- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur Le Lien, parlons de la santé mentale de nos ados, un podcast co-réalisé par PSSM France et Parentalité Adolescence. Vous êtes proche d'un adolescent et vous vous posez des questions sur sa santé mentale, ses émotions, son comportement, son mal-être ou tout simplement sur la manière de mieux l'accompagner, ce podcast est fait pour vous. Au fil de 12 épisodes courts, Olivier Canseil, spécialiste de la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes et membre du conseil scientifique et pédagogique de PSSM France, répondra aux questions que se posent les adultes autour de la santé mentale des adolescents. Aujourd'hui, on retrouve Olivier Canseil pour parler de l'influence de l'entourage sur la santé mentale des adolescents et de la manière dont les autres façonnent leur bien-être. Bonjour Olivier.
- Speaker #1
Bonjour Sarah.
- Speaker #0
Alors, on sait qu'à l'adolescence, le regard des autres est important.
- Speaker #1
que des adultes aussi, mais le regard des pères devient absolument essentiel. Et donc, c'est un regard qui peut être valorisant et qui renforce l'estime de soi, ou alors qui génère du doute, de la honte et du rejet de soi quand il est dévalorisant. Et les retours positifs, les encouragements, la reconnaissance, l'écoute, vraiment agissent comme des facteurs protecteurs. Et donc, il y a aussi la question de l'appartenance et de l'exclusion. Le besoin d'appartenance qui fait partie de la condition humaine est particulièrement majeur à cet âge-là. Être accepté par ses pairs, ça favorise un sentiment de sécurité intérieure, alors que l'exclusion et le rejet, ça génère tout un tas de symptômes qui font le lit de problématiques de santé mentale, d'anxiété sociale, d'isolement, de dépression, de comportement à risque, et ainsi de suite. Et puis, évidemment, il y a les normes sociales, la pression de conformité. Donc, avec des jeunes qui sont extrêmement sensibles aux normes implicites, à l'apparence, au genre, à la réussite, à la popularité, qui voudraient à la fois être des uniques et traiter comme des uniques, et qui désespèrent leurs parents en s'habillant exactement comme les autres, où justement ils sont tiraillés entre ce besoin de reconnaissance de ce qu'ils sont, et le besoin d'appartenance et d'être conformes aux stéréotypes sociaux autour d'eux, portés par leurs camarades. et voilà Donc il y a une pression quand même aussi à rentrer dans le moule de la part des camarades pour éviter aussi de se retrouver trop en dehors et risquer d'être harcelé. Donc vraiment c'est un accordage extrêmement compliqué entre ces deux extrêmes. Et bien sûr tous les conflits identitaires génèrent du mal-être voire des troubles du comportement. Et puis il y a évidemment appartenir, ça apporte un soutien émotionnel, une validation. et une sécurité interne pour avancer. Donc c'est important.
- Speaker #0
Justement, comment un environnement négatif peut affecter durablement la santé mentale d'un ado ?
- Speaker #1
Alors, comme nous l'avons évoqué, je dirais, les normes culturelles sont importantes. Mais elles sont importantes aussi du côté des parents. Parce que dans notre culture, je dirais, un peu latine, française, et qui n'est pas du tout comme les anglo-saxons, le renforcement positif n'est pas très naturel en France. C'est-à-dire valoriser ce qu'est le positif, reconnaître les progrès, tout ça, ne vient pas très naturellement. Là où dans les pays anglo-saxons, les encouragements et la validation positive sont très courants de la part des parents vers les enfants. Or, cette validation, cette reconnaissance, ces encouragements, ces phrases positives, même si c'est Dans notre culture, elles nous paraissent peu naturelles et qu'elles nous coûtent, c'est pourtant ce qu'il faut faire et ce qui fait du bien. Quand bien même, je dirais, les adolescents, comme tous les adolescents, diront comme Bourville dans le corneau, « Ma mère me trouve le plus beau du monde, mais c'est ma mère. » Ils le savent, mais ce n'est pas grave, ça fait quand même du bien de s'entendre dire qu'on est le plus beau du monde. Donc ça, enfin bon, après avec subtilité bien évidemment. Donc voilà, ça c'est important dans ce qui veut dire qu'un environnement défavorable peut provoquer... L'anxiété, quand ça devient chronique, ça devient du stress, avec des troubles du sommeil, de l'héritabilité, des symptômes dépressifs. Avec la dévalorisation qui est un facteur de risque de pensée suicidaire ou de tentative de suicide. Et puis le stress chronique, il faut éviter parce que ça s'installe et ça finit par avoir des répercussions sur le corps. et à l'âge adulte, qui s'installent et à l'âge adulte, avec des répercussions sur le système immunitaire, cardiovasculaire, des prises de poids, des comportements à risque, enfin bon, voilà. Et puis surtout, c'est un capital la résistance au stress, qui s'épuise avec le temps. Donc, grandir dans un environnement serein, c'est largement préférable.
- Speaker #0
Très bien, merci beaucoup. Alors, quels conseils pouvez-vous donner aux parents et aux éducateurs pour soutenir un jeune dans la construction d'une image positive, justement, de lui-même à travers ses relations ?
- Speaker #1
Alors, on est vraiment dans une approche psychologique, c'est-à-dire qu'il faut valoriser l'unicité, comme on l'évoquait, l'unicité du jeune, reconnaître, nommer ses qualités personnelles, sa créativité, son humour, sa sensibilité, que sais-je. Éviter les comparaisons avec les autres. Chaque adolescent a son propre rythme en plus de croissance et de développement donc ça ne sert à rien de comparer avec les autres. Et puis encourager l'expression de soi dans tous les espaces possibles, c'est-à-dire artistique, sportif. Il faut créer aussi des occasions pour lui de se sentir compétent et unique. il faut encourager les relations saines dans la mesure où on peut c'est à dire pas en critiquant celle qu'il a mais en valorisant celle qu'on aime qui serait mieux pour lui, bien évidemment. Donc, l'apprendre à repérer ce qu'est une relation respectueuse, d'écoute, de réciprocité, de confiance. Voilà, parler aussi des limites à poser dans les relations, c'est-à-dire que tu as le droit de dire non, l'éducation au consentement, quoi, aussi. Tu mérites d'être respecté, quoi. Enfin, voilà, c'est parce que ça a beaucoup à voir avec l'estime de soi. Et puis, valoriser les amitiés Bééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééé positive, et puis questionner sur les textes, celles qui vous paraissent toxiques, mais sans juger, toujours essayer de comprendre qu'est-ce que ça lui apporte aux jeunes. Et puis toujours une écoute active, bienveillante, qui est un des principes de base, d'ailleurs des premiers secours en santé mentale, cette qualité de l'écoute qu'on travaille, donc c'est d'être disponible sans être intrusif, si tu veux en parler, je suis là, c'est déjà une ouverture. Accueillir les émotions sans les minimiser. Tu as le droit de te sentir comme ça. Quand bien même on ne sait toujours pas en tant qu'adulte à quel point, ou on a oublié à quel point les émotions adolescentes sont intenses par rapport à celles d'un adulte. Et puis reformuler pour montrer qu'on comprend. C'est-à-dire, tu te sens mis à l'écart, c'est bien ça, c'est bien ce que j'ai compris. voilà il s'est dit
- Speaker #0
Et puis de mettre des mots sur ce qu'elles ressentent aussi, ça les aide.
- Speaker #1
Voilà, et puis ça aussi, ça leur permet de vérifier qu'on a bien compris ce qu'ils voulaient nous dire, bien évidemment. Et ça valide ce qu'ils ont dit. Et puis, on peut être un modèle relationnel, on peut montrer l'exemple sur sa propre manière de gérer les conflits, de demander pardon, de valoriser les autres, de reconnaître ses limites. En tant que parent, on a le droit de reconnaître qu'on se trompe et qu'on a des limites et qu'il y a des choses qu'on ne sait pas. C'est extrêmement, contrairement à ce qu'on imagine, c'est extrêmement rassurant. pour les adolescents, de pouvoir nous faire descendre de notre piédestal et de pouvoir nous considérer comme un partenaire humain auquel on peut s'adresser. Et puis, bon, voilà, c'est... Admettre ses erreurs, oui, c'est important. Et puis, favoriser l'autonomie, la prise d'initiative. Voilà, on part... On en parlait dans un autre épisode, de laisser un peu d'autonomie dans des actes de la vie quotidienne. Oui, c'est important. Et puis, le laisser faire ses choix, même s'ils sont imparfaits, même si on aurait aimé les orienter, même si, même si. Voilà, et encourager les prises de parole, les engagements, les projets personnels. Peut-être aussi une certaine forme de militance, de rejoindre des groupes, des associations, d'avoir une activité. pas forcément caritative, mais un investissement pro-social, je dirais. Ça fait partie des choses importantes.
- Speaker #0
Très bien, merci beaucoup. Alors, on arrive à la dernière question qui correspond à une question d'un proche, d'un parent, sur la santé mentale des jeunes. C'est un répondeur qu'on a mis à la disposition des personnes sur la santé mentale avant d'enregistrer ces épisodes. Alors, je vous partage le message d'un parent.
- Speaker #2
Bonjour, je vous appelle concernant mon fils adolescent. qui depuis quelques semaines fréquente un nouveau groupe d'amis au collège. Sa maman et moi, on constate que depuis ce moment-là, il y a des sujets de friction, de disputes beaucoup plus fréquents à la maison, des incompréhensions qui n'existaient pas avant. Donc on se demande s'il y a un sujet de santé mentale et si ça peut être en lien avec ces nouvelles fréquentations.
- Speaker #1
Alors, je ne pense pas que ça suffirait à provoquer une problématique de santé mentale, puisque c'est en général multifactoriel. Disons que dans cette situation évoquée, il y a évidemment tous les enjeux de l'adolescence, de la construction identitaire, de se reconnaître dans un groupe de pères, de s'opposer à ses parents. jusqu'à un certain point on n'est pas très loin de l'essence qui se passe normalement. Après, ça vient à l'encontre des principes éducatifs de ses parents qui sont fondés, du coup, à avoir quelque chose à en dire par rapport à ça. Donc, comme j'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises, c'est plutôt dans la qualité du dialogue qu'il faut arriver à restaurer avec cet adolescent qu'il faut travailler pour, je dirais, protéger ou s'assurer de sa sécurité affective et relationnelle. Parce que ses amis soient comme ils sont, qu'ils parlent mal peut-être, mais peut-être qu'ils lui offrent un soutien amical, une compréhension, et qu'ils partagent ensemble des choses agréables. C'est-à-dire, c'est ce qu'envoie cette famille qui les inquiète, mais si ce n'est pas, je dirais, l'accès à des substances illicites ou des comportements transgressifs majeurs ou des prises de risques, En dehors de ça, il s'agit juste de contrevenir à des normes sociales autour de la communication et de respect de quelques interdits familiaux. Donc là, il faut surtout essayer d'arriver à faire un dialogue dans une écoute bienveillante et d'essayer de comprendre ce que ce jeune trouve et ce que lui apportent ses amis. et qui peut peut-être arriver à l'expliquer et peut-être aussi en même temps lui faire entendre. qu'il est convenu en milieu familial de ne pas utiliser certains mots et de lui expliquer ce que sont des relations respectueuses entre adultes.
- Speaker #0
Très bonne réponse. Merci beaucoup Olivier. Merci d'avoir écouté cet épisode. En complément des ressources partagées par Olivier Cancey, nous vous invitons à consulter les carnets du secouriste en santé mentale disponibles sur le site PSSM France. Vous pouvez également vous former au secoursisme en santé mentale et plus particulièrement le module PSSM Jeune.