Speaker #0Bonjour et bienvenue, voici le Djinn et le psychanalyste. Récemment, en ligne, j'ai vu qu'un film est en production, enfin en réalisation. C'est un film qui retrace une partie de la vie d'Ulysse, l'Odyssée, l'Odyssée d'Homère. Et je me suis dit, ah tiens, c'est sympathique. Je me souviens, la dernière fois, moi, j'ai regardé le film qui, justement, était une adaptation du poème, de ce recueil de poèmes homériques. C'était quand j'étais petit et c'était un peu plâme. J'aime bien les Peplum, je trouve que ça m'a vieilli au niveau effets spéciaux, évidemment. Néanmoins, la théâtralité, les jeux d'acteurs, les prises, les plans qui sont filmés, ça reste très intéressant à ce niveau-là. Et surtout, ça a marqué mon enfance, donc je pense que comme n'importe quel film que vous regardez enfant, ça laisse une trace vraiment très particulière. J'ai pensé un peu à ce pauvre Ulysse. Je pense que, comme vous le savez, l'Odyssée retrace sa traversée du retour. Il rentre chez lui à Ithac pour retrouver sa femme Penelope. Et il se trouve qu'il revient, il rentre chez lui après la guerre de Troie, l'Iliade qui avait juste précédé avant. Et entre la guerre de Troie et son retour chez lui, il a mis 20 ans. C'était pas très loin, sur une carte, c'était pas très loin. Mais je me dis, bon, si Moïse a mis 40 ans pour traverser le désert du Sinaï, je peux comprendre qu'Ulysse ait pu mettre 10 ans. Bon, néanmoins, je me dis, ah oui, tiens, dans cette traversée-là, dans l'Odyssée, il y a... plein d'épisodes très intéressants, il y a plein de rencontres, des créatures, des créatures mythologiques, fantasmagoriques, c'est plein d'enseignements, quoi, comme toute la poésie d'époque, la poésie grecque, il y a plein de choses à apprendre, il y a plein de liens à faire, c'est très imagé, et avec des secrets, vous voyez, il y a plein d'énigmes, des jeux de mots, beaucoup d'esprit. C'est vraiment fascinant. Et moi, celle qui m'avait marqué, l'épisode qui m'avait marqué, c'est celui des sirènes. Vous voyez, celui où Ulysse demande à ses compagnons de l'attacher au mât du bateau afin de ne pas céder au chant des sirènes. Et donc... plonger dans l'eau et aller à sa perte, sa mort. Mais en fait, ça ne s'est pas exactement passé comme ça. Enfin, oui et non. Je vous explique. Le truc, c'est que avant de reprendre son bateau pour continuer ses péripéties, il était sur une île, l'île de Circé. Et en fait, c'était une magicienne. Enfin, c'était une sorcière, en fait. Bon. En fait, c'était une magicienne. Cette magicienne, au début, quand il est arrivé sur son île avec ses compagnons, ce qu'elle a fait, c'est que, comme tout intrus sur son île, elle les avait transformés en porcs, à part lui. Et donc, lui, il a pu forger avec elle un lien, créer une relation, et petit à petit, elle a pardonné ses compagnons de leur intrusion, et ça s'est bien passé. Mais comme à chaque fois quand il atterrissait quelque part, part, tout le monde voulait le retenir. Voilà. Comme si immense personnage comme il était, roi d'Ithaque, tout le monde voulait le garder pour lui. Et lui, il ne voulait pas. Il ne voulait pas aller à cette guerre de Troie. C'était pas la sienne. Il avait déjà utilisé de la ruse afin de ne pas y aller. Mais bon, il s'est fait prendre, quoi. Il s'est fait démasquer. Mais bon, c'est une autre histoire pour un autre jour. Donc Circé, ce qu'elle lui dit, c'est qu'elle lui dit, bon, avec tout ce que tu as traversé, pourquoi tu ne restes pas avec moi ? Reste ici, tu pourras avoir tout ce que tu veux. Non, lui, il était vraiment déterminé. Il voulait rentrer chez lui. Sa femme l'attendait. Donc Pénélope qui tissait une sorte de tapis qu'elle s'amusait à défaire tous les soirs et refaire le lendemain. Parce qu'évidemment, les nobles de sa cité et de son île, en fait, ils voulaient sa main. et elle, elle attendait son mari, elle n'attendait que son retour, elle l'aimait. Et donc, vu la pression exercée sur elle, sur leur fils aussi, parce qu'ils avaient un fils à qui le pouvoir normalement revenait, sauf qu'il était un peu trop jeune, et donc elle avait peur pour son fils, elle avait peur pour sa cour, et du coup pour son mari aussi. Et donc, ce qu'elle faisait, au bout d'un moment, elle a dû céder à leur avance, mais tout en imposant une condition, bien évidemment. C'est la femme d'Ulysse, donc tout ce monde-là était très intelligent, très rusé, beaucoup d'esprit. Elle leur dit, quand j'aurai terminé ce tapis, ce tissage, cette étoffe, dans ce cas-là, je serai prête. Je serai prête à me marier, ce sera moi. mon drapé de mariage. Et en fait, ce qu'elle faisait, c'est qu'elle n'avait jamais terminé parce qu'elle allait le soir le défaire. Et du coup, le lendemain, ça reprenait à zéro. Et comme ça, elle a pu gagner du temps. Bon, Ulysse, donc, sur l'île de Circé, la magicienne essaie de le convaincre afin de rester avec elle. Lui, il ne veut pas. Il dit non, je vais rentrer, ma femme m'attend. Bon. Et donc... Elle le laisse partir, mais elle lui donne quelque chose, quelque chose de très précieux, quelque chose d'immense. Elle lui donne ou apprend des leçons qui sont des avertissements. Donc elle lui dit, sur ton chemin du retour, pour aller chez toi, tu vas rencontrer telle ou telle créature. Afin de les évincer, ou en tout cas... de rester en vie, il va falloir que tu fasses... Bon, tous tes protocoles. Et en fait, ces leçons qu'elle lui apprend, ces leçons de survie, et en même temps un peu prophétiques, elle lui dit, tu vas passer à côté d'une île où il y aura des sirènes. Et à ce moment-là, quand tu vas arriver, tu demanderas à tous tes compagnons, ainsi qu'à toi bien évidemment, de vous boucher les oreilles avec de la cire. Parce que si vous entendez le chant des sirènes, vous allez être ensorcelés et envoûtés, et vous irez directement et de manière justement enchantée à la dérive. Et donc, perds votre mort, parce que ça peut rendre fou. Et surtout, n'oublions pas, ils sont sur un bateau. Et en fait, le truc, c'est que sur cette île-là, tout autour de l'île, il y a un récif. Et c'est un récif rocheux. Donc, un récif rocheux est très dangereux pour les bateaux. Et donc, elle lui dit, oui, tu ne vas pas pouvoir accoster, c'est impossible. À savoir que quand on parle des sirènes, je comprends. Aujourd'hui, on pense que ce sont des créatures, mais femmes, mais poissons, habitants, les profondeurs. des océans. Bah, il n'en est rien. Parce que dans la mythologie grecque, il ne s'agissait pas de ça, il ne s'agissait pas de ces créatures-là. Des sirènes étaient des créatures mythologiques, enfin, ce qu'ils disent, mi-femmes, mi-oiseaux. Bah oui. Et donc, c'est pour ça que cette île devient dangereuse. Pas seulement parce que ce sont des créatures mythologiques, dans... Le comportement est imprévisible ou dangereux. C'est aussi parce qu'ils habitent une île qui est comme une sorte de nid entouré de ce récif sur lequel il y a pas mal de bateaux qui ont échoué. Donc voilà, c'est ce que tu vas faire. Et ensuite, les sirènes sont devenues des poissons. Mais après, parce que la mythologie grecque a rencontré la mythologie, par exemple, celte, la mythologie nordique et d'autres récits. à cette époque-là, l'époque de Homer, et j'ose imaginer du lys aussi s'il a existé, c'est que quand on dit sirène, rien à voir avec l'eau, ni femme, ni oiseau. Voilà, c'est plus des créatures volantes. Voilà. Donc, elle lui dit, il va falloir qu'il se fasse attention à ça, notamment. Il écoute, il entend, il reprend son bateau et il part. Et en effet, quand il s'approche de cette île-là, il la reconnaît, il voit de loin le récif en question. Il demande à ses compagnons qu'ils puissent tous, sans exception, se boucher les oreilles à la cire. Mais, pour lui, il demande qu'on l'attache au mât du bateau. Qu'on l'attache au mât du bateau et il leur ordonne qu'on puisse ou qu'on ne puisse pas le détacher. Peu importe. Ce qu'il fait, qu'il pleure, qu'il les supplie, qu'il crie, qu'il les ordonne, quoi que ce soit, qu'il ne le détache pas. C'est vital. Pourquoi ? Parce que lui ne voulait pas passer à côté du chant. Il voulait se tester. Tester ce chant mélodieux et envoûtant, tout en voyant à quel point il va pouvoir résister. Mais sans trop prendre de risques, quoi. Donc, il leur demande de faire de la sorte. C'est ce qu'ils vont faire. Ils vont prendre des bouts, ils vont prendre du voilage, et ils vont donc l'attacher au mât du bateau. Ils essayent de traverser, ils traversent, eux, rien, de toute manière les oreilles bouchées. Lui, bien évidemment, il est épris par la mélodie, par le chant, il n'y a que ça, il en devient mais presque fou. Il les supplie, il pleure, il essaye quoi. Par tous les moyens, ils les menacent. Impossible, eux n'en démordent pas, ils ne le détachent pas. Et enfin, ils traversent et ils vont vers la suite de leur chemin, vers la suite de leurs expériences. Les sirènes sur leur rocher, elles chantent et pour la première fois, un humain ne réagit pas à leur chant. Elles ressentent une douleur telle... que c'est uniquement à ce moment-là qu'elle tombe et qu'elle chute dans l'eau et se laisse mourir. C'est peut-être la suite, peut-être que les sirènes maintenant, comme on les entend, en tout cas comme on les perçoit au fin fond des océans, c'est une évolution, c'est une sorte de résurrection de ces femmes, ni oiseaux, ni femmes qui ont... qui se sont donné la mort en se jetant dans la mer. Peut-être. Mais en fait, comme vous voyez dans le mythe, ce sont pas des poissons ou quoi. Et j'espère d'ailleurs dans ce film-là qu'ils vont respecter le poème initial d'Homère et honorer ses écrits et faire une représentation telle qu'elle. Et je me dis, ah oui, c'est intéressant cette affaire-là. Parce que lui, il arrive à s'en sortir, il se teste, une sorte de surhomme, mais pas tellement, parce qu'il ne prend pas de risque. Et je me dis, c'est intéressant parce que, vous voyez, les voiles des navires et les boutes des navires, ils sont faits à partir de quoi ? À partir de lin tressé et parfois de chanvre. Je lui dis « Ah ouais, pas tiens. » Et vous savez, ça me fait penser à quoi ? Ça me fait penser à l'histoire d'un tissu qu'on connaît tous et qui a démarré exactement dans des lieux de confection, de voilage de navires et de fabrication de bateaux, notamment à Gênes, la ville de Gênes. Et c'est ce qu'il a donné le djinn. À l'époque, c'était « blue jean » . On disait « blue jean » . D'ailleurs, quand j'étais tout petit, je disais toujours « blue jean » , Je ne savais pas que le « blue » , « bleu » , c'était la couleur bleue, d'ailleurs. Pour moi, c'était un seul mot. « Blue jean » , ça voulait dire le jean, ça voulait dire le pantalon. C'était drôle. Et on me regardait, mais non, il n'y a pas de « blue jean » noir. C'est un « jean » noir et un « jean » bleu. Mais moi, j'ai compris. Quand j'étais petit, je ne savais pas faire la différence. J'étais enfant en même temps. Et oui, ça me fait penser parce que finalement, C'était des matelots et c'était des ouvriers qui voulaient et qui cherchaient un tissu assez solide. On retrouve la question de la solidité et comment on fait confiance à la matière pour nous retenir et pour durer. Et c'est un peu ça le principe du djinn à l'époque quand il a été confectionné. C'était pour qu'il soit assez résistant pour ses ouvriers et ses matelots qui avaient des travaux très durs à accomplir. Vous voyez ? Ils travaillaient dans des lieux très différents, à la mer, sur terre, voilà quoi. Et donc, la couleur bleue d'ailleurs, c'est une couleur qui ne laissait pas trop voir les tâches. Donc il y avait de la résistance et en même temps il y avait un truc un peu présentable. Ensuite ça a donné des salopettes et ainsi de suite, ainsi de suite. En plus, ça a évolué, c'est allé aux Etats-Unis. Notamment, ça s'est beaucoup popularisé avec Levi Strauss, Levi's, Levi. la marque, et le 501, il me semble. Et voilà. Et ensuite, c'est revenu en Europe par le biais des États-Unis et des publicités. Voilà. L'histoire du jean est assez intéressante. Mais bon. Et d'ailleurs, on dit jean parce que c'est de Gênes. Ça vient de cette ville-là. Et parmi les différentes sortes que nous avons, on a le dénime. Vous connaissez le dénime. Vous en avez tous au moins un. De Nîmes, ça vient de Nîmes, de la ville de Nîmes, parce que c'est là-bas où on a essayé, à partir du coton cette fois-ci, pas du lin ou du chanvre, de tresser, de fabriquer un tissu pareil, un peu plus confortable peut-être, qui puisse répondre à ces exigences-là de l'époque. Bon, et ça c'est super, parce que de Ulysse à aujourd'hui, finalement, on s'appuie sur la matière, dans notre élan un peu... un peu héroïque pour nous retenir d'une forme d'échéance, d'échec ou de mise à mort, d'un risque imminent, comme dans la vie. On met un jean pour sortir, on est présentable, on se sent un peu en sécurité, c'est un peu plus sympa quand même de sortir habillé. Bon, ça c'est mon avis. Mais voilà, et c'est quelque chose, à l'époque d'ailleurs, on avait un seul, un seul pantalon, un seul jean, pas 30. Et on ne le lavait pas beaucoup, parce que c'était une matière qui vivait avec nous, et une matière qui nous habite, qui nous porte, et on le porte. Et donc il y avait vraiment une dialectique, finalement, avec cette matière-là et ce pantalon. Nous traversions les événements et les expériences ensemble. Et d'ailleurs, quand il y a un trou ou quand il est usé d'un endroit, on pouvait mettre un patch, une couture, quelque chose qui marque en pensant réparer. Mais en fait, elle marque le passage, le passage du temps, le passage peut-être de ce navire avec Ulysse, le passage qui frôle l'inconnu et donc le danger selon certaines associations. et pourtant... nous en sortant triomphants. Donc, et je trouve ça super, en fait, comment c'est resté le djinn, cette résistance-là, finalement, cette résistance à peut-être, vous voyez, l'imprévu. Voilà, l'imprévu. Et je trouve le parallèle très sympathique, en fait, voilà. Mais pourquoi je vous raconte cette histoire ? Parce que ça m'a fait penser à mon enfance, je vous ai dit, hein, les peplums et tout ça. Mais surtout, la question du djinn, ben oui. Parce que moi, c'est surtout ce qui me fait penser à mon enfant, ça me fait penser à ma grand-mère. Parce que ma grand-mère, elle ne connaissait pas les jeans. Elle ne savait pas c'était quoi un jean. Pour elle, un pantalon, on met un pantalon. Un pantalon à pince à la rigueur, mais on met un pantalon. Un serroal. Vous voyez les serroals, les pantalons un peu larges. Et en fait, elle m'entendait tout le temps parler de mon jean. Je lui disais, non mais, oui mais... « Je dois laver mon jean, mais il n'est pas encore sec. Oh là là, il ne fallait pas le laver, ce n'était pas le moment. » « Je ne sais pas trop quoi. Il me manque mon jean. Je veux mon jean, mais je ne vais pas sortir comme ça. Je vais sortir en jean. C'est plus pratique. » Et elle, à chaque fois, elle me regardait d'un air un peu bizarre en me disant « Mais mon fils, qu'est-ce qui t'arrive ? » « Nous, chez nous, on évite les jeans. » On les invoque pas, on les met pas au placard, on se les compare pas. On ne se protège pas en mettant un jean. On ne devient pas plus présentable en ramenant un jean à soi. Et toi, tu ne parles que du jean. Mais tu sais quoi ? Moi, je pense que tu es habité par un jean. Tu es habité par un jean. Si ça se trouve, il est bleu aussi. Et il te fait faire des choses. Tu dis que tu portes ton jean et ton jean est important pour toi. Mais moi, je pense que c'est tout le contraire. Tu es habité par ce jean-là. Et quand tu le portes, ça te rend fou. Donc fais attention, fais attention mon fils avec ton djinn. Ben oui, vous l'avez compris, quand on dit djinn, elle ce qu'elle entendait, c'est le djinn. Évidemment. Et c'est un peu comme ça en fait que depuis tout petit, j'avais une sorte de sensibilité à l'homophonie. Vous voyez, donc à chaque fois que j'entends un mot, parfois il sonne de manière très différente, avec un sens très différent ou plusieurs d'ailleurs. Je me suis dit, c'est vrai en fait ce qu'elle dit. Aujourd'hui, oui, mais mon jean, il est mieux que ton jean. Moi, j'ai mon jean, je l'ai acheté, je ne sais pas quoi. Oui, mais c'est vrai que dans les placards, il n'y a plus de cadavres ou de corps, il y a des jeans. On les collectionne, on collectionne les jeans. C'est extraordinaire ça. Après, qui collectionne qui, ça je ne sais pas. En tout cas, on en est très fiers. Je trouve ça très amusant. Comment, ce qui a pu aider Ulysse. et le retenir dans un cadre bien précis et bien particulier qui s'inscrit dans le groupe, notamment auprès de ses compagnons, et dans sa quête finalement de vouloir revenir à Itak, dans son royaume vivant et indemne, il a utilisé l'ancêtre du djinn. Pourquoi ? Pour faire face à un chant mystérieux, magique. qui vient de l'intérieur et que celui pouvait entendre. Parce que finalement, on ne sait pas vraiment si c'est vrai. Les autres, ils se sont bouchés les oreilles. On ne sait pas si c'est une induction, c'est-à-dire la prophétie de Circé. Elle lui disait que tu vas entendre un chant envoûtant, magique. En fait, on ne sait pas si c'est vrai. On ne sait pas si ça se trouve. Elle lui a dit, en voyant les rochers ou cette île-là, Tu vas peut-être tomber malade. Ou tu vas peut-être écouter et entendre une voix qui risque de te rendre fou, qui risque de te tuer. Et peut-être en ritualisant ce passage, il s'est autorisé, lui, à entendre quelque chose de beaucoup plus interne, beaucoup plus profond et de beaucoup plus puissant. Et c'est intéressant. Et peut-être c'est ce qu'on fait nous aussi d'ailleurs quotidiennement quand on met notre jean. C'est pour éviter l'autre jean. Ben oui ! On le met, on sort. Et quand on met un jean, ça nous force à avoir une certaine posture. On se tient différemment. Ce n'est pas comme si on avait, je ne sais pas, un jogging, ou un short, ou un pantalon à pince, comme j'ai dit, ou un lin, ou peu importe. Ce n'est pas du tout pareil. Et on sait en plus, on le sait très bien. On connaît nos jeans, on les connaît très bien, et eux, ils les connaissent. On sait. quel jean porter pour quel jour avec quelle humeur. On le sait bien sûr. Et comment on se sent dedans. Il y a des jours où c'est le même jean, mais entre le lundi et le mardi, il s'est passé quelque chose où ce n'est pas exactement la même sensation. Et ça presque, c'est quelque chose qui nous dérange. Mais on est les seuls à savoir, à vivre et à souligner ce dérangement. Personne d'autre ne peut finalement en témoigner, parce que personne ne sait. Pourquoi ? Parce que personne n'écoute ce chant. mystérieux et envoûtant, il n'y a que nous. Et donc, on pourrait dire que le pantalon jean, c'est l'anti-jean, quoi. C'est l'anti-invisible, l'anti-décompensation, l'anti-BDA, quoi. Bouffée délirante. C'est ce qui nous retient, c'est le cadre, c'est une forme de surmoi qui vient nous inscrire dans une continuité et dans une retenue afin de ne pas laisser le ça, qui est... que culturel, prendre le dessus à des moments où on est à la merci de la société, à la merci des autres, parce qu'on est dans une forme d'interaction, de lien et de relation. Il faut être présentable, il faut marcher d'une certaine manière, se présenter de la sorte. Et donc, moi je trouve ça très amusant, comme quoi depuis Ulysse, à travers les chants et les poèmes de Homer, jusqu'à Gênes, Et Nîmes, passant par les États-Unis et aujourd'hui de manière complètement... Aussi, à travers la parole de cette grand-mère, le djinn, ce n'était pas dans sa culture. Elle, quand elle entend djinn, elle entend l'esprit et elle était très sceptique. Je la comprends maintenant. Peut-être que finalement, tous ces liens-là nous permettent un peu de comprendre que ce que nous portons, ou dans quoi on s'inscrit, le choix même de nos habits, dit forcément quelque chose de nous, ou dit quelque chose. de l'intériorité. Finalement, le choix de nos habits, le choix de notre posture et de notre façon qu'on a dans la société, parle et souligne tout le reste qui est invisible à l'œil nu, invisible aux autres. C'est comme si c'était un secret qu'il fallait garder, qu'il fallait garder pour soi, peut-être par fierté ou peut-être par honte, mais en tout cas qu'il faut garder parce que tout le monde, les autres quand on sort dans la rue, Ils n'entendent pas les voix que nous nous entendons. Ils ont justement les oreilles bouchées. Peut-être pas tout le temps à la cire. Mais en tout cas, avec leur casque peut-être, avec leurs écouteurs, je ne sais pas, leur téléphone. En tout cas, ils ne sont pas vraiment disponibles pour entendre. Et ce n'est pas leur job d'entendre finalement. Et oui, moi je pense que quand on met le djinn, c'est l'anti-djinn. C'est justement, peut-être, parce qu'on veut garder le secret. Ou peut-être parce que ça nous fait honte. Mais en tout cas, ça nous oblige à avoir et à garder une certaine vigilance à ce qui risque de sortir, à ce que les autres risquent d'entendre et de voir. Et garder pour soi, finalement, ces fameux jeans dans son placard, à l'intérieur. Je nous souhaite une bonne aventure et à bientôt.