- Speaker #0
Le son du désir
- Speaker #1
Cette semaine dans Le son du désir, je vous invite à découvrir la nouvelle gagnante de notre grand concours d'écriture. Il s'agit de L'Ebolé de Julie Regnault. Bravo et félicitations à cette autrice audacieuse. Retrouvez cette histoire dans le livre Le désir est. Pour l'obtenir et profiter de 21 nouvelles inédites, cliquez sur le lien dans la description de cet épisode. Bonne écoute à vous et rappelez-vous, nous avons plein d'histoires et d'aventures dans notre espace VIP. A bientôt !
- Speaker #2
Les bolets de Julie Regnault Le désir est parfois aussi ironique que le destin. Je marchais dans les bois sans plus savoir de quel côté rejoindre un sentier sûr. J'avais suivi l'odeur des mousses. Je posais sur elles mes pieds tout nus et m'offrais un plaisir neuf. Je m'étais dit ce matin-là, il pleuvait silencieusement, tu poseras tes chaussures sur une pierre bien visible ou contre un gros tronc pour les retrouver. Je les ai perdues. J'avais les mains pleines de ce lait que font les lactaires délicieux lorsqu'on les coupe, un lait sanguin qui coulait le long de mes avant-bras et tâchait mon t-shirt déjà trempé de pluie. Plus la chaleur du jour bien avancée s'installait, moins je savais où j'allais. Une brume montée de la terre, dense, qui s'épaississait en brouillard. Je ne voyais qu'à un mètre ou deux, ce qui suffisait amplement pour voir les têtes orangées des champignons soulever les feuilles mortes du sous-bois. Il y en avait assez pour que je fasse ma difficile. Je ne ramassais que les plus petits, les bien fermes, qui resteraient bien croquants après la cuisson. Les autres, je les ignorais. Je les ferais revenir avec un peu de persil plat et de l'huile d'olive. J'aimais manger le bois, les fraises aromatiques à flanc de route, les grosses framboises dans les clairières, les myrtilles des bords de chemin que je prenais entre deux doigts, jamais au peigne. J'aimais la forme de coque de ma main, tenant une pyramide branlante de petites fraises, des bois tout juste cueillis. J'attendais qu'elles soient bien hautes. Ma pyramide pour l'enfourner, il n'y a pas d'autre mot, et faire juter toutes ensemble les fraises entre mes dents. J'aimais manger le bois, oui mais voilà, sans panier ni sachet où mettre ma prochaine poêlée de sanguin. Il s'approcha de moi sans parler, mais je n'avais pas peur.
- Speaker #0
En podcast, certaines scènes restent suggérées. En VIP sur leçonsdudésir.fr, les histoires vont plus loin. Version intégrale, plus longue, plus intense, plus explicite. Avec des centaines d'audios réservées aux abonnés. Retrouvez l'expérience complète sur leçonsdudésir.fr. Je répète, leçonsdudésir.fr.
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Mais je n'avais pas peur. S'il était à cette heure son bâton d'ancêtre à la main, à scruter le sol, c'est qu'il aimait se nourrir de ce que la nature offrait, comme moi.
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Je n'aime que les cèpes, les têtes les plus petites. Durs comme des seins de jeune femme,
- Speaker #2
me dit-il. Il se mit à rire. Nous allâmes dans des directions opposées, des brindilles craquées sous ses pas. Je les entendais non loin de moi et suivais mentalement son évolution lente dans la forêt. Parfois on se croisait parce que les champignons nous guidaient l'un vers l'autre. On se frelait, puis on s'éloignait. À la croisée de nos chemins, il regarda mes pieds nus, incrédules, et je lui dis, comme anticipant sa question, « C'est tellement bon ! » Il acquiesça, puis continua sa cueillette. J'entendais ses godillots écraser les feuilles et les mousses gorgées d'eau. Il chantonnait. On se croisa une nouvelle fois, et je lui dis que je n'avais plus de place pour les champignons, que j'avais les poches et les mains pleines.
- Speaker #0
« Remplissez vos chaussures. »
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me proposait-il. Je ne les trouve plus. Je les ai posées quelque part, je ne sais plus. Il se mit à aller chercher et je le suivais. Pourquoi ? Comme un petit chien. Nous nous enfoncions toujours plus en avant dans la forêt et je savais de moins en moins m'y orienter. La voiture était quelque part, pas bien loin, mais où ? Il cherchait le gros caillou en forme de cube sur lequel j'avais posé mes baskets. Je le laissais faire, convaincu d'une chose, on s'éloignait d'elle, lentement, mais sûrement, on ne les retrouverait jamais. Il faisait toujours moite, chaud, mais la pluie chelou. Chine avait cessé. Je ne le quittais plus, mais t'aimais pas dans les siens. Des gouttes d'eau ou de sueur coulaient de ses cuisses vers ses mollets et se perdaient dans ses chaussettes.
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« Mettez vos pieds nus. »
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« Pourquoi ? »
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« Pour sentir, comme moi, que nous croisions une chose que nous n'avons pas. »
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Il posa les quelques bolets qu'il tenait dans ses mains. « Très petitement, cela me surprit. » Puis il délaça ses chaussures de montagne. Et lorsqu'il ôta ses chaussettes, il soupira d'aise en souriant. C'était un homme qui aimait aller nu, j'en étais sûre, et ce sourire ne m'étonna pas. Il avait besoin de poser le pied sur la terre, en gardant la tête dans la brume, tout à fait comme moi. Il se leva, s'approcha de moi. releva mon t-shirt, l'enleva par la tête, puis, sans se presser, passa derrière moi et dégraffa mon soutien-gorge. Il me fit tourner entre ses mains comme pour modeler ma glaise et goûta la pointe de mes cèpes très longuement. Peut-être des heures, mais quelle idée peut-on avoir du temps dans une forêt opaque et humide qui filtre tous les sons, dilate chaque minute. Il caressa ma chair, me lécha le cou et l'entre-sens comme on tracerait un sentier étroit entre deux rocs. Il avait un peu de sang lacté sur la lèvre, il ne s'essuya pas. J'eus envie de ses fruits, de les goûter, de leur jus. Il s'assit sur le sol des trempées. Dans ses mains, il tenait les coques de mon soutien-gorge un peu rigide qui avait gardé la forme chaude de mes seins. Il observa un instant, puis me dit, en me les présentant bien ouvertes,
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« Là qu'il ferait un bon panier à champignons. »
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C'était l'ébolé de Julie Régnaud, avec Amélie Blochstein à la lecture et Alexis Iméros dans le rôle du personnage. Montage, Sacha. Retrouvez cette histoire dans le livre Le Désir est. Pour l'obtenir et profiter de 21 nouvelles inédites, cliquez sur le lien dans la description de cet épisode.
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Vous venez d'écouter le podcast Le Son du Désir. Sur les plateformes, certaines scènes sont suggérées. En VIP sur lesondudésir.fr, les histoires vont plus loin. intégrale, plus chaude, plus intense, plus explicite, avec des centaines d'audios réservées aux abonnés. Si vous aimez le son du désir, laissez un commentaire et 5 étoiles à ce podcast. Cela compte énormément pour nous, pour la visibilité. Retrouvez l'expérience complète sur lesondudésir.fr et abonnez-vous en 3 clics, lesondudésir.fr.