- Jaleh Bradea
Bonjour, je suis Jalé Bradea et je suis ravie de vous retrouver pour parler de notre pouvoir d'agir ensemble. Pour cet épisode, j'ai la grande joie d'accueillir Julie Balbeau. Bonjour Julie.
- Julie Walbaum
Bonjour Jalé, je suis ravie d'être ici.
- Jaleh Bradea
Merci d'être là. Merci infiniment Julie. Je vous connais en tant qu'entrepreneuse, dirigeante engagée, aujourd'hui à la tête de Will Go, dont on va parler dans quelques minutes. Mais quand je vous ai rencontré, vous étiez directrice générale de Maison du Monde et à ce titre, vous aviez vraiment beaucoup œuvré pour pousser les engagements sociétaux et environnementaux de votre groupe. Qu'est-ce qui fait qu'un jour, un décideur comme vous se dit, il faut qu'une société s'engage ?
- Julie Walbaum
Ça tient beaucoup d'une conviction personnelle qui, pour ma part, est née à la fin de mes 20 ans, je pense. J'étais consultant chez McKinsey avec mon petit costume sombre et puis j'ai eu envie de découvrir d'autres réalités et de me rendre utile. Et donc je suis partie six mois au Honduras pour aider des petits producteurs de cacao qui étaient en grande pauvreté. Et je pense que l'engagement est né à ce moment-là. J'ai fait ensuite d'autres projets humanitaires comme au Bourg-en-Di par exemple. J'ai également travaillé un an pour l'Organisation mondiale de la santé. Et c'est vrai que ces environnements d'associations, d'organisations internationales, sont passionnants et donnent en effet cette sensation d'impact. Mais moi, l'entreprise me manquait. Et je me suis dit que l'entreprise avait aussi énormément de moyens d'agir. Elle a une rapidité, des moyens, un pragmatisme qui peut la rendre potentiellement très puissante. Et donc, j'ai eu envie de travailler dans des entreprises, pour des entreprises aujourd'hui, créer des entreprises au service de la performance et de l'impact.
- Jaleh Bradea
Oui, alors dans ce que j'entends, c'est qu'à un moment, vous prenez conscience. d'une envie de s'engager, d'un devoir de s'engager. En tout cas, vous y prenez goût, mais vous êtes entrepreneuse et dirigeante et donc vous dites, je vais revenir dans cette vie-là et l'appliquer. Et de façon concrète, par exemple, la Maison du Monde, qu'est-ce que vous avez mis en place ?
- Julie Walbaum
On a travaillé sur deux axes. Le premier axe, c'était l'axe environnemental. Déjà, le fondateur, Xavier Marie, était très sensible aux causes environnementales et sous son mandat... La fondation Maison du Monde avait été créée avec des projets de reforestation et d'agroforesterie. Donc on a non seulement bien sûr accéléré ces projets philanthropiques, mais au-delà, on a voulu faire évoluer le modèle. Parce que si la société doit devenir plus durable demain, au-delà de la philanthropie qui est déjà très bien, il faut arriver à transformer nos modèles opératoires et nos modèles économiques dans une certaine mesure. Donc l'empreinte carbone de Maison du Monde était essentiellement liée à ces produits. Non pas au fait qu'ils soient produits en Asie, comme beaucoup le disaient, puisque le transport par bateau est très bas carbone, mais la composition des produits en elle-même était source de carbone. Maison du Monde, c'est plus de 15 000 produits par an, donc l'emprunte était très liée aux produits. Donc on s'est engagé dans la décarbonation de l'offre, en allant chercher des matériaux recyclés ou recyclables. Et on a émis une ambition de 40% de l'offre recyclée, recyclable. Et déjà au bout de trois ans... on avait à peu près un tiers qui était transformé. Donc ça, c'est vraiment le premier axe pour faire de Maisons du Monde un modèle plus vertueux. Et l'autre axe était plutôt sur l'égalité des chances, en particulier sur deux publics, les femmes et les jeunes, qui sont deux publics qui me sont très chers. Les femmes, d'abord, on a beaucoup travaillé à la mixité. Donc quand je suis partie, la parité totale était au niveau du conseil, au niveau du comex, au niveau du top 100. Et je me souviens qu'on avait reçu le prix... top 5% du SBF 120 sur la féminisation des instances dirigeantes.
- Jaleh Bradea
C'est vrai que beaucoup d'entreprises ont cette volonté, mais une fois qu'on arrive au top, d'un coup, on se rend compte qu'il y a moins de femmes. Et là, vous, vous aviez vraiment œuvré pour que ce soit égal, égalitaire à tous les niveaux, c'est ça ?
- Julie Walbaum
Alors, ce qui est intéressant, c'est que j'ai œuvré, mais pas tant que ça, dans le sens où on n'a pas mis en place des quotas, on n'a pas fait des politiques de... pour privilégier certains publics et notamment les femmes. En revanche, on a plutôt recruté au promu des talents féminins, parce qu'elles étaient là dans l'entreprise, il fallait simplement les déceler et les faire monter. Et aussi le fait de voir de plus en plus de femmes devenir managers, notamment au COMEX et notamment à la direction générale. Des femmes qui, par ailleurs, étaient aussi mères, qui, par ailleurs, avaient plein d'autres engagements dans la vie, rendaient possible... cet imaginaire pour d'autres femmes qui, du coup, se sont mis à candidater pour des postes de management.
- Jaleh Bradea
Parfois, on entend quand une femme arrive à un poste, c'est vrai, on l'entend. Oui, mais bon, elle est là parce que c'est une femme, parce que maintenant, il faut faire ça. Est-ce que c'est des choses, même si je ne dis pas que vous les avez entendues là où vous étiez, est-ce que c'est des choses qu'il vous a arrivé d'entendre ? Et si oui, qu'est-ce qu'il faut faire dans ces cas-là ?
- Julie Walbaum
Alors, c'est la grande question des quotas. En effet, je fais partie de ceux et celles qui pensent que les quotas, jusqu'à un certain point, sont une bonne chose, puisqu'à un moment donné, il faut créer des réussites, il faut créer une pluralité de profils et pas simplement les femmes surpuissantes qui ont tout donné à leur travail et qui, du coup, se retrouvent dirigeantes. Donc ça, c'est très important. Au-delà de ça, c'est vrai que du coup, il y a des petits revers qui en émanent. et notamment cette impression parfois de favoritisme. Je crois que le... L'essentiel, c'est d'avancer. C'est sûr qu'il y a une exigence renforcée sur les femmes. Donc, c'est vrai qu'on doit prouver au jour le jour qu'on est à notre place. Je n'aime pas trop parler du syndrome de l'imposteur et de ce complexe de légitimité. Je pense qu'avant tout, il faut se faire confiance. Également, en tant que dirigeant ou dirigeante, mon style de direction, par exemple, était très différent de beaucoup d'autres dirigeants. Du SBF, par exemple, j'ai un style assez décontracté, informel. J'aime bien qu'on puisse prendre beaucoup de plaisir au travail. Et ça, à partir du moment où je l'ai assumé, ça a libéré aussi d'autres choses dans l'entreprise. Donc, je pense qu'il faut se faire confiance, laisser les autres dire et avancer.
- Jaleh Bradea
Génial. Oui, ça me paraît être un très bon conseil. Et effectivement, vous avez raison, parce que prendre du plaisir, c'est forcément être plus performant aussi. C'est-à-dire, vous n'oubliez jamais cette idée de performance non plus, je pense. Donc, je vous ai rencontré. Il y a quelques années, dans le cadre des entreprises s'engagent, qui d'ailleurs est aussi partenaire de mon émission, que représente pour vous cette communauté des entreprises qui s'engagent, qui aujourd'hui sont plus de 110 000 entreprises partout en France ?
- Julie Walbaum
C'est un collectif que j'apprécie énormément. D'abord parce qu'il est animé par des équipes incroyables. Je parle à la fois de Thibaut Guillouis, de Sylvie Jeannot, en effet coprésident, mais aussi de Sylvain Raymond. Joséphine Labrou et toutes les équipes qui animent ce collectif et qui, au fil des années, arrivent à des accomplissements vraiment remarquables. Au-delà de l'énergie de ces équipes et de leurs résultats, ce que j'aime énormément, c'est les convictions qui animent ce collectif, qui en sont à la base. La première, c'est que l'entreprise peut, presque doit, avoir un rôle positif dans la société. J'aime bien sortir des oppositions et donc typiquement cette opposition historique entre performance et impact, entre performance et service. me semble extrêmement suranné. Et je pense qu'au contraire, demain, l'ensemble des parties prenantes demandera de plus en plus un engagement positif de la part des entreprises. Donc cette conviction de base qu'une entreprise peut et doit avoir un rôle positif dans la société est au fondement des entreprises qui s'engagent. Ça me semble essentiel. Deuxième conviction très forte, c'est que tout se passe mieux quand on se met tous ensemble autour de la table. Et donc cette logique de partenariat public-privé et monde associatif est extrêmement vertueux, on l'a vu. Je l'ai vu aussi dans d'autres mondes, par ailleurs dans la santé à l'époque, avec des partenariats publics, privés qui sont très performants. Donc, cette pluralité de perspectives, c'est aussi très important. Et la dernière chose que j'aime énormément derrière ce collectif, c'est cette orientation action. Il y a quand même beaucoup de déclarations d'intention et c'est un début et c'est chouette, mais c'est mieux quand ça se met en place et que ça se mesure. Et vraiment, l'esprit des entreprises s'engage, c'est des engagements concrets, mesurables, un suivi de la progression. Et donc, ma pensée un peu logique, elle m'a pensé que ce qui se mesure s'améliore. Et donc, j'aime beaucoup cela aussi chez les entreprises.
- Jaleh Bradea
C'est vrai que vous êtes une femme d'action. Je ne vous vois pas aller adhérer à un collectif où ça n'avance pas. Et justement, toujours dans cette idée d'action, en 2023, après Maison du Monde, vous décidez vraiment de changer de vie. Expliquez-nous cette nouvelle aventure qu'est Will Go. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Julie Walbaum
Maison du Monde était une aventure formidable et je salue les équipes à qui je reste très attachée. Mais après cinq ans de direction générale, je me suis dit qu'est-ce que je peux faire de mieux, qu'est-ce que je peux faire de plus. On avait, comme on l'a dit, déjà mille entreprises sur les rails d'un modèle plus pérenne, d'un modèle plus durable. Et je souhaitais aller plus loin et vraiment mettre mon action au cœur de l'utilité sociétale. Donc il y a plusieurs verticales, il y a l'éducation, la santé et l'environnement. J'ai choisi l'éducation parce que pour moi c'est la mer des batailles. Aussi parce que les nouvelles générations héritent de crises structurelles absolument phénoménales et que si on peut faire quelque chose pour leur faciliter un tout petit peu la tâche qui est énorme, eh bien ce sera à ça de pris. Donc en effet, l'éducation m'a semblé être le... le secteur le plus propice pour mon engagement. Et enfin, il y a une dernière chose qui m'a fait pencher vers Will Go, c'est l'avènement de l'IA. L'éducation est un secteur qui a besoin d'être transformé depuis très longtemps, qui a du mal à le faire pour plein de raisons. Et l'IA représente aujourd'hui une opportunité historique. Et donc, je fais partie de ces idéalistes qui pensaient et qui pensent que l'IA peut faire avenir cette transformation.
- Jaleh Bradea
Donc justement je voulais vous demander effectivement pourquoi l'éducation ? Parce que vous aviez déjà fait des engagements dans le secteur de la santé, ça aurait pu être l'environnement tout comme ce que vous avez fait à Maison du Monde et vous choisissez l'éducation. Est-ce que c'est parce que vous êtes maman aussi de trois enfants que vous étiez face à une réalité ? Ou alors c'est vraiment un engagement profond ? Ou alors même, vous vous êtes dit, il y a peut-être du business aussi à faire ici ? Parce que vous restez une entreprise, Will Go. Et donc, qu'est-ce qui est, ou les trois à la fois, qu'est-ce qui a fait que vous êtes allé vers ce choix-là ?
- Julie Walbaum
Et vous dites un point très important, je crois profondément, en la capacité d'entreprise à avoir de l'impact si elle est performante économiquement par ailleurs. Il y a plein de modèles qui existent. Le modèle en quoi je crois le plus, c'est vraiment le modèle de l'entreprise. qui a une performance économique importante et qui peut de fait y associer un impact positif important. D'ailleurs, Will Go a réussi à faire une levée de fonds assez importante pour le secteur avant même d'avoir sorti son premier produit auprès de fonds de premier plan, Daphne et Furners Future, ainsi que des billets qui sont eux-mêmes eus par des besoins de retour économique. Donc, ce n'est pas des fonds à impact.
- Jaleh Bradea
Vous n'aurez pas cru en vous s'ils pensaient que ça allait nulle part.
- Julie Walbaum
Voilà. Donc, c'est très important de vouloir et de pouvoir allier les deux. C'est pour moi une condition de pérennité du modèle et donc de l'impact. Alors, c'est vrai que l'éducation, ce n'est pas le secteur où on dit le modèle économique est le plus facile à trouver. Et la tech, en particulier les technologies d'éducation, est notoirement connue pour être un cimetière à start-up. Donc ça, c'est en effet un défi. Pour autant, comme je le disais... L'IA apporte cette opportunité historique et ces fonds que je salue, Pierre-Éric et Marc en particulier, se sont dit, là, on est à un croisement générationnel historique. Il y a une opportunité business autant qu'une responsabilité citoyenne. Et ils ont fait le choix de prendre ce pari avec une équipe d'entrepreneurs plutôt aguerris, puisque je me suis associée pour Will Go à trois autres entrepreneurs. Edouard, Louis et Nicolas, qui eux-mêmes avaient déjà monté une entreprise dans la data et dans l'IA. Et donc, ils se sont dit « Ok, si ce pari peut être relevé, peut-être qu'il sera plus facile à relever avec une équipe qui a déjà un peu roulé sa bosse. »
- Jaleh Bradea
Et justement, alors dites-nous un peu plus en détail ce que fait Wilgo.
- Julie Walbaum
WillGo, c'est une app d'aide au devoir et d'accompagnement scolaire pour les collégiens et les lycéens qui se base sur trois gros piliers. Un, la gamification responsable et on pourra... y revenir parce que c'est très important ce mot responsable, 2. la psychologie, la motivation et 3. les neurosciences. Et en gros, l'expérience de Will Go, c'est un élève qui voit cette app sur les réseaux sociaux, puisque nous, on s'adresse aux élèves, on n'est pas une app qui s'adresse aux parents ou aux profs, on s'adresse aux élèves, et on propose aux élèves des solutions d'aide au devoir à travers des parcours gamifiés. Donc on est sur des badges, des points, des streaks, des quêtes. mais complètement collés à leur programme scolaire, complètement adaptés à leurs devoirs. Il y a notamment dedans un coach IA qui permet de prendre la photo de sa leçon et puis de faire une fiche, de faire des quiz, de faire des tests. Donc l'idée, ce n'est pas de créer du travail en plus, c'est vraiment d'être au rendez-vous de là où l'élève est de son besoin. Et généralement, Will Go est découvert par un élève qui a un contrôle dans trois jours, qui ne sait pas du tout comment s'y prendre. Et là, on le prend par la main et on l'emmène sur une expérience qui est à la fois ludique et utile, puisque ses parcours, non seulement... collent au programme, mais ils sont construits de telle façon que, en effet, leur travail devient plus productif et leurs notes s'améliorent. C'est d'ailleurs ça qu'ils nous disent. Je viens parce que c'est fun et je reste parce que mes notes s'améliorent.
- Jaleh Bradea
On va y revenir à ceux qui reviennent assez régulièrement, mais j'ai quand même envie de vous pousser un petit peu là-dessus. Vous dites, on gamifie, on a de l'IA, et est-ce que tout ça, c'est pas tenter de soigner le mal par le mal ? Parce qu'aussi, on dit, nos enfants passent trop de temps devant leur écran. L'IA, on ne sait pas très bien ce que ça donne. Il y a des écoles d'ailleurs qui demandent aux élèves de ne pas s'en servir. Comment vous vous positionnez par rapport à ça ? Et comment est-ce que votre produit est perçu ?
- Julie Walbaum
Alors, c'est vrai que les écrans, c'est un mot qui génère beaucoup d'émotions et de débats. Il faut bien différencier entre les écrans et ce que l'on y fait. On fait ça même avec ses grands-parents. Une app d'aide scolaire ou scroller sur des réseaux sociaux, ce n'est évidemment pas la même chose. Je pense que derrière les écrans, le grand débat, c'est l'économie de l'attention. Et aujourd'hui, on a grandi, on a développé pour nos enfants un environnement qui stimule leur cerveau en permanence. Mais les enfants ont grandi en fait dans cet environnement depuis les dessins animés qui sont aujourd'hui des mangas très rapides, très saccadés, avec beaucoup de sollicitations de tous les sens. Ils sont construits comme ça, jusqu'évidemment au réseau, ou jusqu'à même... différentes phases de leur vie qui sont de plus en plus gamifiées et digitalisées. Donc c'est vrai que les enfants ont moins cette capacité de relâche, de ralentissement. Et donc ça, c'est véritablement un problème parce que l'effort déjà consiste à maintenir son attention, à la protéger et à faire en sorte que le cerveau puisse se poser quelques secondes. Ça, c'est une première étape. Deuxième étape, qu'elle aille vers un effort cognitif, puisqu'aujourd'hui, le cerveau n'apprend que s'il y a une petite friction. Il faut qu'il cherche, il faut qu'il se pose la question, il faut qu'il se trompe. Et c'est vraiment à travers ce système d'essais, d'erreurs, de recherches, d'interrogations, que le cerveau apprend. C'est pour ça qu'on développe de plus en plus de quiz et d'engagement actif. On dit aux élèves maintenant, surtout... Astuce pour les parents qui te regardent, quand vos enfants ont un contrôle, ça ne sert à rien qu'ils relaisent leurs cours. Ça ne sert à grand-chose qu'ils fassent une fiche et qu'ils passent cinq heures à l'écrire. En revanche, ça sert énormément à ce qu'ils se posent des questions de plus en plus variées et plusieurs jours après sur ce qu'ils savent. Ça leur permet de prendre conscience de ce qu'ils savent et de ce qu'ils ne savent pas et ensuite se mettre à étudier seulement ce qu'ils ne savent pas. Donc il y a beaucoup de choses, je parlais des neurosciences tout à l'heure, il y a beaucoup de choses qui aujourd'hui sont très documentées. Nous, on essaie d'intégrer de façon ludique, mais pour en revenir à votre question, l'attention est quelque chose qui se protège, qui se préserve. Ça, c'est la première chose. Par exemple, pour Will Go, l'idée, ce n'est pas de maximiser le temps sur l'app, c'est vraiment d'être sur une attention efficace. Et la deuxième chose, c'est de préserver la volonté, la capacité d'effort cognitif. Et ça, c'est un vrai enjeu. À l'heure de l'IA, puisque dans une économie, dans un système où l'attention est si chère, si rare, la tentation d'aller voir l'IA pour avoir une réponse tout de suite, une solution immédiate, est très grande. Or, comme on l'a vu, le cerveau n'apprend pas s'il n'est pas sollicité, s'il n'est pas en doute, s'il n'est pas en questionnement. Donc, il faut vraiment faire attention à ça.
- Jaleh Bradea
J'aime beaucoup cette idée, effectivement, de l'apprentissage que vous... dont vous êtes allé chercher les bases finalement, parce que ce que je comprends, c'est que ce temps nécessaire de réflexion dont on pourrait se dire aujourd'hui, c'est du temps perdu, puisque s'il suffit que je demande à une IA et j'ai ma réponse, c'est ce temps-là qui précisément permet de se mettre dans un état d'apprentissage ?
- Julie Walbaum
En effet. On dit souvent d'ailleurs qu'une bonne session de travail commence par une session d'attention, de concentration. et de ralentissement.
- Jaleh Bradea
De relaxation un peu.
- Julie Walbaum
Presque de relaxation. En effet, il y a des enseignants qui pratiquent la méditation avant les cours ou alors même chanter une chanson, faire des squats. En fait, tout ce qui permet au cerveau de redescendre et de s'oxygéner, par ailleurs dans le cas des exercices ou dans le cas du chant, c'est un très bon environnement qui prépare à l'apprentissage de façon beaucoup plus efficace.
- Jaleh Bradea
Qu'est-ce qui vous a donné l'idée d'aller chercher des spécialistes en apprentissage, en neurosciences ? D'où vous est venue cette idée en vous disant, voilà, il y a l'intelligence artificielle, il y a les apps, pourquoi ? D'où c'est venu ça ?
- Julie Walbaum
Si on prend le postulat que l'attention des jeunes est extrêmement limitée, aidant. Deuxièmement, qu'une app autonome nécessite une expérience très stimulante pour aller chercher une pratique régulière, voire quotidienne. On se dit qu'il faut qu'on joue avec les quarts de notre temps, donc ça veut dire qu'il faut qu'on crée une expérience. à la fois ultra-engageante et ultra-utile. Donc ultra-engageante, ça veut dire quoi ? Ça veut dire une expérience qui passe par le jeu. Et là aussi, c'est important d'arrêter d'opposer le jeu et le sérieux dès l'Antiquité. Platon le disait dans les lois, l'enfant apprend particulièrement bien par le jeu. Et les sciences cognitives modernes reconnaissent à la gamification cette utilité d'apprentissage. Pourquoi ? Parce que ça met l'enfant dans un état de flot qui fait qu'il ne voit pas le temps passer et qu'il est justement dans cette phase de concentration qui lui permet d'apprendre. Donc, nous, on prend la gamification pour créer cette expérience stimulante. Et ensuite, ce temps, comme il est court, il faut le mettre à profit. Donc, on va aller chercher les neurosciences pour que ces 10 minutes par jour soient les plus efficaces possibles. Et c'est là où on vient instiller des petites méthodes comme la répétition espacée, l'empruntissage actif, etc.
- Jaleh Bradea
Parce qu'effectivement, une des questions que je voulais vous poser, parce que vous n'existez donc pas depuis très longtemps, Wilgo, mais vous avez déjà un million d'élèves inscrits. Et plus impressionnant encore, 150 000 élèves reviennent quatre fois par semaine sur l'app, ce qui veut dire que c'est quand même leur camarade de révision. Et justement, ce que j'entends dans ce que vous dites, c'est ça que ça apporte Will Go en plus, parce qu'on peut prendre des profs à la maison qui aident très bien. Il y a d'autres applis qui existent. Vous, votre spécificité qui explique ce succès en si peu de temps, c'est quoi du coup ?
- Julie Walbaum
Le premier enjeu pour nous, c'est la pratique. En fait, il n'y a pas de secret. La maîtrise d'un sport, d'une discipline artistique ou des maths passe par la pratique régulière et appliquée. Donc nous, en fait, notre secret, c'est d'abord de créer un système qui fait que l'enfant a envie de revenir plusieurs fois par semaine. Donc ça, c'est très important. Aujourd'hui, la plupart des aides d'éducation sont conçues avec un fil pédagogique très, très fort. mais peut-être en mettant moins en exergue ce besoin d'être suffisamment fun, stimulant, sympa pour que l'enfant revienne. Or, la pratique reste le substrat et la condition de tout. Donc nous, on va chercher les leviers de gamification responsables pour créer cette pratique. Et ça, ça permet la rétention des premières semaines. Ensuite, du fait des neurosciences et des méthodes, des sciences de l'apprentissage, les enfants voient que cette pratique est efficace. Qu'est-ce qu'on fait ? Les enfants, on dit souvent, les enfants, c'est une nouvelle génération, ils ne travaillent plus, ils sont vraiment, c'est les gros flémards. Bon, je pense que nos parents disaient la même chose de nous.
- Jaleh Bradea
C'est ça, exactement. Moi, j'ai ce souvenir-là aussi. Donc, est-ce que c'est vrai, vous qui savez ? Est-ce que c'est vrai que les jeunes travaillent ?
- Julie Walbaum
Mais ce que je sais, en effet, c'est que pour parler avec des jeunes tous les jours, leur rapport au travail est différent. Je pense qu'on a grandi. dans un environnement où le travail était attendu, que ce soit à l'école, que ce soit en entreprise. C'était un attendu social assez généralisé et assez accepté. Et c'était par ailleurs une dimension très sécurisante. A priori, si on travaillait bien consciencieusement, on arriverait à avoir des bonnes notes, on aurait un emploi. Cet emploi durerait longtemps, etc. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout ça. Nos enfants ont vu beaucoup de leurs parents beaucoup travailler et pas forcément avoir la reconnaissance qu'ils attendaient. Et de la même façon, l'école n'est plus autant une assurance, une garantie d'un emploi stable pour 50 ans. Donc, les enfants, ce n'est pas qu'ils ne veulent pas travailler. Ils nous posent juste la question de pourquoi. En fait, il y a vraiment une exigence de sens liée au travail qui est plus forte.
- Speaker
Et en effet, je pense qu'il y a toute une génération qui aujourd'hui s'interroge, à juste titre sans doute, parce qu'aujourd'hui, vous êtes en train de dire que finalement, l'école n'est pas l'outil. premier d'égalité des chances. Ce n'est pas parce qu'on est bon à l'école qu'on arrive à avoir un métier ou le métier qu'on souhaitait, etc. Et donc, ils cherchent du sens. Vous, vous arrivez avec cette gamification à les rattraper dans les process d'apprentissage, c'est ça ? Vous disiez tout à l'heure que quand on s'amuse, on apprend. Mais ça, c'est vrai, pas que quand on est jeune. C'est vrai aussi pour vous, c'est vrai pour moi. C'est quoi cette prise de conscience nouvelle en fait ? Est-ce que vous pensez que ça a un impact aussi sur les adultes de se dire finalement ? Parce que vous, vous avez fait des études. Donc d'habitude, moi, je n'aime pas donner les diplômes des invités parce que je trouve qu'en France, c'est fou. Après 20 ans, 30 ans, 40 ans d'expérience professionnelle, quand on fait l'annonce de l'arrivée de quelqu'un quelque part, on repart encore sur son diplôme pour peu qu'il soit prestigieux, évidemment, ou considéré comme tel. Et je me dis, mais ce n'est pas possible, on définit encore les gens par leur diplôme. Déjà ça, qu'est-ce que ça vous inspire ?
- Julie Walbaum
Je pense en effet que c'est d'un autre temps, pour plein de raisons. D'abord, à 20 ans, on a tellement, tellement à apprendre. Et je pense qu'une personne révèle beaucoup plus d'elle-même dans les choix qu'elle fait entre ses 20 et ses 50 ans que dans un parcours entre 5 et 20 qui est le résultat de plein d'autres choses, y compris dans le milieu d'une éducation, etc. Ce que l'on voit de la personne, ses talents, ses choix, ses refus, ses chemins, sont beaucoup plus révélateurs de sa capacité à interagir, à performer individuellement, collectivement. Donc ça déjà, je trouve que c'est un premier point. Deuxième point, on parlait du parcours linéaire de nos grands-parents et de nos parents. Aujourd'hui, une personne de 50 ans a peut-être fait 6, 7, 8 professions ou entreprises dans sa vie. Donc, les diplômes n'est plus du tout corrélé à ce que la personne devient finalement. Donc, ça, en effet, ça rend la comparaison un peu délicate. Et le troisième chose qui m'embête et surtout qui m'embête le plus, c'est que je trouve que ça donne un peu une dimension fixiste à nos parcours de vie. En gros, si tu ne t'es pas retrouvée dans la bonne case à 18 ans, ça va être un peu compliqué. Oui,
- Jaleh Bradea
alors qu'il y a tellement de raisons de ne pas être dans la bonne case à 18 ans. Et donc, c'est vrai que c'est toujours compliqué. Et donc, ce que je vois, et c'est ça que j'ai aimé chez vous dès que je vous ai rencontré. Donc, du coup, même si je ne donne pas en général les diplômes, les vôtres, je vais les donner. Vous avez fait l'ESSEC, vous avez fait l'INSEAD, vous êtes passé par le prestigieux cabinet McKinsey. Et vous avez changé de vie et vous avez décidé de vous engager comme quoi, en effet. On n'est pas figé dans une case qu'on aurait pu vous attribuer parce que vous auriez pu être banquière d'affaires ou ce genre de profil. Et vous décidez qu'il en sera autrement. Et moi, c'est aussi ce message-là que je voudrais que vous passiez à nos jeunes.
- Julie Walbaum
Alors, c'est vrai que j'ai réalisé il n'y a pas très longtemps que j'avais passé une bonne partie de ma vie à essayer de décoller des étiquettes. Par exemple, moi, j'étais nulle en maths, en fait. Et j'ai galéré. Pourtant, j'ai choisi une voie scientifique. Finalement, ça s'est bien passé pour moi parce que je souhaitais ne pas me laisser enfermer dans cette case-là.
- Jaleh Bradea
C'est bien ça, c'est ce qu'on aimerait que des jeunes filles fassent parce qu'il paraît que même aujourd'hui, il n'y a pas beaucoup de filles qui font des matières scientifiques ou technologiques.
- Julie Walbaum
C'est un enjeu majeur. En effet, les filières STEM, donc en effet technologiques, scientifiques et mathématiques, voient la proportion de femmes reculé d'année en année. Et ça, c'est une vraie problématique, puisque demain, dans un monde post-IA, cette dimension, un certain niveau de littératie technologique et scientifique sera quand même, malgré tout, nécessaire pour tout un chacun. Et si on n'a pas plus de femmes dans ces filières-là, on va en fait vers moins de mixité. Et donc, du coup, une IA et un monde économico-scientifique moins riche, parce que dépourvu de cette diversité de perspectives. Donc, typiquement, sur le million d'élèves inscrits, 700 000 sont des filles, parce que 70 % de nos élèves sont des filles. Et un de nos objectifs un peu secrets, c'est de leur redonner confiance, puisqu'il est aussi assez documenté que les filles commencent à perdre confiance dans leur faculté mathématique assez tôt, dès la fin du primaire. Et que bon an, mal an, au fur et à mesure, en fait, cette chute de confiance en eux sur ces matières plus scientifiques fait que leurs résultats finissent par suivre et en effet décrochent un peu. Ça explique notamment... un écart d'orientation quand la discipline comme les maths devient facultative ?
- Jaleh Bradea
Je sais qu'on a dû vous poser dix mille fois cette question et on sait pourquoi. Parce qu'il y a eu tellement d'efforts qui ont été effectués, moi, depuis que je travaille dans ces domaines d'engagement, on essaye de faire en sorte qu'il en soit autrement. Et là, vous me dites, à la fin de l'école primaire, déjà, il y a cette espèce d'autocensure, on peut l'appeler comme ça, qui peut s'opérer sur les matières scientifiques pour les filles.
- Julie Walbaum
En fin du primaire et en début de collège, il y a ce sentiment que ces matières-là sont particulièrement difficiles. Et au milieu du collège commence à s'installer en effet un élan d'autocensure. Alors il y a plein de raisons pour ça, c'est complètement multifactoriel. Ça commence en fait dès la toute petite enfance, quand dans les listes de Noël, en fait, on propose des Legos aux garçons et des poupées aux filles. Et ensuite, ça continue. Ça continue quand on est plus grand avec des adultes qui peuvent inconsciemment donner l'impression que les maths, c'est plus dur pour les filles. Et c'est les filles qui intègrent ce postulat. Et enfin, il y a aussi toute une dimension sociale. Les filles sont quelque part héritées de génération en génération encore un petit peu de ce... de cette envie de ne pas trop déranger. Et donc parfois, il est d'ailleurs documenté qu'elles posent moins de questions en classe quand elles ne comprennent pas, par rapport aux garçons qui ne se disent pas dire « Monsieur, je n'ai pas compris » . Et donc, elles se retrouvent à avoir plus de questionnements une fois à la maison, et se travailler en autonomie. Et là où se créent le plus ces inégalités, l'égalité de genre, aussi l'inégalité sociale, puisque c'est là où finalement la différence se fait entre les enfants qui peuvent être accompagnés et les autres.
- Jaleh Bradea
Ça soulève plein de questions de ce que vous dites. C'est très intéressant parce que j'ai une petite pensée. Je voudrais que vite vous me répondiez à ça. C'est que du coup, si les filles ne s'emparent pas de toute la technologie, de l'IA, etc., il y a tout un monde qui va se créer sans elles à nouveau. En fait, le danger, il est là aujourd'hui, ce que j'entends.
- Julie Walbaum
Et le risque, c'est que cela se fasse de façon complètement implicite et inconsciente. Je vais vous donner un exemple. On a lancé notre app pour le brevet d'école l'année dernière. À l'époque, nos quiz étaient générés par l'IA. Et donc, manuellement, nous checkions avec les profs toutes les questions et toutes les réponses. Le nombre de fois où j'ai dû corriger des questions d'anglais à traduire ou des petites phrases d'orthographe qui disaient « la fille est jolie » , « le garçon est courageux » , la dame s'occupe des enfants, le monsieur a une grande maison. Et ça, en fait, c'est juste l'héritage de toute la documentation qui existe sur Internet. Et ce qui est vraiment très intéressant, c'est que ça passait inaperçu. En fait, et parce qu'à l'époque, j'étais la seule fille dans l'équipe, je me suis dit, mais en fait, ça, c'est pas possible. Et évidemment, quand vous le mettez sur la table, tout le monde dit, oui, en effet, c'est pas possible. Sauf que c'est dans l'inconscient collectif. Donc, en fait, si on n'a pas cet acte extrêmement proactif et engagé de relever ces choses-là et de les corriger, alors elle passe et ça continue à alimenter les modèles.
- Jaleh Bradea
Est-ce que du coup l'éthique dont vous parliez tout à l'heure, parce que vous avez cité un mot de gamification responsable, justement moi aussi je voulais vous faire réagir pour finir cette séquence là-dessus. Les entreprises s'engagent ont une devise qui est « Demain l'entreprise sera engagée ou ne sera pas » . Je pense que ça vous êtes d'accord, mais de ce que j'entends c'est que vous vous dites « Demain l'entreprise sera éthique ou l'humanité ne sera plus » . mais comment un outil qui utilise l'IA, qui utilise les écrans, peut être responsable ? Je voudrais que vous nous expliquiez aussi ça pour rassurer les parents, pour rassurer les enfants. Voilà.
- Julie Walbaum
Alors déjà, je pense qu'il y aura une humanité, un certain type d'humanité, puisque l'espèce humaine a quand même cet instinct darwinien très, très fort. Mais c'est vrai que le modèle d'humanité que l'on construit est extrêmement... importants et nous sommes dans une phase charnière dans le sens où l'IA est une technologie tellement puissante que ça élève notre besoin d'exigence éthique. La technologie et l'IA en particulier est amorale. En fait, elle, elle déciderait, elle ne voit pas, elle ne sait pas, elle n'a aucun intérêt à dire si cela est bien ou cela est mal. C'est l'intention qui est posée derrière. On parle des guardrails en IA, donc c'est vraiment tout le cadre d'utilisation et de génération, donc tout ce que l'IA peut faire, ne peut pas faire, peut dire, ne peut pas dire. C'est tout ce cadre et toutes ces contraintes, ces contraintes positives et productives, on pourrait y revenir, mais il faut trouver la juste balance, justement, qui vont faire que l'IA, en fait, va s'orienter dans un sens ou dans un autre. Donc, il est en effet très important qu'on se pose les questions d'une IA éthique dès aujourd'hui. Et je terminerai sur cette parenthèse pour répondre à votre question sur la solution en elle-même. Il y a aussi un enjeu de souveraineté européenne. Puisque aujourd'hui, la plupart des IA sont américaines, avec des priorités, des cadres de référence qui sont les leurs, il est très important que l'Europe puisse se doter de solutions IA de premier plan qui puissent aussi transmettre nos valeurs. La valeur du pluralisme, la valeur de la défense, de la mixité ou des plus vulnérables, l'esprit critique. C'est très important, en fait, que cette intention humaine soit mise derrière ces modèles. Et je pense que ces valeurs-là sont éminemment européennes. et qu'on a une opportunité magistrale d'écrire l'histoire avec ces modèles-là et je pense que le rendez-vous est maintenant.
- Jaleh Bradea
Vous avez raison, avant que vous répondiez à cette question, parce que ça me fait penser à quelque chose, on disait avec Hollywood, le cinéma américain très puissant, les séries avec lesquelles on est élevés, nous tous, même notre génération a été élevée avec des séries américaines, les enfants encore plus, il y a peut-être plus de diversification aujourd'hui sur les séries, mais ce que j'entends, c'est que demain... Si on ne prend pas le tournant de l'IA en Europe, pour le coup, ça va être ça, mais multiplié par je ne sais pas combien. Donc, le tournant, il ne faut pas le prendre trop tard, parce qu'on voit bien que derrière, on rame pour essayer d'être aussi fort qu'Hollywood, aussi fort. Donc, c'est ça que vous êtes en train de dire ?
- Julie Walbaum
Tout à fait. Et c'est vrai que nous, on nous pose la question, est-ce que vous utilisez Mistral plutôt qu'OpenAI, Gemini ou Cloud en tropique ? La réponse est difficile. On a essayé d'utiliser Mistral. Aujourd'hui, on se heurte à un double challenge. Notre solution est multi-LLM, donc on peut switcher de l'un à l'autre sans problème. Les solutions, pour qu'elles soient performantes, doivent à la fois être efficaces et peu coûteuses. C'est ce qui permet de les déployer et, nous derrière, de permettre de proposer au marché des solutions peu coûteuses. On a besoin d'avoir des coûts opérationnels peu coûteux. Donc l'IA européenne, elle doit à nouveau avoir ce point d'équilibre entre J'ai le bon système de régulation. Et j'ai les bons garde-fous qui permettent en effet de sauvegarder ces valeurs et toute la dimension dont on a parlé. Et en même temps, je mets les investissements, je ne fais pas trop de régulations. Oui, pour ne pas bloquer. Voilà, pour en effet ne pas trop ralentir l'action européenne et la rendre aussi compétitive, puisque là, on parle vraiment d'une scène mondiale.
- Jaleh Bradea
Bien sûr. Ça passe beaucoup trop vite. vite malheureusement juste une petite question rigolote pour finir c'est pas fini encore, pour finir cette séquence si un objet du quotidien devait vous représenter, ce serait lequel ?
- Julie Walbaum
alors, je dirais une lampe de poche une lampe de poche, pourquoi ? parce qu'elle n'éclaire pas très très loin comme je n'ai pas du tout toutes les réponses mais elle permet d'éclairer le petit bout du chemin qui est devant nous. Et moi, j'aime bien cette idée que pour oser se lancer, pour avancer, on n'est pas obligé d'avoir toutes les réponses. On a juste besoin d'avoir une direction, une intention très importante et de savoir où on mettra le prochain pas. Donc, je pense que la lampe de poche, elle est bien pour ça. Elle donne un peu de confiance, mais elle laisse humble.
- Jaleh Bradea
Je pense que quand la lampe de poche, c'est Julie Balbaume, à mon avis, toutes les nuits, elle se recharge automatiquement et c'est reparti. Parce qu'on pourrait se dire, à un moment, il n'y a plus de jus, ça ne marche plus. Eh bien, si ! Ça repart ! Alors Julie, on arrive à la rubrique de l'émission qui s'appelle Human or Not Human. J'ai demandé d'un côté à une personne qui vous connaît, de l'autre côté à la fameuse intelligence, à une des fameuses intelligences artificielles que je ne nommerai pas, d'aller chercher votre profil sur Internet et de vous poser une question.
- Julie Walbaum
Parfait.
- Jaleh Bradea
Par laquelle est-ce que vous souhaitez commencer ?
- Julie Walbaum
Par la personne humaine, bien sûr.
- Jaleh Bradea
Très bien. Alors, il s'agit de Paul Gégère, associé du cabinet Russell Reynolds et... Paul vous demande, et là c'est vraiment une surprise pour mes invités à chaque fois, les qualités de leadership spécifiques que vous avez mises en œuvre en tant que CEO de Maison du Monde ont-elles été suffisantes pour réussir dans le projet Will Go ? Et sinon, à quel challenge est-ce que vous avez été confronté dans cette nouvelle aventure en matière de leadership ?
- Julie Walbaum
Merci Paul pour cette question très intéressante et je te salue au passage. Alors pas du tout. Donc, mon expérience Maison du Monde et le leadership que j'ai pu mettre en place avec d'autres chez Maison du Monde ne m'a pas du tout servi chez Wilgo. C'est même l'opposé. Pour plein de raisons. Maison du Monde, c'est 8500 personnes. Wilgo, aujourd'hui, en est 10, plus 5 super stagiaires. Donc, on n'est pas du tout sur les mêmes problématiques de management. Par ailleurs, Maison du Monde, c'était un modèle qu'il fallait réinventer. Ici, il faut tout écrire. et on ne sait pas où on va, comme on l'a dit, mais on essaye d'avancer de façon intelligente. Donc, typiquement, le leadership, il est plus autour de l'influence aujourd'hui et vraiment du consensus, puisque là aussi, on est deux co-DG, quatre co-fondateurs. C'est très différent d'avoir un modèle avec un directeur général, un comex, etc. Donc, j'ai plutôt... Oui,
- Jaleh Bradea
il faut avoir envie de s'entendre avec les autres pour faire ce type de montage. Alors déjà,
- Julie Walbaum
ça c'est sûr. Il faut que chacun en soit mu quand même par cette envie de combiner performance et impact. Et deux, il faut qu'on s'entende tous. Et trois, il faut qu'on sache rester humble et continuer à se prendre des portes. Parce que l'entrepreneuriat, quand même, c'est beaucoup de portes. Prises, et en tout cas, beaucoup de chemins qui donnent sur rien. Et donc, il faut changer. Donc, moi, c'est une expérience qui a renforcé mon humilité de tout repartir à zéro dans le garage avec mes deux mains et un produit que personne ne connaissait. Donc, ce que j'ai utilisé de Maison du Monde, je crois, c'est mon énergie, quand même. Un certain optimisme sur le fait qu'à la fin, on va finir par trouver la solution. Et en revanche, ce que j'ai dû apprendre, c'est en effet ça, c'est d'être sur le consensus, l'influence, et quand même une partie plus politique que chez Maisons du Monde, puisque là, on parle d'éducation, on parle d'IA, on parle de sensibiliser, on parle de l'IA éthique. Si je peux juste avoir cette parenthèse-là, de quoi parle-t-on quand on parle d'IA éthique ? On parle de plein de choses. On parle bien sûr de ne pas publier des contenus inappropriés. Ça, c'est la partie facile. Ensuite, on parle de ne pas créer de dépendance cognitive. On disait, l'IA donne les réponses. Donc ça, c'est très délétère pour nos enfants qui vont arrêter de raisonner. Donc, arriver à aider nos enfants sans les décharger de cette friction positive, ça, c'est une IA éthique d'un point de vue cognitif. L'étage d'après, c'est que cette IA, au contraire, cherche à travailler la métacognition. Donc... qui cherchent à faire réfléchir les jeunes sur leur façon d'apprendre, leur façon de raisonner, sur leur capacité à développer leur esprit critique. Ça, c'est une IA éthique, une IA qui pousse à questionner, qui pousse à remettre en cause, qui pousse à s'ouvrir à d'autres choses. Et une IA éthique, c'est aussi une IA qui ne développe pas de dépendance affective. de plus en plus de jeunes maintenant se confient à l'IA, plus qu'à leurs parents, à leurs copains, à leur infirmière du lycée. Et peut-être que dans plein de cas, c'est très bien, parce que ces enfants, sinon, ils auraient gardé ça pour eux-mêmes. Mais il ne faut surtout pas que nos jeunes, de façon massive, en fait, prennent l'IA pour confident principal, puisqu'on va aller vers beaucoup plus d'isolement et plein de choses que vous pouvez imaginer. Donc une IA éthique, c'est une IA qui est extrêmement sensibilisée à tous ces enjeux et qui est construite très activement, très systématiquement avec cette triple ambition en tête. Donc ça, c'est une position qui est différente chez Wilgo par rapport à Maison du Monde. Là, on essaie de faire passer des messages et qui, je l'espère, dépassent simplement Wilgo.
- Jaleh Bradea
Vous avez un impact politique et vous ne pouvez qu'avoir un impact politique si vous voulez que cette affaire fonctionne, parce qu'on ne peut pas être éthique tout seul.
- Julie Walbaum
Exactement.
- Jaleh Bradea
Mais ça ne sert à rien. Oui, ça sert dans le petit pré carré chez soi. Mais donc, c'est ça, c'est que vous ne pouvez que rayonner davantage et essayer d'influencer en Europe et puis au-delà. Parce que pareil, si en Europe, on est les seuls, on va se faire un peu manger, je pense.
- Julie Walbaum
Absolument. Et pour envoyer au collectif des entreprises qui s'engagent, c'est aussi cette logique d'écosystème et d'entente pour qu'on se mette tous d'accord sur c'est quoi une IA éthique.
- Jaleh Bradea
Alors néanmoins, l'IA éthique ou pas, elle pose toujours des jolies questions à vos invités. Je vous propose des questions de l'IA cette fois-ci. En croisant vos interviews, prises de paroles publiques et votre parcours. L'IA a remarqué, donc elle parle d'elle-même à la troisième personne, l'IA a remarqué quelque chose. Vous utilisez souvent les mots sens, bonheur, épanouissement, des mots absents des rapports annuels que vous signez. Mais vous n'avez jamais pu quitter l'exigence de résultat. Est-ce qu'au fond, vous avez toujours cherché à prouver que performance et bonheur ne sont pas incompatibles ?
- Julie Walbaum
C'est une question philosophique. Je crois que performance et sens ne sont pas incompatibles. Et je pense que le sens est absolument nécessaire au bonheur.
- Jaleh Bradea
Donc, par transitivité, pour faire un peu de maths, CQFD.
- Julie Walbaum
CQFD.
- Jaleh Bradea
C'est bon. Ok, génial.
- Julie Walbaum
Je pense que le bonheur reste ce que cherche chaque être humain. Là aussi, il y a beaucoup d'études qui disent que au final, avoir du sens Et avoir des relations humaines de qualité sont vraiment... Et le troisième truc, c'est se sentir utile, contribuer, sont les trois piliers du bonheur à long terme. Donc ça, c'est très intéressant de se dire qu'au final, non seulement pour soi et pour nos sociétés, la recherche de sens, à la fin, est un chemin vers le bonheur.
- Jaleh Bradea
Je ne vous demande pas ce qui vous fait boulever le matin. Je pense qu'on a eu la réponse tout de suite. Alors, je finis toujours nos interviews avec un... Ce que j'appelle des choix cornéliens, qui ne le sont pas tant que ça, parce que vous pouvez, je vais vous donner deux mots en relation avec vous. Vous pouvez choisir, ne pas choisir, choisir les deux. Vous êtes libre de tout. Enseigner ou accompagner ?
- Julie Walbaum
Accompagner. Beaucoup moins descendant.
- Jaleh Bradea
Note ou compétence ?
- Julie Walbaum
Compétence. Et compétence de vie. Au moins autant, voire plus que compétence académique. Je pense que c'est ce qui fera la différence demain.
- Jaleh Bradea
donner la réponse ou poser la bonne question ?
- Julie Walbaum
À votre avis.
- Jaleh Bradea
Je sais, maintenant, en fait, vos réponses, je les ai, vous avez tout raconté déjà. Donc, poser la question. Puisqu'on apprend mieux quand on est en train de pratiquer.
- Julie Walbaum
Absolument.
- Jaleh Bradea
J'ai tout compris. Il y a progrès ou il y a danger ?
- Julie Walbaum
Les deux, ça dépend de ce qu'on en fait.
- Jaleh Bradea
Performance ou bonheur ?
- Julie Walbaum
Bonheur.
- Jaleh Bradea
Fromage ou dessert ?
- Julie Walbaum
Les deux, pourquoi choisir ?
- Jaleh Bradea
Je suis d'accord avec vous complètement. Julie, merci infiniment. On arrive à la fin de notre émission. J'aimerais bien, puisque c'est la rentrée, que vous nous redisiez un petit mot pour les jeunes qui sont au collège ou au lycée. L'avenir, parfois, est difficile. Qu'est-ce qu'on leur dit ? Qu'est-ce que Will Go peut leur apporter ? Comment ils font s'ils en ont besoin ? Est-ce que c'est difficile d'y avoir accès ? Je crois que l'outil est gratuit d'ailleurs. On ne l'a pas dit, mais ça ne coûte rien aux personnes qui l'utilisent. Donc, ça, c'est génial. Qu'est-ce qu'on leur dit pour leur donner un peu d'énergie et de... Comment vous avez dit ? De lampes torches ? De lampes torches au moins l'année à venir. Allez.
- Julie Walbaum
Alors déjà, en effet, à nos jeunes, je vous souhaite une magnifique rentrée. C'est vrai que les temps ne sont pas faciles. Et vous avez, au-delà des permacrises, un enjeu massif qui est devant vous et qui est l'IA. Moi, j'ai confiance. Vous avez beaucoup plus de maturité, de créativité, de résilience que ce que parfois on dit. Donc, mon conseil à vous, les jeunes, c'est de vous faire confiance, d'écouter votre petite voix, de passer plus de temps à essayer d'entendre cette petite voix qui, parfois, reste silencieuse à force de sollicitations permanentes. tâcher de... de trouver le moyen de vous connaître un tout petit peu plus année après année. Souvent, on demande aux jeunes de savoir ce qu'ils feront demain, de savoir leurs études. On en a parlé plusieurs fois aujourd'hui. L'important, c'est de savoir quel sera le prochain pas et c'est déjà suffisant, mais de continuer toujours à se poser des questions. Et je voudrais aussi souhaiter une belle rentrée aux parents, puisque les parents non plus n'ont pas une tâche très facile ces temps-ci, avec en plus des enjeux qui sont les leurs, cette IA dont on ne sait pas très bien comment... ce qu'elle réserve pour nos enfants. Donc moi, je voudrais leur dire deux choses. Un, on n'a pas tous les réponses et c'est OK, en fait. Essayons d'accompagner nos enfants avec nos valeurs, avec notre humanité, avec notre humilité. Et je pense que déjà, être dans ce dialogue et cette position d'ouverture et de curiosité va déjà amener énormément de positifs dans la perception que les enfants auront autour de cette IA. Et deuxièmement, nous rappeler, puisque je me mets dans l'eau, que les enfants n'écoutent jamais rien de ce qu'on leur dit. En revanche, ils regardent extrêmement attentivement ce que l'on fait. Donc, essayons de nous appliquer nous-mêmes nos propres recommandations.
- Jaleh Bradea
Donner l'exemple.
- Julie Walbaum
Donner l'exemple. En le faisant. Travailler justement à mieux comprendre, en effet, les opportunités et les limites de l'IA et faire des choses avec leurs enfants autour de cette nouvelle chose. Ça peut être des expériences très sympas et des super moments de famille.
- Jaleh Bradea
Moi, j'ai envie d'entendre dans ce que vous avez dit qu'effectivement, on n'a pas toutes les réponses, mais avec tout ce que vous nous avez dit tout au long de cette interview. Au contraire, c'est très bien. Puisqu'on n'a pas toutes les réponses, on va être en instabilité. Et c'est là où le cerveau humain va être fabuleux, va mieux apprendre et faire des choses merveilleuses. On pourrait se dire ça, non ?
- Julie Walbaum
Absolument.
- Jaleh Bradea
Magnifique rentrée. Magnifique rentrée aussi pour vous, Julie, en tant que maman, en tant que chef d'entreprise, en tant que startupeuse et en tant que femme, bien évidemment. Merci beaucoup. Et à très bientôt.
- Julie Walbaum
À vous aussi, Jaleh. À très bientôt. Merci de m'avoir reçue.
- Jaleh Bradea
À très bientôt à vous toutes et tous. Suivez-nous, abonnez-vous. Comme vous savez, votre pouvoir d'agir, c'est aussi de soutenir un média positif, comme celui-là. Merci, à bientôt.