Speaker #0Il y a des moments dans la vie où l'apparence semble presque déplacée. Et pourtant, c'est dans ces instants les plus douloureux qu'on cherche parfois à sauver les apparences. Aujourd'hui, j'ai envie de vous partager une histoire vécue, un souvenir marquant de mon métier de coiffeuse. Une histoire de deuil, d'images et de cheveux. Parce que même quand tout vacille, même quand l'âme est en lambeaux, il reste quelque chose. Un élan, un réflexe, celui de vouloir se présenter au monde. Et c'est là que le cheveu, encore une fois, raconte « On ne dit pas » . Suivez-moi dans cet épisode. Cheveux, fils de l'âme. Le podcast qui révèle le lien invisible entre ta chevelure et ton histoire intérieure. Ici, la coiffure sort du paraître pour toucher l'être. Je suis Marie-France. Coiffeuse depuis plus de 40 ans, aujourd'hui engagée dans une approche thérapeutique et émotionnelle du cheveu. Chaque épisode est une invitation à écouter ce que tes cheveux ont à dire de toi. Que tu sois coiffeuse, thérapeute, femme en chemin, je t'emmène explorer les racines émotionnelles qui tissent ta chevelure et ton identité. Témoignages, réflexions, élan du cœur. Bienvenue dans un espace de libération, de reconnexion et de transformation. Et si toi aussi tu ressens l'élan de raconter ton histoire, je t'invite à rejoindre l'aventure. Je repensais à cette femme un jour qui m'a appelée. Mon mari est décédé, il faut absolument que je vienne me faire coiffer. Elle venait de perdre l'homme de sa vie et ce qu'elle avait en tête... C'était d'être coiffée pour l'enterrement. Je n'ai pas su lui dire non, évidemment, comment si j'aurais pu. Sa corde sensible touchait tellement la mienne. Elle était dans le deuil, dans l'effondrement, dans ce moment où tout bascule. Et pourtant, elle ressentait l'urgence d'avoir une belle apparence. C'est là que je me suis demandé. Est-ce par éducation, par croyance, un dictat sociétal ? Qu'est-ce qui nous pousse même dans ces moments d'extrême douleur à vouloir se montrer présentable ? Comme si malgré le chaos intérieur, il fallait encore donner bonne figure. Comme si l'on devait même en hurlant de l'intérieur, montrer un extérieur acceptable. Parce que dans ces circonstances, on sait, tous les regards seront tournés vers nous. Parce qu'on sait... que celle qui pleure le plus fort sera celle qui sera le plus regardée parce qu'on est aux premières loges de la perte et les regards même s'ils sont remplis d'empathie ils vont toujours porter une part de jugement on regarde comment tu te tiens si tu pleures trop ou pas assez si tu es digne si tu es effondré et aussi si tu es bien coiffé certains diront Elle a bien fait, elle garde sa dignité et elle reste forte. D'autres diront, non mais tu te rends compte, elle s'est encore fait coiffer, elle pense à son image. Et tout ça, ce sont des jugements qu'on projette selon nos propres filtres, nos propres émotions. Moi-même, je me suis dit ce jour-là, c'est sans doute la dernière chose à laquelle je penserais. Et en même temps, est-ce que j'en suis si sûre ? Parce qu'on a tous cette... petite voix en nous celle qui dit il faut que je me coiffe que je m'habille que je sois digne comme si dans l'oeil de la tempête on devait encore se composer un visage et là je me demande pourquoi ne pas venir décoiffé déguingandé le visage ravagé par les larmes et le mascara coulant pourquoi faut-il cacher le chaos le vrai celui qu'on vit à l'intérieur. Et c'est là que le cheveu me parle encore une fois. Parce que même dans ces instants où l'on tente de tout lisser, même quand on le dompte, quand on le discipline et qu'on veut le maîtriser, le cheveu, lui, ne ment pas. On pourra le coiffer comme on veut, lui mettre de la forme, du style, même de la couleur, mais il exprimera toujours ce qui se passe en nous. Même dans le deuil, même dans la souffrance. ne pas dire surtout dans la souffrance ce jour-là cette femme était parfaitement coiffée et pourtant tout en elle criait la douleur et on le sentait parce que de l'extérieur tout n'est pas caché parce que parfois ce qui déborde passe par les cheveux c'est ça pour moi le coeur du décodage capillaire émotionnel l'endroit où l'âme se trahit malgré nous. Alors oui, on peut se coiffer pour aller à un enterrement, on peut se lisser les cheveux, se maquiller, donner une belle image de soi. Mais aucune mèche parfaitement placée ne pourra jamais cacher un cœur en vrac. On peut discipliner sa coiffure, on peut la dompter, mais la douleur, elle, transparaîtra toujours. Parce que masqué le désordre du dedans, le cheveu, lui, trahira l'émotion dehors. Un cheveu tendu, crispé, figé, pourrait peut-être parler d'un corps qui retient, qui encaisse et qui survit. Et puis, un cheveu libre, lâché, abandonné, peut aussi, de son côté, hurler une fatigue qu'aucun mot n'ose dire. Le cheveu, c'est cette matière vivante qui révèle ce que l'âme ne parvient plus à contenir. Alors la prochaine fois que vous verrez une femme bien coiffée dans sa douleur ou décoiffée dans sa force, posez un regard différent. Parce que la coiffure, elle ne dit pas toujours ce que l'on croit. Mais le cheveu, lui, il parle, il ressent, il raconte. Et vous ? Avez-vous déjà ressenti ce besoin d'avoir l'air bien alors que tout s'effondrait à l'intérieur ? Avez-vous déjà coiffé votre chagrin ou laissé vos cheveux parler à votre place ? Si vous avez envie de partager votre histoire, je vous lirai vraiment avec cœur. Merci pour votre écoute. A bientôt.