors la première chose c'est d'arrêter de croire qu'il faut maîtriser à 100% un sujet avant de pouvoir s'exprimer sur un sujet. Donc ça fait un peu écho à ce qu'on vient de dire juste avant. Moi je continue, et je dirais à la Louise de 15 ans, continue à ne pas hésiter à dire que tu n'as pas compris. C'est quelque chose que je fais tous les jours. j'assume de dire que je n'ai pas compris ce que m'a dit mon interlocuteur parce que c'est comme ça qu'on avance donc ça je pense que c'est une vraie hygiène de vie qui est assez utile la deuxième chose c'est de prendre les risques évidemment considéré mais de savoir saisir sa chance au bon moment, je pense qu'on bénéficie tous d'une manière ou d'une autre d'opportunités à un moment et oui certains moments de la vie sont plus propices à ça moins de contraintes, etc. Mais savoir saisir sa chance au bon moment et aussi savoir se faire conseiller. Quand on a des doutes, quand on a des questionnements, ça c'est hyper important. Alors la sororité, elle a une réalité plus ou moins importante. En tout cas, moi dans ma vie, elle a beaucoup de place. Et je ne remercierai jamais assez celles qui se reconnaîtront de m'avoir accompagnée depuis des années sur des décisions qui étaient très importantes dans ma vie. Je continue sur les conseils. Se rappeler que tu vaux autant que les autres. Et enfin, ne pas avoir peur de sa valeur et de parler d'argent et de salaire.
- Speaker #1
C'est très concret, effectivement. Merci beaucoup, Louise, pour cet échange, pour le partage de ton histoire. Inspirante, décomplexée et empreinte de sens, une Lady in Tech qui, nous l'espérons, va en inspirer de nombreuses autres.