Speaker #0Bienvenue dans Le pervers narcissique par Pascal Coudel. Je suis psychologue clinicien et psychanalyste avec 35 ans d'expérience. Depuis 2005, j'accompagne les victimes de manipulations, d'emprises et de relations toxiques. J'ai consacré 15 années à créer une œuvre unique, 8 livres totalisant 2000 pages et 50 heures d'audio pour vous aider à comprendre, vous protéger et vous reconstruire. L'intégralité de cette collection est disponible sur pervers-narcissique.com Ensemble, comprenons et agissons. Vous adorez la peinture. Vous courez chaque dimanche matin. Vous avez votre club de lecture le jeudi soir, votre jardin, votre guitare, votre cours de yoga. Et progressivement, tout cela a disparu. Pas du jour au lendemain. Pas parce qu'on vous l'a interdit. Ça s'est fait par glissement, par épuisement. Par découragement. Un jour, vous avez réalisé que vous n'aviez pas touché à vos pinceaux depuis des mois, que vos chaussures de running prenaient de la poussière, que vous aviez laissé tomber ce club de lecture sans vraiment vous en apercevoir. Et vous vous êtes peut-être dit « j'avais moins envie, j'ai d'autres priorités maintenant, ce n'était plus vraiment ma passion » . Mais ce n'est pas ce qui s'est passé. Ce qui s'est passé, c'est une guerre. Systématique. méthodique, une guerre menée contre tout ce qui vous passionne, tout ce qui vous définit en dehors de lui. Et aujourd'hui, je veux vous en montrer les mécanismes, parce que nommer cette stratégie, c'est la première étape pour résister et pour reconstruire. Pour comprendre l'acharnement du pervers narcissique contre vos passions, il faut d'abord saisir ce qu'elle représente à ses yeux. Ce ne sont pas de simples activités de loisirs. Ce sont des espaces de liberté, des preuves de votre existence propre, des territoires qu'ils ne contrôlent pas. Quand vous peignez, vous existez en dehors de la relation. Vous êtes quelqu'un, une personne avec des goûts, des talents, des aspirations, indépendamment de lui. Cette identité autonome est précisément ce que le manipulateur cherche à dissoudre. Il a besoin de l'identité autonome. Que vous n'existiez qu'à travers lui, pour lui, par lui. Votre passion pour la musique, votre talent pour la photographie, votre engagement dans le bénévolat, tout cela témoigne d'une richesse intérieure qui lui échappe. Et tout ce qui lui échappe le menace. Une patiente me disait ceci, et cette phrase m'a marqué. Il disait que ma passion pour la danse, c'était du narcissisme, que je voulais me montrer, attirer l'attention. Il a réussi à transformer quelque chose qui me rendait vivante en quelque chose dont j'avais honte. Voilà ce qui est en jeu. Transformer votre joie en honte. Il y a une deuxième raison pour laquelle vos passions le menacent. Peut-être la plus fondamentale. Elle vous apporte du bonheur sans son intervention. Après une séance de yoga, vous vous sentez bien. Après avoir joué de la guitare, vous êtes apaisé. Après avoir terminé un tricot, vous éprouvez de la fierté. Ces émotions positives devraient, selon la logique du pervers narcissique, provenir exclusivement de lui. Si vous pouvez être heureuse sans lui, vous pouvez vivre sans lui. Si vous pouvez vous valoriser vous-même, vous n'avez plus besoin de ces miettes de validation. Vous voyez où je veux en venir ? Il va donc s'employer à tarir ses sources de joie autonomes. une par une. Et il y a une troisième dimension de cette menace. Vos passions représentent des moments où vous lui échappez. Pendant que vous êtes à votre cours de poterie, vous ne subissez pas ses remarques. Quand vous êtes absorbé dans votre roman, vous êtes ailleurs. Ces parenthèses de liberté sont inacceptables pour quelqu'un qui veut maintenir une pression constante. Et Certaines passions impliquent d'autres personnes, un club, une association, des amis partenaires d'activité. Ce réseau social représente une menace supplémentaire pour l'isolement qu'il cherche à imposer. Voilà donc les trois raisons pour lesquelles vos passions le menacent. Votre identité autonome, votre bonheur indépendant et vos espaces de liberté hors de sa surveillance. Maintenant, comment s'y prend-il concrètement ? Il ne vous interdit pas brutalement vos activités. Ce serait trop visible, trop contestable. Il procède par étapes en utilisant un arsenal de techniques qui rendent l'abandon apparemment volontaire. Première technique, la dévalorisation systématique. Quelle que soit votre passion, elle sera jugée insuffisante, ridicule, prétentieuse ou puérile. Vous aimez peindre ? Ce n'est pas vraiment de l'art. Vous courez ? Tu ne cours même pas vite. Vous apprenez une langue ? Tu n'y arriveras jamais vraiment. Cette dévalorisation vise à vous faire douter de vous-même. Peut-être n'êtes-vous effectivement pas si talentueuse. Peut-être vos peintures sont-elles médiocres. Peut-être perdez-vous votre temps. Le doute s'infiltre dans votre rapport à vos propres capacités. Et progressivement, il corrompt le plaisir que vous trouviez dans ces activités. Une autre patiente me racontait Chaque fois que je revenais de mon cours de chant, il me demandait de chanter quelque chose. Et systématiquement, il critiquait, soupirait, ou pire, se moquait. J'ai fini par arrêter d'y aller. Deuxième technique, la culpabilisation du temps. Pendant que vous êtes à votre activité, lui est seul à la maison. Les tâches ménagères s'accumulent. Les enfants ont besoin de vous. Vous êtes égoïste. de prendre ce temps pour vous. Et quand vous rentrez, une remarque vous attend. « Ah, tu t'es bien amusé pendant que je gérais tout ici. » Progressivement, chaque moment de plaisir personnel devient contaminé par l'anticipation des reproches. Vous partez en vous sentant déjà coupable. Vous rentrez sous tension. Et même sur place, vous n'êtes plus vraiment là. Troisième technique. Le sabotage pratique. Les mots ne suffisent pas, ils passent à l'action. Une crise juste avant votre départ pour votre activité. Une urgence systématique le jour de votre cours. L'oubli de venir vous chercher. La disparition de votre matériel. Le rangement malencontreux qui a abîmé votre équipement. Chaque incident pris isolément peut sembler accidentel. Mais leur accumulation dessine un schéma clair. Tout ce qui vous permet de vous épanouir sera entravé. Quatrième technique, la monopolisation du temps. Il y a toujours quelque chose de plus urgent, de plus important, de plus nécessaire. Vos projets, ses exigences, ses besoins. Votre temps libre se réduit comme peau de chagrin. Et quand, exceptionnellement, vous disposez d'un moment, Vous êtes trop épuisé pour en profiter. L'énergie psychique consommée par la gestion quotidienne de la relation ne laisse plus rien pour ce qui vous nourrissait autrefois. Ces quatre techniques combinées produisent quelque chose de précis. Une extinction progressive. En quatre phases. Et je veux que vous les reconnaissiez. Phase 1. La coexistence tendue. Au début, vos passions coexistent avec la relation, mais dans une atmosphère de tension permanente. Vous continuez vos activités, mais chaque fois c'est une négociation, une justification, un conflit potentiel. Vous commencez à adapter, à raccourcir vos séances, à espacer vos cours, à renoncer aux aspects qui impliquent d'autres personnes. Phase 2. L'intériorisation de la culpabilité. Et c'est là que quelque chose de fondamental se passe, progressivement. Vous n'avez plus besoin de lui pour vous culpabiliser. Vous le faites vous-même. La voix critique qui dévalorisait vos passions est devenue la vôtre. Vous vous surprenez à penser que vous devriez utiliser ce temps autrement. Que vos activités sont effectivement un peu égoïstes. Que vous n'êtes pas si doué de toute façon. Le manipulateur... a réussi à coloniser votre espace mental, même absent, il continue à censurer vos élans. Phase 3. L'abandon volontaire. Un jour, vous réalisez que vous n'avez pas touché à vos pinceaux depuis des mois. L'abandon s'est fait sans décision explicite, par glissement, par épuisement. Et le plus pervers, c'est que vous avez l'impression que ce choix est le vôtre. J'avais moins envie. Ce n'était plus vraiment ma passion. Vous ne voyez pas que ce renoncement a été orchestré, que votre désir lui-même a été manipulé. Phase 4. L'amnésie de soi. Avec le temps, vous finissez par oublier qui vous étiez avant. Vos passions, vos talents, vos aspirations deviennent des souvenirs flous, comme appartenant à une autre personne. Quand on vous demande ce que vous aimez faire, vous ne savez plus quoi répondre. Cette perte de soi est l'objectif ultime. Une personne sans passion, sans désir propre, sans identité autonome, est infiniment plus facile à contrôler. Elle n'a nulle part où aller. Rien à défendre. Personne à être en dehors du rôle qu'on lui assigne. Mais il y a encore autre chose que je dois vous décrire. Un mécanisme particulièrement retort. Parfois, le pervers narcissique ne se contente pas de détruire vos passions. Il les vole. Vous aimez la photographie ? Soudain, il décide de s'y mettre aussi. Vous adorez cuisiner ? Il devient expert en gastronomie. Vous pratiquez le yoga ? Il s'inscrit au même cours. Cette invasion de vos territoires personnels peut sembler flatteuse au début. Enfin, un intérêt partagé. Mais rapidement, la dynamique révèle sa vraie nature. Il ne partage pas votre passion. Il la colonise. Il devient meilleur que vous, ou prétend l'être. Il s'approprie vos connaissances. Il transforme votre activité en compétition, où vous êtes toujours perdante. Une patiente me décrivait cela avec une précision qui m'a frappé. J'adorais la randonnée. C'était mon moment à moi. Il a commencé à m'accompagner, puis à choisir les itinéraires, puis à critiquer mon rythme. Ma passion est devenue son activité, où j'étais juste la suivante, incompétente. En s'appropriant votre passion. Il accomplit plusieurs objectifs simultanément. Il neutralise cet espace de liberté en le transformant en espace de contrôle. Il vous prive de l'identité que cette activité vous conférait. Et il peut désormais exercer sa supériorité sur le terrain même qui vous valorisait. Le résultat ? Un dégoût progressif pour cette activité. Ce qui vous passionnait devient associé au stress, à la compétition, à l'échec. vous finissez par abandonner, non pas parce qu'on vous l'a interdit, mais parce que la passion elle-même a été empoisonnée. Et dans une variante encore plus insidieuse, il retourne vos passions contre vous. Votre amour de la lecture devient la preuve que vous êtes toujours dans vos livres, plutôt que dans la vraie vie. Votre goût pour le sport devient votre narcissisme corporel. Votre créativité artistique témoigne de votre... instabilité. Ce qui vous définissait positivement est réinterprété négativement. Vos qualités deviennent des défauts, vos forces deviennent des faiblesses. Vous apprenez à avoir honte de ce qui faisait votre fierté. Maintenant, parlons de la reconstruction, parce que ce qui a été détruit peut être reconstruit. Et le chemin vers la guérison passe souvent par là, par la réappropriation de ses activités. qui vous définissait avant première étape prendre conscience de l'ampleur de la perte qu'aimiez vous faire avant cette relation quel talent aviez vous développer quel rêve avez vous abandonné ce travail d'inventaire peut être douloureux il confronte à des années de renoncement mais il est nécessaire pour savoir ce qu'il s'agit de reconstruire je rencontre régulièrement des des personnes surprises, de constater à quel point elle s'était éloignée d'elle-même. J'avais complètement oublié que j'adorais le piano. Je ne me souvenais même plus que je faisais de la poterie. Cette redécouverte de soi, c'est le premier pas. Deuxième étape, réapprivoiser le plaisir personnel. Après des années où tout plaisir personnel était source de culpabilité ou de conflit, réapprendre à s'autoriser des moments de joie pure demande du temps. Les premiers de retour à une activité abandonnée peuvent être teintés d'anxiété résiduelle. Cette voix critique intériorisée qui murmure que vous ne devriez pas, que vous perdez votre temps, que vous êtes égoïste. Il faut traverser ce malaise, persévérer malgré lui, jusqu'à ce que le plaisir authentique revienne. Chaque moment de joie arraché à l'ancien conditionnement est une victoire, une petite victoire. mais une victoire réelle dans le processus de reconstruction. Et je veux dire quelque chose à celles qui sont encore dans la relation, qui m'écoutent peut-être en se reconnaissant. Préserver ne serait-ce qu'une petite flamme de passion peut être un fil vital. C'est une partie de vous que le manipulateur n'a pas encore atteinte, un noyau d'identité qui survivra et qui servira de base à la reconstruction future. Maintenez ce fil, coûte que coûte, car vos passions ne sont pas un luxe superflu. Elles sont l'expression de votre identité profonde, des piliers de votre santé mentale des preuves de votre richesse intérieure, quiconque cherche à vous en priver, cherche à vous diminuer. Et dans toute relation future, elles constitueront un critère essentiel. Un partenaire sain encourage vos activités, respecte votre besoin de temps pour vous, s'intéresse à ce qui vous passionne sans chercher à le contrôler ou à le diminuer. Le jour où quelqu'un critiquera systématiquement vos hobbies, tentera de vous en éloigner ou les utilisera comme levier de pression. Vous saurez reconnaître le signal d'alarme. J'approfondis ces questions d'identité, de passion et de reconstruction dans le volume 6 de mon œuvre « Le pervers narcissique » intitulé « Sans sortir » . Vous y trouverez des outils concrets pour chaque étape de votre libération. Il est disponible sur ma boutique en ligne ou sur Amazon. Résumons les trois points essentiels de cet épisode. Premier point. La guerre du pervers narcissique contre vos passions n'est pas anodine. Ce n'est pas de la jalousie ordinaire. C'est une stratégie délibérée pour dissoudre votre identité autonome, tarir vos sources de joie indépendantes et renforcer votre dépendance à lui pour tout sentiment de valeur. Deuxième point. Cette guerre se déroule en quatre phases insidieuses. la coexistence tendue, l'intériorisation de la culpabilité, l'abandon en apparence volontaire et l'amnésie de soi. Reconnaître ces étapes, c'est déjà commencer à en sortir. Troisième point. La reconstruction passe par là, par la redécouverte de ce qui vous faisait vibrer, par la réappropriation de vos talents, par le droit simple et fondamental d'être heureuse par vous-même. Reprenez vos pinceaux, vos partitions, vos chaussures de course. Pas pour lui, pas contre lui, pour vous. Car c'est précisément cela que le manipulateur voulait vous voler. Et c'est précisément cela que vous pouvez reprendre. 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