Description
Dix heures du matin, au début des années vingt, quelque part dans les montagnes autrichiennes. Un prince, une princesse, le chef forestier, et une brochette d’ingénieurs venus assister à ce qu’ils espèrent être un fiasco. Devant eux, une construction en bois que personne ne comprend, et un tronc de quatre-vingt-dix centimètres de diamètre qui vient de se coincer à l’entrée du canal.
Sur le domaine du prince Adolf de Schaumburg-Lippe, le bois est magnifique, il est en altitude, et le descendre coûte plus cher qu’il ne rapporte. Viktor Schauberger propose un canal qui serpente au lieu d’aller droit, avec une section en forme de gros bout d’œuf et des vannes dessinées par lui pour choisir la température de l’eau. La princesse lui pose la seule question qui compte : douze schillings le mètre cube aujourd’hui, trente mille mètres cubes par an, combien coûterait votre installation ? Il répond un schilling, amortissement compris. Quatre mois plus tard le canal est fini, le premier essai échoue, et il renvoie tous ses hommes chez eux pour réfléchir au calme. Il s’assoit sur un rocher au soleil, une couleuvre file sous sa culotte de cuir, et c’est elle qui lui montre le mouvement en double spirale. Le soir même, trois cents lattes de mélèze sont clouées en biais dans les parois, à la lampe de vélo, et les ouvriers finissent à sept heures et demie du matin.
Ça a marché, et l’épisode dit jusqu’où. Le gouvernement autrichien crée pour lui un poste de consultant d’État, les installations fonctionnent jusqu’au début des années cinquante, et cet homme qui a passé sa vie à demander qu’on laisse la forêt tranquille a inventé l’outil qui a permis de la vider. Personne n’a jamais expliqué pourquoi ces canaux fonctionnaient : une commission d’État dirigée par le professeur Forcheimer s’y est employée, et elle a échoué.
Le geste de la semaine est le plus simple de tous, et le plus difficile : la prochaine fois que vous êtes au bord de l’eau, asseyez-vous deux minutes, et ne cherchez rien.
Sources : Viktor Schauberger, Nature As Teacher (Eco-Technology Series vol. 2, éd. Callum Coats), pp. 52-53, récit à la première personne, d’où viennent la corruption refusée, les schillings, la couleuvre, les lattes de mélèze et le juron du maître de flottage. Corroboration chez Cobbald, A Life of Learning from Nature, et Bartholomew, Hidden Nature : la date du concours est 1922 chez l’un et 1924 chez l’autre, d’où « au début des années vingt ». Alexandersson, Living Water, pour le poste de consultant d’État, la commission Forcheimer, le film Tragendes Wasser et l’exploitation jusqu’en 1951. Les cinquante kilomètres de canaux parfois cités ne sont donnés que par Alexandersson : ils sont exclus.
La page de l’épisode, avec le texte intégral et les sources : https://yannick-mytae.fr/podcast/le-serpent
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