- Speaker #0
Depuis 2017, j'accompagne et côtoie des entrepreneurs à succès. Chaque rencontre est unique et permet d'identifier ce qui crée la réussite. Je suis Alec Henry, l'initiateur du mouvement Entrepreneurs.com et dans ce podcast, j'ai l'opportunité d'échanger avec des personnalités inspirantes qui ont su créer la différence. Avec Le Déclic, je vous offre une perspective unique afin que vous puissiez, à votre tour, faire la différence. Bonjour et bienvenue dans un nouvel épisode du podcast Le Déclic. Je suis avec Luc Reversat. Comment tu vas ?
- Speaker #1
Très bien, ce matin, parfait.
- Speaker #0
Magnifique. Merci d'être là avec nous. Tu es le fondateur de La Folie Douce. Rapidement, je te présente ta particularité, c'est d'avoir cassé les codes de la montagne en mélangeant deux univers qui ne se croisaient jamais forcément, la cuisine locale d'un côté et la fête de l'autre. On va en reparler justement parce qu'il y a bien plus que ça. Après avoir fait tes débuts chez Paul Bocuse, tu as eu un déclic, tu ne voulais pas rester… caché uniquement derrière les fourneaux. Tu voulais créer un vrai spectacle. En 1980, tu achètes un restaurant d'altitude sans eau courante. En 2007, tu lances officiellement le concept La Folie Douce en t'inspirant de l'énergie d'Ibiza notamment. Aujourd'hui, La Folie Douce, c'est 1000 collaborateurs, 8 destinations mythiques, Val d'Isère, Meribel, Avoria et d'autres. Un groupe qui sert jusqu'à 10 000 couverts par jour, 15 000 clubbers quotidiens également. Une aventure 100% familiale aussi où tu pilotes les opérations avec Corinne, ta femme tes fils Arthur et César. Dans cet épisode, on va comprendre comment créer un concept mondial et comment rester numéro 1 quand tout le monde essaie de vous copier. Bienvenue Luc sur Le Déclic.
- Speaker #1
Très belle présentation.
- Speaker #0
Merci. Rapidement, je commence par le commencement. Tes parents étaient directeurs d'école et tes frères et sœurs de hauts fonctionnaires. Toi, tu étais un petit peu le mouton noir si j'ose dire qui n'avait pas forcément envie de continuer dans les études. Comment est-ce que ce décalage a forgé ton envie de prouver que tu pouvais réussir autrement et t'as peut-être orienté vers l'entrepreneuriat ?
- Speaker #1
Je vais déjà vous reprendre. J'ai essayé de travailler, de rejoindre mon frère et ma sœur au niveau de leurs études. Le problème, c'est que je ne savais pas à l'époque, je ne connaissais pas l'hyperactivité, je suis plus tard, mais même ma maman était hyperactive et moi je suis hyperactif, mon fils César est hyperactif. Alors, quand on sait qu'on est hyperactif, c'est plus facile parce que c'est un manque de concentration qui a fait que je me suis arrêté effectivement très tôt. Je n'ai pas dépassé la quatrième, mais j'avais la volonté de faire des études, mais je n'y arrivais pas. Voilà, c'est juste une petite parenthèse.
- Speaker #0
C'est bien que tu le spécifies, c'est se connaître soi-même pour pouvoir ensuite avancer avec ses forces et comprendre aussi à quel égard peut-être on en a moins pour pouvoir derrière faire de grandes choses, chose que tu as fait. Et justement, un de tes premiers chocs professionnels, contredis-moi si je me trompe, mais c'est chez Paul Bocuse à 17 ans. Qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là ?
- Speaker #1
Ce qui s'est passé, c'est que je voulais être cuisinier, que j'avais fait l'école hôtelière avec des jeunes dont les parents étaient étoilés michelins. Et le problème, c'est qu'on a tous été virés en même temps de l'école hôtelière de Grenoble. Donc ça nous a... conforté, bien sûr qu'à l'époque les parents n'étaient pas très contents. Mais moi j'étais le seul dont les parents n'étaient pas professionnels avec Jean-Paul Lacombe et d'autres qui avaient à l'époque Léon Delion, etc. Et puis Georges Blanc. des cheveux longs, des caleçons renommés, des chemises à fleurs Antoine etc. Et il se trouve que j'ai eu après la première année chez Paul, j'ai eu un accident de moto et ma maman m'avait acheté à l'époque une perruque parce que Paul Bocuse nous obligeait d'aller chez le coiffeur toutes les semaines à Colonge au Mont-Dor et on était rasé. Et le problème, c'est que j'avais 17 ans et un peu peut-être, on va dire, comme tout le monde le fait aux fesses à cette époque-là. Et je n'avais aucun succès, bien sûr, avec les jeunes filles, vous le comprenez bien, en étant rasé, alors que tout le monde avait les cheveux longs. Donc pour rester chez Bocuse, j'avais dit à ma mère, écoute, tu m'achètes une perruque à Noël parce que sinon je vais partir, je ne peux pas rester comme ça. Elle m'a acheté une perruque pendant cet accident de moto. Ma perruque a disparu sous la voiture. J'étais bloqué, j'avais le genou bien sûr cassé. On est allé à l'hôpital, et à l'hôpital bien sûr, il a fallu, j'avais récupéré entre temps ma perruque, il a fallu avant l'opération que je l'enlève, et puis que j'enlève mon caleçon Ronoma, c'est un caleçon Ronoma à fleurs, etc. Et il se trouve que le chirurgien qui m'a opéré connaissait bien Paul Bocuse, et quand je suis sorti après trois semaines de l'hôpital, il se trouve que quand je suis, et après j'ai eu un mois de convalescence à la maison, Quand je suis revenu chez Paul Bocuse, il m'a dit « mais tu ne reviens pas chez moi ? » Je lui ai dit « mais pourquoi Paul ? » Et Paul m'a dit « je ne veux pas de pédés dans ma cuisine » . À cette époque-là, c'était comme ça. Et donc j'ai dit « mais non, je ne tue pas un pédé » . Enfin, ça a été une histoire invraisemblable. Mon père est venu, il ne voulait pas le croire. Et bien sûr, je n'ai pas pu continuer chez Paul Bocuse à cause de ça. Et en plus de ça, mon père m'a... m'a mis ce qu'on appelait à l'époque une dérouillée, et je ne suis plus revenu à la maison pendant deux ans. Voilà la petite anecdote de Paul Bocuse, comment ça s'est fini. Mais effectivement, j'aurais bien aimé continuer en cuisine. Je ne sais pas si j'aurais été à la hauteur des étoiles actuelles. Mais voilà, ma formation en cuisine a été plutôt écourtée.
- Speaker #0
Et comment tu le vis à ce moment-là ? Parce que quand tu le racontes aujourd'hui, c'est quand même assez injuste. D'autant plus que tu es « puni » pour une situation qui ne méritait pas forcément cette punition, puis qui plus est n'était même pas vraie. Derrière, est-ce que ça t'a donné une force, une envie de prouver, de faire encore plus ? Comment tu l'as vécu ? Parce que je te pose cette question, beaucoup de gens dans leur parcours vont peut-être faire face à des moments, et c'est normal, c'est partie de la vie, mais des déconvenus, voire des injustices ou autres. face et y répondre, qui détermine est-ce que ça a été plutôt quelque chose qui nous a aidés ou quelque chose qui nous a desservis ?
- Speaker #1
Moi personnellement pas du tout parce que même avant l'entrée chez Paul Bocuse j'avais toujours été confronté c'était un peu ce qu'on appelait d'ailleurs à l'époque on m'appelait le fou furieux j'avais aucune amertume après Paul Bocuse ou même avant ou après je traçais toujours ma ligne Je savais que de toute façon je voulais réussir, ça c'est clair. Mais ça ne dépendait que de moi, j'en voulais pas du tout. Ni à la maison Bocuse, ni à d'autres personnes. Après sur d'autres anecdotes encore bien pires que celle de chez Bocuse. Non, non, j'ai tracé ma vie et quand j'ai quitté Paul, j'ai continué à travailler. Il est clair qu'à un moment donné, c'est vrai qu'à cette époque-là, en quittant la cuisine, je suis allé plutôt en salle. Mais à ce moment-là, je commençais déjà à très bien skier, à faire de la compétition et je voulais passer mon diplôme de ski. Donc en même temps, je suis parti aux Deux Alpes dans les années 69 après être parti chez Paul. J'ai passé une partie de mon diplôme de moniteur de ski. j'ai continué ma trace et je voulais même l'été, je travaillais dans l'Ogdo Croussillon et je voulais être instructeur de plongée donc j'avais passé mon premier et deuxième échelon et là encore j'ai échoué à passer mon diplôme d'instructeur de plongée donc je voulais me lancer dans le sport et avoir des activités mais être entrepreneur là aussi, acheter mon bateau j'avais des grandes ambitions puis j'ai continué j'ai pas pu continuer Et c'est là que j'ai, en 68, il y a eu les Jeux Olympiques de 1968 dans le Vercors. Ma maman habitait dans le Vercors et c'est là que j'ai décidé de reprendre la restauration et je me suis relancé à ouvrir ma première affaire dans le Vercors. Il faut dire aussi, si vous voulez savoir comment je suis arrivé dans la région de Ronalp, c'est qu'à l'époque, en 1964, j'étais dans les Charentes. Et ma maman a reçu un appel du préfet de l'ISER pour lui dire : "Est-ce que vous voulez ouvrir votre colonie de vacances ? " Elle avait une colonie de vacances à Autran. "Est-ce que vous voulez ouvrir votre colonie de vacances pour faire le centre de ski de fond des Jeux Olympiques de 1968 ? " Ma maman a répondu très clairement qu'elle acceptait, mais qu'elle voulait détacher l'éducation nationale. Donc c'est toute une petite période... où mon père et ma mère ont été détachés de l'éducation nationale. Et on est rentrés, donc, 4 ans avant, à partir de 1964, dans la région Rhône-Alpes. Et j'avais commencé déjà à apprendre le ski à ce moment-là. C'est sûr que si j'avais skié depuis l'âge de... Aujourd'hui, le font tous les gamins, 5, 6 ans, 7 ans, 8 ans. Je pense que j'aurais fait certainement une carrière plus assidue, meilleure certainement dans le ski. Bon, mais j'ai quand même passé mon diplôme de ministère de ski. J'aurais préféré faire de la compétition à cette époque-là.
- Speaker #0
et comment on en arrive à commencer créer la Folie Douce parce que tu nous racontes justement cette inspiration entrepreneuriale de vouloir entreprendre des choses, de vouloir construire des choses t'as parlé d'ambition notamment il y a ce premier restaurant comment l'idée te vient de faire en sorte de créer ce concept ce côté festif etc et la symbiose de tous ces mondes que représente la marque La Folie Douce
- Speaker #1
C'est une période sur plusieurs années. Quand je vous parle d'Autran, après les Olympiques, je me suis installé, j'ai eu ma première affaire, mon premier hôtel avec un restaurant et c'était à Autran. Et ça marchait bien, mais il y avait déjà le côté festif, un peu de musique et on sortait beaucoup, on s'amusait beaucoup. Donc voilà. Et ensuite, j'ai acheté encore une autre affaire qui s'appelait La Forge et là où il y avait déjà un club. Alors, il faut dire aussi que, si on revient tout petit peu en arrière, parce que vous me posez la question d'où tout cela est venu, je dirais que je vais faire un peu de rétrospective. À 17 ans, j'étais également moniteur de ski dès que j'ai passé mes diplômes à Orsières-Merlettes. Et à 17 ans, avec un copain, on avait ouvert une boîte de nuit à 17 ans sous un monsieur qui s'appelait M. Krièf à l'époque. et qui avait un supermarché. Il y avait une petite boîte de nuit qui ne marchait pas et on avait pris cette boîte de nuit. Et ça marchait très fort déjà, on avait 17 ans. Et je me souviens parce que quand on allait au cours de ski, il fallait avoir une tenue. On n'était jamais habillés correctement parce qu'on se couchait bien sûr à 4h, 5h du matin. Il fallait se lever à 8h pour prendre les clients pour aller au ski. On prenait des amendes parce qu'on n'avait jamais la bonne tenue. On n'a pas gagné d'argent pendant un ou deux ans. Mais voilà, déjà. Si je reviens encore en arrière, là je vous parle de 17 ans, je me souviens très bien quand j'étais dans ce petit village des Charentes où j'étais. Un petit village où mes parents étaient directeurs d'école, il s'appelait Brossac. Et un jour, je dis à mes parents, je veux être danseur. J'étais dans le salon. Déjà ma maman était assez branchée, donc c'était, vous savez, le salon très années 70, mais un peu avant Gardis, etc. Et je me mets à danser. Et je dis, écoute, je vais arrêter les études et je veux être danseur. Non mais là j'ai cru que le ciel me tombait sur la tête, mais ça a été la guerre entre ma mère qui se posait des questions, mais essayait de me comprendre, et mon père qui refusait totalement, et je n'ai jamais pu être danseur. Donc voilà, simplement, c'est la vie, c'est comme ça, il faut l'accepter, mais j'avais toujours cette envie de m'amuser, de danser, d'écouter de la musique, etc. simplement pour faire un petit point sur l'historique.
- Speaker #0
Très clair. En 2007, tu décides donc de transformer les pistes de ski en boîte de nuit à ciel ouvert, si j'ose dire, en journée. Les stations te prennent pour un fou à ce moment-là parce que c'est un concept qui n'existe pas. Comment tu réussis à faire accepter l'idée et à quel point en fait tu crois à ce concept alors que beaucoup, peut-être même tout le monde, te dit que ça ne fait peut-être pas de sens ? Je te pose cette question parce que c'est le propre de beaucoup d'entrepreneurs qui ont une conviction, qui ont une vision, qui ont une idée, qui ont un projet et qui justement innovent. Comment tu l'as vécu à ce moment-là ?
- Speaker #1
Moi sur l'innovation, la conviction, c'est que je me suis toujours appuyé sur l'expérience. Comme j'ai quitté l'école presque avant 16 ans, c'était une difficulté, certes de quitter l'école très vite, mais j'ai eu beaucoup plus d'expérience que tout le monde parce que 10 ans après... J'avais 25 ans, 26 ans. Mais j'avais une expérience folle par rapport à des gens qui étudient. Donc moi, c'est l'expérience qui m'a fait ça. Et si vous me parlez du moment où se déclenche la fouille douce sur le côté festif, il faut regarder quelques années auparavant. J'allais beaucoup aux États-Unis. J'avais vu à l'époque, particulièrement à Miami. C'est là que commençaient les choses sur Ocean Drive. J'avais remarqué que les gens s'amusaient, il y avait des fêtes. Ça n'existait pas avant. Et je regardais tout ça, les gens qui commençaient à s'amuser, etc. Et à l'époque, quand je revenais en France, il n'y avait qu'une seule affaire, une seule affaire qui m'interloquait, qui commençait juste. C'était la voile rouge à Saint-Tropez. Mais le début, début, début de la voile rouge. Vraiment les premières allées. Moi, je me suis dit... J'étais en montagne, j'enseignais à l'école d'esquive. Je me suis dit, mes clients... À partir de 14-15 heures, quand j'ai fait de plus en plus skier, j'étais fatigué. Et à 14h-15h, surtout si on se levait à 9h et qu'on allait très vite, il faut aussi savoir que dans ces années-là, les remontées mécaniques, ce qu'on appelle les délégations de services publics, ont beaucoup investi dans les remontées mécaniques. Et donc la montée allait de plus en plus vite, ce qui fait que quand on skiait 4h-5h... On était très fatigués. Il faut dire qu'avant, à l'époque, les bronzés font du ski. Il est clair qu'on n'était pas fatigués parce qu'on restait toujours en panne sur les délits sièges et sur les circuits. Donc voilà. Mais là, à cette époque-là, moi, quand je vous parlais dans ces années-là, j'ai compris qu'effectivement, les gens voulaient autre chose. Et bon, j'ai commencé... Je connaissais bien la musique. J'ai commencé à mettre quelques tournudistes. Et en mettant les tourne-disques, on a vu tout de suite que les gens commençaient à animer et rester l'après-midi. Bon, on avait un petit problème, c'était que c'était des vinyles à l'époque. Et dès qu'il y avait un rayon de soleil, les vinyles fondaient. Ben voilà, on s'est arrangé, on a mis des plaques à pâtisserie devant, on a bricolé pendant une année. Et puis la deuxième année, j'ai vraiment regardé voir ce que ça faisait. J'ai dit mais c'est pas possible, il y a un concept à trouver. Et là, c'est là le déclencheur. Dans ces années-là, puisqu'on n'a plus exactement de la date, on a... déposer un permis de construire et on a construit 1000 m² de sous-sol. C'était gigantesque les travaux à cette époque-là. Et donc, on a mis des enceintes, on a mis des cordons chauffants pour réguler la bière, bien sûr, parce que les groupes de bière étaient dessous et la bière elle gèle par définition par moins 15, moins 20. Donc les gens, les clients avec le doigt, cassaient la glace de la bière, mais au moins elle pouvait couler. Et on a commencé à gagner un peu d'argent avec ça et la fête a commencé à ce moment-là.
- Speaker #0
Ah, c'est dingue aujourd'hui ! Vous êtes présent dans 8 stations. En 2024, c'est plus de 60 millions d'euros de chiffre d'affaires. Et ce qui est intéressant aussi, c'est que tu l'évoquais notamment dans une autre interview, c'est environ 70% du chiffre qui vient encore de la restauration, contredis-moi si je me trompe. Mais étape par étape, comment vient cette croissance ? Comment on passe d'un concept qui paraît dingue, qui est complètement innovant, tu l'as très bien dit, au fait que c'est une évidence et les gens se bousculent. pour y aller, d'autant plus qu'avec aujourd'hui l'ère des réseaux sociaux, beaucoup de gens partagent ça. Il y a ce côté aussi festif, dynamique. Les gens viennent pour vivre une expérience. D'ailleurs, le premier élément de ta réponse, tu partages avant tout et tu es obsédé par le fait de créer une expérience client avant tout. Quelles ont été les différentes étapes pour passer de cette idée, ce projet qui est un petit peu fou, en tout cas perçu comme fou, à un mastodonte de plus de 1000 collaborateurs et une présence dans 8 stations ?
- Speaker #1
Il ne faut pas se tromper. Il faut, je pense, si les gens nous écoutent, c'est les fondamentaux du concept de la fouille douce. Ça dépend de ce que l'on veut faire. Si on veut faire ce qu'on appelle du clubbing, danser les gens, les amuser, à ce moment-là, c'est difficilement, à mon avis, identifiable, acceptable de faire danser des gens à 9h, 10h du matin. Bon, si on veut commencer à les faire s'amuser, Ils ont déjà fait du style, puisque nous, on s'est développé exclusivement en montagne. Mais les fondamentaux, c'est le bien manger. C'est la cuisine française. Et donc, effectivement, j'ai toujours été très impliqué dans la bonne cuisine. C'est quelque chose de fondamental. Et on a pris notre temps pour se développer sur le fait qu'on s'est entouré de très bons collaborateurs, de très bons cuisiniers, et qu'on n'a rien lâché dans la cuisine. Et c'est à partir du moment où les gens avaient confiance dans notre cuisine, qu'ils ont commencé à avoir confiance en nous sur le fait de s'amuser après le repas. Voilà, c'est d'abord la restauration et ensuite on a commencé à s'amuser. Et cette confiance, elle s'est faite entre les gens qui consommaient, qui mangeaient, et les gens qui venaient faire la fête. les choses se sont rendues plus cohérentes, et on a effectivement écouté les clients. Moi je dis souvent, vous savez le marketing, c'est quelque chose qui était en nous, moi j'ai rien inventé, on s'est toujours occupé des clients, mais tout le temps, même quand ils étaient gamins, donc les gens aujourd'hui qui nous fréquentent, puisque vous me parlez de cette fréquentation, c'est d'abord tous les remercier, puisqu'ils avaient, au début ça a été difficile, Ils avaient 15 ans, 16 ans, on avait le droit de sortir à 15-16 ans. Vous oubliez que dans les années 80-90, on avait le droit à 16 ans de boire de l'alcool. Cette loi est venue après la tradition de consommer de l'alcool à 18 ans. Mais nous, on commençait déjà à faire la fête, ils avaient 16 ans. Et 16 ans, ils s'en souviennent toujours, mais on les a toujours aidés, c'est les jeunes qui étaient chez nous. Ce qui fait qu'aujourd'hui, on les voit tous les jours. Ils nous disent « mais vous vous souvenez, j'étais avec mes parents, avec mes grands-parents » . Ils ont 35-40 ans aujourd'hui, mais ils étaient là il y a 30-40 ans avec nous à la folie douce. Et c'est ça qui fait qu'on est très famille et qu'on a une réussite parce qu'il y a dans toute la fréquentation, vous voyez ce que je veux dire, de la transparence, des vérités. Et ils nous revoient toujours en famille. Je ne sais pas, je vais même bien vous donner un exemple cette année-là. Bon, alors depuis 3-4 ans, on a 3 guests sur l'échelle qui sont des guests sur l'échelle. Ce sont des filles qui s'occupent un peu comme des... Alors on a des métiers de discuteurs aussi, des gens qui parlent avec les gens. Ce n'est pas rien à voir avec l'accueil des clients, ça n'a rien à voir. Ce sont des gens qui parlent avec les clients. Les filles, elles font partie de la famille. Elles ont du mal quelquefois à expliquer aux clients quels sont... de la famille, mais de la famille. Vous voyez ce que je veux dire ? Et ça, chez nous, c'est très important qu'un client est là, il est dans une petite maison. Voilà.
- Speaker #0
Alors justement, je rebondis sur un point. Tu as dit qu'il y a des personnes dont les jobs, c'est d'être discuteur. Donc de discuter, d'échanger avec les clients, de créer du lien, etc. Et c'est un job à part entière, un métier à part entière. Donc cette notion du service, à quel point elle est poussée ? Parce qu'on a beaucoup d'entrepreneurs qui nous écoutent. Et peut-être qu'on a des entrepreneurs, assurément on a des entrepreneurs qui justement sont à la recherche de la rentabilité, de la performance, de l'efficience. Peut-être même se disent qu'est-ce que je peux mettre en place pour maximiser la rentabilité et le revenu de chacun de mes collaborateurs. Et en l'occurrence, on veut miser énormément sur l'expérience client. Il y a plein d'avantages, mais parfois il y a aussi des choses qu'on peut un petit peu moins maîtriser, identifier. concentrer quasi exclusivement sur le fait d'échanger, de discuter, de créer de la relation avec les clients soit un avantage, soit un bénéfice pour le groupe tout entier. Est-ce que c'est cette notion intergénérationnelle ? Est-ce que c'est parce qu'il y a de la récurrence derrière ? Est-ce que c'est autre chose ? Ça peut être intéressant que tu nous partages ce point.
- Speaker #1
Le sujet, c'est qu'à un certain moment, les établissements se développent et ont du monde une grande fréquentation. On ne peut pas dire qu'à la fois d'où... Il n'y a pas de monde, il y a une foule. Mais souvent, les grands établissements appartiennent à des groupes qui gèrent d'ailleurs très bien les groupes. Mais un groupe n'aura pas la même sensibilité qu'une famille. Quand je vous parle d'éducateur, c'est ça. C'est de dire aux gens qu'on est une famille. Et dans une famille, il y a des émotions tous les jours. Il y a du service. J'ai inventé, moi, je ne dis pas le jeu, mais la notion de mentorat. Mais ça fait 20 ans. que je fais du mentorat et que j'aide énormément les seigneurs. Moi, je le dis avant, on a une grande messe en début de saison, à Val d'Isère, on est 240. Mais beaucoup de nos francisés font la même chose des grandes messes. On loue une grande salle au palais des congrès, on est 240. La première chose que je leur dis, je leur dis, écoutez, vous allez vous présenter, mais je peux vous assurer que quand vous allez vous présenter, vous allez voir que celui qui est là devant vous, Et le plus faible, celui qui ne connaît rien, c'est moi. Et oui, puisque vous avez fait tous les 240 plus d'études que moi. Et ça, ce n'est pas que j'allais tout, c'est que c'est la vérité. La vérité, c'est qu'on apprend beaucoup des autres. Moi, je n'en suis là que parce que j'ai écouté et que je l'ai toujours recruté, toujours en recrutant des gens plus forts que moi, même quand j'étais gamin. Et aujourd'hui, ça continue. Quand je fais du mentorat, on a beaucoup de gens... Par exemple, on va dire dans la cuisine, dans la salle. Je viens de rentrer encore une fille dont les parents nous ont beaucoup aidés en salle. Mais on fait des formations perpétuelles. Et on a des chefs qui sont étoilés, qui sont à l'âge de la retraite et qui accompagnent et forment les jeunes en permanence. Et ça, c'est très important. C'est toujours cette notion d'excellence et de qualité. Je peux vous dire qu'il ne faut rien lâcher tous les jours. C'est un plaisir. Les 240, et je vous assure que vous le voyez sur les réseaux sociaux, on a eu, sur les 240 personnes qui sont arrivées, on n'a eu aucun turnover cette année. On n'a pas de départ, les gens sont heureux. Bon, pourquoi ? Il faut dire aussi que ça nous est plus facile pour nous, pour des petits établissements c'est peut-être un peu moins facile, mais nous on a deux jours de congés consécutifs, le matin ils prennent le travail à 9h, ils terminent à 10h, ils ont une heure et demie de coupure, ils peuvent faire du ski, enfin voilà. Il faut apporter des choses pour que, effectivement, si vous voulez rendre les clients heureux, il faut que les équipes, nos employés, soient heureux. S'ils sont heureux, ils vont transmettre parce qu'on est nombreux. Donc ce n'est pas à moi de transmettre le côté d'être sympa et que ça soit une bonne ambiance. C'est vraiment à nos équipes, ils sont formés pour ça.
- Speaker #0
Tu parles de mentorage justement. Aujourd'hui, c'est 1000 personnes, c'est 8 stations, c'est des franchisés. il y a aussi une vraie... comment dirais-je, lucidité sur l'importance de la culture d'entreprise. Ce dont tu parles, c'est aussi de la culture d'entreprise. C'est un cadre, c'est un contexte qui est favorable et propice à l'épanouissement et donc au développement de chacun. J'imagine que tu as aussi fait plein d'erreurs. Il y a aussi eu plein d'apprentissages au cours de ces dizaines d'années d'entreprenariat et de croissance avec la Polydousse. C'est quoi justement cette, comment dirais-je, Évolution, comment tu as évolué en tant qu'entrepreneur ? Parce qu'aujourd'hui, il y a beaucoup d'informations partout. Il y a souvent trop d'informations et il est presque plus compliqué de réussir à trouver la bonne information que d'avoir accès à de l'information. Et ce qui fait la différence souvent entre un entrepreneur qui réussit et un entrepreneur qui a des difficultés, c'est sa posture, sa capacité à prendre les bonnes décisions aller dans la mauvaise direction. Quel conseil tu aurais justement à partager à ceux qui nous écoutent à ce sujet avec toute l'expérience que tu as accumulée ?
- Speaker #1
Là, je pense réellement que nous, on a réussi grâce aux formations. Il faut bien comprendre une chose, c'est que dans tous les métiers, que ce soit dans l'industrie, la technicité, le savoir-faire changent énormément. Si vous voulez, pour notre métier, la folie douce, on recrute à partir de... Aussi, également, comme tout le monde, à partir de grandes écoles. Les grandes écoles hôtelières que sont Glion, Les Roches, Lausanne, Beau Soleil, etc. Ce sont des grandes écoles hôtelières. Le problème, c'est que je pense que c'est comme dans l'industrie. Aujourd'hui, au bout de deux ans, la technicité, l'évolution des marchés est différente. Vous ne pouvez plus, avec un diplôme... prend un diplôme d'ingénieur. Nous, on n'a pas besoin d'un ingénieur. Mais je suis sûr que dans les entreprises aujourd'hui, un ingénieur qui est formé a besoin de se reformer tous les 2-3 ans. Ce n'est pas comme à l'époque où vous faisiez polytechnique ou centrale, etc., et vous aviez une technicité fantastique. Le monde évolue très vite, et nous aussi, dans l'hôtellerie, dans la restauration. Donc, la question que vous me posez, c'est par les formations très modernes qu'on fait énormément, d'expression corporelle, on fait du management, du coaching. Tous nos collaborateurs qui ont plus de 2-3 ans de saison font de la PNL. On fait des formations à l'excellence, l'intelligence émotionnelle. C'est par la formation que vous pouvez y arriver. Bien sûr, il faut que les formateurs comprennent notre concept, notre cadre à nous. On explique aux formateurs ce que l'on est et ensuite, ces gens-là sont formés. Il faut investir dans les formations. effectivement, il y a quelques années, on avait beaucoup d'aide sur les formations. Maintenant, on n'a plus d'aide. Tant pis, on investit nous-mêmes. C'est sûr qu'on a beaucoup moins de marge, moins de réussite, mais on investit beaucoup dans les formations. Voilà.
- Speaker #0
Très clair. Merci pour ça. Un autre point aussi, toujours dans la lignée de la formation, tu as créé ta propre école avec la Folie Douce Académie. Comment on en vient à créer cette école et à quel moment peut-être il y a un déclic, il y a une prise de conscience La transmission, la formation, le mentorat. Aujourd'hui, c'est vrai sur Internet, on parle beaucoup de formation, on parle beaucoup de tous ces sujets. La réalité, c'est que là, ça fait des dizaines d'années qu'il y a eu cette prise de conscience et cette volonté de transmettre pour, tu en parlais d'ailleurs dans une interview, aller chercher l'excellence et créer un standard de cette excellence.
- Speaker #1
Il faut identifier les métiers. Quand on a effectivement une petite entreprise de restauration, ou d'hôtellerie, vous n'avez à faire dans l'hôtellerie qu'à quelques métiers de l'hôtellerie. Nous le problème à la Folie Douce c'est qu'on touche beaucoup de métiers et c'est ça, c'est d'être très rigoureux dans ses métiers. Je vais peut-être être très découdu mais parlons des métiers d'artistique. Vous devez chez nous, la formation, on a des chorégraphes et les chorégraphes sont là toute la saison et ils ont une vingtaine de danseurs. à gérer. Costumier, c'est les couturières, c'est des métiers. Compositeur de musique, on a...
- Speaker #0
En permanence, nous deux compositeurs de musique, on compose des musiques. On a un compositeur de musique classique, un compositeur de musique un peu plus électronique et puis après, on a ce qu'on appelle des DJ, des programmateurs. Mais ce que je veux dire, c'est que dans chaque pôle de la fouille douce, il y a des métiers. Donc là, je vous ai parlé des médias artistiques. Il faut aussi que les chanteurs, par moins 15, moins 20, ils économisent leur code vocal parce qu'effectivement, chanter par moins 10, moins 15 dehors, c'est... plus difficile que de chanter effectivement dans une salle. Si on prend les cuisines, c'est la même chose, l'évolution des cuisines. Sur Badizère, on est plus de 95 cuisiniers. Vous pensez bien qu'il faut effectivement, là encore, les driver, les former. On a la même logistique que sur un bateau, puisque à partir du moment où, à partir de 9h du matin, on ne peut plus réclamer quoi que ce soit comme marchandise, C'est le matin qu'on monte les marchandises pendant une heure de 8h à 9h. C'est de la logistique. Il faut aller chercher des camions dans les chalets, dans les garages, etc. Vous voyez ? C'est des métiers logisticiens. Et les logisticiens ne font que de la logistique. Vous voyez ce que je veux dire ? Après, il y a le décartonnage. Il faut identifier les métiers et vous rajouter ces métiers. Et après, avec de la cohérence et l'organisation, ça fonctionne. Mais aujourd'hui, il faut être extrêmement… professionnels, et je ne vous ai pas parlé de la sécurité. La sécurité chez nous, c'est très important. Ça fait, je dirais carrément, 30 ans, 40 ans qu'on n'a jamais eu d'accident grave. Ça peut arriver. On ne va pas penser à Grand-Montana parce que ça ne peut pas nous arriver, ça. Mais un accident peut toujours arriver. Quelqu'un qui avait bu, je ne sais pas, trop mangé, mais on fait attention à tout. C'est-à-dire que dès qu'on a... identifié avec, on a sur site chaque site, il faut 12 environ entre 10 voire plus 15, nous on est un peu plus de 12 agents de sécurité et ça c'est pour que les gens puissent descendre en ski normalement et ne pas créer de troubles à l'ordre public sur les pistes etc. Donc à partir du moment où on fait son métier c'est plus facile je dirais c'est plus facile de pouvoir communiquer je dirais avec l'administration pourquoi ? Parce que À partir du moment où il y a plusieurs parties en sécurité, si vous voulez, on est confronté par exemple au service des pistes, à la police municipale, aux pompiers, au cabinet médical, avec la gendarmerie. À partir du moment où vous travaillez avec ces gens-là et qu'ils n'ont aucun reproche à vous faire, au contraire que les félicitations nous accompagnent, le concept d'un folios est né. Si c'est de le désordre, la folie douce ne peut pas exister.
- Speaker #1
Un point également, quand un tel succès arrive, qu'il y a beaucoup de partage sur les réseaux et autres, beaucoup ont essayé de copier le concept partout dans le monde. Selon toi, autant pourquoi personne n'a vraiment réussi à reproduire cette recette de la folie douce ? Après tout ce que tu nous as partagé, on comprend vraiment qu'il y a le souci du détail, il y a cette volonté d'excellence, L'expérience client, la compréhension des métiers, la transmission, la montée en compétence, la culture d'entreprise, aussi l'art de la table. Tu parlais justement de la gastronomie française, la nourriture française, etc., qui est mondialement connue et appréciée. Mais je te pose cette question parce que beaucoup d'entrepreneurs, lorsqu'ils ont un concept, lorsqu'ils ont du succès, lorsqu'ils maîtrisent quelque chose, vont à un moment donné ou un autre se faire copier. Comment tu l'as vécu ? Comment tu l'expliques ? Et qu'est-ce qui fait qu'il y a cet ingrédient supplémentaire que personne ne peut voler ?
- Speaker #0
C'est-à-dire que la complexité, si vous voulez, elle a fait qu'on est resté en montagne et qu'on se développe en montagne. Les enfants Arthur et César dont vous avez parlé vont se développer effectivement aux États-Unis, peut-être en Suisse, ils vont se développer. Nous, on n'a pas voulu se développer sur le... l'été parce qu'on s'est dit... Très clairement que les nuisances, l'été il y avait beaucoup plus de nuisances parce que c'est très construit la côte d'Azur, très construit où on s'installe et que le volume sonore crée des nuisances. Notre volume sonore ne peut pas nuire à personne puisqu'il n'y a pas de construction. Si on peut nuire à la limite l'environnement aux marmottes mais on a compris qu'on ne dérangeait pas les marmottes. Donc, si vous voulez, le développement, on a maîtrisé notre développement pour rester comme en montagne et ne pas se développer. Et puis, en plus, sur la musique, nous, on crée notre propre musique. On prend, bien sûr, des morceaux connus, mais ils sont tous remixés à la musique électronique. avant tout des créatifs. Et dans tous ces segments, dans tous ces pôles dont je vous ai parlé, on a un pôle d'innovation. Et ça, les jeunes, aujourd'hui, vous parliez d'Ibiza, on peut rendre à César ce qui appartient à César, à Ibiza, ils ont depuis très longtemps, moi j'allais à Ibiza déjà dans les années 68, avec les Pink Floyd, Mercury, Freddie Mercury, etc. Mais la musique s'est créée à Ibiza. Et il y a une légitimité à ce que Ibiza, aujourd'hui, soit Ibiza. Alors bon, il y a des débordements, certes, peut-être comme nous, mais on est légitime. Et à la Fouillous, on est effectivement légitime sur la cuisine, sur la musique, sur tous ces pans qui font ce concept.
- Speaker #1
Je rebondis sur le parcours, presque le début du parcours. On l'a compris quand tu l'évoquais rapidement, c'est une succession de circonstances, d'éléments. presque à l'arrache si j'ose dire, est-ce que tu penses qu'on peut encore entreprendre de la même manière dans le monde d'aujourd'hui ? Un monde aussi complexe, concurrentiel, etc. Est-ce que ça reste possible de juste exprimer sa créativité ? Tu parlais d'être créatif. D'avoir un bon concept, de mettre au centre le client et d'aller chercher ce type de résultat.
- Speaker #0
Oui, disons que moi j'ai démarré très tôt, mais j'ai fait une coupure il y a une quinzaine d'années, grâce à ma mère et grâce aux enfants. J'ai pu l'hiver passer presque la moitié de mon temps, mais bien au moins un minimum d'un mois à l'étranger. C'était en Europe, dans les stations américaines, mais surtout maintenant l'Europe. Je pense que si c'est pour parler de ce développement à la montagne, il faut vraiment se rendre compte de ce qui se passe dans les stations étrangères. Les Français ne vont pas assez, et tant mieux pour nous d'ailleurs. Ils m'ont passé à voir dans les stations étrangères qui ont pris, je dirais, dans certains secteurs, beaucoup d'avance sur nous. Et je pense qu'on continue, nous, à être très sollicités, notamment à Val d'Isère et dans d'autres stations, parce qu'on est plus haut qu'en Autriche. Nos stations sont un petit peu plus hautes que la majorité des stations autrichiennes, bien qu'il y en ait qui soient hautes comme nous, au-dessus de 2000 mètres. Mais sur les Dolomites, qui sont un petit peu plus basses, vous voyez, sur la Suisse également. Il y a des grandes stations en Suisse qui ont la même attitude que nous. Mais il faut aller voir quand même ce qui se passe ailleurs parce que, vous savez, c'est un peu le mal français et surtout en montagne de dire « je sais tout » . J'ai tout vu d'être prétentieux. Non, non, on n'est vraiment, nous, pas prétentieux parce qu'on sait que certaines stations sont meilleures que nous à l'étranger. Dans des domaines, sur notre domaine French Tech qu'on pourrait appeler, si on voulait appeler Folie-Ouest, ça va. On est plutôt au même niveau, peut-être même un peu en avance. Mais sur certains domaines, sur l'hôtellerie aussi, on est très bien. En France, il y a les stations françaises, mais il y a vraiment des stations étrangères qu'il faudrait visiter. Je conseillerais à des jeunes ou à des gens qui veulent s'implanter d'aller regarder ce qui se passe ailleurs parce que... on aurait tendance à prendre, je dis nous en France, un peu de retard.
- Speaker #1
J'ai deux dernières questions pour toi. Tu as parlé de tes fils notamment avec lesquels tu travailles. Tu parlais de la notion familiale, donc travailler en famille. Pour les entrepreneurs qui nous écoutent et qui sont dans cette optique de travailler en famille, qui travaillent peut-être déjà en famille et peut-être même de transmission pour la suite, toi qui le vis, qui l'as vécu, qui as construit aussi autour de tout ça, Quel conseil tu partagerais ? Parce qu'il y a aussi un vrai sujet en France, c'est qu'il y a énormément de sociétés saines qui malheureusement déposent le bilan ou s'arrêtent faute de repreneurs parce que parfois des membres de la famille ou autres n'ont pas envie ou parfois certains n'ont pas de famille où il y a toute cette notion de reprise et de transmission et de continuité qui effectivement est en douleur malgré de belles opportunités, malgré de belles entreprises. Toi qui l'as vécu là aussi, quel conseil tu partagerais à ceux qui nous écoutent ?
- Speaker #0
C'est sûr que je n'aurai aucun conseil à donner à ce sujet. Je vais simplement vous donner mon parcours. Mais je pourrais commencer par dire quelque chose que j'aime beaucoup, dire pour ceux qui connaissent le Jean Gabin, c'est « je sais, je sais, mais je sais qu'on ne sait jamais » . Alors, je vais commencer par là parce que moi, mon parcours, et avec mes enfants, On faisait des conseils de famille quand ils étaient gamins. On a continué jusqu'à l'âge de 15-16 ans. Après, on ne les a plus beaucoup vus, Arthur et César. Dans ces conseils de famille, on les changeait beaucoup et un jour, on leur a demandé, un petit peu plus tard, vous ne regrettez pas tout ce qu'on n'a pas fait pour vous, le fait qu'on vous ait mis des coups de pied aux fesses pour vous faire partir de Val d'Isère très tôt, enfin des stations. Bon, peut-être qu'ils auraient aimé apprendre plus, mais ce n'est pas ce qu'on avait choisi. On était loin, l'école était difficile, il fallait aller à Bourg-Saint-Maurice, d'abord la première école, mais surtout après. Et concernant les deux, sur premier Arthur, qui avait deux ans de plus que César, derrière ce 14 ans, on a décidé de lui faire faire une scolarité d'une année aux États-Unis. Donc on l'avait mis à Washington DC, dans une famille d'accueil qu'on ne connaissait pas. Et là, on est allé le voir quand même parce que maman avait la larme à l'œil. Donc, avant Noël, avant d'ouvrir la saison, on est allé le voir. Il pleurait, il voulait repartir avec nous. Je n'ai pas cédé à Corinne, à ma femme. Je lui ai dit « Écoute, non, non, on repart maintenant, on part deux jours avant. » Mais il est hors de question qu'il revienne avec nous. Donc, on est parti et donc, il est resté là-bas. Nous, à l'époque, on n'a pas eu les moyens de laisser plus d'un an aux États-Unis. Donc, il est rentré. Et il a fait une mauvaise scolarité rentrant dans une école internationale à Aix-en-Provence. Et donc, on lui dit « mais qu'est-ce que tu veux faire ? » Il a dit « bon ben écoute, je vais faire ce que j'ai fait aux États-Unis, je vais partir en Espagne, je vais passer mon bac en Espagne » . Et quand on l'a amené en Espagne, malheureusement c'est un peu trompé, on l'a mis dans une famille d'accueil mais qui était des Catalans. Donc voilà, il a continué, il a passé le bac en Catalan. Il ne voulait pas aller à l'école espagnole. Après on lui a dit qu'est-ce que tu veux faire après le bac ? Il a dit je pars en Asie, je ne veux pas chinois, je veux partir de là. On est parti l'accompagner, on a fait Hong Kong, on a fait Shanghai, on a fait Pékin, différentes villes et le voilà parti dans une école à 200 km de Shanghai. Et puis là il vivait toujours depuis les États-Unis, depuis l'Espagne, partout il vivait avec des locaux. Et ce qu'on ne savait pas, c'est qu'à l'université où il était, il avait l'intention de vivre avec des Chinois. Mais lui, il était parti, il vivait avec des Chinois. Et donc au bout d'un an et demi d'école, ils se sont aperçus, ils ont dit « Vous rejoignez l'école, sinon vous êtes viré » . Il ne nous a rien dit. Il n'a pas accepté, il est resté, il a été viré. Et après, il a voyagé tout le temps. Bon, je vous fais le parcours, mais Arthur connaît la planète entière. On était très surpris de le voir revenir. Mais vraiment très surpris. On pensait que c'était un citoyen du monde. Il était citoyen du monde, il voyageait, il ne faisait que ça. Il est venu nous rejoindre. Mais naturellement, c'est pour ça que je peux vous dire que la transmission a été plus facile. C'est de lui-même qu'il est revenu. Quand à César, à 13 ans, il était sportif, il était en équipe de France de snowboard. Il devait aller aux Jeux Olympiques de Sochi. Ils se sont blessés, tous les snowboardeurs qui étaient avec lui. À l'époque, c'était du billard. Il est parti entraîner une équipe au Canada, à Whistler. Voilà il a étudié et César, à l'âge de 13 ans était parti à Stratton Mountain School. Et il a fait une année, il aurait dû faire deux ans, il s'entraîne avec l'équipe américaine. Bon, il est rentré. Et à l'époque, il a quitté l'école lui encore plus tôt que moi. Donc il n'est jamais allé à l'école. Mais il suivait des cours. Chaque fois qu'il avait le sens d'abord, il partait dans les pays de l'Est courir. Sa mère l'a obligé à passer le bac. Il a eu, sans jamais étudier, 20 en maths. Alors bon, voilà, je vous raconte cette histoire parce que nous on n'a pas compris pour quel il y avait 20 en maths. Bon, peu importe. Et sa mère l'a obligé donc d'aller au Canada pour faire un master. Il est allé faire un master en gestion internationale, comptabilité et puis... Comme il a réussi, voyamment, son master, on est retourné le voir, ses diplômes. On lui dit « Écoute, toi qui aimes le sauvage et qui surfes beaucoup, on va t'amener à Hawaii. » Mais à Hawaii, il y a une bonne université, tu sais, à Honolulu, même que Paracomama, on lui a raconté un peu des histoires. Et quand on est arrivé là-bas, il a dit « Je vais vous dire la vérité tous les deux. Vous n'avez pas compris, je déteste les maths. Je déteste les maths. Donc j'arrête de travailler. C'est fini. Vous entendez ? C'est fini. » on n'a plus rien dit et César a continué sa vie et il est revenu il y a environ 3 ans et à 28 ans il a monté sa boîte de BTP il a une quarantaine de maçons aujourd'hui qui travaillent pour lui et voilà c'est pour ça qu'on n'a pas de leçon à donner nous on leur a plutôt mis des coups de pied aux fesses pour pas qu'ils reprennent la fouille douce et maintenant un s'occupe des travaux du développement de la fouille douce César et l'autre Arthur s'occupe de la promotion et du développement. Voilà.
- Speaker #1
Merci Luc pour tout ce que tu as partagé dans le cadre de cet épisode. J'ai une toute dernière question à te poser, mais avant ça, si vous avez apprécié cet épisode, écoutez cet épisode autant que je n'ai eu de plaisir à l'animer comme à chaque fois. Faites-le nous savoir en partageant cet épisode, en commentant également le post LinkedIn qu'on va faire dans le cadre de cet épisode et puis en mettant 5 étoiles sur votre plateforme de streaming préférée. Luc, j'ai une toute dernière question. Est-ce que tu peux nous partager toute la différence dans ta vie, professionnelle comme personnelle, peu importe, mais que tu n'as pas encore partagé dans le cadre de cet échange. Ça peut être une simple phrase, une situation, quelque chose de positif, quelque chose de moins positif, une anecdote, peu importe, tu as carte blanche pour le mot de la fin.
- Speaker #0
C'est difficile ne pas avoir peur et effectivement, je me suis rendu compte que dans les cas vraiment critiques... très difficile de la vie comme tout le monde a, je me suis rendu compte que je n'avais absolument pas peur et pas peur, je dirais, voilà, de la mort. Un jour, je m'entraînais pour le monitorat de ski, c'était dans le Vercors et à l'époque, dans les années 70, les fagnons, ce n'est pas des fagnons comme maintenant, ils ont des boules et puis ils se couchent, ils sont en plastique. À l'époque, c'était des bâtons comme des noisetiers qui étaient taillés. Donc avec l'épaule, j'ai pris un piqué que j'ai bien sûr, par exemple, le seul homme envoyé devant moi. Je l'avais repéré, mais je voulais faire un temps, je ne voulais pas m'arrêter. Donc au moment de passer le piqué, j'ai mis mes gants sur le fagnon et malheureusement, j'ai mal calculé la hauteur du fagnon. Ça a glissé et le fagnon m'a transpercé de part en part au-dessus du bassin. J'étais sur le côté, je voyais que je n'avais pas fait l'hémorragie, j'avais bien sûr très mal. Et les médecins qui sont arrivés à l'époque m'ont dit « Oh là là, donc ils ont fait venir un hélicoptère » . Et on a scié le bâton 20 cm au-dessus du ventre et bien sûr 20 cm à l'arrière. Et donc je suis parti en hélicoptère à Grenoble. Je me suis dit : « Qu'est-ce qui va se passer ? » Le médecin m'a dit : « Bon, écoutez, ce n'est pas grave. On va vous opérer. En principe, normalement, vous avez une partie du sexe qui est touchée, mais normalement ça devrait fonctionner en forme andorre, etc. » Et donc, après l'opération, je reste un mois à l'hôpital avec les drains. à la fin de mon séjour, mais pas tout à fait à la fin. Bien sûr, j'ai voulu voir si, effectivement, je pouvais toujours avoir quand même une érection. Et donc, je me suis mis de côté. Et bien sûr, j'ai tous les points le long de mon sexe qui ont explosé. L'infirmière est arrivée avec le chirurgien. Ils ont dit, bon, lui, il faut qu'il parte. Il m'a renvoyé chez moi. Mais ce que je veux dire, c'est qu'à aucun moment de cet accident, vous voyez, c'était un moment de la vie, mais je n'ai eu peur. Voilà. Après, j'ai beaucoup, beaucoup d'autres anecdotes à vous raconter. Mais voilà, c'est quelque chose qui me revient et qui me revient souvent, c'est tout le long du parcours de vie que j'ai eu parce que j'ai vraiment eu des moments très difficiles. Même pas peur, comme on dit. Voilà.
- Speaker #1
Merci Luc.
- Speaker #0
À bientôt.