Speaker #0Après 40 ans de métier, j'ai remarqué quelque chose. Certaines coiffeuses voient des cheveux, d'autres voient une personne. Et je crois que cette différence, elle change absolument tout. Dans l'exemple où votre cliente, elle vous demande une couleur, il y a une vraie question là-derrière. C'est, est-ce que c'est vraiment cela qu'elle est venue chercher ? Je vous propose d'ouvrir cette réflexion dans ce nouvel épisode. A tout de suite ! Le cheveu fil de l'âme. Ce podcast s'adresse aux coiffeuses qui sentent que la coiffure commerciale ne répond plus à leurs besoins de sens. Je suis Marie-France, coiffeuse depuis plus de 40 ans. J'ai longtemps pratiqué la coiffure de transformation avant de réaliser que les cheveux ne demandent pas toujours à être changés, mais à être écoutés. A travers mon parcours, j'ai compris que les cheveux parlent, qu'ils racontent l'histoire intérieure des femmes, leurs émotions, leur passage de vie, leurs besoins inconscients. Et que dans notre posture de coiffeuse, soit on peut rester à la surface, soit devenir un véritable espace de rencontre humaine. Si je vous disais que les clientes ne viennent pas toujours changer leurs cheveux, que parfois, Elles viennent juste éviter quelque chose. Et ça, je suis sûre que vous avez déjà dû le vivre plusieurs fois. La cliente qui vient, qui est en pleine séparation. Allez hop, on arrive et on coupe tout. Il y en a une qui en a ras le bol. Allez hop, on change la couleur. Il y en a une qui se sent tellement vide à l'intérieur, alors elle a envie de changer de tête. Leur besoin à ce moment-là, c'est peut-être juste d'être vue et puis hop, on fait des mèches. Et puis il y a toutes celles qui ont besoin de tourner une page. Transformation capillaire, on y va. Alors attention, ça ne veut pas dire qu'à travers leurs cheveux elles dégagent tout. Ça veut simplement dire qu'elles sont dans un changement dans leur vie qui leur donne l'envie d'un changement visible sur elles. Alors souvent dans cette demande capillaire, il y a une tentative de résoudre quelque chose. Il y a souvent un mal-être, une sensation de... de renouveau mais de pas bien, il faut marquer le coup par quelque chose de visuel. Et je suis sûre que là tu as dû rencontrer des gens comme ça, mais de nouveau, est-ce que tu te poses toi-même la question lorsqu'elle arrive ? Est-ce que tu sens quand la cliente vient, si c'est surtout des clientes habituelles que tu connais depuis très longtemps et tu les connais suffisamment pour savoir un petit peu comment elles sont, dans quelle énergie elles arrivent et ainsi de suite ? Le nombre de fois que les clientes viennent et qu'elles sont en pleine transformation, c'est qu'à l'intérieur, il se passe quelque chose. Dans ce que je t'ai énoncé avant, il y aurait même le burn-out, il y a la séparation, il y a le changement peut-être même de travail, il y a un changement assez marquant dans leur vie à ce moment-là. Alors là où je veux en venir, ce serait de voir, est-ce que le changement qu'elles te demandent est judicieux ? Alors, il va représenter pour elles quelque chose de marquant, comme si un petit peu qu'elles vivent, c'est très émotionnel, donc ça peut être quelque chose d'assez perturbant, ou même joyeux, soyons clairs, il n'y a pas que du négatif. Mais on dirait qu'elles ont ce besoin de marquer le coup extérieurement par un changement de coiffure. On dit même souvent, il y a des changements de lunettes, un changement de vestimentaire, enfin, on apporte un changement visuel sur soi. Donc, lorsque c'est là, je vais dire la raison primaire de ce changement, je t'inviterais à voir avec la cliente, alors tu n'es pas obligé d'être, je vais dire, curieuse, ou en tout cas avoir l'impression d'être intrusive, mais de demander à la cliente comment elle se sent, parce que parfois c'est sur un coup de tête, soyons clairs, et puis tout compte fait, oh ben merde, peut-être que ça ne lui plaira pas, ou qu'elle se dira, oula, c'était peut-être un peu beaucoup de tout compte fait, de pouvoir qu'elle puisse mettre les mots dessus, qu'elle puisse exprimer comment. elle se sent, comment elle l'est à cet instant avec elle quand elle se voit aussi dans le miroir parce que vous savez quand on vit quelque chose comme ça de fort, il y a comme un je sais pas, je vais dire comme une cassure en soi qui fait qu'il se peut que quand on se regarde dans le miroir il y a quelque chose qu'on ne reconnait plus en soi alors Ça va passer par la coiffure, parce qu'elle vient chez vous, c'est pour ça. Il y en a peut-être qui vont changer quelque chose au niveau de leur maquillage, au niveau de leur tenue vestimentaire ou autre. Mais au niveau de la coiffure, il y a beaucoup de femmes qui le font. Et en pouvant exprimer avec elle, ou en tout cas lui faire exprimer ce qu'il se passe réellement comme émotion, comme ressenti en elle à ce moment-là, vous serez dirigé vers quelque chose de peut-être plus assorti à son émotion au niveau de la coiffure que ce qu'elle vous demandait au départ. Peut-être que vous arriverez à la même réponse, peut-être que vous aurez le même constat de coiffure qu'elle vous demande, mais peut-être pas. Une cliente comme ça est venue, mais moi, elle était en décodage, donc c'est le même principe en fait avec le décodage, même si je ne fais pas de transformation capillaire, mais là, il y a une transformation de coiffure. Et cette dame-là, je me souviens, elle avait les cheveux longs. Et elle vient me voir et elle est en pleine séparation. Et donc, elle, au départ, elle vient en se disant... Elle avait ce travail émotionnel qu'elle voulait mettre en place. Elle me dit, j'en ai ras-le-bol, voilà, moi, je fais table rase, j'en peux plus, tu me coupes les cheveux. Tout court. Tout court comment ? Tout court. Je ne veux plus. Limite, elle dit, je me retiens même de les raser, mais voilà. J'ai... Râle bol, je veux les couper tout court. Et puis on sentait dans sa façon de s'exprimer, de le dire, qu'il y avait comme un grand soulagement, mais il y avait un côté excessif, il y avait un côté de râle bol qui se déposait, qui pouvait enfin être exprimé. C'était faire table rase de tout ce qu'elle avait vécu jusqu'à aujourd'hui et de faire du renouveau. Comme il y en a certaines qui vont peut-être vous dire, ah ben moi aujourd'hui je vais être toute blonde ou les cheveux à cajou ou cuivré. ou pareil, les cheveux courts, longs, les boucles, un truc hyper à l'opposé de ce qu'elles ont le jour où elles viennent. Si elles le ressentent, c'est OK pour elles, mais justement, ce serait d'arriver à ce qu'elles mettent les mots dessus, parce que je vous dis, parfois, c'est tellement excessif que c'est vouloir passer du noir au blanc, et puis le moment où c'est fait, c'est se dire, peut-être je suis là à aller un peu trop loin, un peu trop vite, en fait. Et ça se comprend, c'est pour ça. L'évitement, il peut être là dans le sens où vous n'allez pas oser comprendre vous-même ce qui se passe chez la cliente à ce moment-là où elle devient demander cette grande transformation. Donc n'hésitez pas, posez des questions. Notre métier, il n'est pas intrusif, il est vraiment à la découverte de l'humain. On est là pour comprendre la personne. La femme qui vient chez le coiffeur, alors oui, on peut croire qu'à la base, il y a un côté anodin où je viens faire ma repousse, je viens entretenir ma coupe, des choses un peu plus classiques, basiques, ok. Mais toutes celles qui sont dans une transformation, dites-vous bien que derrière, il y a un enjeu. Même celles qui, de toute façon, restent de base et qui ne font qu'un petit entretien, l'enjeu, c'est la même chose, c'est qu'elles, elles ne veulent pas changer. Elles, elles sont dans quelque chose qu'elles contrôlent, qu'elles gèrent et qu'elles préfèrent continuer comme ça, sinon ça va les... perturbée. C'est ça que j'aime aujourd'hui avec les clientes. Quand elles viennent avec une décision de coiffure, j'essaye de comprendre pourquoi. Alors, j'essaye pas de les faire changer d'avis. Je veux juste qu'elles prennent conscience que oui, c'est vraiment ça que j'ai envie et de comprendre ce qui se passe derrière. Elle va me dire mais en quoi ça te regarde ? Tu t'en fous, la cliente elle te demande ça, elle fait ça. Non, non. Désolée, moi non, je pratique pas comme ça. Il y a une importance derrière. Évidemment, elles n'en ont pas conscience. Aujourd'hui, quand elles viennent chez moi, elles savent qu'on va jouer avec ça. Et c'est pour ça qu'elles viennent, parce qu'elles y trouvent un intérêt. Et je trouve ça chouette. Après, de nouveau, il n'y a pas d'intrusion. Je ne leur demande pas de me raconter leur vie. C'est d'aller comprendre comment elles se sentent, qu'est-ce qui se passe pour elles, si c'est un truc joyeux, pas joyeux. Parce que vous savez, quand on fait des choses sur un coup de tête, parce qu'on a un ras-le-bol, un coup de gueule, c'est comme quand on pète un vase. Tu m'emmerdes et je pète le vase. Super ! Puis après, on pleure. C'est mon vase, grand-mère. Eh oui, trop tard. Fallait réfléchir avant. L'avantage avec les cheveux, c'est que quand elle vient, elle a le temps de réflexion, grâce à vous. Parce que vous allez lui donner ce temps de réflexion. Vous allez lui donner cet espace d'ouverture, de compréhension. Alors, je ne vais pas dire de remise en question, mais de savoir vraiment, tiens, OK, sur quoi je me base là maintenant pour avoir cette envie de changement. Parce que ce serait bien aussi de comprendre pourquoi d'un coup elle passe de l'un à l'autre. Alors il y en a qui vont dire, comme ma cliente avec ses cheveux longs ou courts, « Ah mon mari, j'ai toujours gardé les cheveux longs pour lui. Alors maintenant qu'il est parti, basta, moi j'en ai rien à cirer, je veux mes cheveux rasés ou courts. » Puis après, moi j'essaye de savoir avec elle, « Oui mais c'est quoi ? Ça représente quoi les cheveux longs pour vous ? Ça représente quoi les cheveux courts pour vous ? » Si c'est juste cette transition comme pour dire à mon ex-mari, « Fuck you ! » Pardon pour le vocabulaire. Mais tu vois, maintenant que tu n'es plus là, tu ne m'empêcheras plus d'être coiffée comme j'ai envie. Et il y a un côté, on sent bien, mais de rébellion, de côté... Merde, quoi ! J'ai dit oui, je ne me suis pas écoutée pendant des années, maintenant je m'écoute. Soit c'est vraiment parce qu'elle s'écoute, soit c'est juste pour montrer à l'autre qu'elle a repris son autonomie et qu'en plus, elle veut lui montrer quelque chose rien que pour l'emmerder, lui. Mais même pas pour se faire plaisir elle. Même si elle se fait plaisir de l'emmerder, à la base, c'est l'emmerder qui compte. Est-ce que vous voyez la distinction ? Ouais, on peut aller loin comme ça. À la base, vous allez me dire, mais non, d'une pipe, qu'est-ce que tu nous racontes, Marie-France ? On est coiffeuse, là, ça suffit. Tu nous embarques dans des analogies, dans des analyses, dans des psychés. C'est pas notre boulot. Bah, c'est comme vous voulez. Mais je pense qu'on a quand même... une importance à jouer dans ce moment de vie de la cliente. Mais ça vous appartient de ne pas le faire, bien sûr. Mais je serais étonnée, si vous faisiez l'expérience un jour avec une cliente comme ça, de voir comment elle réagit. Parce que ce que vous allez lui permettre de faire en même temps, on dit souvent, elles aiment bien venir chez le coiffeur, elles racontent leur vie, elles déposent, et toi tu prends, tu prends, et c'est lourd. Mais quand tu lui ouvres cette porte, ça se passe différemment. Parce que toi là, tu n'es pas obligé de prendre tout ce qu'elle te dit, mais tu es juste dans l'espace où elle sait qu'elle va pouvoir se déposer et se dire, ah, et puis d'un coup elle va s'apaiser. Et tu vas voir que son changement de coiffure ne sera peut-être pas aussi radical. Pas obligé, il peut toujours l'être. Mais vraiment qu'elle le fasse avec conscience en fait, pour avoir, on va dire, prendre une petite assurance qu'elle n'ait pas trop de regrets après, si jamais ça a été fait juste sur un coup de tête. Donc vous allez vous-même lui éviter peut-être, alors je ne vais pas dire une catastrophe, mais un changement qu'elles vont avoir du mal à assumer parce que là, elles sont dans une irritabilité, dans quelque chose d'euphorique, que ce soit en super joyeux ou en super triste. Voilà, elle a besoin d'exulter tout ça. Et donc elle va le faire à travers cette transformation, je vais dire, puissante. Et puis là, vous allez l'aider à... Ouf ! On redescend un petit peu la source. L'énergie, mais l'énergie va être plus sereine. Ah ouais, est-ce que je suis obligée d'en passer par là ? Peut-être qu'elle le fera, mais plus tard. Mais là, elle va passer par quelque chose où elle va se sentir en accord de dire, OK, demain quand je vais me lever, je ne vais pas être saisie en me voyant dans le miroir. Parce que là, je suis vraiment... Et encore, ça lui appartient. Si elle continue de vous dire, non, non, non, c'est bon, je réfléchis pas. Allez, vas-y, fais-moi ça, vraiment, c'est ce que j'ai envie. Ça suffit. Ok, on n'est pas là non plus pour l'obliger à quoi que ce soit. Mais si c'est la cliente que vous la connaissez bien ou quoi, vous savez comment elle est, vous savez comment vous pouvez l'aborder, tentez le coup. Juste pour voir. C'est une expérience, je trouve, à vivre super intéressante parce que vous allez même lui permettre, elle, peut-être, de prendre conscience de choses dont elle n'avait même pas idée à ce moment-là. Parce que je vous dis, là, elle est sur l'effet du taux d'adrénaline big, big, big plus. Donc quand on est comme ça, on ne réfléchit pas, on fonce. Et on réfléchit après. Sauf qu'il est parfois trop tard. Donc là, vous allez lui permettre d'avoir ce moment de répit où elle se dépose et... Ah ouais, et puis peut-être qu'elle fera même rien du tout, juste un bon soin, un shampoing. Bon, pour vous, c'est de peut-être vous dire « Merde, j'ai perdu une couleur » . Non, non, c'est ce bien-être que vous allez lui apporter, je vous assure que c'est un cadeau qui n'a pas de prix. Et c'est d'autant plus un lien avec elle qui est encore plus fort et elle vous reviendra. de toute façon, avec autre chose. Et pourquoi pas ? C'est du vécu, c'est des choses que je vis au quotidien. Ça ne veut pas dire que parce que je les vis, que je les vis bien, que ce sera pareil pour vous. Mais quand je vous parle, c'est vrai que je m'adresse bien souvent à toutes ces coiffeuses qui m'ont déjà fait part de leur ras-le-bol du métier, de comment il était pratiqué, la pression qu'il y a sur les épaules, cette rentabilité permanente, le fait que... On doit toujours être de plus en plus performant, des formations à n'en plus finir, des nouvelles techniques, des produits. Je suis fatiguée rien que de vous les énumérer déjà. Je n'ai plus ce problème-là, moi, personnellement. Je suis bien tranquille. Mais cette relation humaine que j'ai, en fait, c'est ça qui me plaît. Quand je dis que j'ai fait coiffure par des pis, je pense que le côté de l'apparence, de l'esthétisme n'était pas du tout mon truc. Mais la relation humaine, mon Dieu, qu'est-ce qu'elle me parle ? Elle m'anime, elle me nourrit. Et aujourd'hui, je prends chaque rendez-vous comme ça, comme un accueil de quelque chose de nouveau et qui va faire du bien à tout le monde. À vous de voir. À vous de voir, c'est où est-ce que vous en êtes avec votre métier aujourd'hui ? Où est-ce que vous en êtes aujourd'hui par rapport à vos débuts, dans ce que vous attendiez, dans ce que vous pensiez vivre au long de ces années ? Et ce qu'il y a, c'est qu'on n'est pas seul. Il y a tout un système derrière qui... pas dire qui impose, mais en tout cas qui restructure des choses, qui montre des nouveautés. Et les clientes, parfois, elles rentrent dedans sans se poser de questions, sans savoir comment nous, on peut le vivre. Donc à la base, vous avez beau être indépendante, autonome, tout ce que vous voulez, le but c'est quand même de vous rendre heureuse. Le but c'est de faire quelque chose qui vous anime, qui vous nourrit, pas qui vous pèse et qui vous contraint. Alors en évitant toutes ces belles choses que vous pouvez vivre au sein du salon parce qu'on nous a éduqués dans un mode, d'un style, de pratique, d'une certaine manière qui n'a jamais vraiment évolué, stop ! C'est à vous de faire évoluer votre propre métier, à votre image, selon qui vous êtes, comme vous êtes et ce que vous attendez du métier. Pas obligé de rentrer dans un moule, dans un système où tout le monde doit faire comme ça, Non, ça vous appartient. Ça m'a pris des années, parce que moi à un moment aussi je me suis épuisée, j'en avais ras le bol et j'étais prête à tout foutre en l'air. Donc c'était ça, j'avais deux choix possibles, ou je ferme boutique, ou je ferme à manière. Quoi qu'il arrive, j'ai tenté, j'ai fait à ma manière en me disant ça ne marche pas, je fermerai boutique. Et voilà. Mais j'aime bien de vous en faire part parce que je vous dis que ça existe et qu'on peut pratiquer notre métier mais d'une manière tellement plus sereine, tellement plus à notre image. Donc la vôtre d'image, je ne sais pas ce qu'elle est. Moi à chaque fois je vous parle à travers mes expériences et ma propre image et l'image que je me fais de notre métier. Je ne convertirai pas tout le monde, ce n'est pas que je cherche non plus à le faire, mais à vous ouvrir les yeux en vous disant que stop, sortez de cette ligne de conduite qu'on nous impose depuis toujours. La coiffure, ce n'est pas ça. On n'est pas juste dans l'apparence. Vous êtes en contact permanent avec des humains. Ne l'oubliez jamais. C'est sur ces derniers mots que je vais vous laisser et vous dire... à bientôt dans un prochain épisode. N'hésitez pas à partager vos expériences ou en tout cas à me donner votre avis, ça fait toujours plaisir. Et puis de voir si ça a pu quand même vous toucher en un certain point et vous donner peut-être des pistes. Je vous dis à bientôt. Merci.