Speaker #1Imaginez une salle virtuelle composée d'une vingtaine de visages en mosaïque. Au centre, Clara, la formatrice. Son sourire est professionnel, mais l'on devine cette fine ligne de tension sur son front. Elle le sait. Gérer l'hétérogénité de ses groupes est sa plus grande gageure. L'enjeu de la session ? Apprendre à prompter avec une lia générative de textes sur des cas pratiques, individualisés, car choisis par le participant lui-même. Parmi ces vignettes, trois participants qui incarnent à merveille la diversité de ce groupe. Hélène, La consultante digitale. Elle utilise l'IA au quotidien, mais à l'instinct, sans vraiment de méthode. Julien, responsable marketing, pressé. Il cherche une solution à des tâches fastidieuses. Et Thomas, pilier administratif, angoissé. Il cherche simplement à ne pas être dépassé par la vague de l'IA. Clara vient de présenter sa méthode éprouvée, celle qu'elle a mis des semaines à parfaire pour structurer des promptes afin de réaliser des tâches. professionnelle. Puis elle lance l'invitation. Prenez une de vos tâches récurrentes et appliquez la méthode. C'est parti ! Hélène, l'intuitive, décide de suivre à la lettre la méthode de Clara pour son analyse de marché. Ses doigts volent sur le clavier, les aides effusent. En 15 minutes, elle se cale dans son fauteuil. Le résultat est non seulement impeccable, mais il a arrivé bien plus vite que d'habitude. Elle est satisfaite. Julien le pragmatique survole la méthode. Il attaque sa bête noire, les diapositives PowerPoint. Il colle son texte de réunion et écrit « Fais-moi 5 slides PowerPoint percutantes à partir de ce contenu en utilisant le template en pièce jointe. » L'IA s'exécute et lui génère 5 slides PowerPoint. Écriture noire sur fond blanc, aucune mise en forme. Le résultat est décevant. Julien passe le reste du temps de l'exercice à répondre aux nombreuses notifications qui ne cessent de tomber depuis le début de la formation. Thomas Lenovis essaie d'appliquer la méthode. Il souhaite rédiger un poste pour LinkedIn car il sait qu'il n'a pas les codes et que l'IA les connaîtra certainement mieux que lui. Mais il bute sur le premier mot, le rôle à donner à l'IA. Son dialogue intérieur est un nœud. Assistant administratif ? Mais le ton sera froid. Comment demanda une machine d'avoir cette... cette chaleur rédactionnelle humaine ? Fin de l'exercice. Clara fait le tour de table. Alors, comment cela s'est-il passé ? Hélène prend la parole. Clara, je dois avouer, j'y vais toujours à l'instinct. Mais là, en suivant votre structure, j'y suis allée deux fois plus vite. C'est très efficace. Clara sourit, satisfaite. Son regard se pose sur Julien. « J'ai essayé de générer des diapositives, dit-il, un bras frustré. Ça m'a juste sorti du texte noir sur blanc, pas du tout percutant. » Puis vient le tour de Thomas, qui avoue d'une voix blanche. « Eh bien, moi, je suis bloqué au tout début, sur le rôle à lui donner. » Et c'est ici, mes chers auditeurs, que le drame se joue. La satisfaction de Clara s'évapore. Elle comprend. Elle leur a parlé de tâches complexes, mais ce mot n'a pas le même sens pour eux. Sa méthode, si efficace pour la complexité stratégique d'Hélène, est un marteau-pilon pour écraser la complexité fastidieuse du compte-rendu de réunion de Julien et un grimoire indéchiffrable pour la complexité conceptuelle de Thomas. Elle réalise alors qu'elle ne peut pas avoir une méthode unique et abandonne aussitôt sa posture de formatrice pour devenir facilitatrice. « Julien, » dit-elle calmement, « vous demandez à une machine à café de vous griller du pain. » L'IA textuelle est brillante pour analyser et structurer le texte, mais cet outil-là que vous utilisez n'est pas fait pour générer des diapositives. N'oubliez pas, le bon outil pour le bon usage. Dans votre cas, je vous recommande de travailler en deux temps. Structurez en amont le texte, puis ensuite générez des diapositives sur un outil approprié. Le visage de Julien s'éclaire. Son attention se porte enfin sur Thomas. Elle sourit avec douceur. Thomas, le rôle de l'IA vous bloque. Oubliez-le. Ce que vous cherchez, ce sont les codes de l'Indy, n'est-ce pas ? Alors faisons-les trouver par l'IA. Vous pouvez aller sur l'Indy, trouver un poste dont vous aimez le style, copier le poste et demander à l'IA d'analyser le ton et la structure de ce texte. Et rédiger un nouveau poste pour un événement en imitant ces codes. Ou vous pouvez aussi demander à l'IA de vous donner des exemples de styles de postes. et d'en choisir un parmi les exemples proposés par l'IA. Le soulagement de Thomas est palpable. Le déclic a eu lieu. Sein de la formation. Hélène est optimisée. Julien est débloqué. Thomas est rassuré. Clara a réussi. Non pas grâce à sa méthode unique, mais parce qu'elle a eu l'agilité de voir au-delà et de répondre à trois besoins radicalement différents. Cette anecdote nous rappelle une vérité profonde et cruelle. Il n'y a rien de plus inégal que de traiter tout le monde à l'identique, avec toute la considération que mérite cette complexité, amicalement, Lady Whistledhorne. J'espère que cette anecdote vous a plu. Vous l'aurez compris, le décryptage d'aujourd'hui va porter sur ce grand écart, cette fracture silencieuse qui redéfinit les règles de l'apprentissage et de la compétence face à l'IA. Car aujourd'hui, La véritable hétérogénéité n'est pas seulement une question de niveau technique, mais bien de posture mentale et de compréhension conceptuelle. C'est tout l'enjeu de notre décryptage. Cesser de former des suiveurs de méthodes pour enfin accompagner des explorateurs de potentiel. Ce que la chronique de Lady Whistledhorne illustre parfaitement, c'est cette distinction que nous voyons tous les jours sur le terrain. La différence abyssale entre savoir utiliser un outil et savoir apprendre. Dans nos métiers, Beaucoup de collaborateurs ont le permis de conduire numérique. Ils savent utiliser un logiciel précis, suivre une procédure mémorisée, évoluer dans un environnement connu. Pourtant, dès que l'interface change, qu'un bouton se déplace ou qu'un nouvel outil arrive, c'est la panique. Le transfert de compétences ne se fait pas. Pourquoi ? Parce que la compétence n'était pas ancrée dans la compréhension de la logique sous-jacente, mais dans la mémoire d'une séquence de clics. C'est précisément ce que les sens cognitifs appellent la flexibilité cognitive. Ce n'est pas la capacité à tout savoir, mais la capacité à restructurer ses connaissances pour les adapter à une situation nouvelle et complexe. Et c'est cette souplesse d'esprit qui permet à un bon pilote de s'adapter à une nouvelle voiture ou à une route inconnue. L'enjeu n'est plus de former un outil, mais de cultiver cette agilité mentale. L'histoire de ces trois participants nous force à admettre une chose. Le verbe « prompté » ne veut rien dire en soi. Il recouvre des réalités radicalement différentes qui correspondent à des niveaux de complexité et de structuration bien distincts. D'un côté du spectre, il y a le « prompt instruction » , ce que tente Julien. Sur le plan pédagogique, son approche s'apparente à un niveau 0 ou 1 de structuration, un prompt conversationnel spontané. Son problème, ce n'est pas de la structure, mais de la structure. Il attend l'instruction elle-même, même si elle aurait mérité un peu de précision, mais l'erreur méthodologique qu'elle révèle. Julien est victime du syndrome de l'outil magique. Il attend un résultat complexe avec une entrée simple sur un outil qui n'est pas conçu pour cela. Son instruction est inadéquate car l'attente est déconnectée de l'outil et de la méthode requise. À l'opposé, il y a des approches plus collaboratives. Il y a par exemple le prompt structuré qu'adopte Hélène. Elle génère une complexité stratégique. Son approche correspond à un prompt méthodologique qui suit une séquence de raisonnement guidée. Pour elle, la structure de la méthode de Clara n'est pas une contrainte, c'est un levier d'optimisation. Et puis, il y a le prompt dialogue dont Thomas a besoin. Il est débutant sur ce sujet, il fait face à une complexité conceptuelle. La structure rigide le bloque et il est en surcharge cognitive. Clara lui propose une approche hybride adaptative, car Thomas est dans une approche plus créative et non d'expertise du sujet. Ce n'est plus une instruction, c'est une interaction. C'est un dialogue réflexif, une co-création avec l'IA. Clara invite Thomas à une exploration. Il co-construit le sens avec l'IA pour surmonter son blocage. Face à ces trois mondes intérieurs qui cohabitent dans la même salle, le rôle de Clara ne peut plus être celui d'une formatrice classique. Livrer sa méthode unique est un échec assuré pour deux tiers de son groupe. La métaphore du Sherpa est ici très parlante. Un guide de Haute-Montagne sait que tous les membres de son expédition n'atteindront pas le même sommet, ni à la même vitesse. Sa mission n'est pas de forcer tout le monde à suivre sa trace, mais d'aider chacun à atteindre le point le plus haut possible en fonction de ses capacités du moment. Finalement, l'histoire de cette formation nous enseigne que la compétence la plus recherchée aujourd'hui n'est pas de savoir pronter, coder ou maîtriser un logiciel. La seule compétence durable dans un monde où tout change en permanence, c'est cette fameuse souplesse d'esprit, cette flexibilité cognitive. Ceux qui s'en sortent ne sont pas ceux qui savent tout, mais ceux qui ont appris à apprendre, ceux qui restent curieux et qui acceptent de ne pas tout maîtriser immédiatement. La question n'est donc plus de savoir comment former tout le monde de la même manière, mais comment construire des environnements qui permettent à chacun d'avancer sur son propre chemin. C'était Lady Whistledhorne et vous venez d'écouter cet épisode sur le grand écart de nos métiers. Une réflexion sur la fin des suiveurs et l'avènement nécessaire des explorateurs, ces esprits souples que nous devons apprendre à accompagner. Si ce podcast vous aide à penser votre rôle différemment, le plus simple pour le soutenir est de vous abonner pour ne pas manquer les suivants ou de lui laisser un avis. On se retrouve très vite pour une nouvelle anecdote, et n'oubliez pas, le bon guide n'est pas celui qui impose son chemin, c'est celui qui aide chacun à atteindre son propre sommet.