Speaker #1Alors, Lyrix, mon chinguide, il vient de l'association de chinguides d'aveugles de Lyon et du Centre-Est. Il a 10 ans et demi, ça fait 8 ans que je l'ai, il m'a beaucoup apporté. Un an avant d'avoir l'Irix, je suis arrivé à Lyon et j'avais la canne blanche. Et ça a été hyper compliqué en tout cas de se déplacer et d'apprendre aussi à connaître l'ensemble de la ville. Avec tous les obstacles qu'on peut retrouver partout à droite à gauche, reste compliqué. Et quand j'ai eu le chien, ça m'a complètement changé la vie et j'ai retrouvé une forme de liberté. J'ai pu enfin me déplacer seul tout en évitant tous les obstacles qu'on peut avoir sur le trottoir qui sont multiples. entre les voitures mal garées, les potelets, les poteaux, les aménagements où on met tout de même niveau pour nous qui reste compliqué puisqu'on n'a plus de repères. Et ça, grâce au chien, j'ai pu retrouver cette liberté, cette autonomie de déplacement. Quand je suis arrivé à Lyon, trouver les transports en commun quand tu as une canne blanche pour trouver un simple arrêt de bus avec un poteau reste compliqué. Prendre le métro, pareil, ça reste compliqué. Trouver l'escalier au milieu de la place Bellecour, ce n'est pas donné à tout le monde et ça reste une difficulté. On n'avait pas encore plus de balises sonores aux escaliers de métro sur Lyon. C'était vraiment pas simple et j'étais souvent obligé de demander aux gens dans la rue de l'assistance. J'ai eu mon accident en 2012. Mes parents sont tout de suite venus vers moi en me disant « il te faut un chien guide » . Après, je n'étais pas encore assez autonome à la Canneblanche. Je n'avais pas passé de formation avec les instructeurs en locomotion. Je n'étais pas totalement prêt. Je suis quand même allé avant dans des centres de rééducation. pour apprendre à me servir de la canne et avoir une forme d'autonomie parce qu'on n'a pas le chien comme ça et c'est parti en avant. Donc il faut déjà un petit peu connaître son environnement et se déplacer en autonomie. J'ai commencé par faire ça et mes parents m'ont emmené, donc après les centres de rééducation, m'ont emmené un samedi à Kétigny à côté de Dijon. Il y avait l'association des chiens guides qui était présente et je me souviens très bien de Denis qui était avec son chien guide et qui m'a dit tiens prends le harnais. Et laisse-toi guider, tu vois, le chien, il va t'emmener. Donc, j'ai fait 20 à 30 mètres, mais en tenant le harnais. Et là, j'ai fait waouh, c'est génial. et c'est vraiment à ce moment là que j'ai dit ok faut que je demande un chien guide Alors l'Eryx il est arrivé pile poil au bon moment, je venais de rencontrer Lise qui habite à Saint-Ju, moi j'habitais à ce moment-là à la Croix-Rousse, c'est quand même deux collines différentes, la Saône qui nous sépare. Il a fallu que je lui cours après, donc c'est à ce moment-là pile poil où j'ai eu l'Eryx, c'est un des premiers trajets en tout cas que j'ai appris avec l'éducatrice, où on a fait ensemble, on faisait bel cours Saint-Ju tout à pied par la montée du Gourguillon et tous les soirs grâce à l'Eryx j'ai pu faire ce trajet avec lui et ça m'a permis de jouer. Roméo devant chez Juliette Tous les soirs, à ce moment-là en plus je bossais à Perrache, donc des nuits je passais chez elle et je prenais après la montée du Gourguillon pour monter et la montée des Épis pour descendre, alors c'est pareil c'est plein d'escaliers et après je prenais une petite passerelle qui traverse la Saône et qui me permettait d'aller à Perrache pour aller au boulot grâce à l'Irix. À la quête j'aurais fait aller une fois par semaine, deux fois mais c'est... Trois métros plus funiculaires, les changements, que ce soit à Hôtel de Ville, à Bellecour, à 17h, 18h en hors de pointe où tout le monde est pressé. Les gens, qu'est-ce qu'ils font ? Ils têtent dans notre canne ou ils se la mettent carrément dans les pieds. Puis moi, ça m'est arrivé de me retrouver avec ma canne pliée à 90 degrés. Donc on est là sur la jambe à essayer de la remettre droite. C'est les problèmes qu'on rencontre. En fait, c'est une surcharge de concentration et en fait, tu arrives au bout, tu es fatigué. Alors que là, avec l'Eryx, je descends d'à Bellecour, lui, il adorait faire ce trajet. et quand on est arrivé à Vieux-Lyon et qu'il fallait monter la montée du Gourguillon Il était comme un dingue dans cette montée. J'arrivais un peu trempé en haut, mais on doublait les personnes valides. Et c'était assez marrant parce que j'entendais les gens, « Ah, regarde le chien guide ! » Je disais, « Non, non, c'est un chien de traîneau ! » Tout en doublant. Je doublais tout le monde. Il y a une petite fierté aussi, quand on est place Bellecour et qu'on traverse la place en allant plus vite que les voyants. Pareil dans la montée du Gourguillon. On a une forme de liberté, de se dire, « Waouh ! » J'avance, j'y vais, et ça c'est cool. Grâce aux chiens, j'ai retrouvé cette liberté, ce déplacement à la vitesse où tu as envie. Moi, en tout cas, quand j'ai testé plusieurs chiens à l'école, quand j'ai essayé Lyric, qui s'est mis à courir, quand je lui ai dit de chercher la ligne pour le passage piéton, il est allé comme un fou, on l'entendait avec les griffes au sol, il s'est mis à courir, et ça, moi, j'ai adoré. C'est hyper dynamique, tu lui dis la ligne, il y va, et puis il a toujours envie, tous les ordres, gauche, droite, c'est franc, c'est direct, et puis il est toujours à y aller, jamais il refuse d'avancer, et ça, c'est cool. Le chien m'a apporté cette liberté de déplacement, donc j'ai pu courir après Lise sans problème. Mais il y a aussi cette liberté, la surcharge qu'on a quand on se déplace avec la canne, pour moi je l'ai moins. J'ai toujours un peu de concentration quand même à emmener, ça ne marche pas encore le chien, où tu lui dis va aux 39 rues. Puis on a du lien social aussi avec les gens, où moi très souvent, il est beau le chien, ça permet après rapidement d'accrocher les gens. Même quand je vais à Paris, il y a des endroits que je ne connais pas. Des stations de métro pour moi qui sont inconnues. Quand on arrive à Gare Saint-Lazare, j'ai un changement à faire là-bas, ça reste quand même complexe. Souvent avec le chien, il y a une accroche qui peut être un peu plus simple. Moi je fais la petite blague, excusez-moi le chien il ne sait pas encore lire les panneaux. Puis ça fait rire un peu les gens et plus facilement l'accroche est faite et puis après c'est bon. Ça fait 8 ans qu'on est ensemble et il m'a tellement apporté tellement de choses, c'est un réel plaisir. Et après, il y a la confiance en soi. Quand je vais à Paris, je n'ai pas du tout le même stress quand je suis avec lui que quand je suis avec Lacan. C'est vraiment un plaisir et puis je ne me sens pas tout seul. L'impact que ça donne, c'est un, le déplacement, mais ça va être 10-20% du temps. Après, c'est un chien à la maison, c'est le lien social avec les autres, c'est un truc en duo où on est les deux. Et même, souvent, quand j'arrive à Paris le matin... Moi, je sors le harnais pour lui mettre. Monsieur se met sur le dos et se laisse caresser par tout le monde. Ça crée du lien aussi, ce moment-là, où tout le monde dit « Oh là là, il n'a pas l'air malheureux, votre chien ! » Et là, il est tout content de se faire caresser pas tout le monde. Un refus d'accès, j'en ai eu moi dans des cafés. Alors ça m'est arrivé un où j'allais sur la terrasse plusieurs fois parce que j'allais en formation en fait à Vez, un quartier sur Lyon. Puis j'arrivais souvent tôt parce que j'aime pas être en retard. Et vu que j'arrivais tôt, je me suis arrêté un petit café sur une terrasse. Et puis un jour, il pleuvait, il faisait pas très beau. Donc j'ai commencé à rentrer dedans. Et là, on m'a dit non, non, monsieur, c'est pas possible. J'ai dit comment ça ? Pourtant, il a l'air d'avoir personne. J'entendais pas de bruit. il dit non non c'est le chien et donc là ça a été un peu compliqué il a fallu négocier, lui expliquer ça n'a pas été simple, mais au bout, on y est arrivé, on a pu enfin... Voilà, ce qu'il faut, c'est expliquer les choses bien comme il faut là-dessus. Donc, Eric, c'est 10 ans et demi, bientôt la retraite. Alors, c'est un chien qui avance toujours, il est toujours à vouloir y aller, il met toujours la tête dans leur nez. Tous les matins, on fait notre tour de 45 minutes euh marche rapide, voilà. Normalement, 2026, pour lui, il partira à la retraite. Et normalement, c'est mes parents qui vont le récupérer. Et j'ai bien dit à mon père, c'est si tu récupères le chien, donc il sera à la retraite, mais toi aussi. J'ai un père qui a du mal à arrêter de travailler, qui a plus de 70 ans, mais qui a fondé son travail. Et je lui ai dit, c'est les deux à la retraite. C'est toi et le chien, et le chien et toi. Vous êtes à la retraite les deux. Alors je prends des fois la canne, mais moi, ce que j'attends, c'est d'avoir un nouveau chien. C'est une vraie histoire de couple. de bien s'entendre l'un et l'autre un chien dynamique comme l'Erix toujours content toujours jamais à faire demi-tour je fais un chien qui avance c'est un peu une histoire de couple c'est vraiment les deux l'un et l'autre il faut un aussi qu'on apprenne à se connaître et c'est pas on nous remet le chien ça y est au bout de deux jours on va dire ça met trois mois six mois vraiment à s'entendre et là Quand il y a ça, après, on retrouve cette liberté. Moi, je me souviendrai toujours avec l'Eryx au bout de trois mois où je me suis mis à marcher en sifflant. Et là, je me suis dit, mais jamais de la vie, j'aurais fait ça avec la canne, à marcher en sifflant. Je me suis arrêté au milieu de la route, j'ai fait un gros bisou sur la tête et on est reparti. Je me suis dit, bon, on ne prend pas un fou, mais ce n'est pas grave.