Speaker #0Bienvenue dans Il était une cliente, les petites capsules du cheveu fil de lame. Alors aujourd'hui, je vais te raconter l'histoire d'une dame qui m'a arraché la brosse des mains. Oui, tu sais ce genre de cliente qui entre dans le salon comme si elle était chez elle, celle qui pousse tout le monde pour avoir sa place tout de suite, et celle qui sait encore mieux que toi comment il faut tourner une mèche. Celle aussi que toutes tes collègues font semblant de ne pas voir quand elle arrive. Et puis, évidemment, elle va finir dans ton fauteuil. Et je suis sûre que tu en as déjà croisé une. Je te raconte la mienne. A tout de suite. Le cheveu fil de l'âme. Ce podcast s'adresse aux coiffeuses qui sentent que la coiffure commerciale ne répond plus à leurs besoins de sens. Je suis Marie-France, coiffeuse depuis plus de 40 ans. J'ai longtemps pratiqué la coiffure de transformation. Avant de réaliser que les cheveux ne demandent pas toujours à être changés, mais à être écoutés. A travers mon parcours, j'ai compris que les cheveux parlent, qu'ils racontent l'histoire intérieure des femmes, leurs émotions, leur passage de vie, leurs besoins inconscients. Et que dans notre posture de coiffeuse, soit on peut rester à la surface, soit devenir un véritable espace de rencontre humaine. Alors, j'avoue, c'était dans mes premières années, vraiment les premières années. Si tu as déjà écouté mon histoire, c'est que moi, les dix premières années du métier, ça n'a pas été toujours rose parce que ce n'est pas un métier que j'ai choisi avec le cœur. Donc ces dix premières années-là, j'ai pratiqué pour pratiquer. C'était vraiment du robotique. J'essayais de faire ce qu'on me disait de faire, mais je ne m'impliquais pas des masses. Donc je n'avais pas beaucoup non plus de... Je vais dire, je n'étais pas du tout ancrée là-dedans, je n'étais pas du tout dans quelque chose dans lequel je m'épanouissais. Donc si même quand une cliente venait et me montrait une photo dans un album, parce que oui, je suis de l'époque des albums photo, j'avoue que oui, je voyais la photo, je voyais sa tête et je me disais, ok Marie, comment tu vas faire ? J'y arrivais, tant bien que mal, mais ça me prenait un ton de fou. Mais bon, pour en revenir à cette fameuse cliente, alors en fait, il faut savoir que c'est une dame qui était... qui avait une position assez élevée, on va dire politiquement parlant, dans la ville où on processait. Et quand elle arrive dans le salon, en fait, c'est « bougez-vous, j'arrive, il me faut ma place » . Parce que c'était toujours entre deux rendez-vous, entre deux avions, entre deux je ne sais pas quoi, qui fait que quand elle arrivait, c'était tout de suite. Pas question d'attendre et encore moins d'imaginer téléphoner à l'avance pour demander si c'était possible. Donc elle ouvre la porte, elle rentre, elle arrive comme une furie. Bonjour, j'ai besoin de... voilà, il me faut un brushing tout de suite. Et puis là, moi, c'était mes débuts chez ce patron-là. Puis je vois toutes les autres collègues qui ont l'air de vouloir se barrer ou de baisser la tête ou de faire comme si elles étaient super occupées. Et donc, moi, je ne comprenais pas parce que la personne, je savais qui elle était, mais après, savoir comment elle fonctionnait quand elle venait en tant que cliente, je ne sais pas. Toujours est-il que c'est moi qui suis chargée de la coiffer. Alors... C'était juste un brushing, soyons clairs, c'était pas non plus la super coiffure à faire, juste un brushing. D'emblée, je me souviens, je commence à prendre les mèches, à sécher, et d'emblée elle me fait déjà une remarque. En fait, ça a duré pendant, je sais pas combien, mais des minutes qui m'ont paru éternelles, où elle n'a pas arrêté de me reprendre, jusqu'à me prendre la brosse des mains, le sèche-cheveux, et me montrer comment on faisait pour faire un... décollement de racines avec une brosse pour avoir du volume dans son brushing. Le truc de base quoi. Apparemment à ses yeux je savais pas le faire et moi je me suis écrasée, mais écrasée totale. Je ne savais pas quoi répondre. J'étais là au milieu du salon avec plein de gens autour de nous parce qu'il y avait d'autres clientes, le salon était bondé et on pouvait sentir le malaise de tout le monde. Parce que c'est une femme, je vous dis, connue donc tout le monde la connaissait et tout le monde savait à qui on avait affaire, mais sauf moi. Donc ça continue, ça continue, puis à un moment donné, moi j'en peux plus, je pose tout sur la tablette et je me barre en courant derrière au bac à shampoing et je pleure. Toutes les larmes de mon corps, je suis humiliée, gênée, je ne sais plus où me mettre, je ne sais plus comment réagir. Je ne peux pas répondre à la cliente parce que ça ne se fait pas. Mais je n'ai trouvé que la fuite, vraiment que ça. Mon patron débarque derrière, il vient me retrouver et me dit mais qu'est-ce que tu me fais là toi ? Tu veux bien retourner tout de suite, terminer ton brushing ? Et moi, j'étais là en pleurs. Mais ça ne va pas. En plus, elle n'est pas contente. Je n'y arrive pas. Et puis, elle me juge. Voilà. Enfin, j'étais toute perdue. Je ne veux pas le savoir. Ça ne se fait pas. Il n'est pas question de quitter une cliente comme ça. Tu y retournes et tu termines. Alors, vous comprenez bien. et vous comprendrez plus vers la fin, le plaisir de cette femme quand elle m'a vu revenir, de me rabaisser encore et toujours plus. Ça a été infernal. Je me demande même si pour finir, il n'y a pas quelqu'un qui a dû me reprendre, parce que franchement, de toute façon, je crois qu'elle a trouvé sûrement à redire et qu'il ne fallait mieux pas que ce soit moi qui continue. Enfin voilà, donc ce jour-là, je me trouve complètement à la ramasse. Et puis, les années passent. Je quitte ce salon, je vais dans un autre. J'en parle souvent de ce salon-là, c'est un endroit où vraiment je me suis sentie valorisée, où on m'a vraiment appris des choses, où là j'ai pris de l'expérience et j'ai appris à aimer le métier. Et puis voilà, la vie a fait que je suis revenue dans cet ancien salon. Et puis un jour, qui passe la porte ? Cette fameuse dame, toujours dans le monde politique, toujours connue de tout le monde et toujours avec cette même... Ce côté même intempestif de rentrée, de bonjour. Voilà, il me faut un brushing, je dois absolument partir, j'ai un avion dans deux heures. Merci, au revoir tout de suite. OK, toujours le même accueil. Bien sûr, madame, installez-vous, on va vous coiffer tout de suite. Puis moi, je la vois de loin cette fois-ci, je la reconnais. Je me dis non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, pas elle. Et en même temps, au fond de moi, il y avait quelque chose qui disait toi, ma vieille, si ça me tombe dessus, c'est sûr que ça ne se passera pas de la même manière. Et puis, ça m'est tombé dessus. Donc, voilà. Je la prends en main, on lui fait son shampoing, son soin et tout. Elle vient à mon fauteuil, je vais pour lui faire son brushing. Et puis, il faut savoir qu'à ce moment-là, on avait une esthéticienne qui s'occupait de faire les manucures. Donc, en même temps que moi, je faisais le brushing. Je commence. À la première mèche, ça n'a pas manqué. Elle a commencé à rouspéter. Elle a déjà pris une de ses mains, qu'elle a enlevée de la main de l'esthéticienne, pour aller dans ses cheveux et commencer à me dire ce qu'elle voulait. Alors, je crois que je ne vais pas laisser un... Un quart de seconde pour réagir. Et là, je lui ai dit, écoutez, remettez votre main où elle était. Parce que là, c'est l'esthéticienne qui s'occupe de vous. Vous avez du vernis frais sur vos ongles. Si vous venez en mettre plein les cheveux, ça ne va pas le faire. Ni pour votre manucure et encore moins pour vos cheveux. Le brushing, c'est moi qui gère. Je sais ce que je dois faire. Ne vous inquiétez pas. Ça va aller tout seul. Eh bien, rien que mon ton et ce que je lui ai dit, ça a été fini. Fini dans le sens, elle m'a dit. D'accord. Et elle ne m'a plus du tout reprise une seule fois. Moi, je me suis sentie beaucoup plus à l'aise, même plus forte, et j'ai fait son brushing sans souci. En fait, ce que j'apprenais aussi de cette personne, c'est que dans l'univers dans lequel, évidemment, elle évoluait, c'est que son personnel, si c'était du genre à tomber sur elle, si elle tombe sur quelqu'un qui est du genre à se laisser marcher dessus, alors elle va le piétiner, mais vraiment le piétiner. Si elle sent que c'est quelqu'un qui a du charisme et qui va lui tenir tête, là elle va être dans le respect. C'est moche, hein ? Parce qu'il y a beaucoup de gens qui fonctionnent comme ça. Et je suis sûre que dans tes clientes, tu as des gens comme ça. Tu as des femmes qui te prennent déjà de haut, ne serait-ce que parce que tu as peut-être été apprentie à un moment, juste ouvrière. Quand tu es indépendante, c'est encore différent, parce qu'on dirait que pour eux, il y a une hiérarchie avec un respect différent. L'apprentie, on est d'accord, elle est là pour apprendre. Mais laisse-la faire, sinon elle n'apprendra jamais. Sois un peu compatissante, il faut que tu joues le jeu. Après, tu es ouvrière. Alors, je suis d'accord qu'il y en a des plus qualifiés que d'autres, tout à fait. Moi, il y a une époque, franchement, c'était une nullité puisque je n'aimais pas ce que je faisais. Ensuite, franchement, je me suis vraiment améliorée et on le sent. On le sent de toute façon, même en tant que cliente, on sent à qui on a affaire derrière nous. Mais tu as quand même des gens qui ne pourront pas s'empêcher de te prendre de haut parce qu'elle est la cliente, qu'elle paye et qu'elle paye pour un service de qualité. Et je suis d'accord avec ça. Mais il y a la manière. Et donc cette femme, je dis, ce jour-là, ça a été nickel. Tant et si bien qu'après, à chaque fois qu'elle revenait, elle me demandait. Alors je vous avoue que ça peut être une fierté quelque part. Mais franchement, non, ça me saoulait. Mais bon, voilà. Après, je parle de ça il y a des années. Je ne l'ai plus revu. Et c'est très bien ainsi. Mais c'est sûr que du premier rendez-vous au rendez-vous suivant, moi, il s'est passé quelques années. Quelques années durant lesquelles je me suis forgée, où j'ai appris des choses, où je me suis apprise. moi-même. J'ai pris de la confiance en moi, j'avais des ressources, je me sentais vraiment à ma place. Et c'est moi qui étais la professionnelle, pas elle. Elle avait beau être qui elle était, vouloir m'apprendre mon métier, non, c'est moi la coiffeuse, tu me laisses faire. C'est là aussi un moment de vous imposer, en le faisant correctement, tout à fait. Et encore, je suis restée très polie parce qu'elle, sincèrement, c'était pas très polie. Alors, pas un vocabulaire vulgaire, mais une attitude. vraiment plus que familière. C'est vraiment me prendre pour la petite main, comme des fois je dis, parce que c'est comme ça qu'on est souvent considéré. Une petite main, une petite chose qui est en train d'apprendre et c'est elle qui allait m'apprendre mon métier. Donc voilà, pouvoir remettre la personne à sa place correctement. En fait, ce n'est pas tant ce que vous allez lui dire, mais comment vous allez le lui dire. Montrez que vous avez de l'assurance. Montrez que vous êtes indémontable. Ce n'est pas toujours évident, je suis d'accord. Puis il peut y avoir des jours où vous êtes plus fatigué, des jours où vous êtes touché par quelque chose et donc plus sensible. Donc ça va être peut-être un peu plus difficile. Mais gardez cette image de vous, cette fierté que vous avez, c'est vous la professionnelle. C'est vous qui, alors, imposez entre guillemets, votre savoir-faire. Et je me suis persuadée que de toute façon, regardez autour de vous, les trois quarts de vos clientes, elles viennent pour vous et vos compétences. Il y en a bien toujours une qui va sortir du lot pour se la jouer, mais celle-là, bien souvent, peut-être qu'elle ne restera pas. Moi, en tout cas, elle n'est pas restée dans mes clientes et c'est très bien comme ça. Enfin, voilà. C'était un peu l'histoire du jour parce que j'y pense encore bien. Je l'ai déjà parfois raconté parce que franchement, c'est anecdotique. Et c'était ce qui m'a plu là-dedans, c'est de me voir moi, mon évolution entre ce premier rendez-vous et le deuxième. Il est passé un bon bout de temps, c'est sûr. Mais sur ce temps-là, waouh, j'avais vachement évolué, vraiment. Donc, je me suis sentie super fière après. Et quand j'y pense, ben ouais, je vois le chemin parcouru. Donc, n'hésitez pas. Allez voir votre chemin parcouru. Ne restez pas sur une défaite d'aujourd'hui. Repensez à tout ce que vous avez fait depuis. Et la défaite d'aujourd'hui, dans quelques temps, vous allez en rire aussi parce que vous direz « Waouh ! » Elle vous apprend des choses, ces défaites-là. C'est ça qui est génial. On apprend tous les jours. Et souvent, grâce aussi, alors grâce aux clientes, oui, en fait par cet échange qui se crée entre nous et comment ça s'installe entre nous. Je serais curieuse d'écouter, je suis sûre que vous avez une anecdote un peu du même genre, et de pouvoir lire un peu vos histoires et pourquoi pas rire un bon coup, parce qu'aujourd'hui j'en ris, le jour-là j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, j'étais gênée, je me serais cachée sous terre, si j'avais pu je serais rentrée dans un petit trou de souris. Mais après, même quand elle est partie, les autres clientes m'ont dit « Oh là là, ma pauvre Marie-France » . Mais oui, mais elles n'ont pas osé me le dire devant cette dame-là, à croire que tout le monde la craignait. C'est impressionnant de voir des gens qui peuvent arriver dans une pièce et... instaurait un silence de plomb. Mais ce n'était même pas un silence de mort. Ce n'était même pas une ambiance agréable. On sentait cette tension-là permanente. C'était affreux. Mais la deuxième fois, plus du tout. Vraiment pas. Donc, vous pouvez changer cette atmosphère. Vous avez ce pouvoir. Prenez-le. Vraiment. À bon escient. Mais prenez-le. Alors, dis-moi, est-ce que ça réveille quelque chose chez toi ? Parce que si ça touche quelque chose de plus profond, c'est exactement ce qu'on peut regarder ensemble si tu veux. Moi je dis toujours, vis ta vie, pas celle des autres. A bientôt !