Speaker #1Alors Moti vient de l'école de Paris, il est né à Buc, il vient d'avoir 9 ans et ça fait 7 ans que nous sommes ensemble. J'envisageais la retraite d'une façon solitaire parce que tous les projets que j'avais pu construire avec mon épouse sont tombés à l'eau parce que malheureusement elle est décédée. Donc il a fallu revoir un petit peu toutes ces projections. J'envisageais une retraite plutôt solitaire parce que j'avais décidé pour le coup de me consacrer à des passions que j'avais dû abandonner pour des raisons professionnelles et familiales, entre autres la musique et le jardinage. À l'époque, j'avais la chance d'avoir un appartement sur Paris et également un pied-à-terre sur la Côte d'Azur, à Nice. Et donc j'envisageais de parcourir, selon mon humeur, selon le climat, d'aller me poser mes valises sur Nice ou sur Paris, selon le temps. Le camouflage concernant le handicap n'était en rien un déni, puisque moi j'ai toujours su que j'étais handicapé visuel. En revanche, en 1980, lorsqu'il a été question de chercher du travail, il était évident que c'était un obstacle si je ne voulais pas être kinésithérapeute, accordeur de piano ou standardiste. Ce n'était pas du tout dans mes objectifs. Donc j'ai tout fait pour, bon an, mal an, passer pour une personne qui n'avait pas de difficultés, ce qui n'est pas toujours évident. mais qui s'est révélée être assez profitable dans la mesure où j'ai rencontré des personnes qui m'ont fait confiance. Même si elles avaient une petite idée de ce que je pouvais rencontrer comme difficulté, ils n'en ont jamais su la profondeur. Dès que le temps se faisait mauvais sur Paris, je partais à Nice pour aller au bord de la mer. Et c'était vraiment très très bien, y compris au mois de décembre. Et donc je débarque au mois de décembre à Nice pour aller voir la mer, sans canne, parce que je ne voulais pas de canne non plus. Et il se trouve que c'était au moment de Noël, et donc la grande place, la place Masséna, était couverte d'activités de Noël, de chalets, de patinoires, etc., balisées par des barrières de chantier que je n'ai jamais pu franchir. Ce qui fait que je n'ai jamais pu aller voir la mer, donc je suis rentré à Paris très très en colère en me disant « ça ne sert à rien d'avoir un pied-à-terre si je ne peux pas aller voir la mer » . Il m'est venu cette idée de dire qu'un chien guide serait peut-être très très profitable puisqu'il m'apporterait à la fois du réconfort dans ma vie. personnel et également une facilité de déplacement. Dès l'instant que l'idée du chien guide était bien ancrée dans ma tête, me restait encore cette idée de camouflage, comment se déplacer avec un chien guide sans qu'on sache que c'est un chien guide. Donc effectivement, j'envisageais, je me disais, je réfléchissais de quelle façon pouvoir se déplacer à la laisse. Très rapidement, c'est devenu quelque chose que j'ai oublié puisque en parallèle, j'ai décidé de tomber les masques carrément et d'avoir une vie beaucoup moins compliquée puisque je ne l'avais pas. plus du tout l'objectif de maintenir un emploi. Là, c'était simplement ma vie qu'il suffisait de mener au mieux. Alors, l'arrivée de Moti a été un véritable bouleversement, à la fois parce que j'étais heureux d'avoir ce mode de déplacement très souple, mais par contre, ça a été aussi un bouleversement parce qu'il a fallu que nous fassions connaissance et ça a pris à peu près trois mois. Donc avec des hauts et des bas et dans les bas c'était vraiment très difficile parce que je me posais la question claire, est-ce que j'ai bien fait le bon choix ? J'avais la capacité de me déplacer seul, sans canne et sans chien et là j'avais un chien dont je pensais avoir à m'occuper dans les déplacements, ce qui n'en est rien. Puisqu'en fin de compte le binôme a réellement bien fonctionné le jour où je me suis laissé aller et je me suis dit chacun son boulot, moi je sais où on veut aller, c'est à toi de m'y amener, c'est tout. La réconciliation avec le monde du handicap est passée forcément par moti, puisque dès cet instant, j'ai décidé d'abandonner ce camouflage et donc d'assumer officiellement ma condition d'handicapé visuel. Lorsqu'on a une remise, à la fin de la remise, et qu'on rentre chez soi, on reçoit un pack remise, c'est-à-dire un ensemble d'ustensiles qui sont très utiles, qui sont envoyés par l'année Mchanguide, à savoir le gilet détente, Un peu de documentation, enfin plein de choses qui parlent du monde du chien guide et en particulier de l'ANM Chien Guide. Je m'y suis beaucoup, beaucoup intéressé et je me suis rendu compte que le chien guide était un apport essentiel pour les personnes déficientes visuelles. Les premiers mois, j'ai écouté, j'ai participé à des réunions téléphoniques qui ont été organisées à partir du Covid, puisque le Covid a été un moment décisif aussi dans mon avenir, dans ma vie. J'ai vu qu'il y avait des conférences téléphoniques, j'ai proposé par la suite de les animer. On a animé certaines, on m'a confié cette responsabilité. J'ai proposé de rédiger quelques articles dans la revue Sonore en avant. Ça s'est bien passé aussi, ils ont été acceptés, je crois, relativement bien appréciés. Est arrivé le moment, en 2023, où se renouvelait un tiers du conseil d'administration. J'ai présenté ma candidature et j'ai été élu. Partant de là, on m'a proposé de rentrer au bureau, ce que j'ai accepté en tant que secrétaire. L'année suivante, on m'a proposé d'être vice-président, ce que j'ai accepté également. Et là, dernièrement, en 2025, la personne qui occupait le poste de la présidence depuis huit ans a souhaité ne pas se représenter. J'ai présenté ma candidature et j'ai été élu. Je ne vous cache pas que le fait de s'impliquer dans l'ANM Chien Guide est assez chronophage, certes, mais c'est tellement passionnant qu'on n'hésite pas à le faire. Mon objectif était de rester relativement solitaire chez moi dans un petit studio d'enregistrement pour faire de la musique. Motti m'a ouvert un petit peu vers l'extérieur, puisque lorsque je suis arrivé, après mon déménagement sur la côte d'Azur, Motti a été un vecteur principal pour faire connaissance avec les voisins. Ils se sont tout de suite dirigés vers lui, donc ça m'a un petit peu plus ouvert vers le monde extérieur. Et le fait de participer à l'ANM, c'est facile de prendre le train avec un chien aujourd'hui. C'est extrêmement facile de se placer dans une gare, d'aller au siège de l'ANM. Enfin, une fois qu'on a fait le trajet une première fois, c'est automatique. Demander un chien guide plus tôt aurait été prématuré pour moi. Dans un premier temps, j'avais une vie professionnelle et familiale, puis une vie familiale. Et avec toujours cette arrière-pensée de camouflage. Pas par rapport à mes proches, mais quand on vit 35 ans. à faire tout ce qu'on peut pour que le handicap ne se voit pas, ce n'est pas évident. Donc, je n'étais pas prêt. Mais une fois que j'ai réussi à me débarrasser de toutes ces choses qui n'avaient plus lieu d'être, c'est devenu extrêmement facile. Et la fluidité de Moti m'a donné aussi une fluidité dans l'organisation de ma vie. Les refus d'accès, oui. J'en avais un petit peu connaissance au départ, mais la première fois qu'on en vit un, c'est extrêmement frustrant. C'est très dévalorisant et ça ramène à sa position de handicapé. Parce que, bien évidemment, c'est le chien qui est refusé, mais au bout du compte, c'est quand même la personne. Donc c'est quelque chose qui est très frustrant, très dévalorisant, et ça fait partie des éléments qui m'ont incité à m'investir de plus en plus dans l'NM Chien Guide. parce que l'une... de mes ambitions lorsque j'étais plus jeune, lorsque je faisais mes études, c'était d'être avocat. Donc aujourd'hui, je n'assimile pas du tout le fait d'être président de l'ANM à une position d'avocat, mais par contre, on est là quand même pour défendre les intérêts des personnes accompagnées d'un chien guide ou d'assistance. Il y a une petite similitude. J'ai rencontré des refus d'accès assez réguliers, refus catégoriques, j'en ai eu un avec un chauffeur VTC. parti, la porte est rouverte alors que j'allais m'installer. Dès qu'il a vu le chien, il est parti. Autrement, ça s'est souvent traduit par des difficultés d'accès. C'est-à-dire qu'il a fallu négocier, il a fallu expliquer la situation pour que je puisse pénétrer, par exemple, dans un restaurant. Autre projet, c'est aussi la mise à la retraite de Moti, puisqu'il a 9 ans et que l'année prochaine il aura donc ses 10 ans, année de la retraite et l'arrivée d'un nouveau chien. Donc il y aura la cohabitation des deux, ce qui ne devrait pas poser un problème, en tout cas du côté de Moti. Et puis l'organisation nécessitera le déplacement avec le nouveau chien et la mise en garde de Moti de façon ponctuelle. Puisqu'il est hors de question de le mettre en permanence ailleurs, je tiens absolument à rester à ses côtés.