- Speaker #0
Depuis 2017, j'accompagne et côtoie des entrepreneurs à succès. Chaque rencontre est unique et permet d'identifier ce qui crée la réussite. Je suis Alec Henry, l'initiateur du mouvement Entrepreneurs.com. Et dans ce podcast, j'ai l'opportunité d'échanger avec des personnalités inspirantes qui ont su créer la différence. Avec Le Déclic, je vous offre une perspective unique afin que vous puissiez,
- Speaker #1
à votre tour, faire la différence.
- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans ce bel épisode du podcast Le Déclic. Encore une fois, bien accompagné, je suis avec Thierry Mincent. Comment tu vas ?
- Speaker #1
Très bien. Merci Alec.
- Speaker #0
Eh bien écoute, merci à toi, merci à toi d'être là. On va parler de Japon aujourd'hui entre autres. C'est un sujet qui me tient particulièrement à cœur parce que je suis tombé amoureux notamment de la culture du Japon en y allant la première fois. Dans ton cas, tu découvres le Japon en 1994 lors d'un stage à Tokyo et ça ne te lâchera plus jamais. Alors désolé, mais tu l'as découvert, dis-toi, avant que je sois né. Je suis de 95. Donc autant dire que tu as beaucoup plus de recul et de légitimité que moi, encore plus par ton parcours à parler Japon entre autres. Diplômé, tu passes deux ans au Japon, puis tu cofondes une entreprise de vente de vin en ligne que tu introduis en bourse en 2006. On va en parler également. 12 ans d'entrepreneuriat, des hauts, des bas, des dettes et un échec qui va tout changer. Parce qu'en 2010, tu rejoins Japan Experience aux côtés de Claude Saulière, fondateur de Voyageurs du Monde. En 2019, tu rachètes l'entreprise quelques mois. avant le Covid et aujourd'hui Japan Experience c'est 70 millions d'euros de chiffre d'affaires une centaine de collaborateurs entre Paris Londres Berlin Madrid et Milan la référence du voyage au Japon en Europe avec plus de 60% du chiffre d'affaires réalisé hors de France en parallèle tu lances Hirashai je l'ai bien dit ? c'est parfait il y a l'accent magnifique magnifique un concept store japonais à Paris et tu rachètes France Travel Center opérateur installé directement au Japon. Fin 2025, Japan Experience intègre le groupe Avas Voyage et dans cet épisode, on va comprendre comment transformer un échec en point de départ et comment dominer une niche ultra spécialisée face à la concurrence. Encore une fois, bienvenue Thierry sur le Déclic.
- Speaker #1
Merci beaucoup Alec. Flatté de cette belle présentation.
- Speaker #0
Bah écoute, à la hauteur de ton parcours, il y a plein de choses à raconter justement. J'ai plein de questions à commencer par une de tes premières expériences entrepreneuriales voire la première. Tu as passé 12 ans sur un projet dans le vin, 12 ans qui s'est terminée avec plein de leçons, j'imagine, mais aussi des dettes, des remises en question. Tu as compris à quel moment que c'était fini, qu'il fallait tourner la page et comment tu l'as vécu ? Je te pose cette question parce que peut-être que certains entrepreneurs qui nous écoutent sont peut-être face à certains challenges ou ont vécu récemment un challenge. Et parfois, c'est difficile de réussir à déjà s'en rendre compte et puis tourner la page pour rebondir comme tu l'as fait.
- Speaker #1
Écoute, tu as bien raison. En fait, ces 12 ans d'entrepreneuriat, dans le monde du vin, je les ai passés aux côtés de mon ami d'enfance et avec qui effectivement on a passé des moments incroyables. Mais en même temps, au bout de quelques années et en pratique deux trois ans après l'introduction en bourse, j'ai compris qu'en fait je n'avais pas l'écoute de mon associé, je considérais qu'on faisait une erreur stratégique. Mais il m'a fallu beaucoup de temps effectivement pour réaliser ça, pour prendre conscience que quoi que je fasse, quoi que je dise, les choses ne pourraient pas changer. Et donc, j'ai à un moment donné pris une décision difficile, on va dire en âme et conscience, parce qu'il fallait abandonner 12 années de travail, 12 années aussi de sacrifice auprès de ma famille, 12 années aussi d'investissement financier. Mais c'était une décision, je dirais, salutaire pour pouvoir rebondir.
- Speaker #0
Très clair. Et tu parles d'une rage qui t'anime depuis des années, ça veut dire quoi exactement ?
- Speaker #1
On pratique ces douze années d'entrepreneuriat, ces douze années... où j'ai fait en pratique quasiment que travailler, c'est-à-dire entre 10 et 12 heures par jour, 6 jours sur 7, voire plus. Et donc, c'était un sacrifice que j'ai demandé en l'occurrence à mon épouse sur la promesse de « tu verras, ça va réussir » . Et puis, au bout de 10 ans, ce n'est pas une réussite qui m'attendait, c'était l'échec. L'échec au sens, j'ai décidé de quitter, de me retrouver avec des dettes parce que j'avais investi en m'endettant auprès de plusieurs banques. Et donc cette rage, elle vient de cette promesse que j'ai faite et que je n'ai pas pu tenir d'abord à moi-même, à mon entourage. Et puis au fond, j'ai été diplômé de Dauphine, 98% de mes camarades ont rejoint petites, moyennes ou grandes entreprises. Moi, j'ai fait le choix à l'époque un peu risqué de se lancer dans quelque chose qui, franchement, était bien sur le papier, mais où tout était... à écrire. Et donc, là aussi, même vis-à-vis de moi-même et vis-à-vis de tous ceux qui m'ont entouré, faire cet investissement. ça voulait dire passer à côté de plein d'autres choses. Et donc, se dire que ces 12 années, entre guillemets, ont volé en fumée, forcément, on n'a pas d'autre choix que de rebondir. Et cette rage, c'est cette énergie qui est là à tout instant, qui, quelle que soit la difficulté qu'on rencontre, vient nous repousser encore vers le haut, là où potentiellement, dès qu'on a un petit peu de confort matériel, de sécurité, on peut, je dirais, lâcher un peu la bride. Là, quand on a cette rage de réussir alors qu'on a échoué, c'est ça qui crée à un moment donné l'énergie pour déplacer des montagnes, ou presque.
- Speaker #0
Complètement. Avant que j'en vienne aux voyageurs du monde, tu as évoqué un point extrêmement intéressant, c'est que ton parcours de base, tout prédestinait à pouvoir aller peut-être dans un grand groupe ou autre, faire un peu comme tout le monde. Pour autant, tu choisis d'entreprendre. qui était beaucoup moins à la mode qu'aujourd'hui, où les barrières à l'entrée étaient aussi beaucoup plus importantes. Qu'est-ce qui fait que tu as été attiré naturellement par l'entrepreneuriat ?
- Speaker #1
Je dirais que je n'ai pas été attiré aussi naturellement que ça, surtout que je n'ai pas du tout un environnement familial qui m'y poussait, c'était plutôt l'inverse. Il se trouve que cet ami d'enfance avec qui j'avais fait toutes les bringues possibles depuis l'âge de 10 ans, lui avait ce projet de créer au départ un club de vin, puis une entreprise de vente de vin sur Internet. Et c'est lui qui m'a véritablement enrôlé dans cette aventure. Et ce qui nous a aidé à passer, je dirais, le premier pas, c'est qu'on a fait notre dernière année à Dauphine dans ce qu'on appelle un cycle d'entrepreneuriat. Donc, on a rencontré plein de chefs d'entreprise, d'entrepreneurs. Et de fil en aiguille, c'est ça qui m'a poussé à rejoindre l'aventure, encore une fois avec beaucoup de risques, comme celui, par exemple, de ne pas être payé pendant plusieurs années.
- Speaker #0
Complètement. Et justement, tu croises le fondateur de Voyageurs du Monde. Il te parle d'un projet au Japon. Tu as 37 ans à ce moment-là. Tu as des dettes. Il y a des leçons, mais aussi un échec derrière toi. Pour autant, tu lui dis oui. Tu redémarres tout à 37 ans. C'est quoi qui t'a poussé à lui dire oui ? Qu'est-ce qui fait que tu t'es lancé dans ce nouveau projet ? Beaucoup auraient peut-être reconsidéré l'entrepreneuriat, auraient géré la chose complètement différente. Pour autant, toi, tu te dis, allez, on y va, on se lance dans cette nouvelle aventure.
- Speaker #1
Écoute, c'est peut-être ce qui fait le moteur, comme je dis souvent, le drive, le moteur de mon énergie, c'est que j'ai besoin d'être passionné. J'ai besoin d'être passionné et je l'étais en vrai pas beaucoup au départ dans le vin, mais on ne peut pas à un moment donné ne pas être passionné par les grands vins, ce n'est pas possible. On s'attache forcément à ça, mais par contre, le voyage et le Japon, c'était deux de mes très très grandes passions. Et quand en plus de ça, je rejoins un entrepreneur talentueux qui avait fondé Voyageurs du Monde et l'a revendu au bout de 15 ans, je me suis dit que j'avais là toutes les composantes, peut-être pas forcément pour réussir ma vie sur le plan matériel, mais pour m'épanouir comme jamais. Et puis, la deuxième chose, c'est que là où j'avais eu avec mon ancien associé une forme d'aveuglement, J'ai vu chez Claude Solière un dirigeant pas comme les autres, à la fois un hyper créatif et en même temps quelqu'un qui comprenait énormément le sens des réalités, le sens du client, qui avait une intuition terrible. D'ailleurs, c'est lui qui a inventé le voyage par destination. Voyageur du monde au départ, c'était voyageur en Chine, voyageur au Japon, voyageur aux Etats-Unis. et donc il avait cette vision créative en particulier appliquée dans le monde du voyage et ça aussi ça a été ce qui m'a à pousser à le rejoindre et après, à continuer et à développer Japan Experience.
- Speaker #0
Très clair. Et aujourd'hui, du coup, tu diriges une boîte à 70 millions d'euros. C'est énormément de chiffre d'affaires, énormément de gestion, énormément d'humains. Qu'est-ce que, justement, ton tout premier échec, entre guillemets, t'as appris que tu appliques aujourd'hui ? Est-ce qu'il y a des éléments que t'as gardés depuis cette expérience dans le vin où tu t'es dit « Ok, ça, je ne le ferai plus, ça me suivra toute ma vie. » et ça a permis notamment de développer cette entreprise de la façon dont tu l'as développée ?
- Speaker #1
Écoute, ce que je crois, c'est qu'un dirigeant qui soit la tête d'une entreprise de 20, 50 ou 300 personnes se doit de rester à l'écoute du monde, c'est-à-dire de ses équipes, mais aussi de ses clients, de ses associés, du monde général au sens de son environnement. Et c'est vraiment là-dessus où j'essaie de... de retenir la leçon numéro 1 et qui finalement, derrière l'écoute, il y a la possibilité d'une remise en question et qui au fond dit « je me suis trompé » . D'ailleurs, nous, c'est quasiment la première question qu'on pose dans un entretien de recrutement. C'est quoi la grosse erreur que tu as faite dans ta carrière ou dans ta vie personnelle ? Parce que refuser, refuser au fond d'admettre ses erreurs, et on a tous fait des erreurs, c'est l'impossibilité d'avancer. Et d'ailleurs, c'est justement, c'est amusant parce qu'on en parlait beaucoup avec Claude Selyer, on théorisait d'une certaine manière un petit peu l'art du management, mais... le point de départ d'un espèce de carré, c'est ça. C'est d'abord de reconnaître qu'on a fait une erreur et qu'après, c'est de trouver la solution pour pouvoir se dire comment je corrige. Et donc ça, c'est vraiment cette capacité à écouter. Elle est au cœur à la fois de ma démarche, mais aussi de la culture de Japan Experience. On a en gros une centaine de collaborateurs, mais répartis sur plus d'une dizaine de sites différents, avec des fuses horaires différentes, avec des langues, des cultures différentes. Donc, si on n'a pas cette capacité d'écoute... au cœur de ce que l'on dit. En plus, moi au quotidien, je m'exprime en anglais, on a plusieurs, bien sûr, de nos collègues qui s'expriment en japonais, d'autres en espagnol, etc. Donc la capacité d'écoute, mais pas au sens, je dirais, linguistique, mais la capacité de se mettre à l'écoute des autres, c'est vraiment, je dirais, ce qui permet aux entreprises, en tout cas à la nôtre, de pouvoir avancer.
- Speaker #0
Complètement. Et est-ce que tu peux présenter Japan Experience en quelques mots ?
- Speaker #1
Japan Experience, c'est une agence de voyage. créé depuis plus de 40 ans, 1981, et qui permet aux voyageurs de vivre un voyage au Japon véritablement unique et en apportant de la valeur à ceux qui, par exemple, le feraient par eux-mêmes. Je donne quelques exemples. En même temps, l'idée, c'est d'être court. C'est qu'on va rendre l'expérience au Japon beaucoup plus smooth. que si on découvre les choses par soi-même. Que ce soit en organisant, par exemple, des transferts de bagages entre les villes, que ce soit en réservant les bonnes places de train quand on passe juste à côté du mont Fuji, que ce soit pour conseiller les meilleures adresses de restaurants à Tokyo ou à Kyoto. Il y a mille et une façons de rendre un voyage beaucoup plus riche par une agence de voyage à partir du moment où on connaît le terrain, ce qui est le cas de Japan Experience, que si on fait les choses par soi-même. La particularité du Japon, et je t'en parle parce que tu connais un petit peu, c'est que l'ingrédient numéro un du succès du voyage au Japon, c'est l'information. Contrairement à beaucoup de pays touristiques, et la France par exemple, où énormément de sites sont concentrés sur une ville comme Paris, au Japon c'est l'inverse. Il y a énormément de points d'intérêt qui sont éparpillés dans tout le Japon. Et même dans des villes comme Tokyo et Kyoto, il faut savoir où aller voir, quoi aller voir et comment le faire. Et pour ça, un voyage au Japon, c'est souvent le voyage d'une vie. C'est un voyage sur lequel, en plus, on met énormément d'attentes. C'est pour beaucoup le voyage qu'on a envie de faire avec les gens qu'on chérit le plus. Eh bien, ce voyage-là, on ne veut pas le rater. Ce voyage-là, on veut être sûr d'utiliser son temps de la meilleure façon. On veut vivre les expériences les plus incroyables, tout en même temps en laissant de la place à l'improvisation. Eh bien, ça, c'est l'état d'esprit dans lequel on construit. les voyages pour nos voyageurs. Et l'année dernière, c'est à peu près 7000 voyageurs qui ont utilisé nos services pour organiser un circuit.
- Speaker #0
Très clair. Et justement, Japan Experience, c'est une boîte qui ne fait qu'une seule chose, finalement, le Japon. C'est quoi la force d'être aussi spécialisé ? Je te pose cette question parce que des agences de voyage, il y en a énormément. C'est un domaine aussi qui, depuis le Covid, naturellement, a beaucoup souffert. Il y a eu pas mal de changements. Certains, malheureusement, ne sont plus là. Aujourd'hui, en plus, avec l'IA, avec les LLM, ChatGPT, Claude et JeanPasse, j'imagine que ça aussi, c'est un enjeu, c'est un challenge pour vous qui n'étaient pas présents il y a de ça quelques années. Et pour autant, le fait justement d'être aussi spécialisé, est-ce que c'est ça qui vous a permis de scaler autant ce modèle qui est souvent un modèle artisanal où il y a un, deux, trois collaborateurs maximum dans une agence de voyage ?
- Speaker #1
Exactement. En fait, c'est une excellente question parce que c'est justement l'hyperspécialisation qui est la réponse à toutes ces aides qu'on peut avoir, notamment par les moteurs de recherche, par les LLM. Au fond, l'hyperspécialisation permet de monter encore le niveau d'expertise. J'utilise par exemple une image, c'est que si les gens, imaginons qu'on soit une station de ski, nous on va emmener... les skieurs sur du ski de randonnée. On va les emmener là où seuls, ils ne pourraient pas aller. Donc oui, Chad GPT ou Claude vont me donner des idées. Mais après, il y a aussi un autre phénomène. C'est que Chad GPT me dit quelque chose. Mais au fond, est-ce que je peux le croire ? D'où vient cette information ? Et nous, on est des humains. D'ailleurs, c'est ce qu'on met en avant dans notre différenciation. On dit « human first » . Le voyage, c'est d'abord une histoire de rencontre. Les meilleurs souvenirs qu'on a d'un voyage au Japon, quand on a rencontré des gens sur place, nous, c'est ça qu'on veut faire revivre. D'ailleurs, ce sont nos équipes qui accueillent les voyageurs à l'aéroport, qui les accueillent dans les maisons qu'on loue, qui font les visites dans les villes. Et c'est ça, cette hyper spécialisation, qui permet d'aller plus loin. Et je dirais que le Japon est un des pays, pour ne pas dire le pays, sur lequel plus on creuse et moins on comprend. Ou plus on creuse et plus il y a de questions. poser la question en me disant tu dois en savoir un morceau après ces 30 années de Japon. En vrai, plus j'avance et moins j'en sais. Et d'ailleurs, c'est ce que disent la plupart des grands chercheurs, des grands scientifiques. Et donc, le Japon a cette capacité à toujours aller plus loin. Et nous, c'est ce qu'on fait. Et d'ailleurs, c'est presque comme une discipline scientifique. Je fais souvent l'analogie aussi avec le SEO. Le SEO, en fait, c'est presque une science qui, depuis 15 ans, évolue. Et en fait, nous, on est Merci. on est à la pointe de cette science, on est à la pointe de ce que peut être une expérience de voyage au Japon et ça va à des choses à la fois très simples comme visiter effectivement la plupart des grandes villes comme faire le tour du Mont Fuji en vélo comme aller faire 4 jours de randonnée sur les pèlerinages de l'île de Shikoku qui est le Saint-Jacques de Compostelle japonais et donc on emmène les voyageurs là où seuls ils ne seraient pas allés Ouais,
- Speaker #0
très clair, c'est un bon exemple même que tu donnais tout à l'heure Alors... dans le train pour voir le Mont Fuji, leur dire quelle place est celle qu'elle a mieux placée pour pouvoir vivre l'expérience de la façon la plus optimale. Ça, tout à fait, un LLM ou autre ne peut pas forcément te le dire. Il y a des exemples comme ça, il y en a énormément. Et le fait d'avoir un interlocuteur sur place qui connaît parfaitement le sujet, l'endroit, le Japon, les bonnes adresses et autres, pour ma part, ça a fait aussi toute la différence. C'est sûr que le voyage aurait été complètement différent si juste... J'y avais été les mains dans les poches avec quelques ressources à Ausha droite. Pour continuer la réflexion plus business, tu passes de 100% B2C à intégrer du B2B. Dans quel but ? C'est quoi la décision qui a orienté ce pivot ? Ça peut être intéressant parce que quel que soit le produit, la prestation, le service que l'on vend en tant qu'entrepreneur, on peut démarrer par du B2B ou on peut démarrer par du B2C. et à un moment donné ou à un autre, on va se poser la question de... « Ah tiens, et si j'allais chercher du business en B2B ou en B2C selon ce parcours qu'on a démarré ? » Vous, qu'est-ce qui a orienté cette décision, ce pivot ? Et puis surtout, quels ont été les résultats derrière ?
- Speaker #1
Écoute, en fait, la réponse est assez simple. En gros, il y a 15 ans, pour schématiser, on était trois à vendre le Japon. Aujourd'hui, il n'y a pas un opérateur de voyage qui ne vend pas le Japon. Donc, oui. Le gâteau est plus grand puisqu'on est passé de 150 000 voyageurs qui vont au Japon, genre 150 000 voyageurs français à près de 400 000. Mais aujourd'hui, il y a beaucoup plus de monde qui veut sa part et c'est normal. Et donc au fond, on a fait un mouvement entre guillemets, je ne veux pas dire naturel, mais qui paraissait aussi un mouvement essentiel. C'était de se dire, OK, en fait, on va aller pas uniquement fournir les voyageurs qui nous choisissent pour ce qu'on aime, mais également on va aller fournir les opérateurs qui veulent vendre le Japon. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, plus de la moitié de nos équipes sont au Japon, parce que c'est là où on apporte la plus grosse valeur ajoutée au sens de notre expertise du terrain. Alors, pour répondre à ta deuxième question, c'est quelle est au fond notre valeur ajoutée sur le B2B par rapport à celle du B2C ? Au fond, elle n'est pas très différente, au sens où, et j'ai même envie de dire que, parce qu'on a une expertise sur le B2C et que justement on comprend les attentes de nos clients, et je t'ai donné justement quelques exemples, à la fois quand les clients sont sur place, Quand ils viennent nous voir dans notre agence rue Sainte-Anne à Paris, on voit quelles sont leurs questions, qu'est-ce qu'ils attendent d'un voyage au Japon. Ça veut dire qu'on répond encore mieux aux attentes des agences de voyage qui ont en face d'eux les mêmes clients que nous. Et donc, comme je l'ai dit, toute l'expertise qu'on a construite pour les clients, on sait la transmettre aux clients de nos clients. C'est là où souvent des agences ou des tours opérateurs, je dirais purement B2B, qui ne connaissent pas bien le... La clientèle B2C peut avoir justement des difficultés à comprendre les attentes des voyageurs.
- Speaker #0
C'est hyper intéressant ce point, parce que comme tu le dis, le Japon est devenu une destination très demandée, d'autant plus que là, le Yen, il est relativement bas, donc c'est encore plus attractif d'y aller quand on le compare justement à d'autres destinations et qu'on a soit du dollar, soit des euros ou autre. Comment on reste numéro 1 dans sa niche quand tous les gros acteurs du voyage et même tous les acteurs du voyage arrivent sur ton terrain ? C'est quoi l'avantage concurrentiel que personne ne peut avoir ? Est-ce que, tu l'as déjà cité, et c'est cette hyper spécialisation, cette connaissance du terrain ou est-ce qu'il y a d'autres éléments de différenciation que vous avez identifiés pour pouvoir faire en sorte de garder une position de leader et faire en sorte de rester efficace et performant ?
- Speaker #1
Écoute, je te dirais que la réponse à ça, c'est le fait qu'on associe des métiers qui sont rarement sous le même toit. Je m'explique. On a à la fois un site web avec nos équipes. de développeurs, une vraie expertise digitale qui fait qu'on a un parcours client, entre guillemets, sans couture, et donc une vraie expertise de ce côté-là. De l'autre côté, à l'extrême opposé, on va accueillir des voyageurs dans des maisons, avec tout ce que ça implique, en gérant les accueils, toute la logistique d'une maison, avec des équipes ménage, des sociétés qui vont travailler pour nous. Et évidemment, on est aussi avec des conseils voyage. dans notre agence. Donc, en fait, on fait plein de métiers qui, généralement, sont rarement faits, en tout cas, à notre échelle. C'est-à-dire qu'on reste une petite entreprise d'une centaine de personnes. Il y a, bien sûr, quand on est un grand groupe, un grand conglomérat, il est normal d'avoir... Mais on a, compte tenu de notre taille, un éventail de métiers extrêmement importants. Et donc, je pense que notre force, elle vient de là, de cette capacité. Oui, c'est métiers très différents et en ayant, en même temps, une culture commune où, justement, un développeur qui va, par exemple, travailler sur des technologies comme Drupal ou Symfony, pour ceux à qui ça parle, et ceux qui vont passer une journée de guide privé, pour autant, ils appartiennent quand même à Japan Experience et ils savent pourquoi ils sont chez Japan Experience. Je pense que c'est ça, je dirais, la réussite de Japan Experience ou dit autrement, de manière plus simple, on a intégré toute la chaîne. C'est-à-dire qu'on est à la fois... vraiment proches des clients B2C. On est ce qu'on appelle une agence de voyage. On est tour opérateur parce qu'on fabrique des produits. On est réceptif parce qu'on est sur place, sur la destination et réserve des prestations. Et on est même prestataire puisque justement, on opère un certain nombre de services nous-mêmes. Et je crois que sur le Japon, il n'y a pas d'autres entreprises à aller aussi loin dans ces domaines-là.
- Speaker #0
Hyper intéressant. Et justement... revenons-en au démarrage de ton aventure Japan Experience en 2019 enfin c'est pas le démarrage c'est quand tu rachètes Japan Experience quelques mois après le Covid arrive est-ce que tu peux nous raconter justement qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?
- Speaker #1
écoute j'ai souvent tendance à dire que pour nous le Covid a été une chance c'est pas évidemment un peu culotté mais c'est véritablement ce qui s'est passé j'ai racheté début 2019 donc on a eu Merci. La positivité était de faire une très belle année en 2019, notamment parce que c'était la Coupe du monde du rugby, parce que le Japon était en pleine ascension auprès du public français ou européen. Et du coup, j'ai pu lancer toute une série de projets, que ce soit refondre entièrement notre site web, s'équiper d'un ERP, refondre tout notre catalogue produit, faire des recrutements clés de managers. Au fond, tous ces projets-là, qui ne sont pas faciles à faire quand l'activité tourne, on a pu les faire finalement avec une activité à l'arrêt. Alors évidemment, il a fallu gérer un tsunami d'annulation, il a fallu gérer évidemment le fait de devoir se séparer d'un certain nombre de personnes, parce que j'avais une certaine intuition que le Japon n'allait pas se réouvrir tout de suite, et en l'occurrence, ça a été quasiment le pays à mettre le plus de temps à ouvrir. on a quasiment eu d'activité pendant 3 ans, mais tous ces projets, on a pu les faire pendant le Covid. L'exemple que je donne souvent, c'est comme si on devait changer le moteur d'une voiture en ayant la possibilité de faire un arrêt au stand. Mais dans la vraie vie, on ne fait pas d'arrêt au stand. Il faut que l'entreprise continue à vendre et à encaisser. Nous, on a eu cette chance-là. L'autre chance, c'est qu'évidemment, on a eu, on en parle en connaissance de cause, Merci. avoir des implantations dans différents pays. La France a été le pays qui a le mieux protégé ses entreprises dans le monde du tourisme. On a bénéficié notamment du Fonds de solidarité et c'est ça qui nous a permis de continuer à travailler sur ces projets. Dernière chance que le Covid nous a donné, ça a été de me pousser dans mes retranchements et à imaginer le projet Hirashai, qui est un concept store autour de la cuisine japonaise et que mon associé Xavier dirige avec succès depuis bientôt trois ans. Donc là aussi, s'il n'y avait pas eu le Covid, je n'aurais pas imaginé un tel projet qui visiblement rencontre un certain succès à Paris.
- Speaker #0
Tu peux nous en parler justement de ce projet ? Comment est née l'idée ? Est-ce que tout de suite ça a cartonné ? Est-ce que là aussi le fait d'avoir été spécialisé avec aussi l'effervescence ou l'engouement plutôt autour du Japon, des mangas en général, de tout ce qui tourne autour du monde de la culture japonaise, ça a poussé, ça a drivé la croissance potentielle de ce projet-là ? Est-ce que vous avez aussi exploité les réseaux sociaux ? Ça peut être intéressant que tu nous expliques un petit peu.
- Speaker #1
Oui, écoute, avec plaisir. En fait, d'abord, l'idée, elle est venue du fait que ça fait quasiment 25 ans que je travaille dans les mêmes quartiers autour de l'Opéra, et plus spécialement de la rue Sainte-Anne, où est devenu un peu le quartier japonais, avec à la fois des restaurants, une ou deux épiceries. Et au fond, je voyais combien de fois des amoureux de la cuisine française rentraient dans une épicerie japonaise. Et puis, plein d'envie, plein d'espoir. Et en fait, ressortir de là les mains vives en disant, en fait, je n'ai pas compris, j'ai vu qu'il y avait peut-être 5, 7 sauces soja, 3 tofu différents, différentes huiles de sésame, mais je ne sais pas laquelle choisir, je ne sais pas comment l'utiliser, et personne n'est là pour m'aider. Et en fait, c'est en partant de cette idée-là qu'on s'est dit, en fait, il manque à Paris un lieu ou si je suis amoureux de la cuisine japonaise et que je veux ou cuisiner des plats japonais ou utiliser des ingrédients japonais dans ma cuisine de tous les jours, j'ai besoin d'un lieu où je comprenne. Et donc, c'est ça le point de départ. Et j'avais aussi remarqué qu'il manquait à Paris une marque forte autour de la cuisine japonaise. Au Japon comme à Paris, c'est souvent plein de petits restaurants, etc. Mais il n'y a pas de marque forte. Or, si la gastronomie française, c'est tellement... bien exportés dans le monde, c'est grâce à des marques fortes, que ce soit des marques qui n'existent plus beaucoup aujourd'hui, mais comme Fauchon et Diar, mais aussi des marques de producteurs, c'est parce que ces marques ont porté les couleurs de la France dans le monde entier. Or, le Japon n'avait pas ça. Et donc, on a aussi voulu créer un lieu, je dirais, d'une certaine taille. Donc, c'est aujourd'hui 800 m², 40 rue du Louvre, qui donne aussi sur la collection Pinot, donc un endroit vraiment génial, parce que c'est extrêmement bien centré, et avec donc une épicerie qui est au cœur du concept et autour trois espaces de restauration qui sont tous différents, mais évidemment tous très japonais. Et donc, pour répondre à ton autre question, le lien avec le Japon, évidemment le fait que Japan Experience qui est d'une certaine manière a incubé Hirashai, c'était de mettre à profit tout son réseau. On a bien sûr notre bureau au Japon qui nous a permis de rentrer en contact avec des centaines de fournisseurs. On a développé toute une filière d'importation. On a pu convaincre aussi des partenaires bancaires et nos associés de nous suivre dans cette aventure, parce qu'il a quand même fallu lever des millions d'euros, alors que Japan Expense faisait zéro euro de chiffre d'affaires, donc ça a été aussi un joli moment de conviction, et effectivement, comme tu disais, l'engouement pour la cuisine japonaise, qui ne tarie pas depuis des années, pour plein de raisons évidentes, parce que c'est à la fois une cuisine saine, c'est une cuisine esthétique, c'est une cuisine authentique, extrêmement variée, On a profité de cet engouement. Et là, aujourd'hui, c'est entre 1 000 et 2 000 personnes qui franchissent chaque jour les portes d'Irashaï. Donc, c'est chouette.
- Speaker #0
Et tu as une phrase également que tu répètes souvent à tes équipes. On n'avance que sous la contrainte. Pourquoi cette phrase ?
- Speaker #1
On avance ou, je dirais plus précisément, on change.
- Speaker #0
surtout sous la contrainte. Et de ce point de vue-là, la crise du Covid, comme celle qui nous touche moins, mais qui est quand même toujours impactante, je crois que tu en sais quelque chose, nous fait prendre des décisions qu'on n'aurait peut-être pas prises. Ça peut être de travailler autrement, de réduire les coûts. Un exemple tout bête, on s'interdisait avant de faire des carnets de voyage en numérique, et puis le Covid qui... où tout d'un coup, les gens ne s'envoyaient plus rien. On n'est plus droit de partager les choses. On est passé au numérique de manière quasi immédiate. Donc, la contrainte est ce qui vraiment permet aux gens de changer. À un moment donné, je prends un exemple. On fume toute sa vie et puis on va voir son médecin qui dit que si on continue comme ça, on va avoir un cancer. du poumon, à un moment donné, on est face à la réalité et c'est ça qui nous pousse à changer. Et on le voit tous les jours aussi bien chez Hirasha et que chez Japan Experience, cette nécessité d'évoluer. Tu disais, tu parlais tout à l'heure de beaucoup plus forte concurrence, aujourd'hui, cette concurrence nous pousse à changer. Et ça, c'est une réalité. Et nous, on l'a vu plein de fois, on arrive, on propose quelque chose, au sens d'un nouveau service, Et bon... un an après, on voit nos concurrents proposer la même chose. Pourquoi ils le font ? Parce qu'ils savent que s'ils ne le font pas, on va prendre tout le marché. Donc, cette maxime, d'une certaine manière, on la vit au quotidien et on sait que ce n'est pas facile d'impulser le changement. Pourquoi ? Parce que quand on est à l'origine du changement, c'est facile. Mais quand on subit le changement, ça n'a plus rien à voir. Et donc, c'est quand les gens n'ont plus le choix qu'à ce moment-là, ils acceptent ces évolutions.
- Speaker #1
Tout à fait, ouais. Tu parlais tout à l'heure également de culture d'entreprise, rapidement. Aujourd'hui, c'est une centaine de collaborateurs dans cinq pays différents. Certains, peut-être, ne se voient probablement jamais, ne se sont jamais rencontrés. Comment tu fais pour que chacun ait le sentiment de faire partie de la même boîte, de que ce soit tous dans le même bateau et qu'on arrive à garder une sorte de culture d'entreprise qui est similaire ?
- Speaker #0
Écoute, comme je dis souvent, il y a un truc qu'on n'aura jamais chez Japan Experience, c'est la machine à café. Et donc, comme tu dis, la plupart des équipes ne se verront certainement jamais. entre ce qu'on appelle des house angels qui accueillent les voyageurs dans nos maisons à Kyoto ou des conseillers voyage à Paris, la probabilité est assez faible. Et donc, on a fait l'effort, justement pendant le Covid, de réfléchir à ce qui faisait la culture de Japanese Pants. Moi, j'ai souvent dit qu'une entreprise, c'est un peu comme une famille. Quand on est jeune à 8, 9 ou 10 ans, on est invité dans une autre famille, et là on découvre que la famille d'en face, elle n'a rien à voir avec la nôtre, pour plein de raisons et bien l'entreprise c'est pareil et donc on a fait l'effort de dire qu'est-ce qui nous caractérise, c'est quoi notre ADN bon alors forcément à un moment donné on met le mot valeur parce que bon il faut mettre un mot, ça fait toujours un peu pompeux, mais en fait c'est ça, donc on a défini ces valeurs là, on en a 8 et ces valeurs là, il y a plusieurs choses, d'abord on les teste au moment de l'entretien de recrutement, ça c'est essentiel Merci. au fond pour voir justement, est-ce qu'on est face à quelqu'un qui a cette capacité d'écoute ou pas ? Quelqu'un qui dit, moi non, j'ai jamais fait d'erreur dans ma vie, ça s'appelle un red flag, là on ne va sans doute pas y aller. Après, nos managers sont là pour s'assurer que ces valeurs soient respectées, au sens où justement, on veut créer une de nos valeurs, c'est de créer un environnement positif. Et si je l'étais un peu cash, on ne veut pas être une boîte de canards. Ça veut dire quoi ça ? Ça veut dire qu'on va être une boîte... où c'est sympa, on peut se dire les choses, on peut plaisanter et il n'y a pas un mot plus haut que l'autre. Si à un moment donné, un manager voit dans son équipe quelqu'un qui ne joue pas le jeu, tout de suite, on va aller lui parler, on va lui expliquer. Et à la fin, ces valeurs, on va les tester chaque année au moment de ce qu'on appelle l'appraisal, c'est-à-dire l'entretien d'évaluation. Et ça fait partie du calcul, du bonus qu'on a mis en place pour l'ensemble des équipes.
- Speaker #1
Il y a un élément aussi intéressant que je voulais évoquer, c'est que tu as fait le choix de ne pas forcément imposer la culture japonaise en interne. Pourquoi cette décision ? Et je te pose cette question parce qu'elle est quand même assez particulière. J'ai un de mes collaborateurs proches qui a travaillé 23 ans au Japon et donc littéralement, il est devenu japonais. Donc avec derrière le côté, on va dire, process, protocolaire, hiérarchique. engagement et également code d'honneur qui va avec, qui apporte ses avantages, qui apporte aussi ses inconvénients qu'est-ce qui fait que toi dans le cadre de ton management, tu t'es dit que tu n'allais pas imposer cette culture est-ce que c'est parce que tu voulais justement garder cette flexibilité, permettre à chacun des bureaux d'avoir son propre ADN ça peut être intéressant justement de comprendre la logique derrière aussi d'un point de vue managérial et entrepreneurial.
- Speaker #0
Écoute Merci. J'essaie de pousser les équipes à cultiver leur passion du Japon. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en particulier les équipes qui sont en France, en Europe, on fait tout pour qu'elles puissent, une fois par an, une fois tous les ans, aller au Japon. Et donc, si on se met dans la peau, par exemple, d'un conseiller de voyage qui est à Paris et qui débarque dans nos bureaux à Tokyo, s'il a l'impression qu'il n'est pas ou qu'il n'est plus chez le Japanese Pants, on a un problème. Ça, c'est premier comme ça. Et il se trouve que j'ai passé mon temps à naviguer entre la France et le Japon depuis 30 ans, et en particulier sur ces 15 dernières années. Et donc, j'ai en permanence vécu tous ces décalages qui se créent. Alors évidemment, quand on est en France, on a des habitudes qui sont liées à notre environnement. Mais ce choix au Japon de demander à ce qu'on soit dans un environnement international, c'est justement pour qu'on ait cette adhésion Merci. des 100 collaborateurs, encore une fois, à ces mêmes valeurs. Donc, effectivement, un exemple tout bête, c'est que dans nos bureaux à Tokyo, on n'enlève pas ses chaussures. Je ne dis pas qu'on enlève toujours ses chaussures dans les bureaux à Tokyo, mais il y a beaucoup d'entreprises où on peut être amené à... Il y a des heures supplémentaires qui sont, entre guillemets, déclarées, récupérées ou payées, mais ce n'est pas à la japonaise ou, entre guillemets... on va rester aussi tard que le chef parce que sinon, où il y a des vacances, les vacances sont prises. Et c'est OK au Japon de prendre ses vacances comme c'est OK de les prendre en France. Mais dans un contexte japonais, les vacances, on va avoir peur de les poser. On a en théorie droit peut-être à trois semaines ou quatre semaines selon son ancienneté dans l'entreprise. En fait, on va en prendre que une et demie. Et puis quand on les prend, on va revenir avec un paquet de ce qu'on appelle d'omiage. des cadeaux pour s'excuser auprès de ses collègues d'avoir quitté son poste de travail. Cette mentalité qui est effectivement très japonaise, qui a, comme tu disais, ses avantages et ses inconvénients, ce n'est pas le japonisme. Parce qu'on n'est pas comme ça à Paris, on n'est pas comme ça à Londres, ni à Berlin. Et on ne veut pas. Et à l'inverse, cette culture internationale, elle nous aide parce qu'on arrive aujourd'hui à recruter des Japonais ou des étrangers dans nos équipes au Japon qui, justement, ne veulent plus de cette culture japonaise. Parce qu'il faut appeler un chat un chat. Franchement, sans aller jusqu'à vivre l'expérience d'Amélie Nothomb dans Stupeur et Tremblement, la vie dans une entreprise japonaise n'est quand même pas quelque chose, en tout cas nous, avec un ADN occidental, dans lequel on est parfaitement confortable. Pourquoi ? Parce que c'est souvent beaucoup de pression, beaucoup de non-dit. Là, au contraire, on a envie de développer d'autres choses. Donc c'est délibéré, c'est conscientisé, et c'est expliqué. Et on en a fait une force.
- Speaker #1
Un dernier point et j'ai deux dernières questions à te poser, c'est par rapport au groupe Avas. On l'a évoqué justement, fin 2025, vous intégrez le groupe Avas Voyage. Comment ça s'est passé ? Est-ce qu'ils vous ont contacté ? Quels ont été les éléments qui sont rentrés dans l'équation de décision ? Dans quelle mesure ton quotidien a changé en tant que dirigeant, en bien et peut-être en moins bien ? Je te pose cette question parce que certains entrepreneurs qui peut-être nous écoutent, ont eu ou vont avoir un jour l'opportunité d'être intégrés dans un groupe, donc de revendre tout ou partie aussi de leur propre entreprise ou peut-être se posent la question, peut-être même que pour certains c'est un objectif. Toi, est-ce que c'est un objectif ? Ça peut être intéressant que tu nous racontes aussi cette expérience parce que c'est une étape aussi importante, je pense, pour Japan Experience, mais aussi pour toi dans ta vie d'entrepreneur.
- Speaker #0
En vrai, il y a un an, jamais je n'aurais imaginé que j'aurais vendu et rejoint un groupe comme Avas Voyage. Et pour rien de cacher, il y a un an, je ne connaissais même pas l'existence de ce groupe. Au sens, bien sûr, je connaissais la marque Avas Voyage, mais derrière, il y a un groupe qui s'appelle Marieton Développement avec plein d'autres entités. Et franchement, je ne connaissais pas. Et de la même façon, eux-mêmes ne nous connaissaient pas il y a un an. C'est eux qui nous ont contactés. Et au moment, justement, où on venait de racheter ce réceptif il y a un an, qu'est-ce qu'ils nous proposaient ? Ils nous proposaient de rejoindre un groupe, certes, Mais pour... justement développer cette composante B2B que moi-même je cherchais à développer en gros depuis un an et demi. Donc ça c'était déjà un premier point d'alignement. Deuxième point d'alignement... Ça a été que ce groupe a été créé par Laurent Abitbol, en l'occurrence, au départ, son père et son oncle, mais c'est vraiment Laurent Abitbol qui lui a donné toute cette impulsion. Et depuis quelques années où il a justement acquis des sociétés, il n'a pas uniquement acquis des sociétés, il a acquis aussi l'entrepreneur. Et j'ai senti, et je le sens toujours, donc c'est une bonne nouvelle, après trois mois au sein du groupe, je sens que c'est, on ne peut pas dire une famille, mais en tout cas un groupe d'entrepreneurs et où justement la... La liberté, l'autonomie d'entreprendre est toujours là. Et ça, c'était pour moi aussi quelque chose d'important. Troisième chose, ça me permettait aussi d'élargir mon scope, d'élargir mon horizon. J'ai toujours travaillé dans des entreprises de taille modeste, 20, 50 ou 100 personnes. Là, j'ai rejoint un groupe de 2000 personnes. Au fond, pour moi, c'était une nouvelle aventure. c'était peut-être la possibilité d'impacter au-delà. de ma sphère Japon dans les années à venir. Donc voilà. Et puis enfin, vous voyez, comme je dis, à 52 ans, je n'avais pas encore constitué de patrimoine et donc, sans faire référence à Jacques Seguela qui disait que si on n'a pas ses Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie. Je me disais, bon, 52 ans, c'est comme s'il était 4 heures du matin autour de la table de poker. On se dit, c'est peut-être le moment de prendre une partie de la mise. Je peux rejouer, mais je n'ai pas... je n'ai pas tout perdu. Donc voilà, de manière un peu cash, c'est comme ça que je traduis un peu mon déroulement psychologique sur la partie purement personnelle, entrepreneuriale. Mais voilà, j'ai 52 ans, je considère avoir encore 10-15 ans d'activité professionnelle, voire beaucoup plus. Et donc voilà, j'ai trouvé que c'était, tout en sachant que je reste associé chez Hirashai, sans être opérationnel, mais ça me permet aussi de... de continuer à suivre le développement de cette entreprise. Je ne vais pas dire que c'est le meilleur des deux mondes, mais en tout cas, ça me paraissait être une bonne approche. Quand je parle d'alignement, c'est un peu l'alignement des planètes. C'est un peu aussi ma façon d'avancer quand je sens que toutes les choses vont dans le même sens. Ça me fait dire qu'il faut y aller. Si, à l'inverse, j'ai plusieurs choses qui, au contraire, ne semblent pas tout à fait se coordonner, je sais que ce n'est peut-être pas la bonne solution.
- Speaker #1
ou en tout cas c'est pas le bon moment merci pour tous ces éléments que tu nous as partagé Thierry c'était hyper intéressant j'aurais encore plein de questions à te poser et je pourrais parler avec toi des heures du Japon et que tu me partages plein de bonnes adresses et plein de de bons tuyaux assurément pour mes prochains mes prochains voyages là-bas encore une fois pour celles et ceux qui ont apprécié écouter cet épisode autant que j'ai eu plaisir à l'animer faites-le nous savoir en partageant cet épisode tout autour de vous en mettant 5 étoiles sur votre plateforme de streaming préféré on mettra aussi Merci. les différents liens dans la description et sur le post LinkedIn assurément pour ceux qui veulent aller plus loin et aller voir. J'ai une toute dernière question pour toi Thierry, est-ce que tu peux me partager le déclic qui a fait toute la différence dans ta vie pro comme perso, ça peut être une simple phrase, ça peut être une situation ça peut être une frustration ça peut être quelque chose de positif, de moins positif une anecdote, peu importe tu as carte blanche pour le mot de la fin
- Speaker #0
Le mot de la fin, ma vie depuis quelques années, c'est oui Merci. Ce mot, il a été dit par Arnaud Desjardins, qui est la personne qui a introduit les grands maîtres spirituels en France dans les années 60-70 et qui a été notamment celui qui a passé plusieurs années à filmer le Dalai Lama. Et le oui, c'est cette idée d'accepter le monde. Et si je me retrouve autant dans ce pays qu'est le Japon, c'est que c'est un pays qui montre au quotidien cette capacité Merci. à dire oui au monde. Voilà.
- Speaker #1
Merci Thierry.