Speaker #1J'ai le sentiment que j'ai raté ma vie et que c'est trop tard. C'est une phrase que j'entends vraiment souvent et... qui fait appel à plusieurs aspects. Déjà, la première chose, c'est que la notion de réussite et la notion d'échec, elle est en comparaison à un idéal que l'on se fait. Donc la première chose, c'est d'aller peut-être prendre conscience de l'idéal. Qu'est-ce que réussir sa vie ? Qu'est-ce que la rater ? Qu'est-ce que l'on juge du coup quand on parle de rater sa vie ? Qu'est-ce que l'on idéalise lorsqu'on parle de la réussir ? Parce que ce sont des modèles qui nous éloignent de ce qui est véritablement juste pour nous et de la voie qu'on gagnerait profondément intrinsèquement à suivre. Et donc peut-être que la première chose à faire, c'est que quand on considère qu'on a raté sa vie... C'est d'aller regarder quel est le modèle idéalisé et quel est le modèle jugé. Parce que du coup, souvent, on s'identifie à ce que l'on fait dans sa vie. Et donc, on va être quelqu'un de bien si on réussit au sens des critères que l'on a établis. Et puis, on va être quelqu'un de pourri si on rate au sens des critères que l'on a établis. Cette notion de « j'ai raté ma vie » , elle fait aussi appel à un sentiment qui a un point de départ et un point d'arrivée. Et cette notion de point de départ et de point d'arrivée, c'est comme si on avait une montagne à gravir et qu'il fallait atteindre le sommet. Et moi, j'aime... croire et penser qu'on avance tous de manière latérale et non pas horizontale, et que chacun va dans la direction de ce qui l'inspire le plus à chaque instant, et qu'il n'y a pas de mieux ou de moins bien, il y a simplement des chemins qui inspirent les êtres. Et ça demande, en fait, de voir le monde de cette manière, ça va demander de venir sortir de l'idéalisation et sortir du jugement de ce que c'est que rater sa vie et de ce que c'est que la réussir. L'autre question, c'est que je crois que chaque individu réussit sa vie au sens de ce qui est le plus important pour lui et que ça va uniquement être nos comparaisons qui vont engendrer ce type de jugement de « j'ai raté ma vie » . Puisque, par exemple, si on prend une mère de famille qui n'a jamais travaillé, mais pour qui la valeur la plus haute, ce sont ses enfants, probablement qu'elle a raté sa vie puisqu'elle a nourri ce qui était le plus important pour elle. A l'inverse, si cette femme se compare à une businesswoman qui n'a pas d'enfant, mais qui gagne beaucoup d'argent, et qu'elle se compare d'un point de vue financier, elle va se dire qu'elle a raté sa vie parce qu'elle n'a pas gagné sa vie, sauf que ce qu'elle ne voit pas, c'est que probablement qu'avoir des enfants, c'était ce qu'il y avait de plus important pour elle au moment où elle a eu ses enfants. Et on réussit tous sa vie du coup dans son système de valeurs, et c'est simplement nos jugements et nos comparaisons qui omettent totalement ce qui est intrinsèque et l'unicité de chaque être qui engendre ce type de comparaison. La notion de « il est trop tard » , elle vient du fait que l'on voit les choses avec un point de départ et une arrivée. Moi j'aime du coup dézoomer et se dire que c'est un infini recommencement et que du coup il n'est jamais trop tard. Trop tard par rapport à qui, par rapport à quoi encore une fois. Et regarder les choses avec un petit peu de hauteur en se disant que moi je crois que le sens de la vie, en tout cas en termes spirituels, en termes profonds, c'est simplement d'apprendre et de vivre. Et en ce sens, on n'a jamais fini d'apprendre et on n'a jamais fini de vivre. Et donc il n'y a pas d'avant et après. Et tout dépend aussi de ce qu'on évalue. Voilà, donc c'est aussi une invitation quand vous avez ce genre de phrase. à vous demander sur quels critères est-ce que moi j'ai envie d'évaluer ma vie ? Est-ce que c'est sur un critère purement matériel ? Est-ce que c'est sur les critères de ce qui est le plus important pour moi ? Est-ce que c'est sur un critère d'apprentissage ? Je ne crois pas qu'on puisse régresser, l'univers est en expansion, je pense que nous aussi, de fait. Et donc c'est intéressant de redéfinir ces, comme on dit, « KPIs » , ces critères pour évaluer la réussite et l'échec.