- Speaker #0
Bienvenue dans Le Juste Rythme, le podcast qui explore le cœur, le corps et la tête. Je suis Marion Béchade, une femme, une mère, une entrepreneuse passionnée mais souvent débordée, en quête chaque jour d'un peu plus de sérénité. Un podcast pour se déculpabiliser et peut-être se donner une nouvelle impulsion. Cet épisode du podcast Le Juste Rythme est soutenu par l'Auberge Basque, un hôtel-restaurant, relais et châteaux, un lieu unique au cœur du Pays Basque qui invite ralentir, à se reconnecter à ses cinq sens et à prendre un temps pour soi, l'endroit parfait pour retrouver son juste rythme.
- Speaker #1
Dans cet épisode du Juste Rythme,
- Speaker #0
je reçois Géraldine Dormois. Ancienne journaliste du groupe Marie-Claire, Géraldine a longtemps évolué dans un rythme intense, à Paris, avant de faire évoluer sa manière de vivre et de travailler. Aujourd'hui, à travers ses newsletters et surtout à travers ses cercles d'écriture du jeudi soir, elle explore une autre façon d'habiter le quotidien, plus lente, plus consciente et plus alignée. Avec Géraldine, on a parlé de rythme justement, de celui qu'on interroge, qu'on analyse, parfois jusqu'à s'y perdre, et de celui qu'on apprend peu à peu à ajuster. On a également parlé de micro-changements, de ce qu'on enlève plus que ce qu'on ajoute, et de ces rituels simples qui nous aident à revenir à nous. Une conversation sur le corps, le mental, et sur ce chemin vers une vie plus simple, plus respirable. Je vous laisse découvrir le juste rythme de Géraldine. Bonjour Géraldine.
- Speaker #1
Bonjour Marion.
- Speaker #0
Bienvenue. Avant que nous commencions notre échange, je voulais savoir dans quelle énergie est-ce que tu es ce matin ?
- Speaker #1
Je suis dans une bonne énergie. On est le matin, je suis contente d'être à Paris, je suis contente d'être avec toi. Donc on se réveille doucement.
- Speaker #0
Belle mise en jambe. Si tu devais décrire ton rythme de vie actuel en quelques mots, lesquels choisirais-tu ?
- Speaker #1
Un rythme choisi. J'ai longtemps été salariée. Je vais avoir 50 ans, j'ai mené l'essentiel de ma vie en entreprise et depuis maintenant, je suis dans ma septième année de vie indépendante. Et donc j'ai à cœur de devenir le plus maîtresse de mon temps possible. Et donc c'est un rythme que je trouve à tâtons, que j'ajuste en permanence, qui a plein de ok, de ratés, mais qui... C'est quand même moi qui suis au Gouvernail et c'est extrêmement appréciable et je me sens très privilégiée.
- Speaker #0
Et à quoi ressemble une journée ordinaire pour toi quand tu es à Montélimar ?
- Speaker #1
Alors ça dépend du jour de la semaine parce que j'ai un rythme qui est très calé sur sept jours. Disons que je me lève à cinq heures. Ça, c'est mon grand plaisir. C'est vraiment un choix parce que je suis très matinale et je vais avoir une heure pour moi, pour pouvoir émerger, pour pouvoir écrire pour moi, puisque j'ai vraiment placé l'écriture au centre de mon existence. J'écris mon journal, je fais un petit peu mes comptes et puis un peu de cohérence cardiaque. Et après, je vais courir une demi-heure. Et puis après, c'est le... Je me prépare, je prends mon petit déjeuner avec mon mari et de 10h à midi, midi et demi, je travaille sur une newsletter ou un atelier ou du coaching, puisque ce sont mes trois activités. Je déjeune avec Marc, mon mari, qui est en full remote, donc il est lui salarié, mais son entreprise à Paris, lui, a... La autoriser à vivre dans la Drôme, on est à Montélimar, et on déjeune ensemble, et après, l'après-midi, j'ai 4-5 heures de travail assez intense, et puis le soir, je ne suis plus bonne à grand-chose, donc on dîne en famille, et j'ai un fils de 14 ans, et c'est un peu ça, presque 7 jours sur 7 en fait. Les tâches... change dans la semaine, mais en te le disant, je réalise que c'est vraiment calé chaque jour comme ça. Il y a évidemment le week-end plus grande ouverture à des choses qu'on fait en famille, mais c'est ce rythme-là.
- Speaker #0
Je sais que tu fais des séances de travail profond, du deep work. En quoi est-ce que ça consiste exactement ?
- Speaker #1
En fait, j'ai besoin de... J'essaie d'être la plus... concentré, attentif possible. Et donc, j'ai eu besoin pour ça d'enlever des choses. Je pense qu'on va beaucoup parler des choses que j'ai enlevées pour trouver mon rythme. Et donc, j'ai mon téléphone dans une autre pièce. J'ai un emploi du temps où je sais que j'ai tant de minutes ou tant d'heures que je veux consacrer à une tâche. Je ne vais pas avoir mes mails toutes les cinq minutes. Et donc, j'essaie de faire une chose à la fois.
- Speaker #0
Ça a été difficile de le mettre en place ?
- Speaker #1
Difficile, oui. Et puis surtout, très, très progressif, en fait. C'est que j'ai eu le temps de faire des essais, de voir ce qui marche pour moi, ce qui ne marche pas. Et j'ai l'impression de progresser et de mettre en place mon système. n'est pas le système de qui que ce soit d'autre qui est à ma main et que je continue de faire évoluer et je prends beaucoup de plaisir à l'affiner, à observer ce qui marche, ce qui ne marche pas et à voir qu'il y a des choses qui marchent quand même. Il y a plein de trucs qui se cassent la figure, mais il y a des choses qui marchent.
- Speaker #0
Maintenant, tu vis près de Montélimar après avoir passé quasiment toute ta vie à Paris.
- Speaker #1
On vit à Montélimar, oui. Et je suis née à Paris et j'ai habité pendant très longtemps en région parisienne.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça a changé dans ton rapport au temps ?
- Speaker #1
Beaucoup de choses. On habitait depuis dix ans à Clichy, donc en petite couronne avec mon mari et mon fils. Et puis, il y a eu le Covid et on en a eu assez de vivre dans notre trois pièces. Et on a pu vendre notre appartement et acheter une maison assez grande pour trois. à Montélimar. Et donc, on a gagné de l'espace, du calme, du vert, du ciel et une tranquillité, un jardin. Et tout ça, alors que moi, j'ai un tempérament assez inquiet. Ça me permet d'être beaucoup plus tranquille, de... d'aller vers une douceur de vivre, ce qui n'est pas du tout mon tempérament au départ, même si je vis avec Marc, mon mari, qui lui a ça beaucoup plus en lui. Moi, c'est vraiment quelque chose que je fais en conscience. Je tends vers ça en conscience. Et je crois que j'ai trouvé le cadre idéal pour ça, parce que la Drôme est une région vraiment très douce et accueillante.
- Speaker #0
Tu as dit vouloir devenir une femme détendue. Qu'est-ce qui t'a fait comprendre que tu ne l'étais pas ?
- Speaker #1
Déjà, mes proches riraient aussi, tellement je suis très loin de la détente en général. Moi, j'ai beaucoup été gouvernée par la peur, la peur de manquer, la peur de ne pas y arriver, quel que soit ce qu'on entend par y arriver. Et donc, j'ai... j'ai compris que j'étais en permanence en train de me mettre la pression. Et donc, quand je parle de me détendre, c'est relâcher une part de pression. En fait, j'ai dit que je voulais être une femme détendue. Je continue à avoir cette réflexion et j'en suis plus tout à fait à avoir comme objectif d'être une femme détendue. C'est devenu plus précis. En fait, je cherche le point d'équilibre. L'équilibre, ça ne tient jamais très longtemps, donc c'est très mouvant. Mais le point entre la pression et la détente, parce qu'on ne peut pas avoir de détente s'il n'y a pas eu d'action, de pression à un moment. S'il n'y a pas un minimum de pression, il ne se passe rien. Donc il en faut quand même. Et on a un organisme qui est tout à fait câblé. Pour supporter la pression. Ce qui est important, c'est d'avoir des plages de récupération et c'est de trouver notre rythme entre les deux. Et ça, on a plein de choses qui se passent à l'intérieur de nous, on a plein de choses qui se passent dans notre environnement qui font que les conditions changent en permanence. Donc c'est pour ça que c'est si difficile. Mais de savoir, d'être consciente qu'on cherche ce point. qui nous convient à l'instant T, eh bien moi, ça m'aide déjà à me concentrer dessus et à me dire, là, ça va. Ou là, non, en fait, t'es en insécurité parce que t'es plus dans ton... t'es plus dans la bonne...
- Speaker #0
Dans ton juste rythme.
- Speaker #1
Dans ce juste rythme. Et donc, j'essaye de me réadapter en permanence.
- Speaker #0
Tu as dit tout à l'heure que tu cours 30 minutes tous les matins. Est-ce que c'est une discipline, un besoin physique ou un rendez-vous avec toi ?
- Speaker #1
Oh là là, c'est tout ça. Alors, je cours 30 minutes, ça doit être à peu près 5 kilomètres, toujours le même parcours, près des champs. C'est un moment de très grand plaisir pour moi. Là, en ce moment, c'est de nuit, alors ça va être encore plus de plaisir quand ce sera l'aube. Et j'écoute la radio ou un podcast en même temps, donc tout ça c'est du... Ça m'est nécessaire, ça me fait du bien. J'ai réalisé il n'y a pas très longtemps que c'était mieux si ce n'était pas non plus tous les jours, tous les jours, parce que j'ai un corps qui accuse un peu les années et qui me fait sentir que c'est mieux quand ce n'est quand même pas tout, tous les jours. Donc je le fais moins systématiquement. Et j'aime bien, il y a une espèce de... de détente mentale que ça me procure. Et physiquement, j'aime énormément être bien sur mes jambes. De sentir que je peux me mouvoir sans ressentir le moindre effort. Sans que ce soit difficile pour moi de me lever, d'aller chercher quelque chose, de pouvoir compter sur mes jambes. Et ça, la course me permet ça. Dès que je n'ai pas couru pendant un moment, je suis contente d'y retourner parce que j'ai l'impression de retrouver ce qui est bon pour moi.
- Speaker #0
De te reconnecter à ton corps, de te sentir forte ? Oui. Est-ce que ta relation au corps a changé ces dernières années ?
- Speaker #1
Elle change tout le temps. Je suis en pré-ménopause. pas encore ménopausée, je ne sens même pas les signes de la ménopause, mais je vais avoir 50 ans dans un mois, je sens des changements. Et je crois que ça n'a pas arrêté, en fait. Là, il se trouve que j'en suis là, mais moi, j'ai un terrain aux troubles du comportement alimentaire, je fais des compulsions, alors comme j'ai beaucoup travaillé dessus, aujourd'hui, c'est quand même relativement tranquille et je... Je sais à peu près comment me comporter pour que des moments de crise restent épidodiques derrière moi. Mais ça a beaucoup conditionné ce rapport au corps, où j'ai eu des grandes phases de détresse, parce que je ne comprenais pas comment... Être bien dans mon corps. Et ça, c'est le privilège des années quand même.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un moment où ton rythme de vie à Paris, tu as compris qu'il ne te convenait plus ? Ou est-ce que c'est ton corps qui t'a dit qu'il ne te convenait plus ?
- Speaker #1
Il y a eu quand même un avant et un après. J'ai eu un cancer du sein en 2017. J'étais journaliste à l'Express depuis longtemps. J'ai été dix ans en rédaction et le rythme que j'avais là-bas, qui était en grande partie de mon fait, puisque ça se passait très bien avec ma hiérarchie, avec mon équipe. J'étais responsable éditorielle, donc je manageais plusieurs journalistes dans l'art de vivre. Au départ, je suis journaliste mode. Tout ça se passait très bien, mais à un rythme qui, en fait, était très soutenu. J'étais très exigeante avec moi-même et j'ai mis beaucoup de temps à réaliser que c'était un rythme qui était devenu insoutenable pour à la fois mon organisme, mon esprit. Et j'ai mis du temps à m'extraire de cette façon de travailler qui ne me convenait plus. On a besoin de temps.
- Speaker #0
Est-ce qu'aujourd'hui, si ton corps t'envoie des signaux, est-ce que tu les accueilles différemment ?
- Speaker #1
Oui, complètement. Je pense qu'il y a toujours des choses que je ne dois pas percevoir ou que je ne dois pas vouloir entendre. Mais ma faiblesse et donc mon axe de développement, c'est mon rapport à la nourriture. Ça m'a... énormément pesée jusqu'à ce que je réalise que c'est là. Et c'est tellement central que ça va rester là. Et donc, qu'est-ce que je fais avec pour que ce soit une boussole ? Ça m'aide à... Ça me pointe des choses où il vaut mieux que j'écoute et que je fasse avec plutôt que de nier ou de m'en vouloir, de traiter de tous les noms. Et donc, dès que j'ai une faim, dès que j'ai envie de manger, sans fin biologique. Ça veut dire qu'il y a quelque chose qui est dissonant. Ça veut dire que j'ai une pression, que j'ai du mal à supporter. Donc ça peut être que j'ai sommeil, ça peut être que quelqu'un m'insupporte. Ça peut être que j'ai un problème de boulot qui me tape sur le système et que je ne veux pas entendre. Bon, avec le temps, j'ai réalisé que c'était quand même vachement mieux d'écouter le plus tôt possible ces signaux-là et donc d'être en mesure de les écouter. Et ça, c'est par la méditation, c'est par l'écriture. C'est par le fait d'avoir une hygiène mentale et physique suffisante pour être capable de percevoir ces signaux quand ils sont encore très faibles.
- Speaker #0
Justement, est-ce que dans cette hygiène, est-ce que tu peux nous parler de la slow productivity ?
- Speaker #1
Donc la productivité lente en français, c'est un concept qui a été développé par un auteur américain qui s'appelle Cal Newport et qui a écrit un livre qui s'appelle La Slow 2. Productivity qui est traduit en français, même s'ils ont gardé le titre anglais. Et il y a trois principes à ça, qui sont d'en faire moins, qui sont de travailler à un rythme naturel pour soi, et d'être obsédé par la qualité. Et moi, cette approche de Cal Newport, qui est un... Un auteur que j'aime beaucoup parce qu'il a aussi écrit sur le deep work, on en parlait tout à l'heure, il a aussi écrit sur le minimalisme digital, donc il m'a énormément aidée à avoir un rapport apaisé avec mon téléphone portable et avec les réseaux sociaux. Son approche m'aide à aller vers l'essentiel, à en faire moins, mais à faire ce qui est important pour moi, Euh... à réaliser que plus on est au clair avec ses valeurs, avec ce qu'on sait faire et ce qu'on a envie de faire, plus en fait ça nous suffit. Donc c'est tout un programme. Et ce que j'aime aussi beaucoup dans cette notion de slow productivity, c'est que ça remet en question la définition qu'on a de la productivité qui est héritée de l'agriculture, de la révolution industrielle. C'est donc un concept qui est complètement à revoir dans notre société de service, qui est très digitalisée et qui est beaucoup plus complexe. On a des tâches qui ne sont pas forcément perceptibles à l'œil nu quand on est derrière son écran d'ordinateur. Et donc on peut facilement se dire « Ah mais en fait, je n'ai rien produit aujourd'hui » . Eh bien oui ! mais parce qu'en fait, c'était dans notre tête que ça se passait. Et si on a avancé, mais si on garde les vieilles façons de mesurer ça, eh bien, on peut se dévaloriser et ne pas avoir l'impression d'avancer. Alors que si, et que pour pouvoir aller plus loin et s'encourager, eh bien, il vaut mieux adopter une définition de la productivité qui nous est propre.
- Speaker #0
Et si tu devenais la femme détendue que tu es ? Ça voudrait dire quoi concrètement pour toi ?
- Speaker #1
C'est être pas forcément détendue tout le temps, mais c'est être suffisamment à l'écoute de ce qui se passe en moi et autour de moi pour profiter du mieux possible de ce qui m'est donné dans l'instant présent.
- Speaker #0
Je voudrais poser des questions sur les micro-changements. Tu écris chaque fin de mois une newsletter à propos de tes micro-changements du mois précédent. Quel petit ajustement quotidien a réellement amélioré ta vie ?
- Speaker #1
Oh, il y en a eu tellement ! Moi, je ne crois pas aux grands soirs. Je ne crois pas aux grandes résolutions. J'ai essayé les résolutions du 1er janvier.
- Speaker #0
On a tous essayé.
- Speaker #1
Voilà, on a tous essayé. Pour moi, c'était des échecs. Alors que d'observer, d'être dans l'auto-observation quotidienne et de voir... Ah bah ! ça je l'ai fait différemment et en fait ça m'a procuré du plaisir, ça m'a aidé, ça m'a détendu, je vais continuer. Et à force de continuer, il y a des choses qui marchent très très bien. Donc que te dire qui a bien fonctionné pour moi ? Je pense qu'il y a beaucoup de choses qui tiennent à ma prise de notes. De trouver les outils, les bons cahiers. pour pouvoir m'appuyer sur l'écriture au quotidien, pour faire mon planning du jour et savoir comment l'ajuster en cours de journée. Parce que les plannings, écrire son emploi du temps, c'est aussi général que de dire je fais des listes. Oui, mais comment tu fais des listes ? Comment tu tiens ton planning ? Comment, quand quelque chose met ton emploi du temps de la journée par terre à 10h du matin, comment tu vas poursuivre ta journée en essayant de rester sereine, mais en faisant ce que tu continues de trouver le plus important, en maintenant tes priorités et en gardant comme fil conducteur ta priorité ? Donc ça, ça a été... j'ai pensé à ce que j'ai appelé mon cahier du temps, j'ai toujours avec moi un petit carnet dans lequel je note certaines choses, et bien là aussi ça a été énormément d'ajustements pour me dire qu'est-ce que tu notes et qu'est-ce que tu laisses filer, parce qu'il y avait des moments où je notais tout ce qu'on me disait, et ce n'était pas non plus viable et très agréable, ni pour moi ni pour les autres. Donc ce sont des ajustements permanents, le fait de faire du journaling le matin, d'écrire une sorte de... flot de pensées, de vider ma tête de toutes les ruminations que je peux avoir en cours et de clarifier mes pensées pour démarrer du bon pied et de laisser émerger les idées. Tout ça, c'est passé par l'écriture et j'écris depuis longtemps puisque je suis journaliste depuis maintenant plus de 25 ans mais écrire pour soi, ça a été des prises de décisions, vraiment une succession de prises de décisions qui continuent aujourd'hui. Et en fait, j'aime bien le faire de manière aussi collective. Je le fais de manière individuelle et j'essaie de le transmettre aussi avec mes lectrices dont tu fais partie parce que je pense qu'on cède aussi en le faisant à plusieurs.
- Speaker #0
En quoi, dire non, ça a changé ton rapport à toi-même ?
- Speaker #1
Eh bien, dire non, en fait, c'est avoir un sens de ses priorités. Et donc, c'est revenir à... C'est avoir un socle de valeur où on sait ce qui est important pour nous. Et donc, à partir du moment où on sait ce qui est important pour nous et où on se le rappelle suffisamment fréquemment, dire non devient absolument impératif parce qu'on ne peut pas... On est dans une société qui... nous sollicite énormément et c'est génial. C'est quand même une société d'abondance, de choix, et d'avoir tous ces choix, c'est une grande chance. Mais il faut le mode d'emploi qui va avec, et le mode d'emploi, il est en nous. C'est à nous de trouver ce qui nous convient à nous. Et donc, on est obligé de filtrer. Et pour filtrer, il est très important de refuser certaines choses et de le faire, si possible, dans les formes. Et donc, oui, je refuse énormément de choses. Et ça me coûte de moins en moins parce que je crois que j'ose espérer que soit j'arrive à le faire comprendre à l'autre, soit en fait, j'accepte de décevoir.
- Speaker #0
Parce que c'est un parcours, accepter de décevoir.
- Speaker #1
Oui, c'est très, très important comme étape. et je pense que c'est... C'est toujours difficile parce qu'on a envie que ça se passe de manière fluide avec les autres. Et en même temps, accepter de décevoir, c'est aussi se détendre sur l'ego. Oui, je pense que je passe mon temps à décevoir des gens.
- Speaker #0
Ou se respecter aussi.
- Speaker #1
Oui, alors la notion de respect, je trouve que c'est un petit peu flou pour moi. Donc je l'emploie, mais ça peut englober plein plein de choses. avoir... Je suis plus dans un vocabulaire d'avoir conscience de ce qui est important pour moi, essayer d'être dans une communication suffisamment fluide avec l'autre pour comprendre ce que lui ressent, quels sont lui ses besoins, ou qu'il soit suffisamment à l'aise avec moi pour pouvoir me l'exprimer et que comme ça, je puisse m'ajuster. Mais aussi lui faire comprendre quel est mon ressenti, quelles sont mes limites, tout ça. On en revient à la communication non-violente.
- Speaker #0
Mais respecter son socle, c'est quand même la base pour réussir à dire non.
- Speaker #1
Alors, tu vois, plus que respecter son socle, moi, c'est une question de... Est-ce que je suis en sécurité ou pas ? Est-ce que je suis en sécurité intérieure ? Ou est-ce que les circonstances... interne, externe, font que ça y est, je ne suis plus en sécurité. Et alors là, ça veut dire que je peux partir dans mes émotions, ça veut dire que je suis devenue tellement vulnérable que je peux devenir agressive et comment me remettre en sécurité. Cette notion de « est-ce que je suis en sécurité ou pas ? » , elle me parle beaucoup plus, moi, au quotidien et je suis en permanence en train de me motoscanner pour voir est-ce que je suis en sécurité ou pas, plutôt que le respect, pour moi, c'est trop abstrait.
- Speaker #0
C'est ça qui te drive.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te complique le plus vite ta vie quand tu n'y prends pas garde ?
- Speaker #1
La pression du temps. On revient au rythme. En fait, j'ai choisi une façon de vivre où j'ai organisé mon travail autour de choses à rendre. Donc, j'écris. de newsletters chaque semaine, j'anime un atelier d'écriture chaque jeudi soir, j'ai des séances de coaching. Tout ça fait que, dès que je sens que j'ai organisé mon temps d'une certaine manière, dès que je sens que je suis en train de prendre du retard, et ça arrive quand même très régulièrement parce que mes newsletters, j'essaye de les... de les envoyer à un rythme défini. Dès que je sens que je vais me mettre en retard, là, ça commence à... Je peux vite basculer dans cette insécurité dont je parlais.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as arrêté de poursuivre ces dernières années ?
- Speaker #1
Eh bien, c'est ça. Je suis en train... Je n'ai pas arrêté. Mais je suis beaucoup en train d'examiner, de questionner, de réfléchir à cette notion de moment butoir, à quel point je m'imposais des choses parce que je pensais en avoir besoin, et je pense que j'avais besoin de cette rigueur-là. Et je suis en train de réaliser que je peux me faire confiance pour arriver quand même à faire ce que je veux. sans forcément m'imposer un cadre aussi rigide. Donc c'est quelque chose, c'est une étape qui est en cours.
- Speaker #0
Et ça, est-ce que tu... C'est ma lecture comme ça, le fait de, quand on est dans le milieu journalistique, dans une... Je ne sais pas exactement le vocabulaire, mais il faut clore le bouclier, etc. Donc est-ce que c'est ça qui fait que tu t'imposes ça avec les newsletters, alors que ton public est beaucoup plus détendu ?
- Speaker #1
C'est complètement... C'est l'œuf et la poule.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Pourquoi est-ce que j'ai choisi le journalisme où il y a effectivement, comme tu le dis, autant de deadlines ? Est-ce que c'était mon tempérament ? Est-ce que ça m'a sculptée ? Je n'ai pas toujours été journaliste. Moi, j'ai fait une école de commerce, j'ai fait du marketing avant, donc je n'ai pas non plus été formatée comme ça depuis ma jeunesse. Je suis devenue journaliste à 30 ans. Donc, je ne sais pas, mais le fait est que ça m'a beaucoup convenu et qu'aujourd'hui, ça m'entrave. Et c'est intéressant de savoir. On avance comme ça, il y a des choses qui, à un moment, parfois pendant très longtemps, marchent, nous servent. Et puis à un moment, ça ne fonctionne plus. Et à quel point on va moduler les choses ou carrément s'en défaire ? Ça n'est pas du tout... C'est un dossier en cours.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut passer sa vie à observer les autres et retarder le moment où on se regarde soi-même ?
- Speaker #1
Ça fait très longtemps que je m'observe moi-même. Et quand j'observe les autres et que quelque chose m'agace chez les autres, je me dis tout de suite, en fait, à quoi ça te renvoie chez toi ? Je pense que pour être bien avec les autres, on a absolument besoin d'être d'abord bien en soi. Et je ne trouve pas du tout que ce soit une démarche égoïste. J'assume mon égoïsme parce que je sais que c'est comme ça que je peux, après... apporter ma contribution à la communauté.
- Speaker #0
Comment est-ce que tu te présentes aux inconnus en termes de métier ? Je me présente en tant que journaliste alors que je ne suis plus journaliste si on est puriste. J'ai eu de carte de presse depuis très longtemps et je n'écris plus pour un média. Autre que ma newsletter, est-ce qu'on estime que c'est un média ou pas ? Je ne suis même pas sûre. En fait, je me définis par défaut parce que je sais que c'est plus facile pour les gens d'avoir des catégories et que moi, je me sens journaliste en termes de mentalité. d'approche, de curiosité, de façon de réfléchir, de fonctionner. Mais j'essaie d'enlever les étiquettes et je suis quelqu'un qui écrit. Je crois que c'est surtout ça.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ce métier ou ces métiers t'ont donné ?
- Speaker #0
Ça m'a aidée à me trouver, je pense. Je viens du marketing. Je pense que j'ai gardé un œil de marketeuse. J'aime beaucoup... Moi, ce qui m'intéresse, ce sont les relations humaines. Et je trouve que le marketing a mauvaise presse. Mais le marketing, c'est aussi l'idée de comment est-ce qu'on adapte un produit pour qu'il trouve son public. Et donc, on en revient à la relation et à connaître l'autre et avoir une curiosité de l'autre. Et le journalisme, c'était un moyen pour moi de... J'étais passionnée de mode. J'aime toujours les vêtements, mais je suis un petit peu moins passionnée de mode. C'était un moyen de découvrir. Je percevais la mode comme un art de vivre. Et le journalisme, c'était un moyen d'étudier, d'approcher ce secteur qui me faisait extrêmement rêver. Et j'ai gardé du journalisme la curiosité, la rigueur, le rapport à l'écrit, le rapport au langage. où j'ai ce souci d'exactitude, et même si je ne suis pas dupe, je sais aussi qu'on n'arrive pas à poser les mots. C'est pas possible d'arriver à définir tout ce qu'on ressent et tout ce qui nous traverse. Et entre humains, on ne se comprend pas, en fait. On croit qu'on comprend quelque chose, et puis en fait on se plante, et donc on continue à se... parler pour essayer de mieux se comprendre et on avance comme ça à tâton et c'est ce qui est tellement intéressant. Moi, je vis pour les conversations. C'est pour ça que je suis contente qu'on fasse ce podcast ensemble.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu dirais du coup que ce métier t'a appris ?
- Speaker #0
M'a pris ?
- Speaker #1
T'as enlevé des choses ?
- Speaker #0
Oh, je pense que ça m'a pris... Ça m'a stressée. Donc, ça... Ça m'a sûrement pris de l'énergie vitale, mais en même temps, il faut bien qu'elle serve à quelque chose, cette énergie vitale. Il faut bien que quelque chose nous fatigue.
- Speaker #1
J'enchaîne du coup sur la fatigue. À ton avis, nos fatigues, est-ce qu'elles viennent plus de ce que nous vivons ou de ce que nous pensons ?
- Speaker #0
Je ne sais pas, les deux. Je me fatigue moi-même tellement que je fatigue mentale. Vraiment, la lassitude d'être soi, je connais. Quand j'ai terminé mes deux newsletters de la semaine, j'ai l'impression d'être fatiguée d'avoir parlé de moi. J'ai besoin de me réouvrir aux autres. Je prends.
- Speaker #1
Est-ce que tu dirais que tu arrives à être plus dans l'instant présent qu'avant ?
- Speaker #0
Oui, beaucoup plus. Là, ça touche au rapport à l'ego. Plus jeune, j'étais tellement moins sûre de moi que j'avais en permanence. Cette interrogation de comment j'étais. Et aujourd'hui, ça va mieux.
- Speaker #1
Ça va mieux. Tu as parlé de la joie dans une de tes newsletters. Je voulais savoir, qu'est-ce qui étouffe le plus vite ta joie à toi ?
- Speaker #0
La pression. La pression que je me mets en général. Ça peut venir de l'extérieur, mais c'est d'abord moi qui l'accepte et qui la génère souvent. Après, la joie, je sais bien que dans les philosophies orientales, ça peut être un état continu. Moi, je le perçois quand même comme un état optimal et comme tous les états optimaux. C'est un idéal et ça jaillit, la joie. Et donc, c'est génial quand ça arrive, mais ça ne se provoque pas par la volonté. Oui, il y a plein de choses qui étouffent et c'est notre condition humaine quelque part. Je ne me fais pas d'illusion sur le fait qu'on ne peut pas vivre en permanence dans la joie et c'est aussi parce qu'il y a de la douleur qu'on apprécie encore mieux, enfin de la douleur ou de l'effort, et qu'il y a des moments où il y a cette espèce de... de détente, où on est heureux, eh bien, tant mieux. Mais c'est aussi les variations de rythme qui font qu'on apprécie les moments.
- Speaker #1
Est-ce qu'encore aujourd'hui, tu arrives parfois de ne pas te sentir tout à fait à ta place ?
- Speaker #0
Oh, c'est tout le temps, oui. À ma place, je pense que je me suis choisie une place. Et donc, j'ai l'impression d'être à ma place à la fois physiquement dans l'endroit où j'habite, à ma place dans ma famille, à ma place avec mes amis, dans mon travail que j'ai eu la chance de pouvoir inventer, en fait, faire à ma main. Mais au quotidien, je me sens toujours bousculée. Et puis, j'aime bien aussi la nouveauté. Je provoque aussi des situations où... qui sont nouvelles, et où donc je la cherche, ma place. Je me sens en permanence, je me déplace. Donc, par définition, je ne suis pas à ma place. Mais là encore, comme tout est mouvement, de toute façon, même si je restais à ma place, je ne finirais pas à me sentir pas à ma place, parce que ça aurait bougé autour de moi. Ce n'est pas gênant, et je trouve plus intéressant d'avoir... de continuer à travailler justement sur cette sécurité intérieure pour être suffisamment bien, quel que soit ce qui se passe en moi et autour de moi.
- Speaker #1
Comment est-ce que tu distingues aujourd'hui l'intuition de l'inquiétude ?
- Speaker #0
Pour moi, ça n'a pas grand-chose à voir. Mon inquiétude peut étouffer mon intuition. Comme j'ai un tempérament assez inquiet, quand je ne suis vraiment plus en sécurité, eh bien, je n'ai plus accès. à mon intuition. L'intuition, je pense que c'est une connexion à son ressenti avant tout physique. Donc, pour être relié à ses sensations physiques, on doit être suffisamment en état suffisamment tranquille et d'ouverture. Et si on est inquiet, on se ferme, en fait. Donc, c'est ça le lien entre les deux.
- Speaker #1
Comment est-ce qu'on peut être proche des autres sans s'épuiser émotionnellement ?
- Speaker #0
Justement, en ne s'oubliant pas, en ayant conscience de ses limites, en restant suffisamment connecté à soi, à son ressenti. Je pense qu'on est en mesure de donner aux autres jusqu'à un certain point. Et puis, il y a un moment où on fatigue. où on n'a plus assez de ressources internes et où c'est important, là, de se préserver et de se remettre d'abord au service de soi avant d'être au service de l'autre. Ce qui est très difficile, puisqu'on est des êtres sociaux et qu'on vit avec les autres.
- Speaker #1
Mais ça fait partie des micro-changements, quand même, que tu as mis en place dans ta vie, petit à petit, de te remettre.
- Speaker #0
Oui, alors déjà, je vois moins de gens. Fondamentalement, je vois moins de gens.
- Speaker #1
Tu travailles de chez toi aussi.
- Speaker #0
Voilà, je respecte beaucoup mon besoin d'isolement. Bon, après, il y a des moments où c'est plus ou moins facile.
- Speaker #1
Et ce n'est pas trop intense, justement, quand tu ne vois pas beaucoup de monde et que là, par exemple, tu viens à Paris, tu vas voir beaucoup de monde en 48 heures. Est-ce que c'est épuisant ?
- Speaker #0
Non, ce n'est pas épuisant. Il faut des bonnes plages de récupération. Donc, la méditation m'aide vraiment énormément. Même fermer les yeux quelques minutes, ça lave beaucoup de choses. Et là, je reviens d'un voyage en Inde où on était en groupe, on était huit personnes et j'étais dans une chambre que je partageais avec quelqu'un. Donc, pendant neuf jours, je n'ai pas vraiment été seule. Et en fait, ça ne m'a pas du tout pesée. Bon, parce que c'était des filles superbes, mais aussi parce que je réussissais à être toute seule. à fermer les yeux à certains moments et à me retrancher, et donc me régénérer toute seule, à dormir suffisamment aussi. C'est possible, mais c'est une véritable hygiène de vie, et c'est un choix conscient, et ça demande beaucoup d'efforts et de maturité.
- Speaker #1
Je change de sujet, comment sont nées les cercles d'écriture du jeudi ?
- Speaker #0
C'est un atelier d'écriture introspective que j'ai lancé début janvier 26. C'est vraiment tout récent. Et en même temps, c'est l'aboutissement de beaucoup de choses parce que je faisais des ateliers en ligne sur Zoom depuis déjà plusieurs années, mais sur des sujets plus relatifs à la communication ou à la... au développement personnel, mais plus appliqué dans le travail. Et j'adorais faire ça, mais ça me prenait trop de temps, trop d'énergie pour pouvoir le faire avec ma newsletter bi-hebdomadaire. Donc j'ai voulu trouver un point de rencontre avec mes lectrices, parce que comme j'écris des newsletters depuis très longtemps, et puis j'avais un blog avant qui s'appelait Café Mode, j'écris en ligne depuis 20 ans, donc j'ai des liens avec des lectrices. très fort depuis parfois de très longues années. Et mon but, j'ai à cœur de tisser une relation de plus en plus étroite avec celles qui se sentent proches de ce cheminement que j'ai vers l'écriture, vers le fait de me sentir bien. Et ça prend plein de formes. Et ça a pris la forme du blog, la forme de la newsletter, la forme des ateliers. Et comme l'écriture... est vraiment devenue centrale dans ma vie, eh bien, à un moment, il y a eu cette étape de me dire, un atelier d'écriture introspective, je dis introspective parce que c'est vraiment le taux de pensée, le journaling, le journal qui sont importants pour moi, je ne suis pas du tout dans une écriture narrative, ça n'est pas ce qui m'inspire, et je lis assez peu de romans, c'est beaucoup plus l'introspection, je vois le même psy depuis 25 ans, j'ai... besoin de comprendre ce qui se passe dans ma tête, sinon je deviens folle en fait. Je me pose trop de questions, j'ai trop ce tempérament à basculer dans l'inquiétude. Et comme il se trouve que ça résonne chez des lectrices, eh bien j'ai eu l'idée, soufflée par des lectrices, de chaque jeudi soir, une heure, décider qu'on écrirait ensemble sur un sujet que je donnerais à travers quatre exercices d'écriture court. Deux, cinq minutes chacun. Pas besoin de savoir rédiger, d'être dans l'écriture de manière professionnelle. Pas besoin même de tenir un journal, juste d'avoir envie de se vider la tête sur la feuille ou même sur un clavier, puisque ça peut être écriture numérique ou manuscrite, mais avoir cet espace pour soi au moins une heure dans la semaine. Et pas forcément toutes les semaines, mais il se trouve que je suis la première surprise de voir que j'ai des lectrices qui sont là toutes les semaines parce qu'en fait, elles en avaient autant besoin que moi et il se trouve qu'on se fait vraiment du bien.
- Speaker #1
C'est une respiration.
- Speaker #0
C'est une respiration, tu l'as expérimentée.
- Speaker #1
Pourquoi, à ton avis, est-ce qu'écrire, ça aide parfois plus que réfléchir ?
- Speaker #0
Parce que réfléchir, en fait, c'est sans fin. ça peut se transformer dans le petit vélo dans la tête. Alors qu'écrire, surtout si c'est manuscrit, ça passe par la main, c'est forcément plus lent. Il y a cette logique d'entonnoir où on est obligé de passer par le langage et de le matérialiser, que ça devienne tangible. La feuille devient un prolongement de notre... notre état psychique, et donc ça permet de trier, ça permet de sauter d'un poids. C'est comme de se laver les dents, en fait. C'est une hygiène mentale qui permet de s'alléger, de se débarrasser de toutes les couches et des couches de pensées qui ne nous sont pas forcément utiles. et en s'en débarrassant, on crée un espace intérieur qui... Ça peut laisser de la place à des pensées émergentes, qui sont parfois des idées, qui sont étouffées par nos ruminations, par tout ce qui nous pèse. Et c'est ce qui fait que souvent, quand on commence à écrire, on écrit toujours la même chose. Et on se dit, c'est nul mon truc, j'arrête, parce que de toute façon, je m'autofatigue, je suis toujours en train d'écrire la même chose. Oui, mais il vaut mieux que ce soit sur la feuille plutôt que dans notre tête. Et si on continue, si on se donne la chance, de déverser tout ça, à un moment, il va y avoir quelque chose. de différent qui va surgir. Et là, c'est tellement fragile que c'est bien d'avoir le support écrit pour pouvoir lui donner une chance de grandir.
- Speaker #1
Est-ce que quand même, c'est plus fort le crayon que le clavier ?
- Speaker #0
C'est bien d'alterner, en fait. Déjà, ça dépend complètement du tempérament de chacun. Et je ne pense pas qu'il faille forcément valoriser un plutôt que l'autre. Je crois qu'on est dans une étape où notre société valorise un petit peu plus l'écriture manuscrite, alors à travers plein d'études neurologiques et tout ça, mais parce que c'est en perte de vitesse, et qu'on a besoin, sûrement. Il y a tellement de bienfaits à écrire de manière manuscrite que c'est dommage de ne pas essayer de temps en temps de refaire ça et de voir ce qui se passe. Après, je pense que ça dépend de chacun, mais l'écriture manuscrite est tellement plus lente et elle est tellement archaïque, en fait, que... Ça nous connecte à des parts de nous qui ne s'exprimeraient pas forcément avec un clavier.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu fais dire différemment que la Géraldine d'il y a dix ans ?
- Speaker #0
J'écris beaucoup plus. J'écris pour moi. Je m'écoute beaucoup plus. Je me laisse plus de temps. Je suis moins dure avec moi-même. Je m'autorise énormément plus de choses. Et je me connais tellement mieux que ça me rend beaucoup plus clémente, beaucoup plus... Je cherche le mot et je ne le trouve pas. Et en ce cas, c'est déjà un acte manqué. Mais je suis beaucoup plus indulgente.
- Speaker #1
Et si tu pouvais lui parler, Géraldine, il y a 10 ans, il y a 20 ans, tu lui dirais quoi ?
- Speaker #0
Ne t'inquiète pas. Ça va bien se passer, quels que soient tes soucis du moment, tu vas trouver des solutions.
- Speaker #1
Selon toi, est-ce que le juste rythme pour soi, c'est une question d'organisation ou une question de rapport intérieur au temps ?
- Speaker #0
Je pense qu'il y a une question d'organisation et avant ça, plus que même le rapport intérieur au temps, c'est le rapport intérieur à soi. C'est d'abord de s'accorder un espace intérieur. Moi, je le trouve par la méditation, par l'écriture, par le silence. Parfois, il y a des gens, c'est par la marche, ça peut être par la danse, ça peut être par la céramique. Il y a plein de pratiques méditatives, mais c'est comment est-ce que je retrouve un espace intérieur et comment je veille à le préserver, le sauvegarder, quel que soit mon rythme de vie, quelle que soit mon occupation du moment. De savoir que c'est possible, ça nous offre déjà une marge de manœuvre. C'est de retrouver une marge de manœuvre. Parce que si on n'a plus de marge de manœuvre, on perd la sensation de liberté. Alors là, on passe en mode survie qui est beaucoup plus réduit comme espace.
- Speaker #1
Toi, ton processus créatif, il fonctionne comment ?
- Speaker #0
Il fonctionne avec ça. C'est-à-dire que plus je me laisse d'espace intérieur, Plus, ah bah tiens, c'est marrant, il y a des idées. Ah bah tiens, je vais faire ça dans deux jours, la semaine prochaine. Et puis si, je faisais ça. C'est juste parce que j'ai laissé l'espace pour que ça surgisse. Bon, c'est plus ou moins possible. Sur des moments, ça ne peut pas être tout le temps.
- Speaker #1
Oui. Et les thèmes pour tes cercles d'écriture, ils arrivent aussi comme ça ? Oui.
- Speaker #0
Oui, c'est s'accorder cet espace, cette marge de manœuvre. Là, je suis à Paris avec toi, je suis à Paris pour trois jours. On est mardi, jeudi soir, j'ai un cercle, je n'ai toujours pas le thème. Et j'aime bien l'annoncer à l'avance pour que les personnes sachent si ça va leur parler ou pas, est-ce qu'elles vont y aller ou pas. J'aimerais bien pouvoir... J'aurais bien aimé... leur dire dès la semaine dernière, rien n'est venu et je respecte. Je suis complètement confiante sur le fait que ça va venir. Et en fait, pour que moi, je sois, que ça fonctionne, eh bien, il faut que j'y crois, il faut que je sois connectée à ce qui me préoccupe à un certain instant. Et pour l'instant, c'est trop flottant. Sorry !
- Speaker #1
Non, il n'y a pas sorry, justement, je trouve ça super de faire confiance.
- Speaker #0
Ce n'est pas forcément très confortable pour les autres, mais je pense que je suis de plus en plus suivie par des personnes qui comprennent ma démarche.
- Speaker #1
Alors pourquoi est-ce que tant de femmes trouvent que ça résonne chez elles, justement ?
- Speaker #0
Je ne suis pas sûre d'être comprise par tout le monde, mais de toute façon, ce n'est pas possible.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
mais ce n'est pas le but. Ce qui m'intéresse, c'est la connexion que j'ai avec celles qui, à un instant T, ont suffisamment en commun avec moi pour qu'on se nourrisse mutuellement.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Et je suis complètement OK sur le fait que ça change tout le temps et qu'il y a des personnes que je saoule. qui se disent « en fait, je ne comprends plus, elle me saoule » , très bien, et peut-être qu'on se retrouvera dans quelques années, parce que moi j'aime bien envisager les relations dans la durée.
- Speaker #1
Si ton rythme naturel n'avait plus besoin de s'adapter à celui des autres, qu'est-ce que tu laisserais tomber ou qu'est-ce que tu abandonnerais en chemin ?
- Speaker #0
Je laisse déjà bien...
- Speaker #1
Tu as laissé déjà beaucoup de choses.
- Speaker #0
J'ai laissé déjà beaucoup de choses. Et ce n'est pas vraiment les autres qui m'imposent des rythmes. Alors, il y a le rythme des saisons, il y a le rythme sociétal, un peu quand on est en septembre, c'est la rentrée et c'est difficile d'échapper à cette énergie-là. Ou quand on est à Noël, il y a un certain nombre de choses qui... ça va avec la saison, en fait. Donc j'essaie de suivre ça, il y a un rythme naturel. que je n'ai pas envie de lâcher. Et en même temps, je trouve très intéressant, si je reprends la logique de Noël, d'examiner ce qui me convient dans les traditions, dans les usages, et puis ce dont je ne veux pas. Et ça, ça continue d'évoluer année après année. Donc c'est une sorte de pas de deux. On danse entre ce que les autres nous imposent et ce dont nous, on a besoin. J'ai l'impression quand même de lâcher de plus en plus de choses. Ça va continuer.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu espères retrouver ou trouver ?
- Speaker #0
Ce que j'espère retrouver, c'est cette candeur enfantine où on n'avait pas encore ces couches et ces couches de choses qui nous sont imposées par la société et où on y revient avec l'âge de manière consciente. C'est forcément un travail. Puisqu'on s'est intégrés socialement, on s'est assis sur un certain nombre de choses, on a renoncé à un certain nombre de choses. Et puis, quand on est en phase d'individuation, au milieu de sa vie, et donc je suis en plein dedans, j'espère que j'ai encore des longues années, on se connaît suffisamment pour pouvoir lâcher des choses que la société nous a transmises et qui ne nous servent plus. Donc, de pouvoir m'alléger du maximum de choses pour pouvoir me sentir agile et juste être dans l'instant et dans ce que je vis sur le moment. Voilà, c'est ça mon but.
- Speaker #1
Dernière question, à 50 ans, là, bientôt. Avec quoi tu te fous définitivement la paix ?
- Speaker #0
Ce qui est vraiment en cours, c'est de... de ne plus m'accorder, de m'autoriser à ne plus me presser. On est vraiment au cœur du sujet de ton podcast, de faire les choses à mon rythme, comme je le sens sur le moment, ce qui est le plus juste pour moi, sur le moment.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'il y a en ce moment sur ta table de nuit ?
- Speaker #0
Une poupée.
- Speaker #1
Ah, intéressant. De quand tu étais petite ?
- Speaker #0
Non, une poupée moulin rôti que j'ai acheté il y a quelques mois maintenant au musée d'Orsay et que je trouvais trop marrante parce qu'elle était rousse et que je la trouvais qu'elle me ressemblait et qu'en même temps elle est en tissu et donc elle m'apaise énormément et finalement je la trépate pas trop mais je trouve que à côté de mon réveil matin ça fait joli Merci. Ça fait joli et il y a quand même un apaisement. Elle me procure un apaisement.
- Speaker #1
Ça te connecte à ton enfant intérieur, à la petite fille que tu étais ?
- Speaker #0
Oui, en tout cas, j'ai toujours aimé les poupées. Je crois qu'elle doit me relier à celle que j'étais plus jeune, sûrement.
- Speaker #1
Cette fameuse candeur sentine. Oui, voilà. Un lieu où tu te reconnectes à toi ?
- Speaker #0
C'est rigolo parce que c'est... C'est l'endroit où je cours. Quand je vais courir, je cours le long d'une route, ce qui n'est pas forcément le truc le plus apaisant parce qu'il y a des voitures. Mais j'arrive à des champs et il y a un endroit qui est avec quelques maisons, mais qui est vraiment bordé de champs et c'est un des endroits que je préfère au monde. En plus, ça sent la résine parce qu'il y a des espèces de sapins. Mais depuis quelques mois, il y a des gens qui sont venus s'installer dans une espèce de roulotte. Je pense que c'est des SDF. J'ai un petit peu discuté avec eux, parce que j'avais besoin de me sentir suffisamment bien quand je passais à côté d'eux. Et en fait, il y a eu certains matins où j'ai vu qu'ils avaient des chiens. Et donc, je suis dans la phase où j'avais un peu peur des chiens et où j'ai envie de pouvoir continuer de me sentir très, très bien sur mon chemin. Et en même temps, je me dis, mais oh, s'il y a un chien qui déboule ! Donc, il y a un des messieurs qui m'a rassurée, qui m'a dit que c'était une vieille chienne et qu'il n'y avait aucun problème, elle n'allait pas me courir après. Je ne connais pas encore bien les autres parce qu'il y a deux espèces de roulottes et je n'ai pas encore suffisamment noué connaissance. Il va vraiment falloir que j'aille le voir, parce que c'est dans ma tête tout ça, parce qu'il n'y a jamais aucun chien qui m'a couru après dans ce périmètre-là. Mais tu vois, tu me demandes mon endroit où je me sens bien, c'est vraiment mon endroit. Et donc, on en revient toujours à la même chose, c'est qu'il va falloir que j'aille vers l'autre pour que ça se passe bien.
- Speaker #1
Et pour que ça t'apaise, que tu retrouves ta sécurité. Un moment de la journée qui t'apaise naturellement ?
- Speaker #0
Ah moi, mes moments à table ! C'est toujours les moments où je suis... C'est vraiment... Manger trois fois par jour, mais quel bonheur ! À table.
- Speaker #1
Une saison qui te ressemble ?
- Speaker #0
J'ai appris à aimer toutes les saisons. Ma saison, d'un point de vue colorimétrique, c'est l'automne. Mais la saison où je me détends le plus, c'est l'été.
- Speaker #1
L'odeur de ton enfance ?
- Speaker #0
L'odeur de mon enfance ? Je ne sais pas, une tarte pomme de ma maman.
- Speaker #1
Une musique refuge ?
- Speaker #0
Un bon Patti Smith, People Have the Power. C'est un peu mon hymne.
- Speaker #1
Un film qui t'accompagne.
- Speaker #0
Thelma et Louise.
- Speaker #1
Un objet du quotidien qui te reconnecte à ton juste rythme.
- Speaker #0
Mes carnets.
- Speaker #1
Un petit rituel qui t'aide à ralentir.
- Speaker #0
Fermer les yeux et méditer assise dix minutes.
- Speaker #1
Et un objet, un bijou ou un rituel qui te reconnecte à ta féminité.
- Speaker #0
Je pense que ça passe quand même beaucoup par les... par les cheveux, peut-être, chérousse, les cheveux bouclés. Et il y a beaucoup de rapports à la féminité qui passent par cette crinière. C'est pas un objet, mais c'est ce qui me vient à l'esprit.
- Speaker #1
Merci beaucoup Géraldine.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Merci d'avoir partagé ce moment avec nous dans le juste rythme. J'espère que cet épisode vous a offert un souffle. un sourire ou une idée à glisser dans votre quotidien pour avancer un peu plus à votre rythme. Si cet échange vous a plu, parlez-en autour de vous et abonnez-vous à votre plateforme préférée. Laissez un commentaire, c'est ce qui permet au podcast de rayonner. Pour découvrir d'autres épisodes ou me contacter, rendez-vous sur le juste rythme. Si une femme inspirante vous vient à l'esprit, écrivez-moi, vous pourrez être ma prochaine invitée. A très bientôt, et d'ici là, prenez soin de votre cœur, de votre corps et de votre tête.