- Speaker #0
Bienvenue à tous dans ce nouvel épisode du podcast de La Ruée. Aujourd'hui, nous avons l'honneur d'accueillir Lorenz Bomer, un véritable électron libre et designer d'exception, qui a su marquer de son empreinte les plus grandes maisons de joaillerie de la place Vendôme. Bonjour Lorenz, bienvenue.
- Speaker #1
Bonjour Samia, merci de m'accueillir dans votre belle émission que j'aime beaucoup.
- Speaker #0
Merci. Pour commencer, pourrais-tu te présenter ?
- Speaker #1
Je m'appelle Lorenz Boimer, je suis joaillier, je suis à moitié français, moitié allemand et je suis installé depuis 30 ans Place Vendôme. Enfin, un peu moins que ça, puisque en fait ma maison célèbre c'est 30 ans là. Donc, alors ça c'est la présentation un peu courte, il y en a une un peu plus longue, il y en a une très longue aussi, mais je pense qu'on aura, on va revenir dessus. Moi j'ai un parcours un peu international, puisque mes parents étaient diplomates. On a voyagé dans le monde entier. Et puis, j'ai dit à mes parents, je voudrais quand même achever mes études en France. Donc, on est venu en France. Et là, j'ai fait une école d'ingénieur, l'école centrale de Paris. Puis, en sortant de l'école, j'avais fait cette option qui s'appelle innovation, conception, production, qui semble très pompeux. Mais ça vise à former des chefs de produit. Et le chef de produit, c'est celui qui suit un projet depuis l'idée. jusqu'à la commercialisation. Et c'est exactement ce que je fais aujourd'hui dans la joaillerie. Donc je suis quelque part, même si c'est très différent et qu'on ne voit pas le rapport, je suis toujours ingénieur. Et en m'installant, je n'avais pas d'argent, je ne connaissais personne et je n'avais aucun savoir-faire en joaillerie. Donc je me suis lancé à l'eau avec rien. Donc j'ai d'abord commencé par faire des bijoux fantaisie que je sculptais moi-même. Je collais les pierres la nuit dans les bijoux et je les vendais aux copines de ma mère. Donc ça faisait beaucoup marrer mes copains de Centrale qui, eux, étaient dans des grands groupes et qui avaient des responsabilités très sérieuses. Ça faisait beaucoup moins rire mes parents qui, après Centrale, me voyaient organiser des ventes un peu dans l'esprit des ventes Tupperware où ma copine, enfin ma mère, invitait ses copains. copines pour que je leur vende des bijoux fantasy. Ça devait valoir 20 ou 30 euros à l'époque chaque bijou. Donc voilà, je faisais ça. J'ai commencé comme ça et en fait, je n'ai jamais quitté cette vision, cet endroit où j'avais envie d'aller. Au début, j'ai fait des bijoux fantasy. Puis après un jour, j'ai une cliente qui m'a dit Tiens, est-ce que tu pourrais me monter un diamant ? Je n'en avais jamais monté et je lui ai dit Mais oui, il n'y a aucun problème, je sais te... très bien faire ça. Donc, me voilà parti dans Paris à chercher des ateliers, à regarder qui pourrait me faire. Parce que là, il n'était plus question de coller les diamants dans des montures. Donc, il fallait vraiment des professionnels. Et ça a été ma première pièce de joaillerie. C'était en quelle année ? Il y a 30 ans, donc ça devait être je ne sais pas...
- Speaker #0
Il y a une petite trentaine d'années.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Même une grosse. Vous êtes en congéante avec une grosse trentaine.
- Speaker #0
Et donc ensuite, vous avez fait des études là-dedans, vous, ou pas ?
- Speaker #1
Alors moi, je n'y connais rien. Je n'y connais d'ailleurs toujours rien, puisque j'apprends tous les jours. Mais je n'avais pas vraiment fait d'études. Et c'est à force de parler avec les ateliers, les marchands de pierres. On peut aller aussi dans les musées. On est très gâtés ici à Paris. Il y a des endroits où on peut voir des bijoux extraordinaires. La façon dont les joailliers du... passé ont travaillé vraiment une grande source d'inspiration et puis bah ouais j'ai fait des erreurs aussi vous savez de faire sertir des pierres avec deux griffes on en revient très rapidement pour revenir à des choses plus classiques mais le fait de ne rien y connaître ça a été quelque part un avantage pour moi vous savez quand on va à l'école et qu'on vous dit non les pierres on les serti avec minimum quatre griffes et ben vous essayez jamais de les sertir avec deux griffes donc c'était amusant d'avoir une liberté totale et de ne pas être conditionné par ce qu'on avait appris. Après, à l'époque, c'était assez différent parce que la joaillerie, c'était surtout les grandes maisons de la place Vendôme. Il y avait très peu, ou pour ne pas dire pas, de créateurs indépendants. C'était un milieu très fermé et qui était dominé par quelques maisons qui ne faisaient qu'un. que de la joaillerie, c'est-à-dire que ce qu'on voit aujourd'hui, on a des maisons de luxe globales qui font depuis le parfum, les bijoux, fantaisie, la joaillerie, ça n'existait pas à l'époque. J'ai ma maison depuis 30 ans, mais à côté de ça, j'ai accompagné de façon très significative beaucoup de très grands acteurs dans le luxe. J'avais le même contrat que Karl Lagerfeld. D'ailleurs, je ne dépendais pas du tout de lui puisque je dépendais du propriétaire. Donc Karl et moi et certains autres, on avait un contrat sur trois ans pour accompagner, dans ce cas spécifique, la maison Chanel dans le développement de sa joaillerie. Et c'est une très jolie histoire, la façon dont on est rentré. dont j'ai commencé à travailler avec cette maison. Donc Karl Lagerfeld avait eu la super idée de faire des t-shirts marqués Chanel. Et ils en avaient fait quelques milliers rue Cambon, et en Asie ils en avaient fait des millions. Donc tout le monde avait le t-shirt Chanel dans la rue, et le propriétaire à la vertémaire se disait, on est quand même bien embêté, qu'est-ce qu'on pourrait bien faire pour remonter quelque part l'image. Et il avait eu l'idée à l'époque d'un truc... totalement iconoclaste qui était de dire on va faire de la joaillerie et on va faire de l'horlogerie. Et tout le monde lui avait dit c'est impossible, ça ne va jamais marcher. Une maison de mode, surtout Coco Chanel, était assez connue pour avoir des propos peu amènes sur la joaillerie.
- Speaker #0
Elle avait lancé une collection.
- Speaker #1
Elle a très bonne référence en 1932, donc en plein au moment de la... dépression, elle avait décidé de faire une collection de joailleries qui étaient quelques pièces qu'elle avait fait dessiner par son amant de l'époque. Paul Yérib, c'était assez amusant, la façon dont ça s'était passé. Mais de façon générale, elle était connue par un de ses amants, qui était le duc de Westminster, qui lui offrait des sublimes bijoux. Et le soir, elle était avec Robert Gossens, il démontait les bijoux et il faisait des bijoux fantaisie en mettant des vraies pierres, des morceaux de verre. Donc on ne savait plus ce qui était vrai ou ce qui était faux. Et donc elle avait... Elle qui venait d'un milieu très pauvre, finalement, elle aimait bien l'idée que les bijoux fantaisie, elle voulait démoder les vrais bijoux. C'était une sorte, je pense, après c'est la psychologie à deux balles, mais un genre de revanche qu'elle prenait sur la vie en démocratisant les bijoux fantaisie. D'ailleurs, à l'époque, Chanel était très connue pour ses énormes bijoux fantaisie, avec des très grosses pierres, des perles surdimensionnées, des CC partout, que Karl avait... avec le talent qu'on lui connaît, resaper, retransformer. Donc, voilà que M. Alain Vertemer me dit, tiens, vous faites des bijoux, est-ce que ça vous intéresserait de dessiner la joaillerie de Chanel ? Et je lui dis, oui, ça m'amuse beaucoup, sans même y réfléchir. Et c'est vrai que j'ai eu beaucoup de chance qu'on me le propose à cette époque-là, mais c'était aussi... Personne n'aurait lâché une maison de joaillerie traditionnelle qui marchait pour se lancer dans l'aventure que tout le monde prédisait à un échec cuisant et qui n'allait jamais marcher. Alors Karl Lagerfeld n'a jamais dessiné la joaillerie de Chanel. Tous les bijoux que j'ai dessinés chez eux, ils sont signés Chanel Boimer. Donc bon ça c'est une décision qu'on a pris ultérieurement mais ils sont signés de mon nom. Donc à l'époque, d'abord la joaillerie ça prend beaucoup de temps. temps c'est beaucoup dans le détail donc car n'avait pas le temps et il avait d'ailleurs pas son avis à donner je n'ai jamais soumis aucun dessin à carl je les soumettait aux propriétaires qui les validaient donc c'est de cette façon là qu'on a dessiné la bague coco avec toutes les couleurs les bagues matelassé avec les perles la bague avec le camélia la bague ultra avec la céramique toutes les différentes collections de joaillerie Donc il y a pas mal de choses sur lesquelles ils ont pu capitaliser.
- Speaker #0
Je suppose, c'est quasi sûr, on part de l'ADN de la maison. Comment on fait pour créer un département de joaillerie ?
- Speaker #1
Alors c'était une aventure passionnante, puisque personne ne savait comment il fallait faire. Il n'y avait pas de feuilles de route, rien du tout. Et la grande difficulté qu'il y avait dans ce domaine-là, c'est qu'on n'avait pas le droit d'utiliser les CC, parce que pour que ce soit Chanel, on peut marquer que c'est Chanel dessus. Ça aide énormément toutes les... Tous les grands groupes de luxe aujourd'hui savent que si on marque ce que c'est, tout le monde sait ce que c'est. Donc, on n'avait pas le droit de les utiliser parce que le CC, il y avait un accord qui avait été passé avec Cartier. Donc, Cartier avait le droit d'utiliser le CC, mais pas Chanel. Et de la même façon, on ne pouvait pas utiliser des énormes perles, des énormes émeraudes, des choses ailleurs. Donc, il a fallu, quelque part, réinventer, essayer d'imaginer ce que la joaillerie pouvait être. Donc, on... ce que j'ai fait, c'est que j'ai pris la plupart des icônes de la maison. Ça peut être des icônes dans, par exemple, le camélia, le lion, le blé, toutes sortes d'icônes qui, d'ailleurs, on ne voyait pas tellement à l'intérieur de Chanel, mais on pouvait, par exemple, les voir dans l'appartement de Coco Chanel et on a mélangé ça avec les matières. Les perles, c'est Chanel, donc on utilise des perles. C'était bien. Le noir et le blanc, c'était aussi Chanel, donc ça, c'était bien. Par exemple, la céramique. et ont mélangé ces éléments entre eux. Par exemple, si on fait un camélia en noir et blanc avec une perle au milieu, on utilise trois éléments et il y a plus de chances que ce soit Chanel. Cela dit, il a fallu quand même réinventer le langage, parce que moi j'aime bien des bijoux assez légers. Il y avait à un moment donné la tentation de recréer en vrai les bijoux fantaisie. Parce que c'était assez simple, ça faisait du sens de refaire ça, parce que tout le monde l'aurait identifié comme étant Chanel. Et en fait, c'est une tentation à laquelle je n'ai pas succombé, parce que je pensais que ce n'était pas la bonne voie, et que moi aussi, en tant que créateur, ce n'était pas très intéressant d'adapter des bijoux fantaisie en vrai. Donc j'ai essayé de recréer un nouveau langage, ou en tout cas un langage qui était à eux et qui serait identifiable. On a travaillé cette collection pendant 2-3 ans. Puis à un moment donné, M. Vertemer, contre l'avis de tout le monde, les Karl Lagerfeld, tout le monde, tout le monde, personne n'y croyait, il a dit c'est pas grave, je vais lancer Et il a pris la boutique du 7 places Vendôme, et on a lancé les bijoux, et ça a tout de suite marché. Et donc ça a été le début de Chanel dans la joaillerie. Puis comme tout le monde a vu que ça marchait bien et que c'était finalement une bonne idée, tout le monde s'y est mis. A commencer par Dior, qui est venu quelques années après. Maintenant, tout le monde en fait de la joaillerie. Et c'est accepté dans l'imaginaire populaire qu'une maison de luxe global puisse avoir de la joaillerie. Mais il y a 30 ans, c'était... pas du tout le cas.
- Speaker #0
Quel est l'objectif de faire ça ?
- Speaker #1
À l'époque, ça s'est un peu fait par hasard quand Chanel a décidé de le faire. C'était vraiment pour asseoir l'image. Il n'y avait même pas de but vraiment commercial derrière ça. Et puis aujourd'hui, on le fait parce qu'il y a l'image dans la joaillerie, bien sûr, mais il y a aussi des maisons qui gagnent pas mal d'argent avec la joaillerie. Et ça permet d'être présent chez ses clients. Vous voyez, quelqu'un qui va acheter un parfum, il peut peut-être acheter un bijou ou il peut peut-être acheter des chaussures et venir avec le bijou. Donc, quand il est chez vous, on lui dit Attends Voilà. Et puis maintenant, vous savez, je ne sais pas si vous avez vu, maintenant, on lui dit Attends, tu veux une pâtisserie ? Viens. Tu vas acheter la joaillerie, le parfum, la pâtisserie, la vaisselle. Tu vas aller dans nos hôtels. Donc, à un moment donné, on est… E.F.
- Speaker #0
de Montréal La boucle est bouclée, on crée une culture.
- Speaker #1
P. de Montréal Mais c'est relativement récent. Et en plus, ce qui est assez amusant, c'est que tout le monde a tendance à l'oublier. Aujourd'hui, personne ne sait qu'il y a 30 ans, c'était pas du tout légitime et que ça ne se faisait pas.
- Speaker #0
Il me semble que tu avais travaillé avec Louis Vuitton.
- Speaker #1
Alors, j'ai eu la chance et le privilège d'être sollicité par beaucoup de maisons de luxe, ce qui a plusieurs avantages. D'abord, c'est très intéressant parce que j'ai rencontré plein de gens extraordinaires qui m'ont inspiré. qui m'ont accompagné, qui m'ont donné des conseils. J'ai eu la chance aussi d'avoir des budgets beaucoup plus importants. Ils m'ont aidé à apprendre. J'ai fait des centaines et des centaines de colliers très importants chez Chanel que je n'aurais peut-être pas pu faire par moi-même. Ensuite, j'ai vraiment une part très active dans la tournure et que la joaillerie a... appris, je trouve. Et en plus, dans le fait d'apprendre, de travailler dans d'autres mondes, ça enrichit énormément. Alors, pour résumer, j'ai fait 20 ans chez Chanel. J'ai dessiné la joaillerie de Vuitton pendant 8 ans. J'ai travaillé avec Cartier. J'aurais fait plusieurs collections chez Cartier. J'ai travaillé avec Bernardo, Hermès. J'ai pas mal travaillé avec Guerlain. J'ai fait le petit rouge à l'eau. le rouge G avec le miroir qui s'ouvre.
- Speaker #0
Est-ce que tu sais, c'est un objet qui compte beaucoup dans ma vie parce que c'est le premier cadeau que j'ai fait à ma mère pour son anniversaire avec mon argent de poche. Tu sais, vers l'âge de 12-13 ans, tes premières sorties entre copines.
- Speaker #1
Ça me touche beaucoup. Oui, c'est vraiment sympa. Merci. Beaucoup me racontent des petites anecdotes avec ce rouge à lèvres parce qu'il a plusieurs trucs qui sont assez sympas. Il a le miroir qui ouvre. Donc le miroir, je raconte toujours l'histoire du miroir qui, oups, tout le monde croit que c'est pour se passer du rouge à lèvres. Mais en fait, c'est pas du tout ça. Le miroir, il a comme objectif, t'es par exemple au bistrot, et puis tu dis, oh, il y a le mec là, il a l'air sympa derrière. Je vais regarder, je vais ouvrir mon rouge à lèvres. Ah ouais, pas mal, sympa. Voilà, tu vois, donc c'est un peu, c'est aussi un instrument relationnel, ce rouge à lèvres. Et on s'est beaucoup amusé là-dedans. Alors d'abord, pour moi, c'est important, parce que quelque part, on est souvent frustré en tant que joaillier. Parce que c'est vrai que tout ce qu'on fait, alors j'aime toujours dire, c'est pas cher, mais c'est pas mal d'argent. Donc c'est sympa de pouvoir faire quelque chose qui... touchera beaucoup plus de femmes ou d'hommes à travers les créations qu'on a. Et le rouge à lèvres est une bonne façon d'avoir un petit bijou. C'est un petit objet qu'on a avec soi qui est un peu sympa. Et ce qui était amusant dans cet objet là, c'est que d'abord, il y a plein de petites innovations qu'on ne voit pas. Et ensuite, contrairement au rouge à lèvres, quand tu regardes un rouge à lèvres, il a toujours la forme de ce qu'il contient. En général, c'est des cylindres qu'on pose verticalement. Là, dans ce cas-là, c'est un objet à poser. Si tu ne l'as jamais vu, en fait, tu ne sais pas ce que c'est. On s'amuse toujours avec Olivier Chaud de Maison et Laurent Boileau, qui sont de très bons amis et grâce à qui j'ai pu faire ce rouge à lèvres chez Guerlain, à dire que c'est un porte-couteau. Puis ensuite, on l'a fait un peu évoluer. Ce qui était amusant là-dedans aussi, c'est qu'on a voulu le rendre donc développement durable. C'est-à-dire, tout le monde disait, il est tellement beau, je ne peux pas le jeter. On s'est dit, si on ne le jette pas, pourquoi est-ce qu'on... on ne le ferait pas rechargeable. Et ça a été un des premiers rouges à lèvres rechargeables. Et du coup, ça nous a donné l'idée que chaque année, il pouvait vivre. C'est-à-dire, c'est presque comme un accessoire un peu de mode ou suivant les tendances de l'année. C'est-à-dire qu'on peut le personnaliser. Et une fois, il y a du tissu, il y a la petite pochette. On peut changer l'enveloppe. Et en plus... tu peux faire un petit message. C'est-à-dire que quand tu regardes dans le miroir et que tu ne regardes pas le gars derrière, ce qui a l'air vachement sympa, tu peux dire Maman, je t'aime comme tu vois, ce que tu as peut-être fait.
- Speaker #0
Et donc, tu as également lancé la joaillerie Louis Vuitton ?
- Speaker #1
Alors, la joaillerie Louis Vuitton, ils avaient déjà fait quelques… Quelques bijoux, je crois que c'était, je me demande si ce n'était pas avec Pharrell Williams, mais assez peu, très peu. Et en fait, il souhaitait vraiment s'établir dans la joaillerie. Ce qu'il avait fait, c'était un peu des accessoires, un peu fait en or.
- Speaker #0
Je vois exactement.
- Speaker #1
Monsieur Arnaud est venu me voir, il m'a dit, est-ce que ça vous intéresserait de nous accompagner dans le développement de la joaillerie pour Louis Vuitton ?
- Speaker #0
C'était en quelle année ?
- Speaker #1
C'était... Je ne suis pas très bon avec les dates, mais c'était 20 ans après le début de Chanel. Donc, il est venu me voir et je lui ai dit, Ouais, super, avec plaisir. Ça m'amusait de tenter une nouvelle aventure. Et c'était un challenge encore plus grand, parce que, enfin, moins grand et plus grand. Moins grand parce qu'on avait démontré qu'on pouvait en fait faire des bijoux dans une maison de luxe. Et beaucoup plus difficile parce que Chanel avait une légitimité. par la mode, les bijoux fantaisie. A l'époque, je crois que c'était les prémices du prêt-à-porter à peine. Donc c'était un maltier, quelqu'un qui faisait des mâles et qui voulait faire des bijoux. Donc le saut intellectuel était quand même encore plus grand qu'une maison de mode qui paraît déjà les femmes. Donc j'avais beaucoup aimé le challenge et l'idée, c'était aussi de retrouver un ADN qui était là pour le coup un peu plus éloigné quand même. Puis M. Vuitton n'était pas connu pour aimer les, je ne sais pas quoi, les hortensias. Voilà, donc on était dans la ferronnerie, les toiles imperméables, la façon dont on rangeait les trucs dans les malles, c'était ça l'univers de cette maison. il fallait le traduire dans un univers féminin, gracieux et qui soit pas trop éloigné de la maison. Donc on a fait une collection dingue parce que c'était vraiment sympa. La maison m'avait donné carte blanche, en particulier Yves Carcel, qui était à l'époque le président emblématique de Louis Vuitton. Et on s'était fait vraiment plaisir. Je suis très fier de ça aussi, de ce qu'on a fait. Et en fait, du coup, on l'a présenté dans leur boutique des Champs-Élysées. Mais derrière, ils n'avaient rien. Ils n'avaient pas de vendeur. Ils n'avaient jamais eu de client qui avait acheté de la joaillerie. Donc on avait des choses très extravagantes et importantes. Et en vis-à-vis, il manquait toute une partie de ce qui est nécessaire et de l'expérience pour pouvoir vendre de la joaillerie. Et en plus, quand on achète une pièce de joaillerie, on ne dit pas Ah tiens, j'ai besoin d'une pièce de joaillerie C'est quand même un investissement, et même psychologiquement, même si on a les mains, on dit Oui, mais est-ce que tu es bien sûr que c'est sérieux ? Vuitton, ils faisaient des bagages, ils font maintenant de la joaillerie, des pièces très sophistiquées. On va attendre de voir un peu comment ça se passe. Donc on a connu des débuts... intéressant, un peu difficile. Et peu à peu, tout ça s'est mis en place. Et ils ont commencé à avoir des vendeurs. Vous savez, on fait confiance aussi dans la joaillerie à son vendeur. Si vous avez un vendeur de Van Cleef et que vous avez l'habitude de lui acheter des pièces et qu'il est chez Louis Vuitton, on va plus lui faire confiance qu'à quelqu'un qui vient de la maroquinerie et qui vous a vendu votre mallette à roulettes et qui va vous dire Attends, j'ai un collier de joaillerie, tu vas voir Donc peu à peu, tout ça s'est mis en place. De toute façon, en général, ça c'est mon expérience avec toutes les maisons avec lesquelles j'ai collaboré et qui sont parties de rien. Ça prend à peu près dix ans. Et ça, c'est avec des moyens substantiels.
- Speaker #0
Et comment est-ce qu'on imagine des collections pour Chanel et pour Louis Vuitton ? L'approche n'est pas la même ?
- Speaker #1
Alors bon, d'abord, je ne pouvais pas faire les deux en même temps. Donc j'ai fait soit Chanel, soit Vuitton. Et là, chez Vuitton, il a fallu réinventer. Ils partaient aussi de rien. Ils n'avaient pas de service pierre. Ils n'avaient pas d'atelier avec lequel ils travaillaient. Donc, ils ont aussi... Il fallait mettre tout en place. Ce n'était pas juste faire le dessin et merci, au revoir. Alors, ce n'est pas moi qui l'ai mis en place, parce qu'ils le faisaient en interne. Mais ça allait un peu de pair. Et comme j'avais un peu d'expérience d'une part, parce que je l'avais fait ailleurs, et que je le faisais en même temps chez moi, j'ai toujours continué à...
- Speaker #0
En parallèle, à développer ta maison ? Oui.
- Speaker #1
toujours gardé ma maison. J'ai toujours eu ma maison depuis que j'ai démarré, mais ça ne m'empêchait pas d'aider d'autres maisons dans le luxe. Et j'ai toujours voulu garder ma maison parce que d'abord... C'était un espace de liberté où je pouvais m'exprimer. Et puis en plus, dans ces grandes maisons, les choses peuvent changer assez vite pour des raisons parfois qu'on ne s'explique pas. Donc c'est bien d'avoir aussi ses propres affaires. Ce qui explique d'ailleurs qu'au bout de 8-10 ans, je me suis dit Bon, je passe beaucoup de temps à servir tout le monde, mais ce serait peut-être sympa que je m'occupe de la personne que j'aime le plus au monde. C'est-à-dire moi-même. Du coup, je me suis consacré exclusivement à ma maison depuis 5, 6, 7 ans, enfin depuis un moment.
- Speaker #0
Donc il y a eu Chanel, il y a eu Louis Vuitton. Comment on travaille aussi avec Hermès, par exemple ? Comment est-ce qu'on aborde également la création d'une collection pour Cartier ? Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus là-dessus ?
- Speaker #1
Bien sûr, on peut y dire plein de choses. Alors pour Hermès, par exemple, en fait, je viens en appui quand on n'a pas ces compétences-là en interne. Parce que j'ai tout un carnet d'adresses, et puis je sais faire, et puis c'est parfois plus rapide, plus efficace. Et puis aussi, parfois, il faut renouveler et rafraîchir les maisons. Par exemple, pour Hermès, c'est un cas très particulier. C'est un truc que j'ai fait pour eux. Ils souhaitaient faire une cravache pour le prince Charles, le prince William et le prince Harry. Et il y avait dessus un embout en argent parce qu'ils voulaient s'inspirer d'une pièce qu'ils avaient dans leur musée. Et ils m'ont demandé de la faire. Donc, j'ai fait en argent les embouts de cravache. pour la famille royale d'Angleterre. Puis après, ils ont fait l'embout qui était en cuir tressé. Ils avaient le savoir-faire et tout. C'était très sympa. Et du coup, ils avaient les cravaches. Et puis, ils se sont dit, mais attends, il nous faut un écrin. On ne sait pas, enfin, je ne sais pas. Donc, ils m'ont demandé de faire l'écrin en cuir. Donc, j'ai fait l'écrin en cuir. Et je trouvais ça très joli parce que c'est une longue forme cylindrique. Donc, j'ai pris un tuyau en PVC qui servait à évacuer l'eau, comme on a, et je l'ai gainé en cuir. J'avais un meilleur ouvrier de France avec qui je travaillais. Donc, on a fait des écrins très inhabituels qui étaient ces cylindres parfaits. Personne ne savait qu'il y avait une âme qui était les évacuations de l'eau sur les toitures. Donc ils étaient hyper contents et quand je leur ai amené, et c'est une anecdote qui me fait toujours marrer, à l'époque c'était Jean-Louis Dumas que je connaissais, donc je l'amène à mon interlocuteur chez Hermès et en fait il me dit c'est vachement bien, on va aller la montrer à Jean-Louis Dumas qui était toujours dans les locaux et qui regardait un peu tout. Donc nous voilà partis dans les couloirs pour lui apporter l'écrin et la cravache d'un loco. On les lui montre et sa façon à lui de dire que c'était très bien, il dit, oh là là, ça a dû coûter cher. Donc, il avait cette approche assez protestante et minimaliste sur le coût par rapport à la valeur. Et c'était sa façon à lui de dire que c'était très bien. Alors, pour ce qui est de quartier. Là, le but, c'était un peu de... Mon quartier est une maison extraordinaire qui a un passé absolument magnifique. On peut piocher indéfiniment dans les archives et les trucs. C'est d'ailleurs ce qu'ils font. Ils refont indéfiniment les mêmes trucs. La panthère couche et debout, une pâte en l'air, en jaune, en blanc. Donc, ils brodent. De temps en temps, ils... tente quelque chose d'un peu différent. Donc là, à l'époque, pour avoir un peu de sang frais et un regard extérieur, il m'avait demandé de créer plusieurs choses. D'abord, pour prouver un peu ce que je savais faire, c'était le coffret de l'an 2000. Donc il voulait un coffret avec quatre pièces dedans qui raconterait cette transition d'un millénaire. Donc je leur ai dessiné quatre pièces. Je leur avais par exemple dessiné le bug de l'an 2000. Vous savez qu'il faisait des scarabées, là. Il y avait des scarabées qui étaient inspirées dans les années 30-40 par la découverte des tombeaux égyptiens, ce que Carter avait découvert. Donc, il montait des scarabées dans les années 30. Donc, j'ai dit, on va refaire un scarabée. On avait fait une aile qui était comme une puce électronique, avec des circuits électroniques qui racontaient l'aile. Et c'était devenu le bug de l'an 2000, à l'époque. Ça s'appelle comment,
- Speaker #0
cette pièce ?
- Speaker #1
C'est le coffret de l'an 2000. On avait fait un bracelet aussi en forme de code barre. Et le code barre, quand on le lisait ou on pouvait le lire, ça disait 1999-2000. Donc, c'était des alternances de noir et de blanc. On avait fait ça. On avait fait aussi, j'avais fait un bracelet carte à puce qui reprenait. un côté assez art déco, assez géométrique. Il y avait une puce dessus. Et ensuite, il y avait un troisième truc qui était un truc un peu genre atomique. Donc voilà, c'était une façon de raconter la modernité en utilisant des éléments un peu art déco, le blanc, le noir, et en restant quand même dans la lienne. Donc ça avait tellement plu. Bon, ils avaient vendu tous les coffrets. Même Elton John nous en avait acheté un pour lui. Et puis, il m'avait demandé de dessiner d'autres choses pour eux. Donc j'ai dessiné une collection qui s'appelait les Mélimélots, qu'ils ont eu longtemps aussi en ligne, qui, elles, étaient un peu plus access, et on utilisait toutes sortes de pierres dures qu'ils utilisaient dans les années 30, mais qu'ils n'avaient pas utilisées depuis longtemps, et toutes mélangées avec plein de couleurs. Donc il y avait de la calcédoine, des lamétistes, plein de pierres. qui avait un côté assez graphique et géométrique. Donc ça c'est par exemple l'histoire avec Cartier. Et puis dernièrement on a fait aussi une collaboration avec la maison NSI pour le cognac. Donc NSI a un partenariat avec la NBA, la National Basketball Association, qui recrute beaucoup de consommateurs NC dans ses rangs, et donc qui sponsorise et qui fêtait ses 75 ans. Et ils m'ont demandé de dessiner un flacon de cognac pour célébrer leur partenariat et cet anniversaire. Donc j'ai dessiné un flacon de cognac en forme de ballon de basket, qui est fait avec Baccarat. Et donc c'est un objet qui d'abord réinvente l'esthétique du flacon de cognac, mais il réinvente aussi la façon dont on l'acquiert, puisqu'il y a une petite clé. J'ai des enfants chez moi, ils sont assez jeunes et j'ai toujours la trouille quand j'ai des super alcools qui viennent me les taxer et mettre du coca avec leurs potes quand je ne suis pas là. Donc j'ai fait une clé qui permet d'ouvrir le flacon et qu'on peut toujours avoir sur son porte-clé. Et comme le cognac qui est dans le flacon de basket, en forme de ballon de basket, il s'appelle le paradis, ça s'appelle la clé du paradis. Au moment où vous achetez cet objet très bien et que vous le commandez, on ne vous donne pas un reçu, on vous donne la clé de votre futur flacon. Vous recevez la clé du paradis qui permet d'ouvrir à la fois l'écran et la bouteille. De la même façon, on a réinventé aussi la façon de le déguster, puisque les verres sont en forme de ballons de basket qui ont la particularité qu'on ne peut pas les reposer tant qu'on ne les a pas finis. À chaque fois que je crée quelque chose pour une maison, on essaye de faire quelque chose qui les amène à se dépasser, qui raconte différemment leur histoire, et qui est à la fois un rappel de qui ils sont, mais aussi une ouverture vers l'avenir sur laquelle on peut capitaliser. Et ça, c'est ce que j'aime bien faire. On raconte une histoire, on les accompagne, et on essaye de créer par... Dans le cas de Annecy, c'est la même chose qu'avec mes bijoux. Un moment de convivialité, un moment où on est ensemble et où on se raconte.
- Speaker #0
Et comment est-ce qu'on design une tiare pour une princesse ? Une tiare pour une princesse, on se met devant sa feuille blanche et on s'angoisse un peu. Un des moments marquants de ma vie, c'est la tiare pour la princesse Charlène. Je reçois cet appel et je me dis, mais qui est le guignol au bout du fil qui me raconte que je pourrais peut-être participer au concours qui permet de dessiner la tiare que portera la princesse Charlène à Monaco pour son mariage. Et au bout de dix minutes, je me dis, il a quand même l'air assez sérieux là, ça a l'air d'être dû. Et en fait, oui, on me proposait de faire partie de ce concours dans lequel il y avait pas mal de maisons prestigieuses qui étaient anonymes. Donc j'étais très content que ce soit anonyme et pour lequel j'ai finalement été choisi. Donc j'ai pu dessiner la tiare que la princesse Charlène a portée le jour de son mariage. Alors elle ne l'a pas portée à l'église parce qu'à Monaco, on ne porte... pas les tiars à l'église, mais elle la portait le soir lors de la réception. Et c'est toute une merveilleuse histoire. Enfin, il y a plein de choses qui se sont passées. Karl Lagerfeld nous a photographiés. J'ai pu parler à la télévision, au journal live de TF1 pour parler de la tiare. Donc, c'était un moment magique.
- Speaker #1
On a fait appel à toi pour réaliser l'épée d'académicien.
- Speaker #0
Je fais pas mal d'objets qui m'amusent. Donc parmi les objets qui m'amusent le plus, c'est les épées d'académiciens. Donc j'en ai fait quatre. Et à chaque fois, c'est une aventure, parce que c'est une rencontre avec des êtres d'exception qui se mettent à nu devant moi et qui racontent qui ils sont pour que je puisse le traduire dans une épée. Donc la tradition veut que tous les membres de l'Académie française aient une épée qui leur est offerte par tous leurs copains. Donc il y a quelqu'un qui s'occupe du... comité de l'épée et on va taxer tous les copains pour qu'ils fassent un chèque qui s'additionne et qui permet de créer l'épée. Donc suivant le genre d'amis que tu as, évidemment tu as différents types d'épées. Donc moi j'ai fait celle de Xavier Darkos, celle de Gabriel Debreuil, de Jacques Tadei et de Francis Giraud. Et en fait ce qui est vraiment sympa c'est qu'on s'assoit comme ça et c'est un peu une psychanalyse. D'où est-ce que tu viens ? Quels sont les coûts ? couleurs que tu aimes, qui tu as rencontrées, quelles sont les choses dont tu es le plus fier. Et donc, à un moment donné, ils se révèlent. Et moi, je recompose ça dans une œuvre qui les raconte. Donc, c'est assez intéressant. C'est comme faire à très grande échelle une création sur mesure. Parce que ce qu'on fait chez moi, il y a bien sûr les collections. Donc, on peut choisir ce qu'il y a en vitrine et partir avec. Et puis, parfois, même une fois sur deux, on va me dire, non, mais attends... Moi, ce que j'ai envie de raconter à ma femme, à une copine, à moi-même, c'est ce fameux lever de soleil où on s'est rencontrés. Est-ce qu'on pourrait faire un pendentif qui raconte ça ? Voilà, donc on partage ces moments-là. Donc, c'est ce qu'on fait à grande échelle. Et d'ailleurs, on a une petite vidéo sur YouTube qui raconte très bien la création de l'épée de Xavier Darkos.
- Speaker #1
J'ai envie de comprendre quel est ton ADN. Donc, tu as designé pour pas mal de maisons. Selon toi, quelle est ta force, ta différence, ce que tu apportes en plus avec ta maison ?
- Speaker #0
Alors, la particularité de ma maison, contrairement aux maisons qui m'entourent, de la place Vendôme, c'est que je ne suis pas mort. Dans toutes ces maisons-là, elles sont cotées en bourse. Elles ont 400, 500, des centaines de boutiques. Donc, elles sont très tributaires des ventes qu'elles doivent faire, de la bourse. Donc, quand on est chez moi, d'abord... On rencontre un créateur en vie qui fait évoluer constamment sa maison et qui est à l'écoute du monde et qui est moins tourné peut-être vers le passé. Ensuite, chez moi, il y a une grande liberté. Et ensuite, mon point de vue dans les bijoux que je fais, moi j'adore les bijoux qui racontent une histoire, mais qui sont aussi les compagnons du bonheur. Parce que chez moi, il n'y a pas juste deux lignes, comme chez certains de mes... collègues de la place Vendôme qui ont finalement assez peu de lignes, ou en tout cas qui ont créé ces modèles-là il y a une cinquantaine d'années et qui créent assez peu aujourd'hui. Chez moi, il y a tout le temps beaucoup de créations, on est à l'écoute et c'est un échange. Et quand on est reçu chez moi, on est reçu comme si on était reçu chez moi, pas dans le grand groupe. Souvent, c'est un peu intimidant, c'est un peu aussi le problème d'être sur la place Vendôme, c'est qu'on est un peu... on se sent pas tout de suite. tout à fait à sa place quand on passe le pas de la porte. Chez moi, je fais tout ce qu'on peut pour qu'on n'ait plus jamais envie de partir une fois qu'on est rentré. Et ce n'est pas du tout lié à une démarche commerciale. Déjà, est-ce que tu es bien ? Est-ce que tu te sens entendu ? Est-ce que ça te donne envie de faire partie de l'aventure ? Donc, c'est une approche qui est vraiment très différente. Et par rapport peut-être à d'autres créateurs, alors il y a beaucoup de créateurs aussi très talentueux. que j'aime bien, mais c'est peut-être l'expérience de ce qu'on a fait, les collections et aussi une vraie écoute. On essaye toujours de créer ce mariage un peu parfait entre ce qui va vraiment aller. Je dessine pas que pour moi, je dessine aussi pour quelqu'un. Il y a des créateurs qui disent, voilà, moi je fais ça, ça te plaît pas, ben merci, au revoir. Moi, je vais te dire, ok, il y a plein de choses que j'aime, mais moi ce que j'aime, c'est que tu te sens bien, que t'as envie de... De juste porter le bijou parce que ça te raconte, ça t'embellit. Et comme tu te sens bien, forcément, tu es plus belle.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui caractérise selon toi la place Vendôme ?
- Speaker #0
Alors, la place Vendôme, quand j'étais gosse, je voulais être joaillier. Je me suis dit, il faut que je sois en France, il faut que je sois à Paris. Et il faut que je sois à place Vendôme. Donc, c'était l'objectif final. En fait, c'est l'endroit où sont tous les joailliers depuis l'arrivée de Boucheron vers 1870. Donc tout le monde est là. Quand on est au top, on est là. C'est vrai que moi, j'aime bien être au top ou faire en tout cas le mieux de ce que je peux. Donc ça, c'est la place Vendôme. Après, la place Vendôme, il y a beaucoup de connotations. C'est à la fois un avantage et un inconvénient. Pour, par exemple, pour un Français, il va dire Ah ouais, à tes places Vendôme ! Ouh là là ! C'est super, mais ce n'est pas pour moi. Ça doit être trop cher, trop intimidant, trop ceci, trop cela. Alors qu'en fait, ce n'est pas vrai. Nous, on a par exemple des bijoux qui coûtent moins de 1 000 euros et on veut justement que tout le monde se sente très bien. Donc, c'est un vrai travail très important à faire. Dès qu'il y a marqué place Vendôme, allons, je n'y vais pas. Je pourrais vendre les mêmes choses plus cher dans une petite rue derrière en disant, attends, je vais t'amener dans un endroit, tu vas voir. C'est derrière. Donc ça c'est par exemple, je pense qu'en général, avec les Français, tant qu'ils ne sont pas venus, c'est un peu intimidant et c'est un problème. Quand on est à l'étranger, la place Vendôme, ah ouais, tu dois vraiment être bon. Si t'es place Vendôme, c'est que c'est du sérieux. Par exemple, à Doha, au Qatar, il y a un centre commercial qui s'appelle place Vendôme. Donc je veux dire, ça a une vraie connotation. qui est marqué dans mon nom, Lawrence Boehmer Place Vendôme. Avec la boutique qu'on a ouverte au Qatar, je suis obligé de mettre 19 places Vendôme. Donc, j'ai rajouté le 19 devant pour qu'on ne se dise pas, il est au choc.
- Speaker #1
Il est au Qatar.
- Speaker #0
Place Vendôme. Donc, voilà. Donc, il y a toutes ces connotations. Après, moi, je suis un fan d'histoire. Donc, je connais un peu l'histoire des hôtels particuliers, de la colonne. Et j'ai aussi, c'est un des trucs qu'on offre et qui me fait plaisir d'offrir. J'ai une collection de photos de la colonne Vendôme que je fais depuis... 30 ans, donc j'ai 150 photos qui racontent depuis les origines de la photo vers 1850 jusqu'à aujourd'hui tout ce qui s'est passé et qui a été enregistré sur des photos. Les guerres, la destruction de 1871, les mannequins, les voitures, les carrosses, tout ça c'est amusant de venir le découvrir donc je dis toujours pas obligé de venir pour les bijoux, venez regarder la collection de photos. C'est assez intéressant et amusant.
- Speaker #1
Dans ton expérience client, par exemple, tu donnes un livre sur l'amour. Tu donnes, comme tu as dit, des photos. Qu'est-ce que tu mets d'autre en place, par exemple, d'assez surprenant ?
- Speaker #0
Pour moi, c'est un moment de partage. Ce que je préfère dans ma vie, c'est que j'adore la création et faire des choses. Mais j'adore aussi les rencontres. C'est vraiment super. C'est les rencontres quand on se rencontre. quand on se rencontre à travers un bijou et aussi quand les bijoux permettent à des personnes de se rencontrer. C'est-à-dire que souvent, je trouve qu'on a du mal à dire à quelqu'un qu'on l'aime, qu'elle est spéciale, ou on le raconte à sa façon, mais ce n'est peut-être pas la façon dont la personne en face peut le raconter. Donc, moi, je suis là pour accompagner ce moment-là. Voilà. Évidemment, le bijou est très important. Et on a aussi une signature dans les bijoux, un style des bijoux qui sont… Tiens, ça, ça peut être Lorenz. Fais voir. Ah ben, tu vois, je te l'avais dit. Donc, on a ça. Mais ce qui est important, c'est effectivement, j'adore la place Vendôme, tiens, regarde, voilà les photos. Et tout ça, c'est gratuit, je n'attends rien en retour. On a d'autres trucs, j'aime beaucoup la gourmandise, on a un bar à chocolat, j'ai un bar à whisky, parce que j'aime bien les whisky, ça m'amuse et on fait d'extraordinaires whisky en France. Et quand je dis ça, tout le monde me dit, non mais n'importe quoi. Je dis, attends, viens, assieds-toi, tu vas voir. Il me dit, ah non, je ne bois jamais de whisky. Je dis, ça tombe bien, tu vas pouvoir en boire. Voilà, donc c'est toujours... Ce moment-là, c'est aussi un endroit où on accompagne de façon bienveillante, je ne sais pas, ça peut être une adresse de voyage, un restaurant, un médecin, un rendez-vous, un truc. Il y a un peu de tout ça. C'est un peu comme ça que je conçois le bijou.
- Speaker #1
C'est au-delà de l'objet, c'est également une expérience. C'est un peu la base en joaillerie. C'est quoi ton avis là-dessus ?
- Speaker #0
De façon générale, nous on le fait depuis toujours. Maintenant, en joaillerie, en luxe, on dit... On va vous faire vivre une expérience. Alors tu vas dans certains groupes, on va dire, votre date de naissance c'est quoi ? Ah bah voilà le champagne, c'est votre date de naissance. Mais en fait, t'arrives là, tu te dis, ouais, bah ouais, c'est chez vous, mais tout le monde a le champagne, en quoi moi je suis spécial ? On n'a pas dit, attendez, on a appelé chez vous et on a appris que vous aimiez bien le fromage de tel endroit. Alors on a appelé le meilleur producteur rien que pour vous. Il nous a fait envoyer un truc en direct. Et d'ailleurs, il a fait une petite vidéo où il vous souhaite un bon anniversaire et tout. Et d'ailleurs, on a organisé un petit voyage, si vous avez envie. Et on a appelé le meilleur sommelier du monde qui nous a dit que l'accord parfait du vin avec le fromage, c'était celui-là. Donc, voilà pour vous.
- Speaker #1
Mais là, c'est un autre niveau.
- Speaker #0
Ce n'est pas la même façon que de faire des trucs un peu standardisés. Donc, l'expérience est importante, mais l'expérience, elle est faite pour faire... plaisir à quelqu'un, pour l'accompagner. Et en fait, il y a autant de façons de le faire pour chacun qu'une expérience un peu standardisée. Après, c'est beaucoup plus simple d'avoir une expérience standardisée et hop, t'es né quand toi ? Ah ben voilà, tiens, Marcel, tu m'amènes le... Voilà, donc ça c'est... Voilà, alors l'expérience, ça peut aller plus loin encore. C'est... Moi... Moi, je dis toujours les choses qui gouvernent nos relations avec les amis de la maison. C'est d'abord, ils viennent chez nous pour s'évader, pour passer un super moment. Tiens, c'est quoi le dernier whisky ? Ah, t'as vu une expo sympa ? Tiens, je ne sais pas, les amener ailleurs. Ils ont souvent des vies qui ne sont pas très excitantes. Donc, il faut avoir une certaine palette. Parler de l'opéra, ce n'est pas la même chose que de parler du dernier spot de surf, par exemple. Donc, il faut avoir ça. Et puis après, c'est important de leur dire qu'on les aime pour eux-mêmes, qu'on ne les aime pas pour... Combien tu vas dépenser ? Ah ouais, toi, je t'aime beaucoup. Ah non, ce n'est pas ça. Je t'aime un peu moins. Non, on les aime juste pour eux-mêmes. Donc, c'est important d'avoir cette authenticité. Donc, tout ça, c'est des éléments qui font partie de l'expérience.
- Speaker #1
Oui. Ce que je trouve bien, c'est que aussi, tu embrasses la technologie. Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu ce que tu as pu mettre en place ?
- Speaker #0
Pour terminer sur l'expérience, parce qu'on a parlé de beaucoup d'autres choses qui sont périphériques aux bijoux, mais le bijou est déjà important. Par exemple, dans l'expérience, c'est viens, je vais t'expliquer qui tu es à travers les bijoux. Et si je dessine un bijou pour toi, je vais faire en sorte que tu aies l'impression que c'est toi qui l'as dessiné. Il n'y a rien qui me fait plus plaisir, bien sûr, je le dessine. Non, mais attends, c'était mon idée, t'as vu, regarde ma bague. Donc c'est vraiment un moment d'échange et un endroit où on montre à chacun qu'il a le pouvoir de créer. Donc c'est très important quand on crée des choses. Au final, on en revient quand même aux bijoux parce qu'on est venu place Vendôme pour acheter un bijou, choisir un truc. Et souvent, on révèle, j'aime bien ça par exemple, vraiment conseiller, dire toi, tu voulais un truc avec des petites fleurs, attends. Non, non, regarde, je vais te faire essayer quelque chose de très géométrique et tu vas voir. Et en regardant devant le miroir, c'est la princesse, la princesse, quand elle regarde le miroir, elle grandit d'un ou deux centimètres. Oh là là, ah oui, j'aurais jamais cru comme ça. Et la fois d'après, tu vas revenir avec des trucs très géométriques, des vêtements qui racontent cette histoire-là, mais c'est révéler des choses. Donc, c'est important dans le bijou de faire ça et on peut le faire. Moi, j'ai des collections avec des petites fleurs, un ami, la contemplation du beau. On a appelé ça Sherry Blossom Voilà, parce qu'il y a un côté un peu japonais dans la contemplation du beau. Mais j'ai aussi des choses géométriques, où j'ai un battement de cœur qui permet de dire je m'aime, j'ai un battement de cœur Alors, donc ça, ça marche. Alors, derrière ça, il y a de la technologie. Mais en fait, la technologie n'est jamais une fin en soi. C'est-à-dire, on n'en parle jamais. Quand j'ai par exemple fait cette ligne qui sont des bijoux tatoués. Moi, j'aime beaucoup les tatouages, mais j'ai toujours peur de me lasser. J'adorerais me faire tatouer un truc. Et puis, le lendemain matin, je me réveille. Oh, mais pourquoi tu as fait un dragon ? En fait, c'était un lion. Et le lendemain, je me dis, ah ben non, le lion, en fait, j'ai envie d'un chat. Et puis, ça va être un dauphin. Donc, je me dis, en fait, non, je ne me lance pas là-dedans parce que c'est un problème. Mais je me dis, si on pouvait tatouer les diamants. Donc, on a des diamants très plats. Et en fait, avec le laser, on vient un petit peu brûler les atomes de carbone et ça devient du charbon. Donc il y a une toute petite fibre, une pellicule de noir, qui n'enlève rien à la valeur du diamant, puisque si on la repolie, on ne perd pas de poids, qui permet de faire un petit dessin à la surface du diamant. Donc on a appelé ça les diamants tatoués. Donc je parle des diamants tatoués, je raconte mon histoire du tatouage, qu'on peut changer, qu'on peut avoir un dessin d'enfant, on peut faire plein de choses. Mais à aucun moment je vais dire, attends, tu vois, les vibrations, les atomes de maintenant, quand on les fait, permettent de faire ça. C'est vraiment la technologie au service du rêve. Donc j'ai ça dans plein d'endroits. Donc, par exemple, on a fait ça, on a été dans les premiers à utiliser le titane qui prend toutes ses couleurs. On a été dans les premiers à faire des impressions 3D en or. On peut faire des choses extraordinaires. Un bon exemple de ça, on a créé une matière qui permet de s'adresser à un autre de nos sens. Les bijoux, par exemple, c'est le toucher, c'est la vue, mais à aucun moment c'est l'odorat. Donc là, on a créé une matière qui est comme un peu une éponge végétale. En fait, c'est-à-dire que c'est imprimé en 3D et ça te permet de laisser des creux dans la matière qui font que, par exemple, l'or devient poreux. dedans parce que tu verses le parfum, il rentre dans la matière et il est peu à peu restitué. Donc on a tous ces scarabées, quand on ouvre les ailes, ça fait un bijou parfumé.
- Speaker #1
Tu avais créé des bijoux NFT, non ?
- Speaker #0
On a fait une expérience en réalité augmentée, où on suit une météorite en améthyste, parce que l'améthyste c'est le violet, c'est ma couleur, qui s'écrase place Vendôme, qui crée une fissure. Donc on se balade, on suit la météorite qui arrive sur la Terre. On voit l'Europe, la France et ensuite on rentre... dans le bureau ou en fait dans nos boutiques, dans les salons du 19 Place Vendôme, et on me voit en train de dessiner. Donc je jette les feuilles sur la place et il y a un champ de fleurs qui éclose sur la Place Vendôme. Moi j'ai toujours rêvé de végétaliser la Place Vendôme. La Place Vendôme elle est classée minérale, donc on n'a pas le droit de mettre un parterre de fleurs dessus. Donc ça c'est ce qu'on a fait digitalement. Et donc il y a des fleurs qui éclosent sur la place Vendôme, et du coup ces fleurs-là on les a réalisées en joaillerie, et on les trouve à la boutique. Donc c'est cette idée-là. Alors, c'est une fois de plus, c'est le bijou qui compte, c'est des très belles fleurs, on a appelé ça les roses Boeimer, ces fleurs digitales NFT qu'on a fait éclore sur la place Vendôme, en fait au départ c'est des vrais bijoux, et c'est juste qu'on a créé par la technologie tout un environnement autour qui poétiquement... accompagne l'objet. Mais donc, il disparaît. Enfin, il est au service de la création et de l'objet. Et il y a d'ailleurs aussi un passeport digital. qui accompagnent chacun des bijoux dans lesquels sont rangés tout ce qu'on peut avoir envie de mettre là-dedans. C'est bien, c'est sympa d'être les premiers. Pour le moment, c'est... Disons que les amis de la maison ne se reconnaissent pas toujours là-dedans. C'est vraiment très précurseur, c'est très en amont. Mais notre devoir aussi, c'est d'avoir de l'ambition à travers nos créations, à travers la façon dont on le raconte. Tout ça, c'est aussi... ça fait partie de nos missions.
- Speaker #1
Parfait. Merci beaucoup. Merci, Lorenz.
- Speaker #0
Merci beaucoup. J'espère que je n'ai pas été trop bavard.