Speaker #1Je me sens à part, différente, incomprise, seule à vivre cette souffrance, comment faire ? Alors cette phrase, c'est une phrase que j'entends beaucoup chez les personnes que j'accompagne et... Je vais vous présenter du coup une perspective à ce sujet. La première perspective, c'est que notre nature est duelle. On a une part spirituelle, une part spirituelle selon laquelle nous sommes un, nous sommes tous issus de la même source divine, et donc en ce sens, on peut tous se reconnaître les uns en les autres, puisqu'on est fait de la même nature, de la même composition. On est tous issus de la même source, et donc on peut se reconnaître à travers les uns et les autres, puisque c'est le fameux effet miroir, tout ce que je vais percevoir de l'autre, que ce soit agréable ou désagréable, ce sont... des parties de moi et donc je ne perçois de l'autre uniquement ce que j'incarne qualitativement et quantitativement au même degré. Et nous sommes composés également d'une part matérielle, d'une part humaine, d'une part charnelle, qui fait de cette expérience une expérience duelle, qui fait de cette expérience une expérience où on vit l'illusion de la séparation puisqu'on est tous séparés physiquement les uns des autres. Et donc d'un certain point de vue, nous sommes tous également uniques puisque... porte un bagage qui nous est propre, une histoire qui nous est propre, des perceptions du monde qui nous sont propres par rapport à nos expériences. Et donc, on est tous finalement uniques, c'est notre unicité, on a tous quelque chose de singulier. Et donc, on est tous différents d'un certain point de vue les uns des autres, puisque on a beau provenir de cette même source, on fait une expérience duelle avec notre propre bagage, notre propre histoire, nos propres perceptions, notre propre singularité. Et donc, en effet... on est quelque part à part on est quelque part différent on est incompris en partie on est toujours compris et incompris au même degré on est compris par les personnes qui se retrouvent à travers nous-mêmes et puis incompris par les personnes qui ne vivent pas la même chose on est probablement seul à vivre les choses de cette manière là puisque on est unique à travers notre bagage et on vit quelque part une expérience qui est singulière et dépendante de notre histoire de notre passé, de ce bagage de souffrance que l'on porte et donc... Quelque part, oui, on peut se dire qu'on est seul à vivre cette souffrance de cette façon. Maintenant, cette phrase que j'entends beaucoup, elle pourrait être dite d'un espace plutôt factuel, en effet, on est tous différents, on est tous à part, sans qu'il y ait de jugement de valeur derrière cela. Mais souvent, quand j'entends cette phrase, je me sens à part, je me sens différent, je me sens incomprise, c'est depuis un espace égotique, c'est depuis un espace de peur, et c'est quelque part la part de nous qui rêve d'être, c'est notre égo qui veut ça, qui rêvent d'appartenir au groupe, donc d'être comme les autres, et d'être unique et singulier au sein du groupe, et de briller au sein du groupe qui s'exprime. Et en fait, on ne peut pas se sentir incompris tant qu'on n'a pas la prétention de vouloir être compris de tous. On ne peut pas se sentir différent de manière négative, de manière désagréable, si l'on n'a pas la prétention de vouloir être comme les autres, si on n'a pas la prétention de vouloir appartenir à une normalité. On ne peut pas se sentir à part si on ne vit pas dans l'idéal de se sentir inclus. Et en fait, souvent, quand j'entends cette phrase qui pourrait être dite depuis un espace tout à fait neutre et réel, et factuel, cette phrase est dite depuis un espace d'égo qui souhaite se sentir inclus au sein du groupe, qui souhaite se sentir pareil, qui souhaite se sentir compris et qui souhaite se sentir comme les autres. Et donc là, l'idée, c'est d'aller voir, de se demander peut-être de quoi est-ce que cette phrase me protège. Est-ce qu'il y a un risque à découvrir que je suis comme les autres ? Et à découvrir peut-être que ce que je juge et ce que je reproche aux autres, ce sont des parts de moi. Et d'apprendre à m'observer et à me connaître à travers les uns et les autres. Est-ce qu'il y a un risque à ne pas être compris, du coup ? Est-ce qu'il y aurait un risque à être... Comme tout le monde. Est-ce qu'il y aurait un risque à ne pas être compris et à faire mes propres choix ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui me fait peur là-dedans ? Est-ce que j'ai peur d'être incompris et de faire mes propres choix ? Parce qu'en fait, d'un certain point de vue, on ne vit pas pour les autres, on vit pour nous-mêmes. Est-ce qu'il y a un risque de faire ma vie à part du groupe auquel je souhaite appartenir ? Est-ce qu'il y a un risque de suivre mes élans ? et d'être perçu comme un ovni de la part de ceux où je souhaite aujourd'hui être inclus. Parce que probablement que... ce ressenti de je suis à part, je suis différente, je suis incomprise il est aussi peut-être le symptôme d'une réelle différence et d'une réelle incompréhension, mais qui n'est pas négative, en fait. Et peut-être une invitation à fonctionner différemment du groupe auquel on le souhaite appartenir. Peut-être de fonctionner différemment de l'autorité à laquelle on se subordonne aujourd'hui et qui nous rend malades, en fait. Et au même degré que l'on souhaite être compris et validé de tous, et être unique, et paradoxalement être unique dans notre souffrance, il y a cet immense paradoxe qui est à l'œuvre là. Est-ce que je ne peux pas aussi commencer à me reconnaître dans la souffrance des autres ? Quel serait le risque à quitter ce personnage que je joue, qui se rabâche sans cesse, qu'il est différent, que c'est un peu le personnage de ça marche pour les autres et pas pour moi ? Est-ce qu'il y a un risque finalement à sortir de ce schéma ? Est-ce qu'il y a un risque à se responsabiliser et à vivre sa propre vie hors des modèles, hors de la subordination ? Parce que le personnage qui se sent à part, différent et incompris, il est protégé par cette histoire. Parce que si ce même personnage prenait conscience que peut-être, en réalité, il est à part, il est différent, il est incompris, et peut-être que c'est une bonne chose pour aller dans sa direction à lui, et peut-être qu'en faisant... en se lançant dans sa propre direction, il ferait l'expérience de la compréhension, de l'indifférence, et de se sentir inclus, mais de la part d'autres autorités, d'autres modèles, d'autres personnes. Mais pour cela, il faut qu'il en fasse l'expérience. Et c'est cette même expérience qui lui fait peur, et c'est pour cela qu'il reste enfermé dans la même histoire. Donc comment faire ? Accepter sa singularité. Accepter sa différence, et accepter... D'être à part, de ne pas être inclus de tous. Accepter d'être incompris de la part de certaines personnes. Et accepter que peut-être, cette souffrance, vous êtes la seule à la vivre. Mais ça change quoi en fait ? Rien. Elle est là, elle est là, la souffrance. On n'a pas d'autre choix que de la vivre. Que vous soyez douze mille ou seule à la vivre. Chaque histoire est unique et singulière. Peut-être que la souffrance aussi. Et en quoi est-ce un problème ? Si on ne souhaite plus ressembler aux autres, si on ne souhaite plus projeter un monde de plaisir sans douleur, par comparaison à ce que l'on voit des autres, il n'y a plus de problème.