Speaker #0Bienvenue dans Le pervers narcissique par Pascal Koudel. Je suis psychologue clinicien et psychanalyste avec 35 ans d'expérience. Depuis 2005, j'accompagne les victimes de manipulations, d'emprises et de relations toxiques. J'ai consacré 15 années à créer une œuvre unique, 8 livres totalisant 2000 pages et 50 heures d'audio pour vous aider à comprendre, vous protéger et vous reconstruire. L'intégralité de cette collection est disponible sur pervers-narcissique.com. Ensemble, comprenons et agissons. Bienvenue dans ce nouvel épisode consacré aux pervers narcissiques. Aujourd'hui, nous allons parler de l'intellectualisation, ce piège dans lequel tombent beaucoup de victimes, avoir tout compris sur lui, mais ne pas réussir à guérir. Vous avez lu les livres, regardé les vidéos, épluché les articles, passé des heures sur les forums et les groupes de soutien. Vous pouvez maintenant expliquer pourquoi ils faisaient ça. Décryptez chaque manipulation. Identifiez chaque technique de contrôle. Vous connaissez le vocabulaire Love Bombing, Gaslighting, Triangulation, Overing. Vous savez que c'était un pervers narcissique. J'ai tout compris, vous dites vous. Et c'est vrai, vous comprenez. Mieux que beaucoup de gens autour de vous. Mieux. peut-être que certains professionnels que vous avez croisés. Et pourtant, depuis plus de 30 ans, mon équipe de psychologues spécialisés et moi-même avons accompagné des milliers de victimes de pervers narcissiques partout dans le monde, grâce à la vidéoconsultation. Continuez à nous suivre sur cette chaîne et sur www.pervers-narcissique.com Rendez-vous le 3 octobre pour la sortie événement de cette collection. Pourtant, quelque chose ne va toujours pas. Malgré cette compréhension apparemment complète, vous restez englué. La souffrance persiste. Les nuits sont encore difficiles. La reconstruction n'avance pas comme elle devrait. Vous avez l'impression de tourner en rond et parfois, souvent, vous vous surprenez à penser encore à lui. Oh, ce n'est plus de l'amour, ce n'est même plus de la nostalgie, c'est de l'analyse, mais c'est quand même lui qui occupe votre esprit. Si vous vous reconnaissez dans ces mots, cet épisode est pour vous. Ce phénomène porte un nom, l'intellectualisation. Comprendre l'autre pour éviter de ressentir ce qu'on a vécu avec lui, une protection qui a été utile, indispensable même. Mais qui peut devenir une prison invisible ? D'abord, soyons absolument clairs, ce que vous avez fait, lire, chercher, comprendre, ce n'était pas une erreur. C'était une nécessité. C'était même, d'une certaine façon, un acte de courage et d'intelligence. Quand on sort d'une relation où tout était confus, où la réalité elle-même semblait instable, où on doutait de sa propre perception, où on se demandait sincèrement si on n'était pas en train de devenir fou, comprendre devient vital. Mettre des mots sur ce qu'on a vécu, c'est reprendre pied dans le réel, c'est se prouver qu'on n'a pas rêvé, qu'on n'a pas inventé, qu'on n'a pas exagéré, comme on vous l'a si souvent dit. La première fois que vous avez lu une description qui correspondait exactement à ce que vous aviez vécu, vous avez peut-être pleuré, ou ressenti un immense soulagement, ou les deux. C'est ça, c'est exactement ça. Ce n'était pas dans ma tête. D'autres ont vécu la même chose. Je ne suis pas folle. Ce moment de reconnaissance est précieux. Il a peut-être été le premier pas vers votre libération. Beaucoup de victimes décrivent ce moment comme un déclic, une révélation. Parfois même comme le jour où leur vie a basculé, dans le bon sens cette fois. Avant cette découverte, vous étiez peut-être convaincu d'être le problème. Trop sensible, trop exigeante, pas assez patiente, pas assez aimante. Toutes ces accusations qu'il vous avait répétées pendant des mois ou des années avaient fini par s'imprimer en vous. Le gaslighting avait fait son œuvre. Vous doutiez de votre propre réalité. Et puis, vous avez lu cet article, ou ce livre, ou ce témoignage, et tout s'est éclairé. Cette compréhension vous a permis plusieurs choses essentielles. Mettre à distance une souffrance envahissante. Analyser. c'est prendre du recul. C'est transformer le chaos émotionnel en quelque chose de structuré, de compréhensible, de maîtrisable. Quand on peut dire « c'est du gaslighting » , on souffre un peu moins que quand on se dit « je deviens folle » . Le mot crée une distance. Le concept offre une prise. C'est comme si vous passiez de « je suis submergé par une vague incompréhensible » à « je peux nommer cette vague » et comprendre d'où elle vient. Reprendre un sentiment de contrôle. Après des mois ou des années où vous étiez balotté au gré de ces humeurs, comprendre les mécanismes vous redonne du pouvoir. Vous n'êtes plus celle qui subit aveuglément, vous êtes celle qui sait, qui voit, qui décrypte. Donnez du sens à l'incompréhensible. Comment quelqu'un qui disait vous aimer pouvait-il vous traiter ainsi ? Comment pouvait-il être si tendre un jour et si cruel le lendemain ? Comment pouvait-il vous regarder dans les yeux et mentir avec une telle assurance ? Ces questions sont torturantes quand elles restent sans réponse. La réponse, parce que c'est un pervers narcissique, est rassurante. Elle explique. Elle permet de ne plus se torturer avec le pourquoi. Vous rassurez pour l'avenir. Maintenant que je comprends, je ne me ferai plus avoir. Je sais repérer les signes. Et puis, rejoindre une communauté. En découvrant ce vocabulaire, vous avez aussi découvert que vous n'étiez pas seul. Des milliers de personnes ont vécu la même chose. Tout cela est précieux. Tout cela vous a aidé à tenir, à survivre, à ne pas sombrer. Je ne vous demande pas de renier ce travail, mais je voudrais vous inviter à vous poser une question honnête. Est-ce que comprendre vous aide encore ? Ou est-ce que ça vous maintient quelque part ? où vous ne voulez plus rester. Voici ce que j'observe souvent en consultation. Une personne arrive, elle peut parler pendant une heure entière de son ex, de son fonctionnement, de ses techniques de manipulation. Elle analyse avec finesse les cycles de la relation, la phase de séduction, la déstabilisation progressive, l'isolement, les tentatives de récupération. Elle utilise les bons termes. parfois mieux que moi. Elle a clairement beaucoup lu, beaucoup réfléchi. Elle a tout compris. Mais quand je lui demande « Et vous, dans tout ça, comment vous êtes-vous senti ? » quelque chose se passe, un silence, un flottement, un léger malaise. Et souvent, la réponse revient à l'autre. « Ben, c'est parce qu'il faisait du gaslighting, donc je doutais de moi. » Vous voyez, même la question sur soi ramène à lui. L'analyse de l'autre a pris toute la place. Il n'y a plus de place pour soi. C'est le piège de l'intellectualisation. Comprendre l'autre permet d'éviter de ressentir ce qu'on a vécu avec lui. L'intellectualisation est un mécanisme de défense bien connu en psychologie. Face à une émotion trop intense, trop douloureuse, le psychisme trouve une parade. Transformer l'affect en pensée. Au lieu de ressentir, on analyse. Au lieu de souffrir, on explique. C'est une protection, et elle fonctionne. Temporairement. Dans le cas d'une relation avec un pervers narcissique, ce mécanisme est particulièrement puissant. La souffrance a été si intense, si confuse, si déstabilisante, que l'analyse offre un refuge bienvenu. Le problème, c'est que cette défense peut devenir permanente. Ce qui était une protection temporaire devient une façon d'être. On ne ressent plus, on analyse, toujours. Prenons un exemple. Il m'a fait ça parce qu'il est pervers narcissique. Cette phrase, je l'entends plusieurs fois par semaine. Elle explique le comportement de l'autre. Elle donne une cause, une catégorie, mais elle court-circuite quelque chose d'essentiel, ce que ça vous a fait à vous. Il m'a humilié devant nos amis parce qu'il est pervers narcissique. Évite de dire, j'ai été humilié. J'ai eu honte. J'ai voulu disparaître sous terre. J'ai eu mal. Je me suis senti trahi par quelqu'un qui était censé me protéger. C'était une technique de manipulation, évite de dire. J'ai eu peur. Je me suis senti piégé. J'ai cru que j'allais devenir folle. Je ne savais plus ce qui était vrai. Il fonctionne comme ça, évite de dire. J'ai cru que c'était de l'amour. J'ai donné tellement. Mon temps, mon énergie, mes rêves. J'ai perdu des années, et je suis en colère, et je suis triste, et je me sens stupide d'avoir cru. L'explication n'est pas fausse. Elle est même souvent exacte, mais elle est incomplète. Elle parle de lui. Elle ne parle pas de vous. Et tant que vous parlez de lui, vous ne pouvez pas parler de vous. Comment savoir si vous êtes pris dans ce piège ? Voici quelques signes. Vous pouvez parler de la relation pendant des heures, mais vous avez du mal à identifier ce que vous avez ressenti. Quand quelqu'un vous demande « Comment allez-vous ? » Vous répondez en parlant de lui. Vous utilisez plus facilement des termes techniques comme « gaslighting » ou « triangulation » que des mots émotionnels comme « j'ai eu peur » ou « j'ai eu mal » . Vous avez tout compris sur les pervers narcissiques, mais vous ne vous sentez pas vraiment guéri. Vous passez encore beaucoup de temps à consommer des contenus sur les pervers narcissiques. Quand une émotion commence à émerger, vous la traduisez immédiatement. en analyse. Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans cette focalisation sur l'autre. Vous voulez vous en libérer. C'est pour ça que vous avez quitté la relation. Vous voulez passer à autre chose, tourner la page, reconstruire votre vie. Mais en même temps, vous pensez encore à lui. Beaucoup. Peut-être même plus qu'avant. Ce n'est plus de l'amour, ni de la nostalgie. C'est de l'analyse. Mais c'est quand même lui. qui occupe votre espace mental. C'est son fonctionnement que vous décortiquez. C'est son profil que vous étudiez. C'est sa pathologie que vous explorez. Vous êtes sorti de la relation. Mais êtes-vous sorti de son orbite ? Parfois, vous vous définissez même par rapport à cette relation. Vous êtes une victime de pervers narcissiques, une survivante d'emprise. Ces identités ont leur utilité. Elle crée une communauté, une reconnaissance, une légitimité. Mais sont-elles tout ce que vous êtes ? Avant cette relation, vous étiez quelqu'un. Vous aviez des passions, des projets, des rêves, une identité propre. Cette relation vous a peut-être fait perdre tout cela. Mais la reconstruction ne peut pas consister uniquement à devenir l'ex-victime d'un pervers narcissique. Ce serait remplacer une identité imposée par une autre identité toujours définie par rapport à lui. Il y a aussi une différence entre comprendre et ruminer. Comprendre, c'est un processus qui a une fin. On cherche une explication, on la trouve, on passe à autre chose. Ruminer, c'est un processus sans fin. On tourne en boucle sur les mêmes pensées, les mêmes questions, les mêmes analyses. L'intellectualisation peut devenir une forme sophistiquée de rumination. On ne se dit plus « Pourquoi m'a-t-il fait ça ? » On se dit « C'est parce qu'il est pervers narcissique et que les pervers narcissiques fonctionnent comme ci et comme ça. » Mais on continue à y penser, tout le temps. L'analyse a remplacé la question, mais l'obsession reste la même. Sortir vraiment de l'emprise, ce n'est pas seulement quitter la relation. Ce n'est pas seulement comprendre ce qui s'est passé, c'est aussi sortir de la pensée de l'autre, retrouver un espace mental qui vous appartient. Redevenir le personnage principal de votre propre histoire, pas le personnage secondaire de la sienne. C'est peut-être la chose la plus difficile à entendre, mais je crois qu'elle est importante. Comprendre le pervers narcissique ne vous guérira pas de ce que vous avez vécu avec lui. Vous pouvez avoir une connaissance encyclopédique du fonctionnement des pervers narcissiques. Vous pouvez être capable d'expliquer les mécanismes de l'emprise mieux qu'un professionnel. Cela ne changera pas ce qui, en vous, a permis cette relation. Cela ne réparera pas les blessures que vous portez. Cela ne transformera pas vos patterns relationnels. Pourquoi ? Parce que la guérison passe par un autre chemin. Elle passe par le ressenti. Pas seulement par la compréhension intellectuelle. Elle passe par l'élaboration de votre vécu, vos émotions, vos pertes, vos blessures, pas par l'analyse de son fonctionnement. On ne guérit pas d'un traumatisme en le comprenant intellectuellement. On guérit en le traversant émotionnellement. Pensez-y autrement. Si quelqu'un vous avait poussé dans l'eau et que vous aviez failli vous noyer, comprendre pourquoi cette personne vous a poussé ne vous apprendrait pas à nager. Cela ne soignerait pas non plus votre peur de l'eau. Pour cela, il faudrait un autre travail. Un travail qui vous concerne vous, pas l'autre. Et puis, il y a cette pensée rassurante. Maintenant que je sais repérer les pervers narcissiques, je ne me ferai plus avoir. Je la comprends parfaitement, mais elle est en grande partie illusoire. La vulnérabilité à l'emprise ne se résout pas par la détection. Ce n'est pas un problème de radar qu'il suffirait d'améliorer. Les mécanismes qui vous ont rendu vulnérable, vos besoins profonds, vos blessures anciennes, vos patterns relationnels, sont toujours là. Ils n'ont pas disparu. parce que vous avez lu des livres et ils peuvent se rejouer. Parfois avec une personne qui ne correspond pas du tout au profil type. J'ai accompagné des personnes qui savaient tout sur les manipulateurs, qui auraient pu donner des conférences sur le sujet et qui se retrouvaient quelques mois plus tard dans une nouvelle relation problématique. Non pas par bêtise ou par aveuglement, mais parce que la connaissance cognitive ne change pas automatiquement les patterns émotionnels. Parce qu'on peut très bien voir les signaux d'alerte et les ignorer quand quelque chose de plus profond en nous a besoin de cette relation. Pire encore, la grille de lecture pervers narcissique peut parfois créer une méfiance généralisée qui empêche de nouveaux liens authentiques. Vous devenez si vigilante que personne ne trouve grâce à vos yeux. Tout le monde est suspect. Un compliment devient dû. love bombing. Un moment de mauvaise humeur devient du démasquage. Un désaccord devient une technique de contrôle. Cette hypervigilance, compréhensible après ce que vous avez vécu, peut devenir un obstacle à la reconstruction. Elle vous protège peut-être des manipulateurs, mais elle vous protège aussi de toute relation authentique. Un mot sur l'étiquette pervers narcissique, puisqu'elle est devenue omniprésente. Cette étiquette a son utilité. Elle met des mots sur une réalité. Elle permet de se reconnaître dans des témoignages. Elle légitime une souffrance souvent niée. Mais elle a aussi des effets pervers, si j'ose dire. Elle donne une explication totale. Il est pervers narcissique. Ça explique tout. Point final. Circulé. Il n'y a plus rien à voir. L'étiquette clôt la réflexion plutôt qu'elle ne l'ouvre. Elle dispense d'explorer plus avant, y compris d'explorer ce qui, en vous, était en jeu dans cette relation. Elle maintient le focus sur l'autre. On parle de son diagnostic, de son profil, de ses caractéristiques. On ne parle pas de soi. Elle peut créer une identité figée. Je suis une victime de pervers narcissiques. Cette identité, si elle devient centrale, peut paradoxalement empêcher d'avancer. Elle vous définit par ce qui vous est arrivé, par ce que l'autre vous a fait, pas par ce que vous êtes, ce que vous désirez, ce que vous construisez. Je ne vous dis pas d'abandonner cette grille de lecture si elle vous a aidé. Je vous invite simplement à ne pas vous y enfermer, à vous demander « Qui suis-je au-delà de victime de pervers narcissiques ? » S'y comprendre l'autre ne suffit pas, que faut-il faire ? La réponse est simple à énoncer, plus difficile à mettre en œuvre. Revenir à vous, accéder à ce que vous avez ressenti. Pas ce qu'il a fait, pas pourquoi il l'a fait, mais ce que ça vous a fait à vous, vos émotions, votre vécu subjectif, ce qui s'est passé en vous, la honte, la peur, la colère. Peut-être une colère immense que vous n'avez jamais vraiment laissé sortir, parce que vous aviez appris à la réprimer, parce qu'elle vous faisait peur. Le désespoir de ces moments où vous ne voyez plus d'issue, la solitude, même au milieu des autres qui ne comprenaient pas. Le sentiment de devenir folle, de perdre pied. L'amour aussi, parce que oui, vous avez aimé, même si c'était un amour piégé, manipulé. Ces émotions sont peut-être enfouies sous des couches d'analyse. L'intellectualisation les a tenues à distance. C'était précisément sa fonction. Mais elles sont là. quelque part, et elles ont besoin d'être reconnues, nommées, accueillies, traversées. Ce n'est pas agréable, c'est même souvent douloureux, mais c'est le chemin de la guérison, reconnaître ce que vous avez perdu. Une relation d'emprise, ce n'est pas seulement de la souffrance, c'est aussi des pertes, parfois considérables, des années de votre vie, de l'énergie, tellement d'énergie dépensée à essayer de comprendre, de s'adapter. Des amitiés que vous avez laissées s'étioler. Des opportunités professionnelles, parfois de l'argent, parfois votre santé. Et puis des choses moins tangibles, mais tout aussi précieuses. La confiance en vous, la légèreté, la capacité à faire confiance, l'insouciance, la joie spontanée. Nommer ses pertes, les regarder en face, c'est faire le deuil. Un deuil douloureux, mais nécessaire. On ne peut pas reconstruire sur des fondations qui n'ont pas été déblayées. Explorez ce qui, en vous, était vulnérable. Ce point est délicat. Ce n'est pas une question de culpabilité. Vous n'êtes pas responsable de ce qu'il a fait. Sa manipulation, son contrôle, ses mensonges, tout cela est sa responsabilité, entièrement. Mais il y a une question légitime. Qui n'est pas accusatoire, mais libératrice ? Qu'est-ce qui, dans votre histoire, dans vos besoins profonds, vous a rendu vulnérable à ce type de relation ? Peut-être aviez-vous appris, enfant, que l'amour était conditionnel, qu'il fallait le mériter, le gagner. Peut-être aviez-vous un besoin profond de sauver quelqu'un, de réparer ce qui était cassé. Peut-être aviez-vous du mal à poser des limites, à dire non. Peut-être aviez-vous une blessure d'abandon qui vous rendait vulnérable à certaines promesses d'amour inconditionnelles. Explorer cela, ce n'est pas se blâmer, c'est se comprendre. Et c'est se donner les moyens de ne pas répéter. Non pas en repérant les pervers narcissiques à l'extérieur, mais en transformant ce qui, en vous, crée cette vulnérabilité. Quelques pistes concrètes. Tenez un journal centré sur vous, pas sur lui, pas sur ce qu'il a fait, sur ce que vous avez ressenti. Commencez chaque entrée par « Je me suis senti » . Où j'ai eu, où ce qui m'a fait mal, c'est. Si vous vous surprenez à écrire sur lui, ramenez-vous doucement à vous. Et moi, dans ce moment, qu'est-ce que j'ai ressenti ? Faites une pause avec les contenus pervers narcissiques. Les vidéos, les articles, les groupes, les forums, ils ont été utiles. Ils vous ont aidé à comprendre, à vous sentir moins seul. Mais peut-être est-il temps de les mettre en sourdine. Essayez une semaine sans. Voyez ce qui se passe quand vous n'avez plus ce flux constant d'informations sur lui et sur eux. Posez-vous régulièrement la question. Et moi ? Chaque fois que vous vous surprenez à penser à lui, à analyser son comportement, demandez-vous « Et moi ? » Qu'est-ce que j'ai ressenti ? Qu'est-ce que j'ai perdu ? De quoi ai-je besoin maintenant ? Ramenez le focus sur vous. Reconnectez-vous à ce qui vous faisait du bien avant. Quelles étaient vos passions avant cette relation ? Qu'est-ce qui vous faisait vibrer ? Qu'avez-vous abandonné ? Essayez de renouer avec ces activités, ces personnes, ces parts de vous-même que l'emprise avait étouffées. Et si vous sentez que vous tournez en rond, envisagez un accompagnement thérapeutique, pas pour... comprendre encore plus, mais pour accéder à ce que vous avez ressenti, pour faire le deuil de ce que vous avez perdu, et pour transformer ce qui vous a rendu vulnérable. Ce que je décris ici n'est pas un interrupteur qu'on actionne, c'est un processus, un chemin, qui se fait pas à pas, avec des avancées et parfois des retours en arrière. L'intellectualisation ne va pas disparaître du jour au lendemain. Et ce n'est pas souhaitable. Elle continue à vous protéger, partiellement. Elle vous a permis d'arriver jusqu'ici. Elle a été votre alliée dans les moments les plus difficiles. L'enjeu n'est pas de casser cette défense. L'enjeu est de lui faire de la place à côté. De permettre que d'autres choses existent aussi. De permettre que l'affect émerge, petit à petit, quand vous serez prête à l'accueillir. Ce sera peut-être lors d'une séance de thérapie. ou en écrivant dans votre journal, ou en regardant un film qui vous touche, ou en retrouvant une amie de confiance, l'émotion viendra, par surprise souvent. Et ce sera le signe que quelque chose se débloque. Et ce jour viendra. Peut-être pas aujourd'hui, peut-être pas demain, mais il viendra. Vous avez survécu à une relation d'emprise. Vous avez eu l'intelligence de chercher à comprendre. Vous aurez aussi la force de vous retrouver. Vous avez tout compris sur lui. Il est temps, maintenant, de vous retrouver vous.