- Speaker #0
Fermez les yeux et imaginez un instant. Un îlot de sable blanc au milieu de la mer, le vent qui gronde et les vagues qui déferlent. Et là, posé au milieu de cette solitude, un géant de 68 mètres, fait de marbre et décoré de vitraux qui défile les éléments depuis maintenant plus de 400 ans. Bienvenue au phare de Cordouan. En le voyant depuis la côte du Médoc, je me suis posé cette question. Mais quel genre d'aventure peut-on vivre là-bas, confiné, immobile sur ce plateau rocheux, reclus dans ce véritable palais de marbre, sans cesse battu par les vents d'Ouest et la grande houle de l'Atlantique ? J'ai donc contacté Pierre et Sébastien, les deux gardiens, pour en discuter avec eux sur place. Car oui, dans un XXIe siècle nourri à l'intelligence artificielle et à l'automatisation, le métier de gardien de phare existe encore. Et Cordouan ? et d'ailleurs le seul en Europe à être encore gardé toute l'année. Sans surprise, leur réponse a été catégorique. Oui, bien sûr, l'aventure, même immobile, existe bel et bien. Et d'ailleurs, c'est ce qui les pousse à quitter leur famille toutes les deux semaines pour revenir prendre leur poste de garde à 7 km en mer au large de Soulac. Alors, bienvenue dans ce nouvel épisode des Entretiens Itinérants où je vous emmène dans une aventure pas si statique que ça. à la rencontre de celui qu'on appelle le roi des phares ou encore le phare des rois. Je sors du train à la gare du Verdun, en provenance de Bordeaux, et la première étape de mon aventure consiste à se rendre à Port-Médoc, point de départ des navettes à destination du plateau de Cordouan. Nous sommes le 22 juin, premier jour de canicule, et il fait une chaleur écrasante. Je monte sur la passerelle de la Bohème, le bateau qui va nous emmener jusqu'au phare, et je rejoins Jean-Philippe, le capitaine, qui me détaille le parcours qui nous attend.
- Speaker #1
Pour expliquer, il y a deux zones de départ, il y a soit le côté Royan, soit le côté Le Verdon.
- Speaker #2
Voilà, nous sommes deux compagnies qui partageons la desserte de Cordouan et les vedettes La Bohème. C'est Richard Vasse qui a créé l'entreprise il y a plus de 30 ans. Et c'est lui qui a commencé à faire les premières visites de Corbeau.
- Speaker #1
Ça en est aujourd'hui, on est à peu près à combien de milliers de visiteurs ?
- Speaker #2
On est en... entre 20 et 25 000 visiteurs par an. Ce n'est pas énorme, mais on est limité par les marées, forcément. Donc, on est au maximum du nombre de visiteurs possibles.
- Speaker #1
Quand on est parti de Port-Médoc, sur la droite, il y a une grande jetée qui est en ruine. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu plus ce que ça représentait ?
- Speaker #2
C'était l'époque où le Verdon vivait énormément, car c'était un molle d'escale. qui accueillait les Pacobos qui partaient du Havre avant de traverser l'Atlantique pour rejoindre l'Amérique latine. Et là, cet endroit était occupé par la marine allemande. Ils ont dynamité cet endroit. Il y avait un casino à l'extrémité de cette jetée. Et il y avait un petit train pour acheminer les passagers en direction de Sulac. Et tout ça, ça a volé en éclats et c'est resté en état.
- Speaker #1
Et donc ensuite, en direction du phare, on prend la passe qui nous emmène en dehors de l'estuaire. Et est-ce que tu peux nous décrire un petit peu le parcours qu'on fait pour venir jusqu'ici ?
- Speaker #2
Alors, on dépasse la pointe de Grave, qui est la limite administrative entre l'estuaire et les eaux maritimes. Et on traverse la passe du Sud, qui est une petite passe très peu fréquentée, car il y a très peu de fonds. uniquement des petits navires de pêche ou de plaisance. Les grands navires passent par la Grande Passe de l'Ouest, qui passe par le nord du phare,
- Speaker #1
donc plus proche de Royan. Exactement.
- Speaker #2
La Grande Passe de l'Ouest longe toute la côte charentaise jusqu'à la Palmyre, et ensuite par Pleine Ouest pour passer au nord du phare de Courbon.
- Speaker #1
Et donc ensuite, on arrive vraiment sur le banc. et sur les environs du plateau.
- Speaker #2
Le phare est entouré de rochers, d'un plateau rocheux, et de bancs de sable. et le gros navire ne peut pas approcher du phare. Nous sommes équipés de barges amphibies qui nous permettent de passer en roulant sur les bancs de sable lorsque c'est nécessaire, ou en mode navigation lorsqu'il y a trop d'eau. Sans ces barges amphibies, il serait quasiment impossible aujourd'hui d'accéder dans des conditions faciles pour tout public. Ce sont des engins qui sont extrêmement précieux.
- Speaker #1
La thématique de ce podcast, c'est l'aventure. Est-ce que toi, tu as une définition de l'aventure ? Qu'est-ce que c'est pour toi, l'aventure ?
- Speaker #2
Alors nous, nous sommes des petits capitaines, on fait des ronds dans l'eau, on ne fait pas de la navigation au large. Néanmoins, on est soumis à des conditions naturelles qui sont très complexes dans l'estuaire de la Gironde. Des bancs de sable, des zones de navigation où il y a très peu de profondeur, des courants violents. et une mer qui est souvent agitée. Alors aujourd'hui, c'est paradisiaque, mais c'est rarement le cas. On est plus souvent confronté à 1,50 m de houle qu'à un calme plat comme aujourd'hui. Donc pour nous, l'aventure, c'est ça, c'est pas insurmontable. Il faut juste bien connaître la zone, mais c'est surtout un plaisir avant tout de naviguer sur cet endroit qui est très peu fréquenté, qui est resté très sauvage et de permettre de découvrir... toute cette zone et ce magnifique phare à des gens qui ne connaissent pas du tout et ils reviennent toujours émerveillés. Pour nous, c'est un plaisir. Ils nous remercient au débarquement et ça, c'est un grand plaisir, plus qu'une aventure.
- Speaker #1
Pour ceux qui voudraient devenir aussi capitaine, que ce soit au long cours ou pas, toi, tu as quoi comme formation ?
- Speaker #2
C'est une formation de capitaine 200. 200, ça correspond au volume du bateau. 200 UMS, ça peut être quand même des bateaux considérables. Et ensuite, pour des gros navires, genre Cargo ou Pacobo, là, c'est des niveaux 3000 et c'est des niveaux beaucoup plus élevés que le nôtre.
- Speaker #1
Super, merci beaucoup en tout cas pour toutes ces réponses. Et puis, je te souhaite une excellente saison. Il commence sur des chapeaux de roue parce qu'il fait déjà 35 degrés. Mais au moins, la mer est calme.
- Speaker #0
Je me tiens maintenant au pied du phare, les pieds dans l'eau. La porte en bois s'ouvre et je suis accueilli par Pierre et Sébastien, tous sourirent. Je monte lentement la volée de marche humide et pénètre dans l'enceinte du phare pour y découvrir une tour imposante d'un blanc éclatant, entouré d'un mur d'enceinte de quelques mètres de haut seulement. Je me lance dans la visite en suivant le groupe avec lequel j'ai accosté. suspendu aux lèvres de Pierre qui nous raconte la grande histoire du phare de Cordouan.
- Speaker #3
Bienvenue à tout le monde, moi je m'appelle Pierre et je suis gardien ici sur le phare de Cordouan. Peut-être qu'on vous a expliqué qu'il y avait encore des gardiens ici ? Oui. Vous avez rencontré Sébastien et moi Pierre, on est les deux gardiens jusqu'à vendredi. Vendredi on s'en va, moi j'aurais fait mes 15 jours sur le phare et j'aurais droit à 15 jours de repos à terre. C'est pas mal hein ? deux semaines sur le phare, deux semaines de repos à terre, une semaine sur le phare, une semaine de repos à terre. Et on a de la chance que c'est le dernier phare en mer qui soit encore habité, qui soit encore gardienné. Pour ceux qui ont fait un tour de la cour, peut-être que vous avez vu, il y avait des pièces tout autour, la cuisine, les chambres, les toilettes et tout ça. C'est là qu'on habite. La base vie, elle est sur le pourtour, elle est en bas. On n'habite pas tout en haut, près de la lumière. On habite en bas, il y a les toilettes en bas, il y a l'électricité en bas, c'est plus pratique. Et on est une équipe de 5-6 gardiens à tourner comme ça, de manière à ce qu'il y ait toujours, toute l'année, 365 jours par an, 24 heures sur 24, deux personnes en présence sur le phare. Et on vous accueille en visite d'avril jusqu'à octobre à peu près. Après on arrête les visites parce que la mer elle est comme ça. Et les gens sont tout pâles en arrivant. Vous avez très bonne mine aujourd'hui. Vous venez nous voir seulement à Marébasse. Parce qu'à marée haute, personne ne peut venir nous voir. Vous avez compris ça ? La porte en bois, on a ouverte avant que vous arriviez. À marée haute, elle est sous l'eau, elle est dans l'eau. Nous, on attend que la mer baisse, on ouvre la porte et on va pouvoir la laisser ouverte comme ça pendant 4 heures, 5 heures. Quand l'eau va commencer à remonter, quand l'eau va arriver au pied de la porte, on referme la porte. On vous met d'abord tous dehors. Après, on referme la porte. Et après, on est tranquille jusqu'à demain. Voilà. Aujourd'hui, c'est une petite marée. Vous ne verrez pas une grosse différence. Vous allez voir la mer qui descend, mais tout doucement. l'eau va descendre de 2 mètres environ aujourd'hui, ce n'est pas grand-chose. Sur les grandes marées, l'eau monte et descend de 6 mètres. Et là, la porte est entièrement sous l'eau. C'est-à-dire que la porte n'est pas étanche, l'eau rentre dans les escaliers, les premiers escaliers que vous avez pris. De temps en temps, à marée haute, s'il y a de la houle, les vagues, elles cognent contre la muraille du phare et elles rentrent à l'intérieur comme ça, dans la cour, par-dessus notre cuisine, par-dessus nos chambres. Ce n'est pas très grave dans le sens… Alors, ce n'est pas très grave. On a tous déjà pris un paquet d'eau sur la figure ici au phare. Ça fait des gros paquets d'eau. Mais ce n'est pas très grave dans le sens où la cour est légèrement en tente. Ça a été conçu comme ça. L'eau rentre à l'intérieur. Ça fait une rivière qui coule, jusqu'au point le plus bas, c'est là-bas, devant la poterne, devant l'escalier que vous avez pris. L'eau, elle tombe dans les escaliers et elle traverse la porte. La porte est fermée, mais elle n'est pas étanche. Elle doit laisser évacuer l'eau. Normalement, ça fonctionne assez bien, mais de temps en temps, il y a plus d'eau qui rentre. Que d'eau qui sort. Et peut-être vous avez vu en rentrant, je ne sais pas, à gauche et à droite de la poterne, il y a des marques sur le mur. Un trait. 21 janvier 1924. 1819. Vous regarderez en sortant et vous verrez la hauteur d'eau sur certains rats de marée. Et vous comprendrez que de temps en temps, il y a de l'eau dans les chambres, il y a de l'eau dans la cuisine, ça peut arriver. Pas aujourd'hui, ne vous inquiétez pas. Mais vous ne dormez pas là de toute façon. Nous on a des grandes chambres sur nos bâtiments et puis si jamais vous, vous loupez votre bateau, on peut vous héberger ici, regardez dans les petites cellules. On ne commercialise pas de nuitée au phare, vous ne pouvez pas vous payer une nuit au phare. Mais par contre, on accueille parfois des artistes en résidence, des peintres, des dessinateurs. On accueille parfois des tailleurs de pierre ou des sculpteurs qui font la restauration des décors du phare, qui dorment ici. On accueille des fois des scientifiques en mission qui vont compter les crabes ou les algues autour, ils vont rester plusieurs jours. Ils peuvent dormir ici. Qu'est-ce qu'on a d'autre ? Quand vous voyez un reportage à la télé, souvent ils sont restés dormir une nuit ici. Je vous montre à quoi ressemble le phare aujourd'hui, là vous le reconnaissez, le phare de Cordouan. Et maintenant, regardez le même phare de Cordouan, il y a 400 ans. On a gardé la même base. Alors certes, on a perdu 2-3 trucs. Il y avait des tourelles, des échoguettes, il y avait une loggia avec des statues qui dépassaient. Il y avait des cloche-tons, c'est magnifique, mais à la première tempête, ça dégage. Et très vite, on va vouloir réparer, reconstruire et surtout agrandir plus un phare est haut et plus il se voit de loin. Donc on a rajouté tout ça par-dessus. On a démonté cette partie-là, on a rajouté tout ça. C'est pour ça que vous allez visiter deux phares, le vieux phare et le nouveau phare. Pour faire simple, ça, ça a 400 ans et ça, ça a 200 ans. Ce n'est pas le même style, ça se voit. Et quand on passera à l'intérieur du deuxième au troisième étage, on changera complètement de style, vous verrez. Il y a un certain nombre de marches, vous êtes au courant ? Oui. 301. On les a numérotées pour vous encourager. Ici, regardez, on a des grandes pièces. On a des marbres au sol, on a des cheminées, on a des décors sculptés, vous êtes sur un phare royal. C'est le seul phare au monde qui se présente comme ça. Sur un phare, vous n'aurez pas autant de décors, sur tous les autres. Il y a 400 ans, quand on construit Cordouan, Ce n'est pas seulement un phare, c'est un monument royal. Le but, c'est d'en mettre plein la vue à tous ceux qui vont passer par ici. S'ils font un truc pareil, c'est qu'il y a plein de bateaux, des bateaux anglais, des bateaux espagnols, qui passent par ici. La première chose qu'ils vont voir de la France, c'est ça. Il faut leur en mettre plein la vue. Et puis si vous regardez bien sur l'image, avant le phare de Cordouan, il existait déjà une petite tour. Vous la voyez, la toute petite tour, là ? Ça, c'était la tour, la ridicule et petite tour des Anglais. Les anglais ont dominé l'Aquitaine pendant 300 ans. Ils avaient leur tour ici. Quand on a chassé les anglais, il nous est resté la tour des anglais. On la laisse tomber en ruine et à la place on fait ça pour bien montrer à tout le monde qui c'est le chef. Maintenant un grand phare avec une architecture royale. Ça a quand même plus d'allure. Vous êtes sur un phare royal, donc il nous faut une pièce pour accueillir le roi. C'est la chambre du roi, c'est ici au premier étage. Je ne vais pas vous mentir, il n'est jamais venu nous voir le roi. Il y a des initiales sculptées, vous les avez sûrement vu, les LM, LMT, un petit peu partout là aussi. L c'est pour Louis XIV, MT pour Marie-Thérèse d'Autriche, son épouse. On a refait toute la déco pour Louis XIV et sa copine. Ils ne sont pas venus nous voir. Un gras. Il y a un monsieur qui est venu au phare par contre. Et lui, pour moi, il est plus important que les rois de France. C'est la super star de tous les phares du monde entier. Peut-être que vous le connaissez, je ne sais pas. Il est dans le coin là-bas. Il s'appelle Augustin Fresnel. Ça vous dit quelque chose ? Celui qui a inventé la lentille de Fresnel. Tout là-haut, la lentille du phare. Notre phare, il s'allume tous les soirs. Je ne sais pas si vous l'avez déjà vu de nuit. Non ? On va vous faire pédaler. Vous êtes 50, ça fait 10 ans. Ce n'est même pas nous qui allumons, c'est qu'appuyons sur un bouton. Il y a une petite cellule photosensible qui détecte. quand il n'y a plus assez de lumière du soleil et qui va allumer le phare. Tous les soirs, il s'allume. C'est une ampoule là-haut qui est grosse comme ça. Ce n'est pas énorme. Alors, de temps en temps, il faut la changer quand elle grille, mais ce n'est pas très souvent. Une fois tous les deux ans, peut-être. Cette lumière, on la voit à plus de 30 km. Ce n'est pas l'ampoule qui est puissante. C'est la grosse lentille qu'on met autour. Vous allumez une lumière, vous avez des rayons de lumière qui partent dans tous les sens comme ça. Vous mettez la lentille par-dessus et là, tous les rayons de lumière changent de direction. Tout est concentré en un faisceau de lumière très puissant. C'est ça la lentille de Fresnel. C'est comme si vous preniez une grosse loupe, vous la coupez en tranches, et vous mettez ça autour de la lumière. Et ça, ça s'appelle la lentille de Fresnel, parce que c'est Augustin Fresnel qui a inventé ça il y a 200 ans. On n'a pas trouvé mieux aujourd'hui. On les fait plus petites, on les fait en plastique, mais c'est toujours des lentilles de Fresnel. Alors si vous connaissiez la lentille de Fresnel, ça a commencé à Cordon. Après son invention, il est venu passer un mois à Cordouan pour installer la toute première lentille sur un phare. Et il est mort peu de temps après. Regardez, il est jeune. Il est mort à 39 ans. Il n'avait pas déposé de brevet sur sa lentille. Et il n'a jamais su que tous les phares du monde allaient être équipés bientôt de lentilles de Fresnel. C'était il y a 200 ans, en 1823, le phare de Cordouan, le premier phare, allait être équipé de la lentille. C'est une guerre de religion. Il était protestant, il devient catholique, et ici on vient rappeler à tout le monde que le Royaume de France reste catholique. On vient le rappeler aux Charentais aussi, surtout, qui étaient très protestants. Regardez l'architecte qui est ici, avec sa barbiche et sa jolie fraise autour du cou. C'était à la mode, ça, il y a 400 ans. Peut-être que ça reviendra à la mode. Non ? Il s'appelle Louis de Foix, l'architecte. Et je vous laisse imaginer les problèmes qu'il a pu rencontrer il y a 400 ans pour construire ce phare au milieu de la mer, sur ce rocher. Il est allé voir le roi de France, il lui a dit « on va construire votre phare en deux ans, trois ans maximum » . Il s'est planté, il s'est complètement planté. Alors il débarque sur le plateau rocheux, une cinquantaine d'hommes, maçons, tailleurs de pierres, sculpteurs, menuisiers, charpentiers, ferronniers, tous les corps de métier pour construire ici. Ils construisent une digue autour du chantier, pour éviter de se faire submerger à chaque grande marée, à chaque tempête. Leur digue, elle n'est pas très solide, elle n'est pas très éponge non plus. Il y en a qui pompent de temps en temps pour retirer l'eau. Ils viennent avec des chevaux, il y avait une écurie sur place. C'est des chevaux qui vont tirer les pierres. Et tous ces ouvriers, ils ne rentrent pas dormir chez eux le soir. Ils restent vivre ici. Alors ils restent jusqu'à l'automne, début d'hiver, ils essayent de rester, mais en hiver, ils ne peuvent pas rester ici, ils rentrent à terre. Et ils reviennent au printemps suivant pour constater que tout ce qu'ils avaient fait l'année précédente, balayé par les tempêtes, il faut recommencer. Ça ne va pas prendre trois ans, ça va prendre 27 ans de construction. Et l'architecte, devinez quoi ? Il est mort avant la fin des travaux, il n'a jamais vu son phare terminé. Lui non plus. Ni le roi, ni l'architecte. Vous avez vu la différence de style ? On a changé d'époque. On a fait un bond de 200 ans. C'est fini les sculptures, les colonnes et tout ça. Mais par contre, on a un grand escalier rentant. C'est lui qu'il faut regarder. Non seulement il est beau, mais c'est lui qui tire la partie haute du phare. On n'aurait pas pu agrandir le phare sans cet escalier, parce que si on avait poursuivi le petit escalier à vis comme ça, sur le vieux dôme, ça aurait fait trop de poids, ça serait effondré. Si on avait fait un escalier à vis au sommet du dôme, ça serait effondré aussi, trop fragile. Le seul moyen, c'était de mettre un escalier rampant le long de la paroi. Il fait trois tours, donc le poids est bien équilibré sur tous les côtés. Et on vient s'appuyer sur les rebords du dôme, là où c'est solide. Avant, en fait, le dôme s'arrêtait là. Et ici, il y avait de la lanterne. Juste avant d'arriver tout en haut, vous allez passer devant un tout petit bureau, la salle de veille, où les gardiens, avant de faire leur veille, ils devaient passer leur nuit là-haut à surveiller la lumière. Il y avait trois gardiens à cordon, il y en avait deux qui montaient. Un qui faisait le premier quart jusqu'à 1h du matin, un qui faisait le deuxième quart de 1h du matin jusqu'au lever du jour. Et toute la nuit, il devait surveiller la lumière, il devait remettre du pétrole. Il devait nettoyer le brûleur. Pour que la lumière continue à tourner, toutes les trois heures, il fallait remonter la manivelle, le mécanisme de l'horlogerie. Devinez ce qu'on fait, nous, aujourd'hui, la nuit. Et comment on sait s'il y a une panne ? Ça sonne. Tout est automatisé, et comme tout ce qui est automatisé, il y a des pannes. Et donc, il y a une alarme qui sonne en bas dans nos chambres. Ça peut être l'ampoule qui a grillé, ça peut être le moteur de rotation qui est tombé en panne, ça peut être le groupe électrogène. Souvent, c'est le groupe électrogène qui a calé. Parce qu'on n'a pas l'électricité du continent, on a nos groupes électrogènes ici. Donc quand il calme, ça sonne dans nos chambres tout de suite, on a un groupe électrogène de secours, on a une ampoule de secours, on a un moteur de secours. Si je vous dis que ça n'arrive pas souvent, ça va arriver ce soir, je suis sûr. Donc oui, ça arrive de temps en temps. C'est la loi des séries, des fois pendant deux mois ça ne va pas sonner, et puis des fois la même semaine ça va sonner tous les soirs. Ça arrive souvent en hiver. Parce qu'en hiver, on est un peu plus malmené par les éléments et puis tout simplement parce qu'en hiver, les nuits sont deux fois plus longues, donc il y a deux fois plus de chances pour que ça arrive. Donc nous, on dort la nuit et puis la journée, on fait surtout de l'entretien, du ménage, du bricolage. En fait, on est les concierges du bâtiment. On fait de la peinture, on fait du bricolage, on change les filtres à gasoil sur les groupes électrogènes, on fait les vidanges, on change les serrures qui sont rouillées, on décape les trucs qui sont rouillés. On vous fait visiter. Ah, dans nos chambres, on a des planchers Napoléon III. On marche avec les patins comme chez Mémé. Et on sire les planchers. Et on astique les cuivres. Je ne sais pas si vous avez vu toutes les poignées de porte, là, on les tond qui brillent. On astique les cuivres. Ce n'est pas très rigolo. Enfin voilà, on est là pour l'entretien du bâtiment surtout. On a cette chance-là, comme je vous disais, d'être les derniers habitants sur un phare en mer. On est là surtout pour l'entretien du monument historique. Pour de vrai. Parce que le phare, d'un point de vue signalisation maritime, il a une importance de moins en moins importante. Parce que les bateaux ont le GPS, parce que les gros bateaux rentrent dans le chenal, c'est sécurisé, ils sont accompagnés par un pilote. Nous, on sert encore de système de sécurité pour les petits bateaux qui naviguent autour du phare, plaisanciers, pêcheurs, bateaux touristes, voiliers. Tous les ans, il y a un drame en moyenne ici. Un peu plus même, oui. Tous les ans, oui. On a des bateaux qui s'échouent sur le sable. Vous avez vu les bandes de sable devant ? Ça a l'air moins dangereux que le rocher. Mais en fait, quand les bateaux s'échouent sur le sable, ils n'arrivent plus à repartir. Et quand la mer remonte, ça déferle. Et des fois, ils se retournent. Donc oui, tous les ans, en moyenne, on a un ou deux drames. Souvent, c'est les plaisanciers. Mais l'année dernière, on a eu un bateau de pêche qui a coulé. Ça arrive même aux professionnels. Un bateau de pêche qui a coulé, les trois marins se sont retrouvés à la mer, ils étaient en hypothermie, ils ont été sauvés en hypothermie. Ça arrive même au meilleur. Nous, on n'a pas de bateau, on ne peut pas sortir du phare. Donc nous, on peut juste servir à appeler les secours si on voit le truc. En France, on fait la distinction entre les phares et les sémaphores. Vous voyez ce que c'est les sémaphores ? C'est la marine nationale sur les sémaphores qui surveille ce qui se passe sur les fers. Nous, on est un phare, on est juste là pour faire un signal d'huile. Au passage, si vous le voyez de nuit, le signal lumineux, vous l'avez déjà vu ou pas ? Non ? Chaque phare a un signal lumineux différent. Cordouan, c'est trois éclats toutes les douze secondes. Deux longs, un court. En gros, il s'allume trois secondes, il s'éteint. Trois secondes, il s'éteint. Une seconde, il s'éteint. Et là, vous savez que c'est cordouan. Parce que si vous voyez ce soir deux éclats toutes les neuf secondes, ce n'est pas nous, c'est la coubre, le phare de la coubre. Un éclat toutes les 4 secondes, c'est le phare de grave. Chaque phare a son signal.
- Speaker #0
Une fois redescendu du sommet de la tour, Pierre et Sébastien m'ouvrent les portes de leur petit refuge, adossé au mur d'enceinte du phare. L'intérieur est fonctionnel, mais chaleureux. Une cible de fléchette est accrochée au mur, et une partie d'échec n'attend que notre départ pour reprendre son cours. La discussion peut commencer.
- Speaker #1
Pierre et Sébastien, vous êtes les deux gardiens du moment du phare du corps de vent. Et vous êtes là jusqu'à vendredi prochain, c'est ça ? Et ma première question, ça va être, comment vous vous êtes retrouvé là ? Gardien de phare, c'est quoi ? Est-ce qu'il y a une formation pour devenir gardien de phare ? Pour ma part,
- Speaker #4
c'est un peu un coup du hasard. Et ça correspond aussi à un idéal de vie. C'est-à-dire que moi, j'ai vu passer l'offre sur un journal local, l'offre d'emploi. Je me suis dit, ça serait génial, je sens que c'est fait pour moi. Tant qu'on n'est pas là, on ne peut pas savoir si c'est fait pour nous. Du coup, j'ai postulé. Ça n'a pas marché la première fois. J'ai renvoyé régulièrement mon CV, ma lettre de motivation. Et puis, à un moment donné, il y a eu besoin d'un remplacement sur le phare. On a dit bon ben t'as l'air d'insister un peu en gros, viens faire un essai sur le phare et puis ça a fonctionné. Derrière il y a un contrat qui s'est libéré d'abord et depuis ça fera deux ans maintenant que je suis le petit dernier.
- Speaker #1
Et le journal c'était quoi pour ceux qui veulent ? C'était le Sud-Ouest. Et toi Pierre, c'est un peu la même histoire ou t'avais vocation à faire ça dès le début ? Non,
- Speaker #3
pas du tout, je savais même pas que ça existait encore. J'ai vu une annonce, ça devait être sur le site de la fonction public territorial. je pense. J'ai vu l'annonce cherche gardien à Cordonne, j'ai vu, je croyais que c'était une blague, donc j'ai vérifié déjà sur internet s'il y avait vraiment encore des gardiens, et j'ai vu ça, j'ai vu tout, je me suis dit, ça a l'air chouette quand même. Et j'ai postulé, et puis j'ai dû tomber au bon moment, parce que je pense qu'ils cherchaient à développer un peu le côté touristique à cette époque-là, et j'ai pu suivre une formation en histoire, en tourisme.
- Speaker #1
Ok, donc oui, t'as pas du tout une formation ni de marin, ni de... je sais pas ce qu'on peut dire, scientifique ? Je ne sais pas, mécanicien, ce qu'on pourrait penser être utile dans un farm, mais plutôt...
- Speaker #3
Sécurité,
- Speaker #4
sécurité.
- Speaker #1
Et du coup, vos formations initiales, donc Sébastien, toi, c'est donc pompier ?
- Speaker #4
Oui, c'est ça exactement. Mais en fait, je pense que le casting, il est bien fait pour ça, c'est qu'on est tous complémentaires. Ce que je dis souvent, d'ailleurs, aux gens en musique, c'est qu'il y a toujours quelqu'un qui sait faire. Quoi qu'il arrive, il y en a toujours un qui saura faire. Vous avez la chaudière qui ne tombe en panne, vous savez que il y en a un qui saura faire. vous avez des doutes sur comment vous faites votre visite, il y en a un qui saura faire, vous voyez une espèce sur le plateau rocheux, vous ne savez pas trop ce que c'est, il y en a un qui sait, et en fait, je pense qu'ils font le recrutement dans ce sens-là, c'est qu'on pioche un petit peu dans tous les métiers que les gens ont fait avant, et puis tous les états d'esprit aussi, parce qu'on a tous un petit peu des états d'esprit qui peuvent être différents, et c'est toute une complémentarité qui fonctionne bien.
- Speaker #1
Il y a une vraie alchimie à trouver entre les différents gardiens, parce que j'imagine que le quotidien peut ne pas être facile aussi, et il peut y avoir des engueulades, des choses comme ça, si la paire n'est pas forcément...
- Speaker #3
C'est un micro ici. Oui, on est que d'un. Oui, c'est un micro, donc il faut savoir s'entendre à deux. On a une bonne équipe, on s'entend tous bien. Après le phare est grand, il y a des collègues qui aiment bien passer beaucoup de temps avec leurs collègues, qui sont très proches, il y en a d'autres qui préfèrent bricoler un peu dans leur coin,
- Speaker #1
donc chacun vit un peu sa vie aussi ici. Est-ce que ça vous faisait peur au début ? Est-ce que quand vous êtes arrivé là vous vous dites « oulala ça va être long quoi, seul sur un caillou pendant deux semaines » ?
- Speaker #4
La seule petite incertitude que je pouvais avoir au début c'est de me dire comment je vais réagir 15 jours en hiver, parce que je suis un petit peu comme les gens qui viennent nous voir, qui n'arrivent pas en hiver, et on peut se dire « bon effectivement je ne sais pas » en tant que… tout à l'heure, je ne sais pas si je suis fait pour ça, je ne sais pas si je vais supporter 15 jours en plein hiver, et puis en fait, les 15 premiers jours se passent super bien, les 15 suivants, pareil, et puis en fait, on se dit, non, en fait, je suis à ma place. Mais les gens pensent qu'on est seul, mais en fait, on est loin d'être seul. On a toujours nos collègues à terre, au téléphone, dans la semaine. On a le collègue qui est là pendant une semaine, quand on est à 15 jours, on a un autre collègue qui arrive. Donc on change encore, ça fait vraiment une transition dans les semaines. Et puis on a des gens qui viennent nous voir sur chaque marémoise, donc on voit du monde. Et puis avec les technologies modernes, on n'est plus du tout vraiment isolé. Et si on a besoin de s'isoler, on peut le faire. Ça, c'est un vrai luxe.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que c'est le luxe à la fois de la pleine mer, mais aussi du banc qui s'étend sur combien de mètres ? Là, jusqu'à l'île sans nom. Le plateau rocher, oui.
- Speaker #3
La l'île, elle est à 2,5 km, quelque chose comme ça. Et le plateau rocheux, il est grand. Quand ça dégouffre sous les grandes marées basses, on peut s'éloigner jusqu'à 1 km. C'est vrai que ça prend un petit peu de temps. Oui,
- Speaker #4
c'est possible. On a un très, très grand jardin.
- Speaker #3
C'est énorme.
- Speaker #4
Du coup, on a un beau temps de jeu.
- Speaker #1
Il y a de quoi pêcher la crevette. Et le bar, surtout.
- Speaker #4
Et puis,
- Speaker #1
je vois les jeux d'échecs et la cible de fléchettes aussi dans la salle.
- Speaker #4
Bon.
- Speaker #1
La table,
- Speaker #3
c'est assez fort pour une table. Il y a un petit filet qui se met ici.
- Speaker #1
Je vois qu'on est bien équipés pour les longues soirées d'hiver. Je ne savais pas que tu avais écrit des livres sur Cordouan, etc.
- Speaker #3
Sur Cordouan et sur la lentille de Fresnel.
- Speaker #1
D'accord. C'est parce que tu t'embêtes le soir au phare que tu fais ça ? Ou c'est parce qu'il y a une autre raison ?
- Speaker #3
J'essaie d'écrire au phare, mais je n'arrive pas à trouver vraiment le temps. Je ne sais pas pourquoi ici. Du coup, je travaille à mi-temps ici. Je travaille six mois dans l'année au phare. Et en hiver, je rentre chez moi et... que j'écris.
- Speaker #0
Tu n'as pas complètement abandonné tes premiers amours d'histoire. Oui,
- Speaker #1
c'est sûr que je trouve une nouvelle passion, les phares, et je peux encore faire mes recherches parce que j'aime bien, c'est un super compromis. Et ce que je fais en hiver, ça m'apporte des connaissances pour l'été avec les visiteurs ici, et ce que je peux en été ici, je rencontre plein de gens qui sont intéressés par les phares, donc l'un nourrit l'autre.
- Speaker #0
Donc là, on vient de faire la visite, on redescend du phare, et c'est vrai qu'il est magnifique, et pour en avoir visité quelques-uns... Il n'y a rien de comparable. C'est une écomonde. Cette architecture, elle existe nulle part ailleurs. Je ne sais pas,
- Speaker #2
la salle que tu as trouvée la plus jolie ?
- Speaker #0
Celle-là, avec la fléchette. C'est la chapelle, bien sûr.
- Speaker #2
C'est nulle part ailleurs. C'est nous là-dedans. Quand les gens montent dans le phare, arrivent dans une de ces salles, notamment la chapelle, et c'est fait de bas à haut. qu'est-ce que c'est beau. En fait, c'est super, ça nous incite encore plus à conserver ce bâtiment et à entendre ça et à apprendre ça aussi devant nous.
- Speaker #1
On a de temps en temps des gens qui viennent chanter dans la chapelle et ils laissent encore. On a eu un concert de corps de chasse cet été-là.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Un concert de corps de chasse dans la chapelle, ça a résonné. Un concert de guitare.
- Speaker #0
Oui, ça a pris un petit effort.
- Speaker #1
Oui, c'est les vivants, ces chapelles-là, il se passe encore des choses.
- Speaker #0
On a rencontré des pêcheurs dans l'estuaire qui nous alertaient quand même beaucoup sur les évolutions, que ce soit de la faune, de la flore, même de la géographie de l'estuaire. Comment est-ce que ça se traduit ici ? Qu'est-ce que vous constatez, vous, ici, en mer ? On est quoi ? On est à 2000 de la côte ? 6 km. Nous, ce qu'on constate,
- Speaker #2
c'est l'évolution des bancs de sable.
- Speaker #0
Surtout ici,
- Speaker #2
c'est plutôt rocheux, il s'est reculé un peu beaucoup. On ne peut pas aller à l'échelle de 10 mètres.
- Speaker #0
par contre les bandes sables cette île elle est apparue en 1999 on parle de l'île qui est au bout du banc de sable qu'on appelle l'île nouvelle ça s'appelle l'île nouvelle la petite Tahiti chacun
- Speaker #2
lui donne un nom différent et c'est fou parce qu'elle est apparue dans les années 90 elle est apparue suite à la tempête en 1999 mais par contre on voit toujours ces bandes sables qui évoluent à bon âge on discute avec les collègues, ils faisaient les relèves le vendredi par le sud, ils arrivaient directement en part, maintenant on le fait par le nord dans une passe qui est en train de se refermer petit à petit, ça se trouve dans 15 jours on va remonter, c'est plus par là qu'on passe pas ils vont rechauffer encore l'itinéraire,
- Speaker #0
etc. c'est en constante évolution, ça n'arrive jamais comme ça on le voit chaque semaine au moment où on le constate le 22 juin, donc jour de canicule Quels impacts ça peut avoir ici ? Est-ce que ça en a ? Je ne sais pas sur la pierre, mais quels impacts est-ce que ça peut avoir ? Ces multiplications des canicules, le réchauffement de manière générale, à la fois sur le patrimoine et à la fois sur faune et flanc ?
- Speaker #2
Le premier impact, c'est ici, c'est mon réserve d'eau. Parce que nous, on récupère l'eau de pluie qui ruisselle sur le phare pour la stocker dans des gueules. 24 mètres cubes de potentiel d'eau douce et c'est cette eau qui nous sert à prendre une douche, à faire la cuisine, on la filtre à l'eau potable.
- Speaker #0
C'est votre seul accès à l'eau douce.
- Speaker #2
On remonte de l'eau potable par bateau quand il y a vraiment besoin. Et ces cubes, s'il ne peut plus, on a plus d'eau. Ça c'est le premier impact. Et puis le deuxième, c'est ce phare qui condense énormément. Et puis ton apercevoir, je pense, il fait très frais dans ce phare. C'est tout humide par terre, c'est le poids qu'on a passé de la science, c'est que vous le serrez hier, je ne sais pas si tout le monde sera charmenté, mais ce phare il est très humide en fait. Alors nous on aime bien qu'il reste humide parce que les marbre brillent, c'est très joli et la pierre reste collée en fait. On a des vents d'est très secs et qui ne fait pas cette température là, et bien en fait ce vent d'est il assèche complètement, il vient éroder cette pierre, on a constamment de la poussière et cette pierre qui s'étrique et qui tombe. Donc nous on aime bien que ce phare reste humide, on essaie de conserver cette humidité, mais là en fait c'est tellement humide et ça condense tellement en ce moment que ça tombe plus dans ces fripans, ça tombe par blocs. Donc on trouve des blocs en fait partout. À l'extérieur ou à l'intérieur ?
- Speaker #0
À l'extérieur, des deux côtés. Et ça il n'y a pas vraiment de moyen de l'éviter ou quoi que ce soit ? Non,
- Speaker #2
il faut restaurer.
- Speaker #0
Si c'est la restauration,
- Speaker #2
la restaurer simple. C'est un phare qui toute son existence nécessitera d'être restauré. Il sort de 10 années de restauration. Déjà, tu regarderas, au-dessus, la porte du vestibule, il y a la tête de Neptune, avec des pattes de crabe. Ça a été restauré il y a 3 ans. Déjà, on ne reconnaît plus Neptune, parce qu'il est plein est. Là où tu disais, c'est vraiment Hérode. On espère que ce soit un enjeu collectif, c'est ça surtout qui nous importe, parce qu'on constate dans la société actuelle, la culture et le patrimoine, ce n'est plus forcément la première des nécessités, on peut l'entendre. Seulement, nous qui vivons là, on ne peut pas concevoir que ce phare ne soit plus restauré. Effectivement, c'est plus cher, mais dans quelle mesure on restaure le patrimoine national ?
- Speaker #0
quels sont les enjeux que vous allez amener à... à affronter dans les années qui viennent.
- Speaker #1
On risque d'avoir de plus en plus de tempêtes, de plus en plus de niveaux d'eau de plus en plus haut. On a deux choses qui nous menacent, je pense, par rapport à l'eau qui rentre dans le phare. Il y a des marques sur le phare, je ne sais pas si tu as vu.
- Speaker #0
Je ne les ai pas encore vues, mais j'irais documenter tout ça.
- Speaker #1
De temps en temps, on se fait un peu submerger. Ce n'est pas comme une part de Bretagne, on a de l'eau dans la cour, ça rentre dans les pièces. On sait que ce genre d'événement... qui est exceptionnel et qui est amené à se reproduire de plus en plus souvent d'un côté on a le fait quelque chose de tout à fait naturel, c'est l'érosion du rocher on a du rocher autour de nous la mer elle attaque le rocher, il y a de moins en moins de rocher qui nous protège et de l'autre côté on a la montée des océans qui nous menace aussi parce que quand on regarde les marques qu'il y en a en cours, si on rajoute un mètre par exemple, 50 cm ou un mètre ou un mètre 52 en plus on va se faire submerger assez méchamment sans doute vous pouvez accueillir des
- Speaker #0
Alors que ce soit des artistes, des scientifiques, etc. À demeure ? Depuis 5 ans,
- Speaker #2
je crois. Il y a des scientifiques qui viennent voir l'évolution des algues et des hermènes sur le plateau rocheux et qui n'ont pas encore justement assez de recul pour voir quelle évolution ça prend.
- Speaker #0
Et on participe à ça. On demande aussi de la participation. Le podcast, le slow tour, c'est aussi la thématique générale, c'est l'aventure. Et c'est comment on peut retrouver de l'aventure à côté de chez soi. Est-ce que vous, est-ce qu'il y a une antinomie à dire, ok moi je suis isolé tout seul sur mon phare ou entre guillemets il ne se passe rien, est-ce que c'est encore une aventure ? C'est quoi une aventure pour vous et est-ce que vous avez une définition de l'aventure ?
- Speaker #2
C'est totalement une aventure à partir du moment où on ne sait pas, donc on met les pieds vraiment, en fait, le jardin de phare comme je disais tout à l'heure, il n'y en a plus, ça n'existe plus, donc la première fois que vous arrivez, comme je disais tout à l'heure en fait, on ne sait pas trop. on ne sait pas trop ce qui va se passer, quelles seront vraiment les missions. Ça peut être une définition de l'aventure. Et puis, le soir, vous allez vous promener sur le plateau rocher en pleine nuit. Ça peut être une aventure aussi, parce que vous allez pouvoir croiser des choses dans les trous d'eau. Vous allez pouvoir... C'est arrivé à un ancien collègue de mémoire de moi qui m'avait raconté ça, qui est tombé sur un phoque. Il est tombé dans la neige avec un phoque sur le plateau rocher en pleine nuit. En fait, il peut se passer énormément de choses. Ça rend le truc super intéressant.
- Speaker #0
Et toi Pierre, tu aurais une définition de l'aventure ? Ce serait quoi pour toi l'aventure ?
- Speaker #1
L'aventure, ce serait ce qui nous sort du quotidien, je pense. Il n'y a pas forcément besoin d'aller très très loin, d'aller au bout du monde. En fait, l'aventure, c'est ce qui te sort du quotidien. Et ici, je crois que c'est le cas parce qu'on vit beaucoup en fonction de la météo, en fonction des marées, on ne fait pas les mêmes choses. Parce que tu ne fais pas la maison, tu es dans une maison, tu es protégé. Ici, on ne va pas faire la même chose à marée haute ou à marée basse, quand il fait beau et quand il ne fait pas beau. On vit vachement avec les éléments. C'est déjà pas mal d'aventure.
- Speaker #0
L'inconnu de ne pas savoir ce qui va arriver demain, ou dans l'après-midi, ou dans la nuit.
- Speaker #2
Ce qui n'a pas rentré chez toi, en fait. Oui, c'est ça. C'est un petit peu un petit peu aux enfants. Vendredi, je viens de chercher à la sortie de l'école. Au final, ça va être deux jours de plus,
- Speaker #0
parce qu'il y a des questions qui passent.
- Speaker #2
Et puis le maître mot est quand même la sécurité. C'est-à-dire que peut-être que dans le temps, ils prenaient le risque de faire des relèves de rentrée. Aujourd'hui, les marins qui nous font les relèves ne prennent plus de risque.
- Speaker #0
Ils nous ont fait rester une journée sur le phare, mais tout le monde rentre chez lui. Donc il est sain et sauf. En parlant de ça, du coup, et en parlant de l'aventure et du danger, c'est toi, Pierre, qui disais, il y a quand même régulièrement encore des naufrages et des bateaux qui échouent. sur le banc.
- Speaker #1
Quand ça bouge tout le temps, on n'est pas en maître du tout. Les bancs de sable, c'est un exemple typique. Tu peux avoir une carte avec les bancs de sable d'il y a 3 ans, ce ne sont plus les mêmes aujourd'hui. Les gars qui naviguent une fois par an, qui n'ont pas repéré l'endroit avant, qui viennent ici, qui s'échouent sur un banc de sable, nous on est là aussi pour faire de la prévention avec les plaisanciers qui viennent et qui s'échouent sur le banc de sable. On va dire, là ce n'est pas le bon endroit, quand ça va monter, ça va déferler à cet endroit-là, il faut aller un peu plus loin. On est là aussi. pour que l'aventure des gens se passe bien.
- Speaker #0
Les plaisanciers peuvent aussi venir, on n'est pas obligé de passer. Alors moi, aujourd'hui, je suis venu par la navette qui est vers Verdun, mais les plaisanciers peuvent venir sur les horaires d'ouverture du phare, en été, quand il fait beau, etc. On peut aller mouiller. Sous le vent, il faut une grande marée ? On se met sous le vent là du banc ?
- Speaker #1
2-3 km d'ici, et puis après tu marches, tu peux venir avant la marée basse, c'est une petite aventure aussi.
- Speaker #0
Si tu devais partir Sébastien un an en aventure demain, qu'est-ce que tu ferais ?
- Speaker #2
Je fais le Tour de France à vélo avec ma famille et mes enfants. Ça c'est un projet que j'aimerais bien réaliser, en aventure à vélo, et c'est un moment en famille qui est absolument génial, parce qu'on se retrouve. Tous les imprévus, on les prend tous ensemble en famille, etc. Et en vélo, il y en a pas mal, que ce soit par la météo, que ce soit par les rencontres qu'on va faire, il y a plein de choses. Et je pense que ce serait ça.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez des inspirations, des sources d'inspiration qui vous ont donné envie de vous intéresser à ce métier-là ?
- Speaker #1
Moi, quand j'étais petit, je voulais être aventurier. Donc, les écrivains voyageurs, la CYLIN TESSAN, j'adore. Il y en a un que j'ai découvert il n'y a pas si longtemps et j'adore ce qu'il fait, il s'appelle Philibert Hume. Il fait des espèces de micro-aventures, mais c'est un peu cheap. C'est la descente de la Seine en canoë avec ses copains. Ça se présente comme un récit d'aventure. C'est très bien écrit et ça donne envie à la fois de voyager pas loin de chez soi et de prendre des chemins de traverse et de passer du bon temps avec ses copains. C'est une très belle aventure.
- Speaker #0
C'est une super définition de l'aventure, je crois, parce que c'est ça ce qu'on cherche tous. C'est avoir un peu de dépaysement, mais avec les copains. Est-ce que tu aurais une recommandation ? pour les auditeurs qui sont dans le coin alors bien sûr on va tous on a tout le monde de venir voir le phare et de venir et vous rencontrer mais est ce que toi alors tu viens de charles est ce que tu as une recommandation de choses à faire dans le coin moi
- Speaker #2
je vais dire ce que j'aime faire faire en fait c'est faire du vélo comme je le disais tout à l'heure et en fait toutes les régions sont belles pour ça et chez nous en Charente-Maritime, parce que moi j'ai une Charente-Maritime, mais c'est valable aussi en Gironde département qui sont super bien équipés pour l'infrastructure pour ça. Et en fait, ils ont vraiment moyen de s'éclater en partant pas loin, à son rythme, avec la condition physique qu'on veut. Et en fait, c'est vraiment moyen, comme tu parlais, de vivre des vraies aventures par ce biais-là.
- Speaker #0
Ne serait-ce que la Vélodyssée qui traverse...
- Speaker #2
La Faux Vélo.
- Speaker #0
Ouais, voilà, la Faux Vélo, etc. Il y en a plein. C'est vrai que c'est super sympa, c'est super bien équipé. C'est vraiment pas dur en termes de dénivelé. Je pense qu'on est à... entre 0 et 10 mètres sur la totalité des 200 bornes.
- Speaker #2
C'est un peu sûr, c'est qu'elles te font découvrir la région. Elles passent par des lieux, en fait, c'est comme un rochefort, en fait. Un rochefort, tu le vois sur une carte, tu ne connais pas, tu dis, bon, c'est ok, c'est un rochefort. Par contre, quand tu suis la Vélodyssée, tu vas passer par l'Erménie, tu vas passer par la Corde des Royales, tu vas passer par le Grand Vieux, tu vas passer par le Transborder. Et tu découvres, en fait, un petit peu toute la région patrimoine de la région.
- Speaker #0
Et toi Pierre, si tu avais une recommandation dans le coin à faire pour les gens qui sont de Gironde ou de Charente, qu'est-ce que tu leur recommanderais ?
- Speaker #1
Moi je suis comme Sébastien, j'aime bien prendre le vélo, de mettre la tente sur le vélo et de partir comme ça, c'est une vraie aventure, même autour de chez soi il y a plein de trucs qu'on ne connait pas, et il n'y a pas besoin d'aller très loin pour avoir quelque chose de dépaysant, et comme tu disais, je ne sais pas si tu disais ça, mais en fait en France il n'y a pas un département où il n'y a rien à voir. Il n'y a pas un département où c'est moche et où tu ne puisses pas te balader à vélo. Tu t'arrêtes dans le moindre village, le moindre bête. En France, tu fais un voyage, tu fais 50 km à vélo et des fois, tu changes d'architecture, de chapeau, d'église, de pinard, de fromage. Ça change tout. On a la chance d'avoir un pays qui est hyper diversifié en quelques kilomètres à peine. On prend ton vélo, c'est un peu...
- Speaker #2
Tout le monde a encore des yeux d'enfant. Quand tu étais petit, tu plantais la toile du tronc dans le jardin de chez tes parents. Tu étais heureux. tu pars comme ça, ça faisait comment ça ? Tu pourrais planter ta toile de tente, ça s'en met de chez toi et tu prends de l'eau. C'est aussi bien que de partir à 1000 km.
- Speaker #0
Après, ça ne plante pas très bien ici, dans le marbre.
- Speaker #2
C'est plus difficile. Avec un bon marbre, on y arrive.
- Speaker #0
Bon, merci beaucoup, Pierre et Sébastien. On espère que la saison sera bonne et qu'il n'y aura pas trop de canicule pour la suite.
- Speaker #2
Ça sera bonne, les gens sont toujours contents de venir ici.
- Speaker #0
Je vous le confirme. Bon, merci beaucoup. pour qu'on t'Instagramme le slow tour pour découvrir d'autres aventures. Merci pour votre écoute et je vous dis à dans deux semaines pour un nouvel épisode.