Speaker #0Je ne suis pas certaine que ce soit le travail qui épuise le plus les coiffeuses. Je crois que ce qui les épuise le plus, c'est tout ce qu'elles font semblant de porter encore, alors qu'elles n'en peuvent plus. On est plus vite fatigué de faire semblant que de travailler. On en parle dans ce nouvel épisode ? A tout de suite ! Le cheveu fil de l'âme. Ce podcast s'adresse aux coiffeuses qui sentent que la coiffure commerciale ne répond plus à leurs besoins de sens. Je suis Marie-France, coiffeuse depuis plus de 40 ans. J'ai longtemps pratiqué la coiffure de transformation avant de réaliser que les cheveux ne demandent pas toujours à être changés, mais à être écoutés. A travers mon parcours, j'ai compris que les cheveux parlent, qu'ils racontent l'histoire intérieure des femmes, leurs émotions, leur passage de vie. leurs besoins inconscients. Et que dans notre posture de coiffeuse, soit on peut rester à la surface, soit devenir un véritable espace de rencontre humaine. Alors de quoi je parle en disant « on fait semblant » ? Dans le constat, même avec tous les épisodes précédents, et puis surtout mon vécu évidemment, c'est « ouais » . Je vais parler pour moi évidemment, pour commencer, c'est que... j'ai souvent et longtemps fait semblant. Semblant de quoi ? Semblant d'acquiescer une parole d'une cliente, semblant dans le sens où je ne veux pas la contredire, semblant d'aimer ou d'apprécier quelqu'un ou quelque chose. En fait, je ne contredisais jamais. Je disais, ah oui, limite, et je le sentais au fond de moi des fois, mais je n'en avais pas conscience à ce moment-là. C'est aujourd'hui, longtemps après, quand j'y pensais, il y avait un truc qui sonnait tellement flou. Faux à l'intérieur, mais faux dans le sens où je dis, mais oui, amène à tout en fait. Et je ne parle pas de coiffure, je parle même des conversations avec les clientes, des choses bateau ou des choses même importantes. Bon, après, j'étais jeune, je n'avais pas non plus une grande expérience de la vie, je ne savais pas grand-chose. Si tu me parlais politique, là c'est mort, je n'y connaissais rien. C'était vraiment le... Je ne sais pas, j'étais vite impressionnée en plus. Impressionnée. Alors, novice. J'y connaissais pas grand-chose. Expérience de vie, pas nulle, mais pas très non plus développée. Je pense que j'étais pas encore très intéressée à beaucoup de choses dans la vie. Donc, c'est triste à dire, mais le constat, c'est que je n'avais pas une énorme capacité de discussion cultivée et ainsi de suite. Et voilà, c'est une chose, je l'ai reconnue. Donc, quand on me parlait de quelque chose, j'étais souvent mal à l'aise parce que... En fait, je ne comprenais pas toujours tout. Alors les grandes discussions, pour moi, surtout quand ça devenait un peu philosophique, tu m'oublies. Et puis, au fil des années, ça s'est amélioré, évidemment, parce que ce qui est beau dans la coiffure, c'est la diversité. Les clientes que tu rencontres, c'est impressionnant. Tu as tous les statuts, tu as toutes les classes sociales, tu as tous les âges, tu as tous les deux sexes. Tu as tout, 20. C'était impressionnant, j'avais de l'ado à l'adulte, l'adulte un peu plus âgé, la personne très âgée. Je me souviens même d'une mamie que j'ai coiffée pendant des années et j'adorais parce que la dame à l'âge qu'elle avait, elle avait vécu les deux guerres. Et moi ça m'impressionnait. Pour moi plus jeune, ceux qui avaient vécu la guerre ne pouvaient plus vivre, ils étaient morts. Donc comme quoi on peut se mettre des croyances vraiment, mais bon voilà. Et donc j'étais impressionnée de la voir et de me raconter. Et ça, j'ai appris à aimer les aînés qui nous racontaient ce qui se passait à cette époque-là, qui eux étaient alors encore que des enfants. Et c'est de là que je parle du constat de la coiffeuse qui est fatiguée, fatiguée de faire semblant. Je ne dis pas que c'est ton cas, je ne dis pas que vous le faites toutes, je ne dis pas que personne ne le fait, mais il y en a beaucoup qui le font. Je parle de moi, mais je sais que je ne suis pas la seule. Et il y a derrière, il y a quoi ? À vous d'aller voir un petit peu ce qui se cache là. derrière. Le besoin de faire plaisir à tout le monde, le besoin d'être apprécié, d'être aimé, reconnu. C'est souvent ce que l'humain recherche à la base. Je ne dis pas que ça va être comme ça dans tous les métiers, mais dès l'instant où on est dans du relationnel, la personne en face, on a envie de lui plaire, en tout cas ne pas lui déplaire, parce que sinon on va se sentir jugé et on a envie d'être apprécié. Alors faire semblant en disant oui à tout, c'est de croire que si je ne contredit pas la personne, elle n'a rien à me reprocher. Mais là, dire oui à tout, à un moment donné, ça a ses limites. Et puis, j'ai eu ma phase aussi indépendante où là, je pense que c'est encore pire. Parce que là, vous faites des heures, on n'a plus fini parce que c'est pour votre compte. Vous êtes persuadé qu'en travaillant plus, vous le gagnez plus. Parce qu'au lieu d'augmenter vos prix, vous augmentez vos heures. Et puis, à un moment donné, de nouveau, vous acceptez tout et tout le monde, pour ne pas dire tout et n'importe qui. Mais on ne refuse pas puisque c'est un potentiel financier dans la caisse à la fin de la journée. Et on ne crache pas dessus. Parce qu'en tant qu'indépendant, c'est sûr qu'on a des responsabilités, des taxes et des frais supplémentaires qu'un simple ouvrier, ouvrière. Quand je dis simple, ce n'est pas péjoratif, on est d'accord. Donc, toutes ces responsabilités en tant qu'indépendant font qu'on se met une pression supplémentaire. Et là encore, je n'étais pas... Enfin voilà, je l'avais quand même évolué, j'avais de l'expérience de vie, tout ce qu'on veut, mais la relation humaine, pour moi, ce n'était pas encore clair. Je gardais... Pour vous dire les croyances qu'on peut avoir quand même, j'étais à la merci de mes clientes. Elles payent, je leur donne un service. Aujourd'hui, ne me dites jamais plus ça parce que je crois que je vous rentre encore dedans. Je ne suis toujours pas apaisée avec ça. Non, ce n'est pas celui qui a l'argent qui a le pouvoir. Je suis désolée. En tout cas, je parle de notre sphère dans le sens où c'est un troc. Tu me donnes de l'argent, je te rends un service. Elle aurait pu me donner un service et moi aussi. On est vraiment dans le troc, je suis d'accord. L'argent, ça sert juste à payer un service. Et ce n'est pas parce que c'est toi qui détiens l'argent et qui me le donnes que tu as plus de pouvoir et de valeur que moi. Donc je disais à l'époque, je croyais quand même qu'il y avait un endroit où j'avais lu Le Client et Roi. Oh, oui, sans le client, on n'est pas là. Je suis d'accord. Et puis, sans nous, ils sont un peu dans la merde aussi. Vous êtes d'accord. Ils ont quand même une limite pour ce qu'ils peuvent se faire eux-mêmes. Même si aujourd'hui, on a les réseaux sociaux pour vous donner des super tutos. Passons. Toujours est-il que je suis indépendante, j'ai de la responsabilité plus plus, j'ai une famille à nourrir, j'ai juste mon travail qui m'apporte donc cet argent, donc je ne dois surtout pas en perdre. Et pour ne pas en perdre, je ne dois pas perdre de clientes. Et pour ne pas perdre les clientes, je ne dois pas les contredire. Ça va loin. Alors je peux comprendre rien qu'en vous le disant aujourd'hui pourquoi à un moment donné on s'épuise. On est fatigué, émotionnellement, psychologiquement, physiquement, à se mettre une... pression d'en faire, à vouloir plaire, ne pas déplaire, être accepté, reconnu, avoir du monde, et du monde, et du monde. Mais à un moment, les journées, à la base, elles ont 8 heures, mais bon, les miennes en avaient souvent 12. Ouais, c'est limite, tout ça. On est d'accord. Et donc, cet épuisement, il s'installe, il s'installe, et à un moment donné, il vous met à terre. Alors on se dit, ouais, mais c'est un métier difficile, c'est physique, on est tout le temps debout. On travaille avec nos bras sans arrêt. Combien de fois on m'a dit, ah, t'as pas des tendinites ou des articulations abîmées ou tendus ? À force qu'on vous pose la question, on finit par se dire, ah ben ouais, j'ai mal là, j'ai mal là. Non, franchement, non. Ben oui, peut-être par moment, c'est sûr, parce qu'il y a des moments où oui, j'ai eu des douleurs, des articulations, tendinites ou autres, bien sûr. On l'a dans plein d'autres professions aussi, c'est certain. Après, ça reste des gestes à répétition. Donc, à un moment donné, C'est quoi là notre responsabilité ? Ce n'est pas aller se plaindre. Oui, mais moi je suis coiffeuse, je suis debout toute la journée, je dois parler tout le temps et puis j'ai mes bras, mes jambes, machin. Non, mets-toi en forme aussi en parallèle. Alors, je ne te parle pas de faire de l'exercice, du sport intensif ou que quoi qu'est-ce, mais des choses qui sont bonnes pour ton corps pour détendre ce côté où tu es effectivement debout toute la journée. Comme toutes celles qui sont derrière un ordinateur toute la journée, à un moment, bougent parce que ton corps a besoin de mouvement. Alors oui, du mouvement, on en a au salon de coiffure, mais on piétine, soyons clairs. Ce n'est pas de la marche, c'est du piétinage. On fait du sur place et on remue tout le temps le même genre de... On a eu des formations où on apprenait à tenir, à maintenir son dos pour tenir le sèche-cheveux d'une certaine manière, la brosse d'une autre. Et puis, quand on va dans la rapidité, on est pressé, les trois quarts du temps, on oublie et hop, on continue avec nos vieux schémas. En tout cas, je l'ai fait longtemps. Et donc, faire semblant, c'était aussi... se coller à tout le monde dans le sens où moi, une cliente venait et elle me disait, elle venait toujours à l'improviste, elle arrive, elle rentre dans mon salon, elle me dit voilà, est-ce que tu peux me prendre aujourd'hui ? Et elle voyait bien que j'étais prise avec des clientes. Bah écoutez, aujourd'hui c'est compliqué parce que voilà, ça peut être demain. Ah bah non, si c'est pas aujourd'hui, c'est pas grave, je vais aller chez... Et elle me disait le coiffeur du coin. C'est là, je me souviens, j'ai déjà raconté. Et bah au début, au début, mais souvent, chaque fois qu'elle venait, je la chopais. Quitte à la ralouter. quitte à la remettre en fin de journée. Et je lui disais oui, par peur de la perdre. Mais bordel, j'étais qui pour dire oui à un mène comme ça ? Et elle, en plus. Je ne vais pas lui jeter la pierre, mais son chantage, il fonctionnait. Et elle me l'a placé à chaque fois. Et à chaque fois, Marie, qu'est-ce qu'elle a fait ? Eh bien, elle l'a prise. Mais enfin, jusqu'au jour où je lui ai dit, « Ben non, écoutez, là, vous allez pouvoir aller là, chez un tel, parce que je connaissais le nom. Mais là, aujourd'hui, je suis désolée, je ne peux pas. Ce sera la semaine prochaine, telle heure à telle date, et tel jour à telle date, et voilà. Mais sinon, ce n'est pas grave, vous pouvez aller chez... Non, ben ça va, je vais attendre la semaine prochaine. » Mais oui, tout simplement. D'un seul coup, je lui ai repris son pouvoir. Alors, je prenais le mien, ce n'était pas contre elle, mais à un moment, je me suis écoutée, je me suis respectée, j'ai dit stop. La caser entre des clientes qui, elles, avaient des rendez-vous depuis longtemps, je leur faisais perdre du temps, elles, je l'expédiais, donc ce n'était même pas cool. Tout ça pour gagner une cliente. Mais ce n'était même pas tant la gagner, c'était ne pas lui décevoir parce que dire non, pour moi, c'était juste impossible. Et après, je m'étonne d'être fatiguée. Et après, je vais dire que c'est le métier. Mais non, mesdames, vous là-dedans, comment est-ce que vous vous positionnez ? Alors, vous aurez beau venir me dire, ouais, mais tu te rends quand même bien compte qu'on a des charges et des frais, donc on est obligé de prendre des clientes, et on est obligé de travailler plus, parce que ça coûte cher, mais il y a aussi d'autres manières de voir la profession et de pratiquer autrement sans que ça vous coûte aussi cher. Alors oser augmenter ses prix, c'est toujours délicat, je le sais. Mais parfois, quand j'en vois certaines d'entre vous qui faites un travail de je ne sais pas combien d'heures pour des cacahuètes, à un moment donné, il faut rester réaliste. Vraiment. Et puis vraiment, est-ce que quand je vois ces nouvelles techniques qui vous prennent des heures de pratique, c'est quoi l'intérêt ? Alors c'est ces nouvelles techniques où il n'y a besoin de le faire qu'une fois ou deux par an. Mais même une fois ou deux par an. Mettre 5 heures sur la cliente, moi je suis désolée. Non, ça m'appartient. Pas de jugement. Mais surtout pour des cacahuètes en plus. À un moment, il faut être réaliste. Et si la personne ne le comprend pas, va ailleurs. Mais quand je vois la qualité du travail pour certaines qui ont posté leur photo de ce fameux travail de X heures, et à un moment donné, stop, je suis désolée, mais le prix, il va falloir le mettre. Et la personne, si elle le veut, elle le mettra. Et si elle va ailleurs à moindre prix, pas sûr qu'elle ait le même résultat. À moins qu'elle tombe sur encore une personne encore plus que vous, dans le sens où elle n'ose pas dire non, mais elle va donner tout ce qu'elle peut à moindre prix. Mais voilà, c'est là où j'ai envie de dire, où en êtes-vous avec ça ? De vous-même. Comment est-ce que vous vous respectez là-dedans ? Comment est-ce que vous envisagez les choses avec ça ? Est-ce vraiment tout ce métier-là qui vous fatigue ? La manière de le pratiquer ? Et pourquoi vous le pratiquez comme ça ? Qui vous impose de le pratiquer comme ça ? Quelles seraient les opportunités différentes de pratiquer qui feraient que c'est beaucoup moins lourd à porter ? Moi, je vous ai dit, de mon côté, la différence aussi, c'est que je ne pratique plus la couleur. Donc, c'est simple. Je n'ai pas des commandes de produits à n'en plus finir avec un stock qui dort parce qu'il y a une tournante qui n'est pas toujours régulière ou quoi. des produits qui sont de plus en plus chers. Maintenant, je sais qu'il y a des gammes bon marché, mais voilà, la qualité, je ne sais pas ce qu'elle vaut, je n'en sais rien, je ne discute pas, je ne les connais pas. Mais il y a une tournante là-dedans qui coûte bonbon, en fait. Donc moi, la commande, c'est juste des shampoings, des soins, des huiles, voilà, des trucs basiques. Mais du bon. Mais voilà, avec ça, je vais déjà très loin. Mais moi, la coiffure, aujourd'hui, je l'aperçois totalement différemment. Je n'ai plus envie de transformer la femme. Je suis simplement dans la coupe, dans le soin, dans la coupe thérapeutique, le décodage capillaire. Donc c'est dans la relation humaine plus qu'autre chose. Je ne me suis jamais plus sentie fatiguée parce que je n'ai pas de contraintes dans le sens où je n'ai pas à me dire, est-ce que je vais réussir ce truc ? Est-ce que ce qu'on me demande là, ça va aller ? Parce que ce stress-là, mais qu'est-ce qu'il est épuisant ! épuisant, je ne sais pas comment vous faites encore aujourd'hui. Je les regarde, vos vidéos, parce que je trouve que le côté technique est juste magique, c'est impressionnant, la capacité, la compétence que vous avez. Mais je n'aurai jamais plus l'énergie pour faire un truc pareil. Et ça ne me parle même plus du tout. Alors oui, peut-être que pour vous, la coiffure, c'est ça, c'est le côté créatif, artistique, le fait de transformer, de faire de... C'est de la création que vous faites, je suis d'accord. Mais ça a un prix. Alors, je vous dirais à ce moment-là, respectez ce prix. faites-le. Et ça vous appartient, c'est facile à dire. Et je sais que ce n'est pas évident à faire. Moi aussi, quand il a fallu que j'augmente mes prix, j'ai été malade. Mais comme je suis tombée malade avant, il y a un moment, j'ai dit stop, je ne veux plus être malade. Donc, à un moment donné, c'est voilà, moi, c'est ça. Je travaille en individuel, j'ai une cliente à la fois. Donc, comme je n'en fais plus trois en même temps, je suis désolée en n'en faisant qu'une. Je ne lui fais pas payer le prix de trois, on est d'accord. Mais je demande un peu plus, ce qui fait que je suis payée à l'heure, on va dire, alors que ça convient. à certains ou d'autres pas, non, mais moi quand elles viennent de toute façon elles ont leur service puisqu'elles viennent juste soit pour une coupe, un décodage ou une coupe thérapeutique donc elles savent exactement si elles sont là pour une heure, une heure et demie ou deux heures et si je sais que parfois je peux déborder, ça me regarde je peux déborder, elles ne paieront pas plus pour autant mais sinon je suis organisée pour que ça se suive comme ça et je n'ai pas l'impression d'enchaîner j'ai vraiment pris le temps qu'il me faut avec chacune et on prend le temps de discuter mais je ne suis plus coincée par la technique par les temps de pause Par la peur d'avoir raté, qu'en plus j'ai dû recommencer parce qu'elle ne pouvait pas sortir en étant ratée, ce qui est tout à fait normal. Alors je prends du retard avec celle qui arrive derrière. Donc voilà, aujourd'hui, la fatigue vraiment, je pense que le faire semblant a toute sa place dans notre métier. Parce qu'on est dans un métier d'apparence, d'apparat, de dictat. Et si on veut absolument les suivre, on s'y perd. Et si vous voulez rejoindre le côté humain, alors faites-vous plaisir et faites-le. Et là, vous n'aurez plus ces contraintes. Vous êtes juste dans l'écoute avec la personne. Vous allez être en accord ou pas avec elle, mais ce n'est pas le but, ce n'est pas le sujet. C'est d'avoir ce moment de partage, ce moment de discussion, ce moment de lien, de connexion. Et c'est d'une richesse. Mais tout sauf épuisant. Tandis qu'aujourd'hui, j'entends. Il y en a qui vont peut-être me dire, tu ne te rends pas compte, les clientes qui débarquent et qui nous lâchent toutes leurs histoires et leurs misères. Ça, c'est usant. Mais oui, parce que toi, tu pars dans l'idée que ton travail aujourd'hui, il n'est pas de l'écouter, il est de l'embellir. Ce terme que je déteste, que je continue d'utiliser parce qu'il fait partie du secteur, mais je n'aime pas quand on dit ça. Ça veut vraiment dire que la cliente n'est pas assez belle, la femme n'est pas belle, il faut l'embellir. Il faut lui rajouter du plus pour qu'elle soit belle. Stop. On change de sujet. Et donc, je disais. Tu es fatigué parce que tu n'es pas là pour ça. Ça t'appartient. Je suis totalement d'accord avec ça. On est dans une autre sphère, on ne fonctionne pas pareil. Et ça te regarde. Je peux comprendre que ça te fatigue, parce que si tu te mets déjà toute ta pression du reste pour le côté professionnel, avec les taxes, le travail, le rendement, les collègues ou pas, que tu sois seul, je ne sais pas, et que tu n'as pas envie, tu n'as pas l'énergie, tu ne l'as plus, tu n'es pas là, tu es fatigué. Tu n'as pas envie d'entendre ces problèmes alors que tu as déjà les tiens. Mais ça va te rendre aigrie, voire même agressive. Ou limite, tu vas faire semblant aussi. Ah oui, c'est pauvre, j'ai tri. Elle va être partie, tu vas devenir gaga. Mais je ne voudrais pas être celle qui est la dernière de la journée. Mais ça reste des choix. Et là où je me peux choquer, c'est que ces choix, on les assume. Ça ne veut pas dire, écoute, continue comme ça et ferme ta bouche. Ça veut juste dire, à un moment donné... reprends-toi, réfléchis, demande-toi ce qui est juste pour toi. Et là où tu peux faire des changements, opérer des changements, fais-le. Et je peux comprendre que tu aies des peurs qui t'empêchent de le faire, mais elles ne font que renforcer ce côté exténué. Et c'est là où peut-être que tu peux te faire aider, c'est là où tu peux peut-être toi aussi avoir un endroit où tu peux te déposer, discuter et t'apaiser. et faire le tri de tout ça. Et demande-toi simplement, est-ce que je fais encore semblant aujourd'hui ? Est-ce que je suis réellement honnête ? Honnête avec la cliente, mais surtout honnête avec moi. Est-ce que je me respecte là-dedans ? Est-ce que je m'écoute ? Est-ce que j'écoute mon corps ? C'est tout un chemin à parcourir, mais c'est un chemin qui est libérateur parce qu'il peut t'aider à pratiquer encore de longues années comme ça. En pratiquant différemment, en écoutant ce que ton corps te dit et même ton cœur surtout, pour savoir si vraiment tu es encore sur le bon chemin, si la manière dont tu pratiques te convient et si elle ne te convient plus, change-la. Je ne te dis pas de fermer boutique, je ne te dis pas de tout arrêter, de virer de bord, de partir dans autre chose. J'en ai vu plein qui ont arrêté la coiffure, qui sont partis dans un autre métier. Sauf que si elles n'ont pas réglé ce problème de ne pas s'écouter et de faire semblant pour. Toutes les raisons qu'on a énumérées avant, je suis sûre que cet état d'esprit va se mettre aussi dans leur nouveau métier. Et qu'à un moment donné, le problème se présentera de nouveau. Pense-y et puis vois pour toi ce qui est juste ou pas, ce que tu as besoin de déposer ou pas. On peut en parler aussi ensemble, ça me ferait plaisir. Je suis passée par là, j'y passe encore, il n'y a pas à croire, c'est un chemin de toute une vie, c'est vraiment quelque chose de... Mais voilà, j'apprends et j'apprends de mes expériences et j'apprends grâce aux clientes aussi. Et je dis aujourd'hui, c'est des rencontres que j'ai. Ce n'est pas des rendez-vous, c'est super chouette. Ah, les belles phrases. Ce n'est pas des rendez-vous. Oui, non, non, mais c'est vrai en plus. Sincèrement, oui. Bon, d'un point de vue technique, j'appelle ça des rendez-vous. Je suis d'accord. Mais quand elles viennent, je sais que c'est à chaque fois un super moment qu'on va passer. Parce que je n'ai plus de contraintes. Je n'ai rien à prouver de mes compétences de coiffure. Alors oui, j'ai intérêt de réussir ma coupe, ça je suis d'accord. Mais c'est quand même une moindre pression qu'une couleur foirée. Alors, je sais, si c'est trop court, on ne sait pas rallonger. Je m'excuse platement, je ne fais pas payer. Puis, je propose à la cliente de l'entretenir jusqu'à ce qu'elle revienne à la bonne longueur. Ça m'est déjà arrivé. Heureusement, c'est rare parce que sinon, voilà. Mais une couleur ratée, ce n'est pas toujours évident de récupérer. Et pour la récupérer, le cheveu va trinquer. Et moi, je ne veux plus faire vivre ça aux cheveux. C'est terminé. En fait, c'est ça un moment. J'ai vraiment eu cette sensation d'agresser la personne à travers ses cheveux, en l'habillant. Et donc, je continuais de faire semblant à apporter des choses aux gens pour être acceptée, accueillie, aimée, tout ce qu'on veut, en faisant des choses qui me contraignaient. Rien que de vous le dire, j'en ressens encore les méfaits dans le corps. Ça m'a dégoûtée à un moment donné. Stop ! Pourquoi je vais faire des choses que je n'aime pas, sous prétexte que j'en ai un retour financier ? Barque ! Ça n'en vaut pas le coup. Mais vraiment pas. Vraiment pas. Aujourd'hui, je me sens claire avec ce que je fais et c'est top. Et c'est top parce que je me sens bien, je n'ai plus de performance. Mes discussions sont super sympas avec les clientes. Et puis moi, j'aime quand elles viennent avec leurs problèmes parce qu'aujourd'hui, c'est un peu ça que je fais avec elles. Donc voilà, je sais aujourd'hui pourquoi je suis devenue coiffeuse. Je n'aurais jamais cru que j'en arriverais à ce que je suis aujourd'hui, mais c'est là où j'en suis. Et donc, je dis merci. Et même pour toutes ces années que j'ai vécues avant, au moins, ça m'a permis aussi de comprendre ce que je n'aimais pas ou plus. Aujourd'hui, je me respecte, je m'écoute. C'est tout le bonheur. Pensez-y. Vous n'êtes pas responsable du bonheur des clientes. Vous êtes juste responsable du vôtre. Et ça, c'est votre job. Je vous dis à bientôt dans un nouvel épisode. Merci à vous d'être là. Au revoir.