- Speaker #0
Bonjour, vous écoutez Le Bruyon. Ici, on ne parle pas de l'œuvre, on parle de ce qu'il y a avant. Je m'appelle Claire et je ne suis pas artiste, mais j'ai eu envie de les comprendre. Alors je me suis lancée à la rencontre des artistes et des créateurs pour suivre leur chemin créatif, les décortiquer et les rendre visibles. Parce que l'art ne se résume pas à une histoire de doux, parce que créer est une pratique vivante, quelque chose qui se construit,
- Speaker #1
se transforme et surtout se partage. Alors pour comprendre avec moi où tout commence vraiment, bienvenue dans le problème.
- Speaker #0
Mon invité d'aujourd'hui s'appelle Bleg, Bleg and the Ten sur les réseaux. Et ce nom dit déjà presque tout. Au départ, Bleg, c'est un mec avec un marqueur, un très rapide, un geste presque instinctif. Aujourd'hui, c'est toujours un mec avec un marqueur, mais aussi des pinceaux, des toiles, des expositions et une visibilité. En 2022, il a d'ailleurs donné un nouveau souffle à la montée des Ausha dans le Vieux-Lyon. Alors le marqueur est devenu un rouleau ou au moins un très gros pinceau et sa feuille est devenue un mur entier pour dessiner. Mais dessiner quoi ? Des lignes géométriques qui semblent se répondre, des formes ouvertes, jamais totalement figées, un trait clair, précis, tranché, des contrastes assumés. Un univers qu'on reconnaît immédiatement. Petit format ou presque monumental, on se laisse embarquer dans ces compositions presque mystiques où chacun projette sa propre lecture. Lionel d'adoption, il a su s'imposer en quelques années dans le paysage artistique local et bien au-delà. Mais derrière la ligne nette, il y a quoi ? Qu'est-ce qui nourrit le geste d'un autodidacte d'à peine 30 ans ? Comment passe-t-on de longues études d'ingénieur à une pratique artistique quotidienne ? Et à quel moment le marqueur devient-il plus qu'un outil, une écriture, une signature ? Bonjour Blake, merci d'avoir accepté mon invitation dans le volume.
- Speaker #1
Bonjour et avec grand plaisir.
- Speaker #0
Est-ce qu'on pourrait commencer par une petite présentation de toi et de ton travail ?
- Speaker #1
Eh bien oui, mais je pense que tu l'as déjà fait en bonne partie. Moi, mon pseudo, qui n'est pas mon prénom, c'est Blake. et ça fait une dizaine d'années que je suis sur Lyon maintenant. Je suis venu pour les études et en fait, je suis tombé amoureux de la ville, je suis resté et je suis devenu artiste à plein temps et c'est ce qui me fait vivre aujourd'hui. Je dessine, je peins, je fais plein de choses de différents formats pour plein de types de clients différents. Je travaille quelque chose de très graphique, basé sur, comme tu le disais, un travail de la ligne et j'aime beaucoup tout ce qui se rapproche aux univers, en tout cas dans le visuel, un peu mystique, un peu cryptique. l'art un peu rituel, ce genre de choses. Ça me parle beaucoup.
- Speaker #0
Alors, comme je l'ai dit en introduction, tu es donc autodidacte. Est-ce que le fait de ne pas avoir fait d'études d'art ou d'école d'art, ça a été pour toi plutôt une liberté ou un obstacle dans ta pratique ?
- Speaker #1
Je dirais une liberté, puisque pour l'instant, j'arrive à en vivre et ce n'était pas du tout le plan initial. Donc, c'est vraiment que du bonus. Donc, vraiment, moi, je suis... J'ai développé ce projet-là à côté de mes études et de mon boulot. Et en fait, ça a fonctionné et ça fonctionne encore aujourd'hui. Pour le moment, je n'ai pas eu le blocage lié à quelque chose que j'aurais dû, par exemple, apprendre en école d'art. Et comme je ne l'ai pas fait, j'ai aussi du mal à pouvoir dire, à pouvoir comparer. Donc pour le moment, c'est plutôt une liberté. Mais après, peut-être qu'un jour, on me recalera sur des choses parce que je n'ai pas fait d'école d'art. Et là, je me dirais que ça a pu me limiter. Mais pour l'instant, je n'ai pas de vision de ce que doit être mon travail dans des carcans ou je ne sais quoi. Ça se trouve, ce qui est une très mauvaise idée de ce qu'on peut apprendre dans l'école d'art. Puisque je ne l'ai pas fait, je ne sais rien. Donc, je dirais liberté.
- Speaker #0
Tu n'as pas fait d'école d'art, mais tu as fait une école d'ingénieur avec quand même un petit côté artistique, puisqu'il y avait le côté architecture. Les informations sont bonnes.
- Speaker #1
C'est ça, oui.
- Speaker #0
Est-ce que dans ton travail aujourd'hui, Ce côté scientifique, ingénieur, influence un peu ton travail, je pense par exemple à tout ce qui est proportion, géométrie. Est-ce que tu penses qu'aujourd'hui, ça t'a quand même nourri quelque part ?
- Speaker #1
Oui, totalement, mais c'est surtout la partie architecture. Parce qu'en fait, j'ai fait les deux diplômes en simultané, un petit peu en croisé entre les écoles. Et à la fin, je n'avais plus que de l'architecture. Et c'est vraiment à partir de ce moment-là où j'ai repris les stylos uniquement, où je n'avais plus les cours de... de physique et de mathématiques à côté, où j'étais juste dédié à faire du projet architectural. C'est là que vraiment le projet artistique est né, j'ai toujours dessiné, mais c'est vraiment là que ça a pris plus de place et que j'ai commencé à le prendre au sérieux. Et donc à ce moment-là, je faisais du dessin de plan, du dessin de façade, et là en effet c'est des proportions, c'est des lignes. Quand on est sur des travaux de perspective, il y a les points de suite avec des règles de composition, etc. Et ça, ça a influencé mon dessin. En tout cas, moi, je vois très clairement, quand je suis arrivé à ce marqueur épais, ça me fait vraiment penser à un mur qu'on vient couper sur un plan. Et donc, sur un plan, on a un mur qui est un peu plus large. plan d'architecture, les couloirs ils ont une certaine épaisseur, les chambres toutes les pièces ont des tailles et en fait il faut réussir à jouer avec ça comme un puzzle pour pouvoir remplir un volume d'un bâtiment et donc je pense que très clairement ça a influencé mon boulot et j'ai l'impression d'avoir appris presque ce travail d'équilibre en architecture ou en tout cas ça l'a renforcé, j'ai toujours aimé les choses assez équilibrées, assez cadrées, assez graphiques mais là ça n'a fait qu'appuyer là-dessus plus que l'ingénierie où là Là, je ne sais pas si ça a vraiment influencé mon travail. Ça a plutôt enterré mon côté artistique pendant plusieurs années avant qu'il ressorte naturellement.
- Speaker #0
La science a enterré l'art.
- Speaker #1
Un petit peu.
- Speaker #0
Ce marqueur dont tu parles, qui est à la base de ton travail initialement, c'est quelque chose que tu utilises en architecture ? Non,
- Speaker #1
pas vraiment. Il est vraiment trop épais. On peut l'utiliser sur certains types de plans, surtout en paysagisme ou en urbanisme. on vient dessiner sur du papier calque avec des marqueurs à alcool ce qui permet de faire des dégradés etc et avoir un rapide rendu qui se fait de moins en moins puisque maintenant on travaille beaucoup plus avec l'informatique mais en tout cas en projet architectural ou en école on pouvait travailler avec ce genre d'outils mais jamais avec les marqueurs à peinture très gras, très noir que j'ai pu utiliser au début et comment tu l'as découvert ? vraiment par hasard, je connaissais les Posca depuis très très longtemps, j'ai un ami euh... qui était mon ancien prof d'histoire-géographie au lycée, qui est devenu artiste à plein temps pendant mes études, ou sur la fin de mes études, je ne sais plus trop, au lycée. Et il était uniquement dans un travail au marqueur Posca, donc la marque, et petit à petit, en fait, il a réussi à collaborer avec eux, etc. Et donc moi, dans ma mentalité, le Posca, c'était une référence de marqueur, et donc j'en ai toujours utilisé depuis le collège-lycée. Et à un moment, en testant plein de choses, je suis tombé sur ce marqueur très épais avec la pointe biseautée. Et en fait, je suis tombé immédiatement amoureux de cette ligne parce que je pense que ça me faisait penser à l'architecture, à l'équilibre, à quelque chose de très brut. On peut faire des pleins et des déliés, mais ce n'est pas du tout là-dedans que j'excelle et où je suis allé et je veux aller. Ce marqueur-là vient un petit peu de ce prof qui m'a influencé. C'est le PMH qui fait encore plein de choses et qui est un super artiste.
- Speaker #0
Ça a été tout de suite évident pour toi que tu pouvais faire des choses en utilisant ce marqueur ?
- Speaker #1
Ouais, ouais, ouais. En fait, au tout début, quand j'explorais plein de choses pour me trouver un style, j'ai navigué entre l'abstraction, des éléments plus ou moins figuratifs, mais il y avait beaucoup d'abstraction quand même. J'ai testé des choses avec purement des lignes, avec des tâches de couleurs, etc. Et ce marqueur était déjà là, mais à un moment, je l'ai vraiment utilisé pour refaire des dessins de visage, de main, de corps. Et là, je ne l'ai presque plus quitté. Après, quelques allers-retours avec d'autres techniques. Mais ça a vraiment défini mon graphisme aujourd'hui. En fait, ça vient de ça. Aujourd'hui, je l'utilise vraiment beaucoup moins. C'est très rare maintenant presque que je l'utilise sur des projets. Et même en esquisse, j'essaye de m'en affranchir. Parce qu'après, on reste dans un format avec un type de ligne. Le pinceau peut permettre d'autres choses, l'informatique peut permettre d'autres choses. Mais vraiment, mon style vient de ce marqueur. Maintenant, je m'en suis un peu affranchi.
- Speaker #0
Et tu reproduis avec d'autres outils.
- Speaker #1
Exactement, la même ligne. C'est pour ça que sur l'informatique, j'ai eu beaucoup de mal à y aller. Les artistes et graphistes connaissent Procreate sur les tablettes. Et en fait, c'est très compliqué d'avoir vraiment un biseau avec les pointes à 90 comme j'aime beaucoup. Parce que le stylet a beau tourner un petit peu avec notre poignet, on n'arrive jamais à vraiment avoir quelque chose de net comme on peut avoir avec un marqueur à la main. Donc j'ai pendant très longtemps pas utilisé l'informatique, puis j'ai réussi, avec Illustrator, à retrouver ce feeling de dessin avec de grosses lignes nettes.
- Speaker #0
Est-ce que tu as une méthode quand tu crées ?
- Speaker #1
Pas vraiment, ça va être des itérations, de la répétition. En fait, ça va surtout être à la base du format, encore un côté architecte. Le format va dicter le travail que je vais faire et l'épaisseur de ligne que je vais utiliser. Si je suis sur un grand mur, si je suis sur une petite étiquette de vin, si je suis sur un grand format papier ou toile, c'est ça qui va vraiment définir au début quelle épaisseur de ligne je vais utiliser. Et après, ça va être du travail d'esquisse qui se fait assez naturellement. Et à chaque fois, je suis halluciné du fait que j'y arrive presque. en tout cas très souvent à faire ce que j'appelle des one-shot, des projets où je fais une esquisse en une fois, sans vraiment la retoucher, et ça touche bingo énormément de fois, et à chaque fois je ne comprends pas comment ça fonctionne, c'est un peu de la magie, c'est au fur et à mesure des répétitions de mon boulot, je laisse décanter les projets, et après je me mets sur le format, et je commence à positionner des éléments, à dessiner avec. Et en fonction des thématiques, des éléments que je veux y intégrer, je prends une contrainte, par exemple quelque chose de très géométrique avec des lignes fortes qu'on m'a un petit peu données. Je vais les positionner sur mon format, puis je vais y intégrer mes éléments et après jouer avec les équilibres, placer les éléments les uns par rapport aux autres. Mais c'est vraiment les premières poses de lignes qui influencent le reste. Donc c'est comme ça que ça fonctionne, en tout cas dans mon boulot. Après, c'est un peu de la magie, mais moi, des fois, je ne comprends pas trop. Et je résiste avant de créer, parce que je me dis, ça va être dur, c'est esquis, ça va me donner du mal. Je me mets devant ma feuille, devant mon PC, et en fait, je me pose quelques minutes et j'arrive à sortir un truc comme ça. Et vraiment, encore aujourd'hui, ça m'hallucine. Je ne comprends pas trop comment ça fonctionne.
- Speaker #0
C'est pas où tu vas avant de commencer à lancer ? Non,
- Speaker #1
ça se brode... Je ne fais pas plein de petits croquis au crayon, à papier, sur un petit carnet pour avoir ensuite quelque chose. Vraiment, je pars d'une feuille blanche et ça donne quelque chose. Et je brode dessus.
- Speaker #0
Tu es plutôt par intuition. Enfin, j'ai l'impression que tu nous parles du médium, en fait, de la taille, de ce que tu vas faire. Et puis après, tu places ce que tu dois placer. Comment tu gères justement ces contraintes-là ? Est-ce que ça te canalise ? Est-ce que ça te freine dans ta créativité ? Comment tu arrives à travailler avec les contraintes ?
- Speaker #1
Pour moi, c'est super important. J'avais une prof d'art plat quand j'étais au lycée, Madame Albert, pour qui c'était vraiment quelque chose de très important. Elle nous donnait des projets avec des contraintes, un format, une thématique, une couleur, une technique. Et en fait, je trouve ça toujours incroyable d'avoir un cadre, parce que sans cadre, c'est vraiment compliqué pour moi de me situer. j'ai du mal à me lancer dans quelque chose alors que si j'ai un cadre, je sais que j'ai sort malin, il faut que je bossent avec et c'est vachement plus facile pour mon cerveau en tout cas de bosser sur ce genre de projet là Donc c'est pour ça que souvent je me donne des propres contraintes, des défis un peu absurdes. Il y a récemment, en fin d'année dernière, je me suis donné 100 jours pour faire 100 dessins sur le même format avec la même couleur, enfin que la ligne noire sur l'informatique et en fait ça m'a permis de créer énormément de choses super que je réutilise encore aujourd'hui et je me mets des petites contraintes comme ça moi même pour réussir à créer quoi et pas pour réussir mais pour donner le meilleur que je puisse. En tout cas, j'espère pouvoir donner.
- Speaker #0
Tu travailles plutôt dans l'urgence ou tu arrives à te donner une discipline dans ce que tu fais ?
- Speaker #1
C'est un peu entre les deux. Je sais que si j'ai des temps trop longs pour créer, je ne vais pas le faire tout de suite. Je ne vais pas attendre la deadline. J'arrive toujours à rendre les projets dans le temps. Et même moi, quand j'ai une expo, je n'ai jamais trop été à la bourre pour créer mes propres pièces que je vais exposer. donc c'est moi en fait, c'est pas quelqu'un, un client extérieur mais en même temps des fois en fait je veux juste me créer ma propre deadline même si c'est non très longtemps, je me dis bon aujourd'hui je sors cette esquisse là et en fait j'arrive à la sortir dans la journée donc plus dans l'urgence, mais des fois, je dois la créer moi-même, psychologiquement, en me disant c'est aujourd'hui. Je ne sais pas pourquoi, mais je fais ça pour me forcer à travailler efficacement. L'efficacité, en fait, pour le coup, elle vient de l'ingénierie.
- Speaker #0
Podcast que tu as enregistré, donc, Isaac Naa. Isaac, tu étais un grand procrastinateur. je partage un peu ce trait de caractère j'ai parfois l'impression que si j'ai pas quelque chose qui me presse c'est pas le meilleur qui va sortir,
- Speaker #1
je sais pas si c'est quelque chose que tu partages ouais il y a toujours de l'hésitation quand je suis rentré en études d'architecture je comprenais pas pourquoi les archives faisaient de la charrette ce qu'on appelle de la charrette c'est de travailler très tard toutes Toute la veille du rendu, je me disais, mais organisez-vous en fait les archives, vous ne savez pas faire, comment ça se passe ? Vous avez six mois pour faire un projet, pourquoi vous travaillez la dernière nuit ? C'est parce qu'en fait, toutes les semaines, les profs et les encadrants font des retours sur le projet, et la dernière semaine, on est obligé de finir le projet. Et en fait, là, j'ai compris la mentalité projet, si on a six mois pour bosser sur quelque chose, et qu'on doit le rendre dans six mois, on va se poser la question pendant ces six mois-là, est-ce que ce que j'ai fait est vraiment la meilleure chose ? que j'ai pu faire. Or, quand on doit le rendre le lendemain ou le surlendemain, en fait, on n'a pas le choix. Donc, notre cerveau, il se dit, ok, bon, c'est top. Ou alors, c'est assez bien. Ce qui n'est pour moi pas une mauvaise chose. Parce que je pense que le très bien, le meilleur, il n'existe pas forcément. Des fois, le meilleur, c'est le premier truc qui sort. En tout cas, dans ce que je fais, je trouve que souvent, ça marche comme ça.
- Speaker #0
Mais est-ce que la phase de doute, justement, qui a précédé, ce n'est pas... Sans être conscientisé justement, la phase où on fait mûrir tout ça. Alors il y a peut-être des gens qui vont le conscientiser, le travailler et faire 25 versions pour arriver à leur version aboutie. Est-ce que toi, ce n'est pas juste que ton cerveau travaille un peu tout seul ? et qu'il te sort la version mais qu'il y en a eu 25 autres avant peut-être dans ta tête ?
- Speaker #1
Oui, si, si. Et souvent seulement la douche, ça fonctionne. J'ai une épiphanie dans la douche. J'ai une esquisse que je redoute de faire. Et en fait, je la fais en une journée, une semaine ou quelques jours avant le rendu. Et en fait, l'idée, je l'ai vraiment eu dans la douche d'un coup, un éclair. Alors qu'il n'y avait aucune idée de ce que j'allais faire. Et c'est pour ça que je ne voulais pas me mettre sur la table à travailler. Parce qu'en fait, travailler dans le vide, des fois, c'est dur quand on est dans... dans une créativité basée sur un peu l'instinct. C'est un peu dur de forcer son instinct, même si en fait ça fonctionne bien. Il faut se mettre à la table et des fois ça sort, il faut se forcer à le faire sortir. Mais souvent c'est dans la douche. Je pense que le cerveau bosse un peu en automatique, en inconscient, en arrière-plan. Dès qu'on se met sur la table, on sort peut-être la 25e version qu'on a testée. Je ne sais pas, j'imagine. Parce qu'en tout cas dans la douche, ça arrive souvent.
- Speaker #0
Sur justement cette façon de nourrir ton cerveau, est-ce que tu pratiques d'autres formes d'art ou en tant que consommateur d'art tu te nourris d'autres formes artistiques ?
- Speaker #1
je fais un petit peu de piano mais ça n'a rien à voir c'est purement pour le plaisir je ne pense pas que ça nourrisse ma vision de ce que je fais mais après je consomme pas mal d'art en général de médias des séries, des films de la BD, ce genre de choses du dessin animé Du jeu vidéo aussi, depuis pas très très longtemps. Et je trouve que le jeu vidéo, il y a tellement des univers magnifiques qui peuvent nourrir, en tout cas, mon boulot. Il y a plein de choses, je me rends compte, j'ai volé des jeux vidéo, mais je l'ai déformé, je l'ai remodelé, mon truc. Mais il y a des choses, des fois, je fais, ah mais ça vient de là, et après je comprends plus tard. Donc tout ça, mais sinon, autre que le dessin et la peinture, je ne fais pas d'autres formes d'art, en tout cas.
- Speaker #0
Tu, dans la communauté artistique, est-ce que tu... T'inspires parfois un peu, enfin est-ce que tu vas trouver l'inspiration dans ce qu'ont fait d'autres personnes par passé, dans ce qu'ils font aujourd'hui ? Est-ce qu'il y a une inspiration peut-être technique ou vraiment sur une évolution, une sorte de co-construction avec d'autres artistes ?
- Speaker #1
Totalement, totalement. Je vole à plein de gens de façon totalement libre et libérée. Il y a par exemple un ami... qui est basé à Bruxelles, où un jour, j'ai dessiné des ailes à un de mes personnages, et je me suis rendu compte qu'en fait, je lui avais volé les ailes de ces personnages. Et je lui ai dit, je lui ai fait, ah tiens, je me suis rendu compte qu'en fait, ce que j'avais fait, ça doit clairement venir de ton travail. Et ça, sur plein d'autres choses, des techniques, des façons de travailler, où je me dis, ah mais ça, je pourrais peut-être l'appliquer à mon boulot, quand je vois des gens, par exemple, faire du masquage, pendant très longtemps, je ne le faisais pas. Et là, en ce moment, je bosse énormément sur le masquage où je travaille sur une première surface peinte. Je viens mettre du scotch, je viens découper mon travail et ensuite rajouter une couche. Et donc, il n'y a pas de tracé en tant que tel, à part mon tracé d'esquisse. C'est plus la ligne qui est dessinée, n'est qu'un découpage avec une soustraction ou une addition de couches de peinture. Et ça, je l'ai vu que d'autres artistes le font. Donc, je me suis dit, je vais essayer de l'appliquer à mon travail. Oui, ça, Regarder ce que font les autres et leur voler soit des façons de travailler, soit des fois des éléments graphiques. Ça, je le fais énormément. Et des fois, totalement inconsciemment. Des fois, on crée des trucs, on se dit, c'est génial. En fait, on voit deux jours après qu'on l'a volé sur une personne qu'on a vue sur Insta, mais sans le faire exprès.
- Speaker #0
Du coup, c'est important pour toi de continuer à nourrir ta créativité du travail des autres.
- Speaker #1
Oui, oui, sinon... Je ne pourrais pas faire tout le temps la même chose et je ne peux pas inventer des trucs comme ça de nulle part. On est tous contaminés les uns par les autres.
- Speaker #0
Et est-ce que parfois tu es en panne d'inspiration ? Est-ce que tu as le syndrome de la page blanche de temps en temps ?
- Speaker #1
Oui, mais dans ce cas-là, il suffit que je me mette au travail. C'est juste vraiment que je me mets devant mon papier et je me dis que pendant deux heures, je dessine. Et en fait, ça revient directement. Comme c'est très intuitif. En fait, même quand je suis sur une esquisse, j'ai la page blanche de base avant de commencer à dessiner. Donc ça, je n'ai pas trop le problème. J'ai la chance de pouvoir avoir ça. Après, je peux avoir des doutes sur mon boulot qui, là, va me bloquer pendant un certain temps en me disant « Ah, au final, ce n'est pas terrible ce que tu fais en ce moment » , etc. Et là, ça va plus être un jugement sur mon boulot qui peut me freiner à créer parce que je suis dégoûté de certaines choses que je fais. mais ça va pas être une page blanche comme on l'imagine où on n'a pas d'inspiration et on n'arrive pas à sortir quelque chose il suffit que je me mette sur une table et ça vient quoi,
- Speaker #0
il faut juste que je me force à le faire des fois j'ai pas envie mais il suffit de le faire Et les doutes là dont tu parles sur est-ce que ce que j'ai fait est bien ça va être plus des phases un peu d'état d'esprit ou sur un projet qui te donne du fil à retordre comment tu... vite en doute ?
- Speaker #1
Les deux, c'est pas forcément très rationnel des fois, c'est vraiment... Des fois je regarde les choses que j'ai faites la semaine d'avant, ou les six mois avant, ou il y a deux ans, et je trouve ça horrible, et je me dis oh là là, c'est vraiment pas terrible, faut que je cache tout ça, c'est plus ce que je fais maintenant, et après je regarde ce que je fais maintenant, et je fais ah, j'évolue pas assez vite par rapport à d'autres artistes, où je vois comment ils évoluent, c'est incroyable, et... Moi, je reste bloqué dans un truc. Et en fait, la semaine d'après, j'aime bien. Enfin, c'est très... Pour ça, maintenant, je relâche un peu là-dessus. Et je me dis, de toute façon, je le fais pour moi, mais aussi, en fait, les gens, dans tous les cas, qui regardent mon travail et qui aiment mon boulot, des fois, ils aiment des choses que je n'aime plus du tout. Et parce qu'ils ne sont pas du tout dans la même vision que j'ai de mon boulot. Donc, en fait, je le fais pour moi, pour m'amuser, ce travail-là. Mais quand je doute de ce que je fais, je me rends assez vite compte que c'est un doute qui n'est que personnel. enfin les gens qui regardent mon boulot et qui aiment bien et qui sont touchés par ça peuvent être touchés par des pièces qui moi ne me parlent plus du tout en gros je me dis qu'une fois que j'ai fait quelque chose c'est plus vraiment à moi, c'est lâché et donc ça sert à rien que je m'auto-flagelle sur un truc que je n'aime plus parce qu'en fait ça peut plaire à quelqu'un et ça peut toucher quelqu'un parce que au moment où je l'ai fait, j'ai soit été touché par le fait de le faire ou en tout cas j'ai sorti quelque chose qui à ce moment là voulait dire quelque chose ou me touchait moi et donc c'est comme ça que je gère ce doute là en fait je dédramatise en me disant c'est que pour moi,
- Speaker #0
c'est que dans ma tête donc c'est pas grave le regard des autres a plutôt une influence positive sur ce que tu penses de ton travail est-ce que tu te laisses influencer parfois par ce que tu penses parfois c'est plutôt ce que tu penses que les gens vont penser non
- Speaker #1
pas vraiment parce que je me suis rendu compte que c'est tellement arbitraire. J'ai même du mal à prendre les critiques positives ou les commentaires positifs. C'est comme si ça me glissait presque dessus. Parce que comme mon boulot est très personnel, si les gens n'aiment pas, tant pis. Si moi j'ai bien aimé ou j'aime bien, ça me suffit presque. parce que c'est toujours agréable et des fois j'arrive quand même à connecter avec des gens qui sont vraiment touchés qui m'expliquent en quoi ils sont touchés par une pièce que ça leur fait penser et en fait c'est complètement en adéquation avec ce que j'ai fait ce que j'ai voulu dire, faire sur cette pièce là mais en fait ça part assez vite tout comme les critiques négatives ce qui va plus me toucher ça va être mes pairs dans la communauté artistique les gens que je connais, dont j'admire le travail et si là ils me font un retour positif sur mon boulot et je l'ai eu pas mal pendant... assez récemment ces deux dernières années où des gens qui ne comprenaient pas forcément tout de suite mon boulot m'ont dit après des explications, des discussions, certaines pièces, etc. Ah là vraiment, je trouve ça top ce que tu as fait. Et là, ça va vraiment me toucher et me faire sentir bien dans ce que je fais. Mais plus que le public non artiste que je connais et dont j'admire le travail. Par exemple, quelqu'un que je ne connais pas et qui est un superbe artiste. et dont je ne connais pas ou je n'aime pas le travail, ça n'a pas trop m'influencé. Par contre, des amis ou des gens dont je m'admire le boulot, là, je me dis, ah ouais, ils aiment bien. Wow, trop bien. J'adore ce qu'ils font. Ils aiment bien ce que je fais. Donc là, c'est plus ça qui vient me toucher.
- Speaker #0
Tu dirais que la communauté artistique, justement, c'est plutôt une communauté bienveillante ou est-ce que c'est un monde assez difficile parce qu'il y a quand même beaucoup de concurrents, je suppose. Donc, est-ce que c'est difficile d'évoluer dans cette communauté ?
- Speaker #1
Moi je trouve pas parce qu'en fait la concurrence elle a apparemment de sens quand on fait pas les mêmes choses. Et comme personne ne fait vraiment la même chose et ne touche pas vraiment les mêmes personnes, ben en fait je me suis jamais vraiment trouvé en concurrence avec des gens que j'aime bien ou des gens de ma bulle. Et quand c'est le cas, ben on rigole de celui qui a eu par exemple le projet sur un appel d'offres ou un truc comme ça. Par exemple sur des projets où on est plusieurs amenés par un partenaire. J'ai plutôt ce côté-là que le côté négatif des gens qui critiquent. Ça, je ne le vois pas trop. Encore une fois, ça n'a pas trop de sens, sachant qu'on fait tous des trucs différents.
- Speaker #0
Il pourrait y avoir quand même une certaine... Oui, je peux... Une certaine jalousie parfois, même si... Ça, par contre, il peut y en avoir.
- Speaker #1
Et même nous, on peut en ressentir, même avec des amis. Des fois, j'ai des super potes, je les vois progresser à fond. Et on peut avoir des petits pics de... Je ne progresse pas assez vite par rapport à eux. Mais en fait, ça disparaît assez vite. C'est une sorte de truc bégot qu'il faut complètement déconstruire. En tout cas, moi, j'essaye. C'est nul, ce sentiment-là. Surtout quand c'est des potes. Il faut être plus content pour eux que se dire, il a un meilleur projet que moi. Ça, c'était plus il y a quelques années. Maintenant, j'arrive à complètement... Enfin, plus il y a quelques années. Je n'ai jamais été non plus un gros jaloux. Mais disons que c'est un truc qui peut des fois piquer comme ça. On peut s'en rendre compte. Je trouve ça assez... Bon. pas trop bien comme sentiment quoi je pense que dans plein de milieux dans plein de choses même avec des ailes Amis qui ne bossent pas dans le milieu, c'est un truc naturel. C'est le seul truc que je peux voir un peu de jalousie, mais qui est un truc anecdotique, je trouve. C'est assez simple. En tout cas, moi, dans ma posture actuellement, avec les gens que je connais, ça va.
- Speaker #0
Garder une compréhension. Voilà,
- Speaker #1
il faut mettre des guillemets de quoi je parle.
- Speaker #0
Sur un sujet qui n'a rien à voir, est-ce que l'art a toujours été présent dans ta vie ? Est-ce que tu as eu une éducation artistique ? Est-ce que c'est quelque chose qui t'a influencé ?
- Speaker #1
Oui, mais pas de façon classique. Mes parents ont fait pas mal voyager en Europe quand j'étais petit, avec des visites de musées qui m'ennuyaient énormément à l'époque. Mais en fait, ça m'a confronté à plein de choses. J'avais une tante qui m'a fait monter à Paris pour voir l'expo de Picasso et les maîtres au Grand Palais, qui m'a beaucoup touché à cette époque-là. Et ma maman mettait du dali sur les murs de la maison. Donc, ça m'a aussi pas mal influencé, gamin, de voir ces trucs-là. Mais au-delà de ça, j'ai pas eu de cours, de choses... Mes parents n'étaient pas très éduqués de l'art, en fait. Donc, c'est plus les musées dans lesquels ils m'ont emmené. Donc, c'est assez léger, on va dire. Mais j'ai quand même eu la chance de visiter plein de villes, plein de trucs d'architecture, d'églises, de choses comme ça. A Rome, par exemple, où il y en a 15 000. On a beaucoup voyagé au sud de l'Europe et on a vu plein de choses. Ça serait le seul truc, je pense, un petit peu, d'éducation artistique que j'ai eue.
- Speaker #0
Je crois que tu as fait un bac d'art plastique, quand même, un petit peu.
- Speaker #1
C'est une option, c'est une option. C'est très aimé, tout le monde a 20 sur 20, ou 19. Les moins bons, ils ont 19, je pense.
- Speaker #0
Est-ce que déjà, à l'époque, tu sentais qu'il y avait quelque chose à faire de ce côté-là, sur un... peut-être pas le média que tu utilises aujourd'hui, mais est-ce que... Tu sentais qu'il y avait déjà une fibre en toi qui aimait poursuivre dans ce sens-là ?
- Speaker #1
Non, non, non, pas professionnellement, pas quelque chose de sérieux. Pour moi, ce n'était pas un vrai métier, ce n'était pas quelque chose qui était accessible. Et non, j'étais vraiment sur les rides, la prépa, MatzP, l'école d'ingé, etc. Non, à part, j'ai eu une expérience avec des amis où on a créé un collectif artistique mes potes du coup du... de l'option Art Plastique, où là, on a vu qu'on pouvait créer une communauté autour d'un projet. C'était vraiment absurde, c'était du collage numérique sans que ni tête. Mais on a créé un package autour qui a fait que ça a pris dans notre petite ville et ça a fini par une expo dans un centre culturel de la ville. Donc quand même, c'est là que j'ai eu le goût de « Ah, on peut quand même être pris au sérieux » . en faisant des choses, même si c'est pas très sérieux. Enfin, en tout cas, c'était ma vision. Maintenant, je trouve que c'est sérieux, là, tout en pensant que c'est pas très sérieux non plus. Il y a des choses beaucoup plus problématiques dans ce monde que de faire des dessins. Mais j'ai eu un avant-goût à ce moment-là, mais sinon, ça n'a jamais été une vision de quelque chose que je pouvais vraiment faire tous les jours. Ouais.
- Speaker #0
Et ça a été quoi, le point de bascule, justement ? de ce travail un peu scientifique vers l'art et puis ensuite vers le fait d'en faire ton métier ?
- Speaker #1
C'est vraiment sur la fin de mes études d'ingé, début d'études d'archi, sur mon Master 1 et Master 2, que je me suis dit ces petits dessins que je fais sur mes carrières pendant le cours de physique et dont je disais de façon humoristique à une pote qui était à côté de moi « Tu verras ça un jour, un jour je les vendrai. » mais c'était vraiment de l'humour, j'ai commencé à me dire, est-ce que cette blague, on n'essayerait pas de la faire sérieusement, et que je crée un profil Instagram exclusivement pour ça, et que je mette des choses dessus, et que ça soit vu par le public, même si c'est trois personnes, au moins ça sera dans le monde, ça sera diffusé. Et à partir de là, j'ai pris ça au sérieux, sans vraiment le prendre au sérieux, je n'étais pas dans une posture d'artiste. Mais je me disais, voilà, je présente le projet comme quelque chose de vrai. Et je vais essayer tous les jours, en tout cas souvent, de créer quelque chose. Et en fait, de me donner un cadre dans les petits dessins que je faisais sur des bouts de feuilles à carreaux avant. Donc là, je prenais des feuilles blanches et après, j'en faisais des photos. Donc c'est là le point de bascule. C'est vraiment... Quand j'ai commencé à voir qu'il y a des gens qui me disaient « Ah, c'est sympa, tu vends tes trucs et tout. » Je fais « Quoi ? Qu'est-ce que vous racontez ? » C'est juste à côté de mon boulot, de mes études. C'est pas sérieux. Vous voulez vraiment acheter ça ? Et là, j'ai eu mes premières ventes. J'ai dû me déclarer. Quand je me suis déclaré un jeudi soir en rentrant d'un bar à 23h sur le site de la CFE, là, ça a pris un petit step où je me suis dit « Bon, ça y est. » J'ai une société, je suis un professionnel. Et là, ça a commencé à devenir sérieux et pendant le confinement, ça a bien pris.
- Speaker #0
C'est le confinement qui t'a fait faire justement cette bascule ?
- Speaker #1
Qui m'a fait me dire, ah, il y a des gens quand même qui peuvent regarder, parce que tout le monde était sur son téléphone à ce moment-là ou sur son ordinateur, on n'avait que ça à faire. Et donc j'ai gagné beaucoup en visibilité à ce moment-là. Et j'ai commencé à avoir mes premiers projets, des premières ventes, mon premier projet de fresque. Et après, je suis rentré en archi en tant que salarié dans une entreprise d'architecture, dans un cabinet. Et j'ai développé pendant deux ans, à côté de mon boulot d'archi, l'art. Mais au moment du confinement, au moment où ça prenait, je me disais, c'est un à côté sympa, je suis déclaré, j'ai mon statut depuis maintenant. un an, mais voilà, ça reste un à côté sympa. Est-ce qu'un jour ça sera mon métier ? J'en sais rien. Et en fait, un an après ça, ça commençait vraiment à grossir. Je travaillais que là-dessus tout le temps. Je voyais plus mes amis. Je m'étais dit bon, on met la tête dans le guidon, on fait que de bosser là-dessus et un jour, potentiellement, tu peux quitter ton taf si c'est viable économiquement et tu peux faire que ça de ta vie. Donc vraiment, pendant deux ans, j'ai... Je ne sortais plus, je bossais de 6h à 9h le matin et de 18h à 22h dessus. Créer du contenu pour les réseaux sociaux, à peindre, à dessiner. Et petit à petit, ça a pris. Un jour, j'ai fait une résidence de 5 semaines ou 7 semaines au musée des tissus. Ça va être compliqué de poser des congés là-dessus. Plus il y a une fresque là, il y a ça. Plus tu gagnes assez bien ta vie. Donc si la courbe continue à augmenter, c'est bon.
- Speaker #0
collaboration entre artistes, se nourrir de chacun. Est-ce que travailler seul, ça te convient ?
- Speaker #1
En fait, je travaille souvent en collaboration avec des gens sur des projets, soit via Umar, qui est de base un incubateur, qui prend des artistes et qui pendant un an les expose et leur donne une visibilité, et des fois crée des synergies, mais c'est plus par des rencontres, ce genre de choses. Mais sinon, je fais partie d'un atelier partagé qui s'appelle Les Convives. à Lyon 9. Et là, ça a vraiment changé ma vie. Parce qu'avant, je travaillais depuis chez moi. La journée chez soi, rentrer chez soi le soir depuis chez soi, c'était assez déprimant. Donc j'ai trouvé des super collègues là-bas. Et en fait, on se retrouve souvent entre artistes de la résidence. Enfin, de la résidence, c'est pas une résidence, c'est vraiment un atelier d'artiste, mais à bosser ensemble. Donc j'ai un petit peu déjà ça avec ça. avec cet atelier, mais sinon les vraies résidences avec des synergies comme ça, où on est un peu où on nous demande de travailler à plusieurs je ne connais pas et je n'ai jamais fait et pourquoi pas mais ce n'est pas quelque chose de là tout de suite où je me dis, il faut que j'y aille mais pourquoi pas, je suis ouvert et j'ai déjà fait pas mal de choses avec d'autres gens et je trouve ça intéressant.
- Speaker #0
Ton travail évolue est-ce que tu vois la volonté de le faire évoluer il évolue naturellement, comment il évolue ?
- Speaker #1
C'est un petit peu des deux. Il y a des choses... Par exemple, avant, je travaillais beaucoup la ligne ouverte, très fragmentée, très proche de l'abstraction. Et il y a certains mouvements actuels qui sont assez visibles dans le doodle, dans ce genre de choses, dans l'art, qui ne me parlent pas du tout et dont je veux fort m'éloigner. Et ça m'a amené à travailler plus la ligne fermée, par exemple, avec beaucoup plus de figuration que je pouvais le faire avant. En tout cas, la ligne fermée plus les éléments de corps mieux placés, etc., ramènent plus d'humanité que ce que j'ai pu faire au tout début, ou il y a quelques mois, quelques années. Donc là, pour le coup, c'est un petit peu voulu. de m'éloigner de ce style très déconstruit avec des formes un petit peu volantes partout. Mais après, c'est aussi un ennui de ma part. Il faut que je change, il faut que je trouve une nouvelle façon de créer. Sinon, on est dans la répétition et la production en série de choses. Et ça, ça me plaît sur des séries où je me dis, trop bien cette technique, il faut que j'essaie de l'épuiser presque. Mais au bout d'un moment, en fait, je fais toujours la même chose. Donc ça m'ennuie et je vais trouver quelque chose de nouveau qui m'excite. c'est toujours une course en avant vers quelque chose de nouveau sinon ça ne devient plus un jeu et ça devient juste de la répétition même si beaucoup de gens pensent que Je fais extrêmement répétitif et je n'ai pas évolué depuis que j'ai commencé. Mais de mon point de vue, ce que je fais a vraiment énormément évolué et ça continuera d'évoluer. En termes de médium, de style, de ligne, même si j'espère en tout cas, on trouve ma patte, je fais toujours évoluer ce trait.
- Speaker #0
C'est vrai, tu as une vraie patte. Est-ce que parfois tu te sens un peu prisonnier de ton style, de ce style qui t'a réussi en fait ?
- Speaker #1
parce que je suis très mauvais en autre chose je pense, comme j'ai pas de formation vraiment ce truc là est venu un peu naturellement et moi aujourd'hui c'est ce qui me parle, des fois c'est vrai que je me dis ah j'aimerais bien faire un truc avec de la ligne très fine où je dessine des monstres très crades avec des couleurs partout des choses un peu plus sombres que j'aime bien aussi et que des fois je fais sur le côté mais sinon pour l'instant je suis très bien dans ce que je fais et ça me parle toujours quoi. j'arrive toujours à me raccrocher à ça et comme j'aime bien les cadres bien sur le même sujet que tout à l'heure comme j'aime bien les contraintes dans la création en fait ce style m'apporte une contrainte et je pense honnêtement que j'arriverais pas à faire autre chose je pense que je suis trop mauvais pour le reste c'est purement
- Speaker #0
ça aussi et t'as pas, tu t'es pas formé à d'autres techniques ? non d'aller l'explorer.
- Speaker #1
Après c'est vrai quand je vois mes collègues de l'atelier, par exemple Louis Pouille qui travaille avec Semi, qui a travaillé à l'huile et qui peint des portraits réalistes et qui est trop fort pour ça à l'acrylique ou à l'huile ou même Pierre Mathieu qui est pareil mon autre copain d'atelier je les vois peindre, je suis trop admiratif et ça donne envie de tester en même temps c'est tellement d'apprentissage et ce serait juste quelque chose que je ferais sur le côté en fait je pense que Je ne sais pas si j'ai la patience et le temps de me mettre à apprendre tout ça. Aujourd'hui, je préfère faire le même morceau de piano que j'ai appris à côté, en autre art créatif que j'aime bien, et aller me promener, que d'apprendre les mots et techniques. Non, pour l'instant, non. Même si des fois, c'est vrai que ça donne vraiment fort envie de les voir créer. Ça a l'air super agréable de pouvoir se dire qu'on crée une image qui presque n'est pas la réalité, parce qu'on est très très loin du photoréalisme, mais qui ramène de l'humain Du vrai humain, quoi. Ça, c'est l'envie des fois, mais je sais pas. Non, pour l'instant, ça va. Pour l'instant, ça va.
- Speaker #0
C'est ça, à ce que tu fais. Est-ce qu'il y a justement des dessins, tu disais, je fais parfois des choses à côté, et est-ce qu'il y a des dessins que tu gardes pour toi, que tu montres jamais ?
- Speaker #1
Ouais, ouais, il y en a quelques-uns. Il y en a quelques-uns que je montre des fois en visite d'atelier, ce genre de choses, mais c'est pas une majorité, quoi. Et après, il y a plein de dessins ratés que je ne montre surtout pas.
- Speaker #0
Des essais ?
- Speaker #1
Non, des choses. Parce que quand je produis de l'oeuvre originale, en fait, je suis avec un pinceau et une feuille, ou un pinceau et une toile, etc. En fait, l'essai devient très vite, pas un essai, une pièce originale. Il n'y a pas vraiment de... Je repasse, parce que comme c'est un trait sur la feuille, une fois que c'est fait, c'est fini. Donc, il y a peu le... C'est plus une pièce ratée qu'un essai pour quelque chose de futur. donc il y a vraiment des pièces ratées tu les gardes ? certaines ouais mais là je me suis amusé à en détruire énormément et j'aime beaucoup détruire les vieilles croûtes c'est joli aussi est-ce que tu penses que tu pourrais arrêter de dessiner un jour ? oui mais en fait ça me rendrait malheureux parce que je me suis rendu compte, je l'ai compris assez tard mais quand j'étais petit je me souviens avoir des sortes d'urgence, c'était plus vraiment une émotion qu'un besoin de faire, mais il y avait vraiment une sorte d'urgence à créer qui venait, et je savais pas ce que c'était du coup j'allais faire des cabanes ça me rendait super heureux ou je dessinais, ça me rendait super heureux et ce truc là vient quand j'ai pas créé depuis longtemps et en fait je l'ai pu enfin, la bataille tri de ce truc-là est souvent basse parce que je crée souvent. Mais c'est vrai que quand je ne crée pas pendant assez longtemps, ça revient automatiquement à ce besoin. Du coup, je trouve une petite feuille, je trouve une serviette dans un restaurant avec un stylo et ça sort quelque chose dont je suis très fier parce qu'il y a ce niveau-là d'excitation. Et en fait, cette excitation-là, elle vient comme ça. Donc, je me rappelle quand j'étais en prépa où pendant deux ans, j'apprenais des preuves de maths et de physique. toute la soirée où c'était terrible, le stress était horrible pour moi, j'ai très peu aimé cette période de ma vie, et bien j'ai eu des urgences comme ça parce que je ne créais plus. Et je me rappelle avoir pris plein de feuilles d'exercice de maths et avoir collé au mur et avoir dessiné un énorme arbre dans mon appartement. Et c'était exactement le sentiment que j'avais quand j'étais petit, où il fallait que je crée quoi. Donc je pense que non, je ne pourrais pas arrêter de dessiner. En fait, c'est pour ça que j'ai toujours dessiné, et juste avant que je le fasse et que je le montre. c'était sur des feuilles pendant des cours pendant quand je suis au téléphone quand je je suis chez moi et que je m'ennuie un peu. Donc ça, je ne pense pas que j'arrêterai.
- Speaker #0
C'est ce qui a canalisé ce besoin créatif. Oui, exactement. Tu parlais tout à l'heure du fait que tu te sois mis à utiliser les outils informatiques, notamment dans ce podcast de 2024 que j'ai entendu, tu disais que tu étais absolument contre toute forme d'intelligence artificielle dans l'art. Est-ce que ta position a évolué depuis ? Est-ce que tu utilises ces outils d'intelligence artificielle ou pas ?
- Speaker #1
Non, vraiment, toujours pas. L'IA, je trouve ça... En fait, c'est super intéressant pour plein de fonctions, mais sur la création artistique, je trouve ça d'une tristesse. Et je suis énervé, premier devé, dès que je vois une publicité générée en vidéo par IA, que je vois une municipalité de la métropole qui utilise pour faire des affiches dans la rue, pour des événements publics, ce genre de choses, ça me rend fou. fous furieux à chaque fois. Je comprends que de façon économique, ça soit génial pour plein de boîtes, mais ça me déprime au plus haut point de me dire que l'efficacité et l'argent priment sur la poésie de la création humaine. L'art, c'est que ça. On partage des émotions à travers une expérience humaine. L'IA vient balayer tout ça pour créer du beau ou du moche. Souvent, le slop, c'est pas très beau. parce que ça coûte moins cher qu'un humain. Mais vraiment, ça me... ouais non, toujours pas. Toujours pas. Je peux l'utiliser pour par exemple une texture de fond sur un photomontage que je vais faire. Là, c'est plus rapide de générer sur Photoshop un fond que de s'embêter à aller trouver une photo qui nous correspond sur Google Images en HD sans les watermarks de Shutterstock. Mais sinon, jamais je ne nourrirais Lya avec mes créations pour lui dire « Génère-moi des nouveaux dessins de blagues, tu vois. » Ça, je trouverais ça terrible.
- Speaker #0
Il y aura des gens qui le feront à ta place.
- Speaker #1
Sûrement, sûrement. Non, je ne trouve pas.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des choses que tu n'as pas encore osé explorer ? Est-ce qu'il y a des choses qui te font envie, mais tu ne t'es pas encore senti légitime à y aller ? Est-ce qu'il y a des chemins créatifs que tu n'as pas encore pris ?
- Speaker #1
La vraie sculpture, je n'ai jamais testé encore. En fait, tous les trucs qui demandent un peu de moyens et un peu de temps. Moi, j'aime beaucoup aller vite, l'efficacité. Je suis très, très impatient dans ce que je fais. J'ai du mal à me mettre sur un projet longtemps en me disant là, pendant deux semaines, tu vas créer des moules et du béton à l'intérieur pour faire ce que tu veux, sachant qu'il y a une... 60% 80% de chance que ça échoue parce que tu sais pas faire et que les tutos que tu vas regarder tu vas pas bien les suivre parce que tu es impatient et que tu vas pas bien sceller les bouts de bois machin donc il ya plein de choses comme ça où je me dis ah là j'ai des idées mais je suis freiné par ma fainéantise et mon besoin d'urgence quoi ce qui fait que je rate un nombre de toiles parce que j'attends pas les temps de séchage et je décolle un truc et en fait je nique tout parce que Je rate tout, parce que je n'ai pas attendu que la peinture sèche. Donc il y a plein de projets où je me dis, j'aimerais bien apprendre la sculpture, apprendre à faire du textile, des choses comme ça qui prennent du temps et de l'énergie mentale. Je ne sais pas, je ne me suis pas senti légitime à y aller, mais c'est vraiment purement un blocage psychologique. Un jour, il va falloir que je brise quand même, mais il faut que j'arrive à un niveau d'ennui de mon travail assez fort, pour que ça contrebalance avec l'énergie qu'il faut mettre pour ne plus s'ennuyer. C'est une sorte de balance comme ça. Là, pour l'instant, je ne suis pas encore à ce niveau-là. J'arrive à trouver des techniques qui vont plus vite que de la sculpture qui me prendrait plusieurs semaines. Mais après, un projet, par exemple, peut me faire me dire « Ah là, je suis obligé de m'y intéresser pendant longtemps et je suis prêt à y aller. » Mais ouais, sinon, je pense que c'est à peu près tout où je ne suis pas encore allé. Faire des candidatures sur des gros projets, ce genre de choses. Je n'ose pas encore énormément.
- Speaker #0
Sur ces gros projets, tu aurais envie d'en faire plus ? Je suppose que quand tu dis gros projets, c'est des choses un peu d'envergure, peut-être des frais, des choses comme ça. C'est quelque chose vers quoi tu aurais envie d'aller ?
- Speaker #1
Oui, oui, carrément. Mais pour le coup, ça, c'est des projets qui sont liés à des commandes. Et ça, je ne peux pas les générer de nulle part. Il faut que ce soit des clients qui viennent vers moi ou que j'aille vers des gens en leur proposant mes services. Ce qui est assez bizarre en posture pour un artiste, je trouve, et qui me gêne toujours énormément. Que j'essaye de faire, un tout petit peu, mais ça me gêne énormément et je suis vraiment mauvais pour ça. Donc un jour, il faudra peut-être que je trouve un ou une partenaire qui puisse faire ça à ma place.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des projets qui s'imposent à toi ? Alors pas forcément des commandes, mais des moments où tu sens que c'est le moment de faire quelque chose, d'aller sur un nouveau média ? de faire quelque chose d'un peu gros ou au contraire des séries ? Est-ce que c'est réfléchi ? Est-ce que c'est des commandes ? Ou est-ce que parfois, toi, tu ressens juste un besoin de faire ce projet-là ?
- Speaker #1
J'ai l'impression que pour l'instant, c'est vraiment un jeu. Et dès que j'ai envie de faire un truc, je le fais. Et que ça ne me prend pas trop de temps et de complexité mentale. C'est surtout ça. Donc mon cerveau, il fait des nœuds comme ça jusqu'à trouver une façon de faire quelque chose qui soit réalisable vite et bien. Et par exemple, il y a quelques temps, il y a un ami qui a une zone de grands murs qui peuvent être repeints, qui s'appelle Ixi, qui est à Lyon 8, à côté de Grange Blanche. Et un jour, je lui ai dit, tiens, j'ai très envie de peindre un gros mur là. Est-ce qu'il n'y a pas ton mur là un jour qui serait disponible ? Il m'a fait, bah ce week-end si tu veux. Et là, bam, trop bien. Et je suis allé direct sur le mur. Mais parce que j'avais aussi cette opportunité. Je ne l'ai pas cherché vraiment. Alors que ça faisait longtemps que j'avais envie de faire un gros mur. Mais c'est vrai que je ne vais pas vraiment chercher. J'attends un peu que ça me tombe dessus. Ce qui est un défaut, je pense. Mais pour l'instant, qui ne me pose pas trop de problèmes non plus.
- Speaker #0
Et en trois jours, tu es arrivé à savoir ce que tu allais faire sur... Oui,
- Speaker #1
une esquisse en one shot que j'adore. Et que j'ai décliné en plusieurs fois, en plusieurs toiles. Et vraiment, j'ai été halluciné de cette esquisse. Je la trouve toujours bien. Et presque, je n'arrive pas à refaire la même.
- Speaker #0
Tu l'avais faite avant de savoir que c'était sur... Je l'ai faite vraiment,
- Speaker #1
j'ai eu le mur. L'après-midi, je fais l'esquisse. Je l'ai envoyé à mon pote, il m'a fait wow, trop bien. Et je suis allé la peindre le week-end.
- Speaker #0
C'est le mur qui t'a inspiré ?
- Speaker #1
Ouais, c'était vraiment la taille. Je pense que j'avais une petite idée en tête, en fond, quand j'ai vu le mur. Et c'est sorti assez naturellement et assez vite.
- Speaker #0
Est-ce que tu as des actualités dont tu voudrais nous faire part ? Des expos prévues ?
- Speaker #1
J'ai une expo qui arrive à l'Arbrel. à la médiathèque de l'Arbrel, qui est une ville entre Lyon et Rouen, dans les monts du Lyonnais. Et il y a la mairie qui m'a invité à exposer dans leur salle d'exposition dans la médiathèque. Ils ont une énorme salle. Et en fait, ils exposent tous les mois à peu près. Et donc, j'ai mon expo du 11 au 30 avril qui arrive. Donc voilà, là, je travaille actuellement dessus. Je produis des pièces pour ça. C'est ma prochaine actu.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite de ton chemin de création ?
- Speaker #1
Plus de projets, plein de choses, plus de nouveaux médiums, plus de créativité.
- Speaker #0
Poursuivre comme ça.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Merci Bleg d'être venu dans le podcast. Merci d'avoir répondu à mes questions.
- Speaker #1
Avec grand plaisir, merci de m'avoir invité.
- Speaker #0
N'hésitez pas à aller à l'Arbrel pour voir en vrai le travail de Bleg si vous le souhaitez.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté le broyou. Si cet épisode vous a plu et qu'il vous a fait regarder la création autrement, vous pouvez suivre les colis sur Instagram et soutenir le podcast très simplement en vous abonnant,
- Speaker #0
en laissant une note ou un commentaire. Pour ma part, je vous dis à bientôt pour le prochain épisode et pour explorer ensemble un nouveau broyou.