- Speaker #0
Monsieur le Président, Messieurs les Conseillers, Mesdames et Messieurs les Jurés.
- Speaker #1
Il est pratiquement impossible de vous décrire toutes les peines de ce que j'ai vu.
- Speaker #2
Il s'agit du premier procès, il s'agira peut-être du seul. Dernier alinéa du statut militaire international de Nuremberg.
- Speaker #1
Depuis que je suis là, jamais je n'ai cru en la possibilité de revenir.
- Speaker #2
La résolution des Nations Unies du 13 février 1946.
- Speaker #3
C'est-à-dire qu'elle prétendira la vérité, mais qu'elle dira au monde entier. Ce qui s'est passé à Auschwitz.
- Speaker #1
C'est un autre monde, si vous vous laissez l'enfer.
- Speaker #4
Vous écoutez le récit inédit du sauvetage des archives de la Shoah, épisode 2, Organiser la mémoire. Alors que l'Europe sort de la Deuxième Guerre mondiale et commence à faire le bilan des catastrophes survenues, Un groupe de juifs russes rassemblés autour du pionnier Isaac Schneerson entreprend de documenter ce qui est arrivé aux juifs de France et d'Europe, la population principalement ciblée par le régime nazi. Après s'être réunis clandestinement pendant la guerre, il crée officiellement le CDJC en 1945, mais Isaac Schneerson, le fondateur, veut aller plus loin. Comment ce centre d'archives très artisanal devient l'un des premiers mémoriaux de l'après-guerre et prépare le terrain ? au mémorial de la Shoah tel que nous le connaissons aujourd'hui, c'est ce que nous vous racontons dans cet épisode.
- Speaker #5
Au tout début des années 50, Isaac Schneerson a conscience que son centre végète, d'un point de vue financier, il a du mal à joindre les deux bouts. et que son œuvre n'a pas l'écho qu'elle mérite. Donc c'est une préoccupation très forte chez lui de faire connaître l'histoire du génocide et d'ancrer sa commémoration dans l'espace public.
- Speaker #4
Simon Perrigo est historien et spécialiste de l'histoire des Juifs de France et des mémoires de la Shoah.
- Speaker #5
C'est pour ça qu'en ce début des années 50, il décide, avec une grande ambition, de fonder un monument. Alors, qui permettra de commémorer les 6 millions de victimes ? C'est pour ça que c'est un projet ambitieux. Ce n'est pas un projet limité aux victimes de France. Mais il a aussi en tête la nécessité de trouver un lieu pérenne pour son centre de documentation. Donc, tout va ensemble. Promouvoir son centre. Lui donner un cadre dans lequel le travail peut être accompli de manière sereine, sans s'inquiéter d'un déménagement à court échéance. et puis surtout... Graver dans la pierre et dans l'espace parisien le souvenir des disparus. Le tombant du martyr juif inconnu, c'est son appellation initiale, qui d'ailleurs montre l'influence de la mémoire de la Grande Guerre sur Schneerson et son équipe. Il voit sa première pierre être posée en 1953 et il est officiellement inauguré en 1956. Donc en 5-6 ans, Schneerson est arrivé... à faire sortir de pierre son monument.
- Speaker #6
Il voulait inscrire cette mémoire, l'élargir à un cercle plus important.
- Speaker #4
René Poznanski, historienne, spécialiste de l'histoire des Juifs de France pendant la guerre.
- Speaker #6
Donc si vous voulez, il y a ici la volonté d'inscrire dans le paysage parisien le génocide des Juifs de France. Et il s'agit là encore d'un projet transnational. Il a mêlé à ça des personnalités de tous les pays, qu'il s'agisse d'Eleanor Roosevelt, de Churchill, de Chaim Weizmann. Et c'est un projet qui, au départ, a soulevé énormément de réticences pour toutes sortes de raisons.
- Speaker #5
Les obstacles que Schneerson a rencontrés, ils sont multiples. Tout d'abord, au sein de la communauté juive. tout le monde n'est pas d'accord avec cette manière de commémorer. Tout le monde est d'accord, bien sûr, pour rendre hommage aux disparus, mais certains estiment que c'est investir beaucoup d'argent dans un monument de pierre, alors que le judaïsme a pour tradition d'honorer les morts à travers les vivants, en fondant des institutions, en finançant des écoles, en aidant le culte à se relever de la catastrophe. donc il y a des débats déjà sur ce... Cette manière de commémorer. Il y a aussi des polémiques avec l'État d'Israël, qui soutient le projet initialement, en tout cas Ben Gurion, le Premier ministre, donne son parrainage, mais qui se... Je me rends compte que laisser ce monument, qui a une ambition mondiale, être construit, c'est aussi perdre la main sur la mémoire du génocide, alors même que l'État d'Israël estime en être le premier dépositaire. Donc les Israéliens vont un peu compliquer les choses. Schneerson va passer un accord avec Yad Vashem pour sécuriser des financements et pour... prouver un modus vivendi avec l'institution israélienne en charge de la mémoire du génocide qui est créée en 1953, la même année que le monument pose sa première pierre.
- Speaker #4
À l'image d'Isaac Schneerson et de son fort sentiment patriotique, le lieu de mémoire qu'il imagine s'inscrit dans une tradition de commémoration très française, héritée des conflits précédents.
- Speaker #7
On voit à Schneerson le nom... Un peu compliqué qu'on a eu le nom du mémorial, qui était le nom du mémorial du martyr Juif Inconnu, qui est vraiment une analogie avec l'Arc de Triomphe dédié aux soldats inconnus.
- Speaker #4
Jacques Fredge est directeur du mémorial de la Shoah.
- Speaker #7
Quand on fait ce lien, ça dit beaucoup de l'identité et du cheminement de Schneerson dans la France. où il a vécu et où il a voulu s'établir.
- Speaker #6
Ce qui est fort intéressant, c'est qu'à la même période, dans la même rue, parce que le centre n'est pas resté, rue Marbeuf, dans le domicile d'Isaac Schneerson, il est passé rue Guénégo, et dans la même rue, juste en face, se trouvait le... Comité d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, avec à sa tête Henri Michel. Il y avait une amitié très forte qui liait les deux hommes, Léon Poliakoff et Henri Michel. Au bout du compte, ils faisaient le même type de travail. Sauf que les uns, Henri Michel, dans son comité, qui était un comité d'État, qui avait été créé par l'État, qui était financé... Par l'État, on rassemblait, on collectait, on interviewait, on écrivait un nombre incalculable de documents, d'articles, de témoignages, tout ce que vous voulez, sur les Français pendant la guerre. Pas un mot sur ce qui concernait les Juifs. Et juste en face, vous aviez le CDJC qui faisait exactement la même chose sur les Juifs. une institution privée totalement marginal, sans fonds sinon privés. Et c'est très intéressant parce qu'on voit à quel point ça correspond à un code culturel de l'époque, les Français et les Juifs étant d'une certaine façon deux entités différentes. Alors la persécution des Juifs, c'était l'affaire des Juifs. Et j'ai rencontré Henri Michel qui m'a dit un jour, quand je voyais un document qui concernait les Juifs, je le donnais à Léon Poliakoff. Donc c'est intéressant parce que quand les historiens se sont penchés sur la période de façon naturelle, ils sont allés au comité d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale où se trouvaient tous les documents. Ils ne voyaient aucun document sur les Juifs. Donc pourquoi écriraient-ils sur eux ? Ce sont deux fonds d'archives différents qui ont donc généré deux historiographies totalement différentes. Jusqu'à ce qu'on arrive aux années 70, 80, où tout a changé.
- Speaker #7
C'est un visionnaire. Et nous, 80 ans après... On le mesure véritablement parce que, vous savez, les lauriers d'un centre d'archives se mesurent au nombre de documents originaux. Et Schneerson avait compris une chose, c'est qu'il ne s'est pas contenté. de collecter des documents en France, mais finalement, il a voulu collecter des documents sur la persécution des Juifs d'Europe. Donc on a aussi cette vision qu'il a eue, et qu'il avait compris que ce qui avait frappé la population juive durant la Seconde Guerre mondiale, c'était un génocide européen. Ce n'était pas simplement un événement qui avait frappé la population juive de France. Il a véritablement cette vie. La vision de ce que l'on a construit aujourd'hui, parce qu'aujourd'hui, après la chute du mur, on a construit des institutions où on rassemble tous les chercheurs d'Europe, toutes les institutions d'Europe. Aujourd'hui, il y a des institutions dans un grand nombre de pays d'Europe. Et finalement, ce n'est ni plus ni moins que la vision que Schneerson avait à l'époque, à une période où il faut bien quand même se rappeler qu'au lendemain de la guerre... Il n'y avait pas tant de monde que ça qui était engagé dans ce sujet-là.
- Speaker #4
Après la guerre, la priorité est à la reconstruction. On ne parle pas encore de Shoah, et les commémorations de rafles et de déportations restent majoritairement l'affaire des Juifs, qui n'arrivent pas toujours à parler d'une seule voix.
- Speaker #5
C'est un sujet politique, d'abord parce que... La communauté juive en France est elle-même très politisée. Notamment dans le monde immigré, il y a des querelles incessantes entre communistes, sionistes, bundistes, c'est-à-dire des socialistes très attachés à la culture yiddish. Et le souvenir de la Shoah joue une place très importante dans les conflits qui opposent ces différents groupements et qui sont incapables de commémorer ensemble. Parce que le souvenir des morts est trop important pour transiger avec un ennemi politique, notamment avec les communistes, dans une période où l'antisémitisme s'exprime en URSS et dans les démocraties populaires. La mémoire, elle est aussi politique, mais de manière peut-être moins frontale que dans une période postérieure, parce que c'est un enjeu de réintégration dans la communauté nationale. Donc pour les juifs de France... Commémorer la Shoah, c'est aussi essayer de se faire une place dans un grand récit national qui n'accorde pas une grande importance à leur histoire particulière, même si on présentait les choses de manière plus nuancée. Donc les institutions juives n'ont de cesse d'avoir recours à des figures politiques, des représentants des autorités nationales ou locales. pour participer à leurs initiatives commémoratives et pour, à travers elles, dire l'histoire des Juifs à la collectivité nationale. Est-ce que ça porte très loin dans la société française ? C'est dur à dire. Mais en tout cas, oui, il y a un enjeu politique pour les Juifs de France à ce que leur histoire soit dite et à ce qu'elle soit entendue.
- Speaker #8
Le mémorial, c'est le seul mémorial qui existe en France. Pour la Shoah, c'est le mémorial de la Shoah, mais c'est une œuvre d'art.
- Speaker #4
Serge Klarsfeld est avocat, historien et militant de la mémoire.
- Speaker #8
C'est-à-dire, c'est une œuvre architecturale qui reflète complètement ce qu'a été la Shoah, c'est-à-dire ce bâtiment vertical qui contient les archives, cette crypte horizontale qui... rappelle la chambre à gaz, cette rotonde avec tous les noms des principaux camps, c'est une véritable œuvre d'art. Actuellement, à Lyon, par exemple, on cherche à créer un mémorial esthétique, c'est-à-dire une œuvre d'art pour exprimer ce qu'a été la Shoah. Bien, le mémorial à Paris l'exprime déjà. Et c'est très difficile de trouver une œuvre esthétique qui rappelle la Shoah dans son ensemble. Mais le mémorial est une véritable œuvre d'art.
- Speaker #5
Je pense que le grand moment, c'est 1956, octobre 1956, l'inauguration du tombeau du martyr Juif Inconnu, en présence de milliers de personnes, de dignitaires du monde entier. C'est l'achèvement de la grande œuvre de Schneerson qui était de combiner en un seul lieu une œuvre de mémoire, un lieu d'histoire et aussi une ressource pour la justice. C'est un enjeu qui est fondamental dans l'après-guerre que d'aider à ce que les victimes obtiennent justice. Donc ce moment de l'inauguration ouvre un nouveau chapitre tant dans l'histoire de la mémoire de la Shoah que dans l'histoire du centre de documentation qui tout d'un coup a... un endroit pour sa bibliothèque, ses bureaux, ses archives et ses conditions matérielles sont pas... sont tous au feu de peu d'importance.
- Speaker #8
Je suis venu au CDJC avant même qu'ils ne... Qu'il n'existe ou que n'existe le mémorial, puisque je suis allé à la pose de la première pierre du mémorial en 1953, et en 1956 je suis allé à l'inauguration du mémorial. La foule allait jusqu'au pont Marie, vous pouvez vous imaginer le nombre de personnes qui... qui étaient là, des milliers de personnes, et je suis entré au mémorial pour la première fois, je crois en 1964. On a conservé ma fiche, elle a même été exposée. Il n'y avait presque personne au mémorial, il y avait très peu de visiteurs. A l'époque, les gens ne s'intéressaient pas beaucoup à ce qui n'était pas encore la Shoah. Et moi je voulais renouer le lien avec mon père, c'est-à-dire je voulais reconstituer la dernière étape qu'avait vécue mon père après son arrestation, c'est-à-dire le séjour à Drancy et puis la déportation, comment il était parti. Et comme je suis historien de formation... J'ai bien travaillé, j'ai retrouvé pas mal de documents sur la période entre le début du mois d'octobre 1943 et la fin du mois d'octobre 1943, quand il a été déporté par le convoi 61. Et j'ai décidé ensuite de partir pour Auschwitz pour pouvoir continuer, retrouver le numéro matricule, savoir quand il est mort exactement, etc. Donc j'ai fait ce voyage, à l'époque personne ne le faisait, donc il y avait la guerre froide, il fallait avoir des visas et personne ne s'y rendait. Et je me suis donc retrouvé tout seul là. A Auschwitz, à Birkenau, à Auschwitz je n'étais pas tout seul, il y avait quand même beaucoup de gens de démocratie populaire, mais à Birkenau, le camp des juifs, il n'y avait personne. Et à Birkenau, j'ai senti la nécessité de m'engager parce que j'ai compris que d'abord j'aurais dû arriver avec mon père s'il ne nous avait pas cachés derrière le double fond d'un placard.
- Speaker #4
Serge Klarsfeld l'a raconté à de nombreuses reprises. Son père Arnaud a été arrêté par la Gestapo sous ses yeux, dans leur appartement de Nice. alors qu'il venait de se cacher avec sa sœur et sa mère dans le double fond d'un placard. Déporté à Drancy puis à Auschwitz-Birkenau, Arnaud ne reviendra pas et c'est en recherchant les traces de la fin de sa vie que Serge Klarsfeld, en binôme avec sa femme Béate, va se lancer dans sa quête d'archives. C'est ainsi qu'en 1984, il retrouvera, après des décennies, le fameux Telex d'Izieux, déterminant dans le procès Barbie de 1987, dont il n'avait jusqu'alors qu'une copie.
- Speaker #1
Telex signé par Klaus Barbie le 6 avril 1944. Ce matin, maison d'enfants juifs, colonie d'enfants à Isieux a été enlevée. 41 enfants au total, âgés de 3 à 13 ans, ont été capturés. En outre a eu lieu l'arrestation de la totalité du personnel juif, soit 10 individus, dont 5 femmes. On n'a pu s'assurer ni de l'argent comptant, ni des valeurs diverses. Le transport à Drancy aura lieu le 7 avril 1944.
- Speaker #8
C'est un crime contre l'humanité, évident, puisqu'il s'agissait d'enfants. Et la charge de... D'avoir enlevé les enfants d'Izieux pour les faire, les envoyer à Drancy pour qu'ils soient déportés, n'avait pas été retenue en 1954 au procès de Barbie par Comptumas. Elle n'avait pas été retenue parce que, au fond, c'était des enfants. A l'époque, on s'intéressait aux résistants, on ne s'intéressait pas tellement aux enfants. Et la charge, en tout cas, n'avait pas été retenue. Bon, moi j'ai vu le procès. Et j'ai donc constaté qu'on pouvait juger à nouveau Barbie sur cette charge-là, mais on ne pouvait pas le juger pour tout ce qui lui avait été reproché au procès de 1954. Donc, Isieux était extrêmement important, et il fallait retrouver ce telex qui n'était pas dans les archives. En tant qu'original, il n'était pas dans les archives du mémorial, il n'y avait qu'une copie. J'ai retrouvé des copies authentifiées à Nuremberg, mais des copies authentifiées à Washington, aux archives nationales. J'en ai retrouvé une aux archives du Land de Nuremberg, du Bad Württemberg à Nuremberg. et une également aux archives de la Cour internationale de justice. Donc normalement, pour un magistrat professionnel, le fait qu'il y ait eu, que Telex ait été présenté par la France à Nuremberg, qu'il ait été authentifié et qu'on ait fait des copies authentifiées qui sont allées dans les trois centres, ça suffisait. Mais ça ne suffit pas pour l'opinion publique. L'opinion publique, elle veut le document authentique. Donc, je suis parti à la recherche, j'ai été partout, aux archives du ministère de la Justice, ministère des Affaires étrangères, archives nationales, je ne les ai pas retrouvées. Mais j'ai fini par le retrouver après le retour de Barbie dans les caves du centre de documentation. Il y avait des dizaines de caisses. C'était un désordre. Les caisses étaient les unes sur les autres. Et la deuxième caisse, j'ai retrouvé le dossier qui certainement avait été présenté par un collaborateur du mémorial. au magistrat qui était en charge de l'instruction du procès de Otto Abetz, l'ambassadeur, et qui avait amené quelques documents. Et dans ces documents, il y avait le telex des yeux qui était parfaitement conservé. Et c'était sans doute pour montrer que quand Abetz était ambassadeur, il y avait des crimes horribles qui se produisaient en France. Oui, j'ai considéré que c'était, comment dire, le hasard ou bien, je dirais, une volonté supérieure qui m'avait guidé, voilà.
- Speaker #0
Et la cour peut le vérifier. Et la cour peut vérifier également que les trois copies authentifiées sont absolument identiques à l'original qui a été retrouvé par mes soins en 1984. Est-ce que vous savez que cet original est en tout point conforme aux trois copies authentifiées ?
- Speaker #9
Non, je ne suis pas un expert en écriture, ni en documents.
- Speaker #8
Donc la seule véritable charge dont j'étais sûr qu'elle amènerait la condamnation de Barbie, c'était le telex d'Izieux, et c'est pourquoi j'ai poussé un grand cri quand le telex d'Izieux a circulé le jour où on s'est occupé de la rafle d'Izieux, et quand il a été entre les mains de Vergès. J'ai poussé un grand cri, attention, parce que un telex ce sont des bandes de papier qui sont collées et ils pouvaient très bien... ils m'avaient déjà accusé d'avoir falsifié le telex, alors bon, il fallait être très prudent.
- Speaker #0
Monsieur le Président, Messieurs les Conseillers, Mesdames et Messieurs les Jurés. Le procès de Klaus Barbie est un procès historique. Il est le premier en France intenté pour crime contre l'humanité, contre un accusé jugé en application de la loi du 26 décembre 1964, loi votée à l'unanimité par le Parlement et qui visait les crimes commis par les nazis et par leurs complices. Par ailleurs, si la Gestapo avait été une organisation criminelle absolument sans faille, même dans la débâcle, il n'y aurait eu aucun rescapé des prisons et des camps. Aucun de ces témoins qui ont déposé ici avec tant de dignité. n'aurait été laissé en vie. Aucun document n'aurait été épargné du feu, tel le telex visieux que j'ai pu retrouver. Et dans ce cas également, faute de témoins directs et faute de preuves documentaires, Barbie n'aurait pu être jugée.
- Speaker #2
35 du code pénal français. Dixièmement. d'avoir en 1944 à Lyon et sur le territoire français commis un crime contre l'humanité en prenant part à l'exécution d'un plan concerté pour réaliser la déportation, l'asservissement et l'extermination de populations civiles ou des persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux enlevant, faisant enlever, entraînant, détournant ou déplaçant par fraude ou violence En raison de leur origine juive, des lieux où ils étaient mis par ceux à l'autorité ou à la direction desquels ils étaient soumis ou confiés, un groupe d'environ 44 mineurs appréhendait le 6 avril 1944 dans le foyer d'enfants d'Izieux, avec les circonstances que l'enlèvement, le détournement et le déplacement ont été consommés sur des mineurs de 15 ans. Pour 41 d'entre eux, et ont été suivis de mort pour tout le groupe de 44 mineurs. Crime prévu et puni par les textes que j'ai cités précédemment. Serge
- Speaker #4
Klarsfeld a fait de sa vie un combat pour préserver la mémoire de la Shoah. Il revendique lui-même une filiation directe avec Isaac Schneerson, dont il a croisé la route et qui était le premier militant de cette mémoire en France.
- Speaker #5
Isaac Schneerson meurt en 1969. Il a porté le CDJC et le tombeau du martyr juif inconnu pendant de longues années. C'était la cheville ouvrière. il faisait euh Profiter l'institution de ses contacts au sein de la communauté juive, dans les milieux juifs, dans d'autres pays et aussi parmi les autorités. Et sa mort, ça prive le CDJC d'une énergie incroyable. Chez Ersten, personne ne pouvait rien lui refuser. C'est ce que les gens aimaient dire de lui. Alors ça ne veut pas dire que le mémorial et le CDJC vont végéter. dans les années 70-80. Mais c'est sûr qu'il lui manque cette détermination d'un homme qui faisait corps avec les deux institutions, deux institutions qui en fait pour lui n'en faisaient qu'une. Et c'est ça toute l'originalité de ce lieu.
- Speaker #7
On aurait pu imaginer en effet que l'institution qui tournait essentiellement autour de la personnalité de Snarson, on aurait pu imaginer en effet qu'elle s'effondre En tous les cas, ça a été un choc terrible, puisque Schneersov est resté dans l'institution vu que jusqu'à ses derniers moments, c'était lui qui l'animait. Je pense qu'il a eu la chance d'avoir autour de lui, notamment un Claude Kellman, qui était l'exception, puisqu'il était un juif originaire de Pologne, et non pas de Russie, mais qui lui... a porté l'institution pendant de longues années. Et quand je vous dis porté, c'est-à-dire que je comprends également qu'il a, c'était quasiment lui qui payait les salaires des quelques personnes, la poignée de gens qui travaillaient dans cette institution. Et donc l'institution ne s'est pas éteinte. Mais c'est vrai qu'il y avait toutes les chances. Toutes les conditions ont plutôt été réunies pour faire en sorte que l'institution s'arrête après Schneerson puisqu'il avait été l'âme de l'institution. Il en avait pensé le développement.
- Speaker #5
Je ne sais pas si je parlerais de temps mort parce que d'un côté Schneerson n'est plus là, mais il y a des gens qui prennent la relève, il y a des gens très importants, Georges Wellers, Claude Kellman... Et puis il y a un contexte qui change, où la mémoire de la Shoah gagne en visibilité sur l'agenda public, au gré des affaires. notamment lancé par Serge Klarsfeld pour mettre au jour les complicités de Vichy dans la déportation des juifs de France. Donc le mémorial gagne en importance, parce qu'il conserve des documents qui permettront par exemple d'incriminer un Klaus Barbie. C'est là que Klarsfeld va trouver le fameux telex d'Izieux. Et Serge Klarsfeld va être aussi un... un acteur important dans la mise en valeur du CDJC, dont il a toujours été très proche, où il a énormément travaillé. Donc oui, il perd son créateur, mais le contexte évoluant, il bénéficie d'une lumière qu'il n'avait pas auparavant dans les médias. Et puis les historiens se mettent aussi davantage à travailler sur le sujet. Donc le CDJC est plus sollicité. Il y a quelqu'un par exemple comme André Caspi. historien universitaire, spécialiste de l'Amérique du Nord, qui commence à s'intéresser à ces questions et qui va beaucoup travailler avec le CDJC, le rapprocher aussi de l'université, alors qu'avant c'était une histoire qui s'écrivait entre autodidactes extrêmement fort, mais qui n'avait pas un pied dans le système universitaire. Donc c'est un moment de mutation plus que de déclin.
- Speaker #7
On est également, si vous voulez, à une période où il y a un véritable enjeu, parce qu'on est à la fin des années 60. Je vous rappelle que les archives de Vichy, qui sont dans les dépôts des archives nationales, sont fermées. Et donc le rôle que joue le CPJC est fondamental, parce que finalement, même si on fonctionne d'une manière un peu illégale, puisque les archives que nous avons, Une partie relève des archives nationales, puisque les archives du commissariat général de question juive, de la police, etc., qui ont d'ailleurs été réclamées en entreprise à l'époque par les archives nationales, mais Schneerson refusait bien sûr de les rendre parce qu'il savait que ça allait être mis dans un placard et fermé. Donc à cette époque, le rôle du CETEC, c'est qu'il est le seul lieu où les chercheurs peuvent travailler, où les archives sont ouvertes et où ils peuvent travailler.
- Speaker #4
Comment le CDJC va-t-il réussir à survivre à son fondateur ? A partir des années 70 et 80, l'enjeu de la mémoire de la Shoah devient une préoccupation du grand public en France et le mémorial va connaître un tournant capital. C'est ce que vous entendrez dans le dernier épisode.
- Speaker #3
Ce podcast a été produit par Milim pour le Mémorial de la Shoah. Réalisation Elisa Azeugui-Burlac et Myriam Levin. Montage Elisa Azeugui-Burlac. Mixage et musique Kevin O'Leary. Retrouvez toute la programmation du Mémorial sur le site www.memorialdelashoa.com et sur les réseaux sociaux.