Speaker #0Bienvenue dans Le pervers narcissique par Pascal Koudel. Je suis psychologue clinicien et psychanalyste avec 35 ans d'expérience. Depuis 2005, j'accompagne les victimes de manipulations, d'emprises et de relations toxiques. J'ai consacré 15 années à créer une œuvre unique, 8 livres totalisant 2000 pages et 50 heures d'audio pour vous aider à comprendre, vous protéger et vous reconstruire. L'intégralité de cette collection est disponible sur pervers-narcissique.com. Ensemble, comprenons et agissons. Vous pensiez que la maladie vous épargnerait au moins ses attaques, qu'au moment du diagnostic face au cancer, face à la maladie grave, il montrerait enfin son humanité, qu'il serait là, vraiment là. C'est peut-être l'espoir le plus douloureux qu'on puisse nourrir dans une relation avec un pervers narcissique, parce que la réalité... que découvrent les victimes en ce moment-là est l'une des plus cruelles qui soit. Non seulement votre corps souffrant ne suscite pas sa compassion, mais votre vulnérabilité devient une opportunité de manipulation supplémentaire. Aujourd'hui, je veux aborder un sujet dont on parle peu, le pervers narcissique face à la maladie grave de sa victime, ce qui se passe réellement. Pourquoi cela se passe ainsi et comment se protéger Quand on traverse cette double épreuve, si vous vous reconnaissez dans ce que je vais décrire, je veux que vous sachiez une chose avant tout. Ce n'est pas normal. Ce n'est pas de l'amour. Et vous méritez mieux. Pour comprendre les réactions du pervers narcissique face à la maladie grave, il faut d'abord saisir ce que cette situation représente pour lui sur le plan psychique. Ce n'est pas une épreuve à traverser ensemble. Ce n'est pas un moment où l'amour se révèle dans l'adversité. Pour lui, c'est une catastrophe narcissique. Voici pourquoi. Le pervers narcissique a construit toute la relation autour d'un objectif central, se nourrir de votre énergie, de votre attention, de vos émotions. Cette dynamique fonctionne tant que vous restez disponible. Disponible pour le servir, pour l'admirer, pour subir ses humeurs, pour répondre à ses besoins. Or la maladie grave change radicalement cette équation. Vous n'êtes plus disponible de la même façon. Votre énergie est mobilisée par la lutte contre la maladie. Votre attention se tourne vers les soins, les médecins, votre propre survie. Vous n'avez plus la force de satisfaire ces demandes incessantes. Pour le pervers narcissique, cette situation est insupportable. Ce n'est pas qu'il ne comprend pas que vous êtes malade, c'est qu'il ne peut pas tolérer de ne plus être au centre. Votre cancer n'est pas votre drame, c'est son problème, parce qu'il le prive de ce dont il a besoin. Et il y a autre chose. Un phénomène particulièrement troublant que j'observe régulièrement en consultation. Le manipulateur devient jaloux de l'attention que vous recevez, jaloux du corps médical, jaloux de votre famille immobilisée, jaloux de vos amis qui vous envoient des messages de soutien. Cette jalousie peut sembler absurde. Qui serait jaloux d'une personne atteinte d'un cancer ? Mais pour le pervers narcissique, toute attention qui ne lui est pas destinée constitue un vol. Votre maladie vous rend intéressante aux yeux des autres. Et cette position, il ne peut pas la supporter. Une patiente me confiait ceci, je le cite avec sa permission. Il me reprochait de profiter de mon cancer pour attirer l'attention. Il disait que je faisais ma victime, que je n'étais pas si malade que ça. Pensez à ce que cette phrase contient. Nier la réalité d'un cancer pour maintenir sa position centrale. C'est le gaslighting poussé à son paroxysme. Nier la réalité de votre souffrance pour que vous continuiez à vous occuper de lui. Et puis, il y a un troisième aspect de cette catastrophe narcissique. Le masque social est mis à l'épreuve. La maladie grave d'un conjoint est un moment où l'entourage s'attend à voir un partenaire dévoué, présent, aimant. Les soignants observent, la famille est mobilisée, tout le monde regarde. Et face à ce regard extérieur, le manipulateur peut réagir de deux façons opposées. Deux visages, deux stratégies, parfois les deux en alternance. Premier visage, le conjoint modèle en public. Certains manipulateurs saisissent l'opportunité de briller dans le rôle du partenaire dévoué, à l'hôpital, devant la famille, devant les amis. Il se montre exemplaire, présent, attentionné, ému. Il recueillocke les compliments. Quel courage il a de rester à ses côtés. Elle a de la chance de l'avoir. Cette performance sert plusieurs objectifs narcissiques. Elle permet de récupérer une partie de l'attention qui lui échappait. Elle renforce son image admirable. Et elle crée une dette chez vous. Regarde tout ce que je fais pour toi. Mais cette façade s'effondre dès que le public disparaît. Une fois la porte de l'hôpital franchie, une fois les visiteurs partis, le masque tombe, les reproches fusent. L'indifférence glaciale reprend ses droits. Vous découvrez avec effroi que tout ce dévouement n'était qu'une performance et que seul, face à lui, vous n'avez droit à aucune compassion. Deuxième visage, l'abandon assumé. D'autres pervers narcissiques ne prennent même pas la peine de jouer la comédie. Face à votre maladie, ils disparaissent, absents des rendez-vous médicaux, absents des hospitalisations, incapables d'accompagner. Cette absence prend des formes diverses, les obligations professionnelles soudaines, les voyages impossibles à reporter, ou simplement rien, aucune excuse. Ils sont ailleurs, occupés à leurs propres activités. comme si votre maladie ne les concernait pas. Pour vous, cet abandon est dévastateur. Vous découvrez au moment où vous avez le plus besoin de soutien, que vous êtes seul, que celui qui prétendait vous aimer n'est pas capable du minimum d'humanité face à votre souffrance. Et cette révélation est parfois plus douloureuse que la maladie elle-même. Voyons maintenant quelque chose que je dois vous décrire avec précision. Parce que c'est l'un des aspects les plus graves de cette dynamique. Le sabotage des soins. Certains pervers narcissiques vont en effet au-delà de l'absence de soutien. Ils sabotent activement votre prise en charge médicale. Le sabotage pratique d'abord. Ils oublient de vous conduire à vos rendez-vous médicaux. Ils égarent vos médicaments. Ils ne transmettent pas les messages du médecin. Ils provoquent des disputes épuisantes. la veille de vos examens ou de vos traitements. Ses oublis s'accumulent, et quand vous lui faites remarquer, il minimise. Tu dramatises, ce n'est qu'un rendez-vous, où il retourne la situation. Si tu étais mieux organisé, tu n'aurais pas besoin de moi pour ça. Vous, déjà affaibli par la maladie, vous vous retrouvez à devoir gérer seul votre logistique médicale. tout en luttant contre les obstacles créés par votre propre partenaire. Le sabotage psychologique ensuite, et celui-là est encore plus insidieux. Il vise à miner votre volonté de guérir, il instille le doute sur l'utilité des traitements, il relaie des informations pseudo-médicales alarmistes, il suggère que les médecins se trompent, que les traitements sont inutiles ou dangereux. Une autre patiente me décrivait ceci. Il passait son temps à me montrer des articles sur les effets secondaires de la chimiothérapie. Il me disait que je me faisais empoisonner pour rien. Je dois souligner la gravité de ce mécanisme. Une personne fragilisée par la maladie, isolée par l'emprise, peut finir par remettre en question son traitement. En 35 ans de pratiques cliniques, j'ai rencontré des victimes qui avaient interrompu des soins vitaux sous l'influence de leurs manipulateurs. Cette réalité est insupportable et elle doit être nommée clairement. Il y a enfin un troisième aspect du sabotage, l'instrumentalisation de la maladie. Paradoxalement, le pervers narcissique peut aussi se servir de votre maladie comme outil de contrôle supplémentaire. Tu ne peux pas travailler dans ton état, reste à la maison, je m'occupe de tout. Tu es trop fatigué pour voir tes amis, repose-toi. Tu ne peux pas prendre de décisions importantes maintenant. Laisse-moi gérer. Sous couvert de protection, il renforce votre isolement et votre dépendance. La maladie, qui aurait dû être un moment de solidarité, devient un outil d'emprise supplémentaire. Maintenant, je veux vous parler d'un phénomène récurrent et particulièrement cruel. La compétition avec votre maladie. Incapable de supporter que la tension soit focalisé sur vous. Le pervers narcissique développe ses propres symptômes pour reprendre le devant de la scène. Vous annoncez votre diagnostic. Dans les jours qui suivent, Il découvre qu'il a lui aussi des symptômes inquiétants, des douleurs, des fatigues, des malaises. Il doit consulter en urgence. Ses examens révèlent peut-être quelque chose de grave, plus grave que votre état, suggère-t-il. Cette hypochondrie réactionnelle n'est pas une coïncidence. C'est une stratégie, consciente ou non, pour récupérer l'attention. Il ne peut pas tolérer que vous soyez la malade. Il doit être au moins aussi malade, si ce n'est plus. Pour vous, cette compétition est épuisante et culpabilisante. Comment oser se plaindre de son cancer quand son partenaire souffre lui aussi ? Comment mobiliser l'attention de l'entourage quand il faut la partager avec ses mots à lui ? Et parallèlement à cette amplification de ses propres symptômes, il minimise systématiquement la gravité de votre état. Vos douleurs sont exagérées. Votre fatigue est de la paresse. Vos effets secondaires sont psychosomatiques. Beaucoup de gens ont le même traitement et ne se plaignent pas autant que toi. Vous reconnaissez cette phrase ? Cette minimisation vous pousse à masquer votre souffrance, à faire bonne figure, à continuer de fonctionner pour le servir, malgré votre état. Et dans les cas les plus extrêmes, le renversement est complet. C'est lui qui devient la victime de votre maladie. Ta maladie me détruit. Tu ne te rends pas compte de ce que je traverse à cause de toi. C'est moi qui souffre le plus dans cette histoire. Ce renversement place la personne réellement malade dans la position de devoir consoler et rassurer celui qui la maltraite. Elle finit par s'excuser d'être malade, par minimiser sa propre souffrance pour épargner celle fantasmée de son bourreau. Si vous êtes en train d'écouter cet épisode et que vous vous reconnaissez dans ce que je décris, je veux vous dire quelque chose avec toute la clarté dont je suis capable. Ce que vous vivez n'est pas normal. Ce n'est pas de l'amour. Et les conséquences de cette maltraitance pendant votre maladie sont réelles et graves. La recherche médicale a établi depuis longtemps le lien entre stress chronique et système immunitaire. Un environnement émotionnellement toxique Merci. affaiblit les défenses de l'organisme, il ralentit la guérison, il aggrave les symptômes. Vivre avec un pervers narcissique pendant une maladie grave, c'est cumuler deux sources de destruction, la maladie elle-même et le stress permanent de l'emprise. Certaines de mes patientes me rapportent que leur état s'est significativement amélioré après avoir quitté leur manipulateur, comme si leur corps Libéré du stress de la relation, pouvait enfin mobiliser toutes ses ressources pour la guérison. Alors, que faire concrètement ? Première chose, reconnaître la réalité de la situation. Ce n'est pas toujours facile. La maladie affaiblit. Le manipulateur a passé des mois ou des années à vous faire douter de votre perception. Mais vous avez le droit de nommer ce que vous vivez. Votre partenaire ne vous soutient pas. Son comportement n'est pas normal. Vous méritez d'être accompagné avec amour et compassion dans cette épreuve. Cette prise de conscience est douloureuse, mais elle est nécessaire pour pouvoir agir. Deuxième chose, mobilisez le corps médical comme allié. N'hésitez pas à parler de votre situation relationnelle au soignant si vous vous sentez en confiance. Beaucoup de professionnels de santé sont formés à reconnaître les situations d'emprise. Ils peuvent vous orienter vers des ressources adaptées. Vous proposez des consultations seules. Vous aidez à organiser vos soins de façon autonome. Certains hôpitaux disposent de services sociaux ou de psychologues qui peuvent vous accompagner dans cette double épreuve. Votre médecin, votre infirmière, l'assistante sociale du service, ce sont des alliés potentiels. Ne les sous-estimez pas. Troisième chose, reconstituez un réseau de soutien. Même si le manipulateur vous a isolé, la maladie peut être l'occasion de renouer des liens. Famille, amis d'avant la relation, anciens collègues. Beaucoup de gens sont prêts à revenir vers une personne en difficulté. Acceptez l'aide qui vous est proposée. Vous n'avez pas à traverser cette épreuve seul. Si votre entourage proche a été définitivement éloigné, des associations d'aide aux malades ou aux victimes de violences peuvent vous offrir le soutien dont vous avez besoin. Et quatrième chose, la question de la séparation. Je sais que cette question est particulièrement complexe quand on est malade. D'un côté, la maladie peut sembler rendre la séparation impossible. Comment gérer seul les soins, les traitements, le quotidien ? De l'autre, la maladie révèle souvent la vraie nature du partenaire, et elle peut rendre insupportable l'idée de continuer ainsi. Il n'y a pas de réponse universelle. Chaque situation est unique. Mais sachez que de nombreuses victimes ont trouvé la force de partir pendant ou après leur maladie. et que leur guérison, tant physique que psychologique, s'en est trouvée accélérée. Si vous envisagez une séparation, préparez-la soigneusement. Consultez un avocat. Sécurisez vos documents médicaux et administratifs. Identifiez les personnes qui peuvent vous soutenir. Ne partez pas dans l'urgence si vous pouvez l'éviter. Mais ne restez pas si votre vie est en danger. Je veux terminer cet épisode avec un message qui m'importe profondément. Cette épreuve, la maladie aux côtés d'un pervers narcissique, est l'une des plus cruelles qui soit. Là où l'amour devrait se révéler dans l'adversité, l'absence totale d'empathie du manipulateur apparaît dans toute sa brutalité. Mais cette épreuve peut aussi être révélatrice. Elle arrache le masque que vous aviez peut-être encore du mal à voir. Elle vous montre de façon indiscutable que cette relation ne vous apporte pas ce dont vous avez besoin. Votre guérison, de la maladie comme de l'emprise, est possible. Elle demande du courage, du soutien et souvent une aide professionnelle. Mais elle est possible. Parce que votre vie vaut d'être vécue. Parce que votre corps mérite d'être soigné avec amour. Parce que personne, personne, n'a le droit de vous détruire. J'analyse en profondeur le fonctionnement du pervers narcissique, y compris son absence totale d'empathie, dans le volume 2 de mon œuvre « Le pervers narcissique » . Et si vous êtes en phase de reconstruction, le volume 6, sans sortir, vous accompagnera pas à pas. Vous les trouverez sur ma boutique en ligne ou sur Amazon. Résumons les trois points essentiels de cet épisode. Premier point. Votre maladie est vécue par le pervers narcissique non pas comme une épreuve à traverser ensemble, mais comme une menace à son approvisionnement narcissique. Son absence d'empathie, ses jalousies, ses compétitions avec votre maladie, tout cela ne dit rien de vous. Cela dit tout de lui. Deuxième point. Le sabotage des soins est réel. Des oublis de rendez-vous aux informations médicales alarmistes, en passant par l'instrumentalisation de votre maladie pour renforcer son contrôle. Ces comportements sont dangereux et doivent être nommés comme tels. Troisième point, même dans cette double vulnérabilité, des stratégies existent. Reconnaître la réalité, mobiliser les soignants comme alliés, reconstituer un réseau de soutien. Et quand c'est possible, envisager la séparation comme condition de votre guérison. Votre corps se bat. Ne laissez pas quelqu'un saboter ce combat de l'intérieur. 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