Speaker #0Bienvenue dans ce nouvel épisode du Delbrief. Derrière le micro, toujours en solo, c'est moi, Del. Et ici l'idée, c'est de débriefer de tout et de rien, enfin plus de tout que de rien, et en particulier de ce qui me fait vibrer : ciné, litté, photo, expo, dernier coup de cœur ou coup de gueule. Ne rien s'interdire, tout s'autoriser, bref, delbriefer en toute simplicité. Quelques questions pour commencer. Depuis le dernier épisode, avez-vous osé prendre la vague ? Êtes-vous allé voir LE film d'animation de l'été, In Waves ? Et surtout, avez-vous refait surface ? Allez, ne jouez pas les timides comme ça ! Et partagez vos impressions en laissant un commentaire sur Spotify ou Apple Podcasts. Pour nous remettre de nos émotions, je vous propose aujourd'hui un nouveau format. Alors, on va peut-être encore pleurer, oui, mais de rire cette fois, promis. On a suffisamment fait travailler nos glandes lacrymales, il est temps de muscler nos zygomatiques et nos abdos. Dans le Delbrief, j'ai l'habitude de vous encourager vivement à aller au cinéma et dans les librairies, des lieux vecteurs d'émotions qui connectent à la fois à l'altérité et à sa propre humanité. Mais il est un lieu dont je n'ai pas encore parlé dans le Delbrief et que je vais mettre à l'honneur dans cet épisode un peu spécial. Ce lieu, c'est une salle de spectacle. Et pas n'importe laquelle. Une salle incontournable où tous les grands humoristes ont fait leurs premiers pas et ont testé leurs premières blagues. D'Elie Kakou à Marine Leonardi en passant par Alex Lutz, ils sont tous montés sur les planches de cette scène. Je veux bien évidemment parler du Point Virgule, petite salle d'une centaine de places nichée en plein cœur du Marais, dans le quatrième arrondissement de Paris. Et je vais parler plus précisément du concept qui l'a rendu mythique dans le milieu du stand-up : Le Trempoint. Un mot-valise, une combinaison de deux mots : le tremplin + le point = le... Trempoint. Vous suivez ! Une scène qui permet de découvrir les petits princes de l'humour et de révéler les futurs rois du stand-up. Avec Le Trempoint, on fait littéralement le plein d'artistes. L'avantage pour le spectateur, c'est donc d'avoir dans un seul spectacle plusieurs artistes pour le prix d'un. Au lieu de voir un seul artiste qui joue son seul en scène pendant une heure, plusieurs humoristes se relaient pour jouer tour à tour une dizaine de minutes. L'occasion d'avoir un panaché de styles et une variété de profils : il y en a pour tous les goûts et pour tous les humours. Car oui, chaque humoriste est unique et sait se démarquer des autres. Chacun a sa petite touche personnelle et porte en lui une singularité qui fait qu'il ne ressemble pas à son colloc de scène. Et moi, quand je suis allée assister au Trempoint fin juillet, ce n'est pas quatre, ce n'est pas cinq, mais c'est bien six artistes que j'ai vus se succéder sur scène. Et tant pis pour la parité, j'ai passé ma soirée d'anniversaire avec six mecs ! Une soirée à ne pas confondre avec un speed dating de l'humour, ma soirée au Trempoint, je la comparerais davantage à un menu dégustation de l'humour en six temps. Faisons d'abord la connaissance du MC de la soirée, Pierre Hertout, qui lance Le Trempoint. Pour sonder le genre de public à qui il a affaire, il commence par lui poser quelques questions. "Par applaudissements, qui vient au Point Virgule pour la première fois ? Et qui assiste à un spectacle de stand-up pour la première fois ?" Il rassure les petits nouveaux et explique le déroulement de la soirée. Avec lui, on apprend les dix commandements du spectateur de stand-up. Ne pas être timide, rire, lâcher prise et surtout... être solidaire quand quelqu'un lance des applaudissements. Être le premier à monter sur scène n'est jamais un exercice facile, qui plus est devant un public qui ne lui est pas acquis puisqu'il a acheté ses places à l'aveugle. Mais Pierre Hertout, en nous parlant avec tendresse de son petit bled, ou de son père qui veut toujours avoir raison, il réussit l'exercice haut la main. Et c'est dans un tonnerre d'applaudissements qu'il laisse déjà sa place à Nicolas. La trentaine bien installée, avec sa tignasse poivre et sel, il se confie sur tous ces signes qui lui prouvent qu'il n'est plus tout jeune. Ses centres d'intérêt changent avec les années, tout comme son corps. Mais il sait qu'il n'est pas le plus à plaindre. Car ces petits tracas, c'est rien comparé à ce que vivent les femmes. Elles, elles ont tiré le gros lot en termes d'emmerdes liées à leur genre. L'épilation, l'accouchement, les règles... Autant vous dire qu'il a gagné des points directs auprès de moi et de toute la gent féminine dans la salle. Car oui, je trouve ça cool qu'un humoriste explore ces thématiques réservées jusqu'à présent aux femmes. On pense bien sûr à Florence Foresti ou à Marine Leonardi. Nicolas, il nous fait imaginer avec délectation une société dans laquelle ce seraient les hommes qui pisseraient tous les mois du sang. Les congés menstruels, ils auraient été adoptés depuis belle lurette ! Et les mecs, ils auraient carrément une carte d'invalidité. Et puis dans les cours d'assises, les règles seraient même une circonstance atténuante pour l'accusé :"Mesdames, messieurs, les jurés, comprenez que notre homme était menstrué. Normal qu'à l'acte... il soit passé !" Après un tel set pendant lequel j'ai ri à gorge déployée, je me suis dit que ça allait être difficile pour les suivants. C'est alors que j'ai eu la surprise de retrouver un comédien que j'avais déjà vu sur cette même scène, Vincent Seroussi. Et je vous cache pas que j'étais grave déçue en le voyant arriver, car j'avais pas gardé un très bon souvenir de son seul en scène intitulé Bien élevé. Lui aussi, il avait des circonstances atténuantes. C'était le soir du réveillon de Noël, le 24 décembre 2023, une date qu'on n'oublie pas. D'autant plus que le spectateur à côté de moi s'est barré très vite, très VNR, au bout de dix minutes seulement, après une succession de blagues un peu lourdes sur la confusion des genres. Et cerise sur le gâteau : le spectacle a été interrompu en plein milieu. Par quoi ? Eh bien, par... moi. Oui, oui, vous avez bien entendu. Je me suis levée. Mes amis se sont demandés, mais quelle mouche l'a piquée ? Je me suis excusée, une équipe de secours j'ai demandé, une spectatrice derrière moi était inanimée. Bref, je me suis levée pour interrompre le bien élevé. Alors après une telle expérience, une sorte de syndrome post-traumatique s'est déclenchée quand je l'ai vu débouler sur scène. Mais heureusement, cette fois-ci, tout au long de sa performance, je suis restée bien assise, pliée en deux, en entendant ses répliques cyniques sur la politique et sur la chirurgie esthétique. D'apparence physique, il est question aussi avec Soun Dembele. "Le seul Noir avec des taches de rousseur, un rouxnoi." C'est lui qui se présente ainsi. Petit béret, petites lunettes, stylé quoi ! Mais il sait que sans ses accessoires, là, c'est un tout autre homme. Avec lui, on voyage à Saint-Denis, aux côtés du « maire noir » et de quelques « bobos ». Et on voyage dans le temps à travers un petit freestyle sur les rois de France, rappeurs bling-bling de leur époque, couronne en or sur la tête et une meuf à chaque bras. Après le rouxnoi stylé, place à MarKouch. Et là, en parlant d'allure, je vous avoue que j'ai eu quelques a priori. En le voyant débarquer, une timidité et une certaine maladresse se dégagent de lui, si bien que je me suis dit qu'il n'avait pas le physique de l'emploi. Je ne vous cache pas que j'ai même eu quelques craintes pour lui, en me demandant comment il allait tenir son set devant le public, bien échauffé désormais. Mais j'avais tort de m'en faire, car c'est LA plus belle surprise de ce Trempoint. Ce gars m'a mis une claque et nous a bien remis à notre place, mes préjugés et moi. Après avoir expliqué avec beaucoup d'autodérision les raisons de son nom de scène, ce petit génie a continué de m'impressionner, avec une thématique qui pourtant m'intéresse peu sur le papier : la télévision. Bah déjà, j'en ai pas chez moi. Et en plus, s'il y a bien un truc que je regarde jamais, ce sont les émissions de télé-crochet, genre The Voice, Star Ac' et compagnie. Et Markouch, il se lance dans une critique de Mask Singer et dézingue le concept même de l'émission avec un humour sans pareil. Une cascade de vannes et un comique de répétition auquel j'ai été très très très réceptive. Et pour terminer en beauté, on conclut la soirée avec Yazid Assoumani, qui nous fait quelques confidences sur sa vie de couple. Je l'ai trouvé très touchant dans sa simplicité, dans sa manière de créer un lien de complicité avec le public, notamment quand il rit de manière si spontanée à ses propres blagues. Et je crois que ce qui a surtout retenu mon attention, c'est sa diction, son timbre de voix calme et doux. Ses temps de pause après chaque punchline. Tout ça incite à tendre l'oreille un peu davantage. Bilan de la soirée : c'est mon troisième Trempoint, et une chose est sûre, le niveau est clairement plus élevé qu'avant. Dans mes souvenirs, c'était plus inégal entre les comédiens. Là, sans exagérer, ils sont tous bons, même si on va pas se mentir, c'est normal d'être plus sensible à un humour qu'à un autre. Vous aussi, vous aurez forcément vos chouchous. Bref, au cours de ce Trempoint estival, j'ai trouvé le niveau plus homogène, tout simplement. Et si je ne vous ai pas encore totalement convaincus, laissez-moi le faire maintenant. J'entends vos réticences : "Ouais mais c'est quand même curieux, non, de payer une place sans savoir qui jouera sur scène ?" Parce que oui, quand vous achetez votre place pour Le Trempoint, les noms des artistes ne sont pas communiqués. Surpryyyse ! Eh bah, c'est sympa, vous croyez pas, de se laisser surprendre ? Dans une société où on sait tout à l'avance, où on ne laisse plus la place à l'imprévu. Arrêtez de regarder les sketchs sur écran et venez à la rencontre des humoristes en 3D. Et là j'entends encore quelques hésitations : "Ouais mais bon, si ça nous plaît pas ? On aura payé pour voir des artistes qui sont pas drôles." Bon alors, sachez que c'est moins risqué de tester Le Trempoint au moins une fois dans sa vie que d'aller voir un spectacle d'un seul artiste. Là, même si vous rigolez pas pendant les dix minutes que dure le passage d'un humoriste, vous êtes certain de pouvoir vous rattraper au prochain. Et qui dirait non à cette proposition alléchante ? De passer une soirée avec six comédiens ? Six pour le prix d'un, s'il vous plaît ? Et encore... Pour réserver ma place, je suis passée par le site Billetreduc. Et quand je vais vous révéler le prix, vous n'allez pas en croire vos oreilles. 10,95 euros ! Oui, mesdames et messieurs les Delbriefés, c'est moins cher qu'une place de cinéma plein tarif dans les multiplexes parisiens. Alors, on aurait tort de s'en priver, vous ne croyez pas ? Et les petites salles, comme Le Point Virgule, elles ont un avantage sérieux sur les grosses salles de spectacle. Même si vous ne pouvez pas choisir votre place, puisque le placement est libre, sachez que même au dernier rang, vous voyez les artistes. De la tête aux pieds, vous voyez les expressions de leur visage. Et les mimiques, pour accompagner une bonne blague, elles ont leur importance. Et si tu ne les vois pas, c'est comme si tu perdais la moitié de la blague. Dans certaines salles de spectacle, je suis certaine que ça t'est déjà arrivé de payer une blinde, une... blindasse ! ta place en visibilité réduite ! Et toi qui croyais passer la soirée avec un artiste, te voilà en tête à tête avec un putain de poteau ! Poteau au sens "pilier", pas au sens "pote". Une place qui te permet de voir l'artiste. Ah bah non, tu le vois... tu le vois plus. Cet artiste, qui a appris à se déplacer pour investir TOUT l'espace scénique ! Et toi, avec ta visibilité réduite, tu le détestes pour ça, tu voudrais qu'il reste bien figé sur scène, qu'il joue à 1, 2, 3, soleil ! Oui c'est ça là, c'est bien là, surtout pas bouger, histoire que tu aies le son et l'image simultanément et pas soit l'un, soit l'autre. Eh bien, avec une salle comme Le Point Virgule, ce genre de gymnastique pour voir le comédien sur scène en entier ou pour essayer de deviner ce que fait l'artiste qui a disparu derrière ce putain de poteau et qui a l'air de s'être lancé dans du mime qui fait rire toute la salle sauf toi qui le vois pas, eh bien avec Le Point Virgule, ce genre de situation pouvant devenir rapidement tragicomique et légèrement agaçante, ça n'arrive jamais. Non seulement tu vois tout, mais tu vois bien ! Tu vois l'artiste de près. Et ça, j'avoue, ça peut impressionner les plus timides d'entre vous, car c'est donnant-donnant. Celui qui est sur scène, il te voit aussi bien que tu le vois... lui. Mais contrairement à d'autres spectacles de stand-up où j'ai pu aller, là aussi je note un changement. Les piques lancées aux spectateurs sont beaucoup moins hardcores que dans mes souvenirs. Par exemple, avec un gars comme Fabrice Eboué, il ne faut clairement pas se mettre au premier rang, sous peine de devenir le bouc émissaire de la soirée. Car Fabrice Eboué, Faf pour les intimes, c'est le... pitbull de l'humour : il lâche jamais sa proie et ses punchlines mordantes, ben elles finissent par te faire un mal de chien ! Alors certes t'as pas de poteau en plein milieu, mais tu te prends juste des fléchettes en pleine tronche, tu te fais juste clasher toute la soirée, et le pire, c'est que t'as payé une blinde pour ça. Là, des fléchettes, il y en avait quelques-unes, mais elles étaient plutôt lancées aux humoristes eux-mêmes. Et même quand le public semblait tailler un spectateur en raison d'une réponse chelou ou d'un comportement un peu à côté de la plaque, là où avant l'humoriste serait engouffré dans la brèche pour en remettre une couche, là, il se précipite à son secours. Bref, on se sent très vite à l'aise, on n'a pas peur d'être pris à partie et l'ambiance générale est très bon enfant. Une dernière précision, Le Trempoint, ce n'est pas une scène ouverte dans le sens où n'importe qui peut monter sur scène. Et ce n'est pas de l'impro. Certes, les humoristes, ils peuvent parfois, d'une prestation à une autre, tester de nouvelles blagues, pour voir la réaction du public, et pour voir s'ils les gardent ou pas pour un prochain passage. Mais il faut garder en tête que la plupart des artistes sur scène au Tremplin ont leur spectacle d'une heure au Point Virgule. Ils ont donc tout intérêt à présenter le meilleur du meilleur en quinze minutes pour vous donner envie de revenir et de découvrir leur seul en scène. Donc ceux qui jouent ne sont pas des débutants débutants au sens où on l'entend souvent dans les scènes ouvertes. Et puis dans quelque temps, quand les comédiens que vous aurez vus au Trempoint exploseront, vous serez content d'avoir participé d'une certaine façon à leur succès et vous pourrez aussi vous la raconter en soirée : "Moi je l'ai vu à ses débuts, le gamin. Et je peux te le dire : j'ai tout de suite senti qu'il avait un petit truc en plus." Pour ceux qui n'habitent pas Paris mais qui viennent parfois dans la capitale le temps d'un week-end, pensez au Point Virgule. Pour découvrir les prochaines dates du Trempoint, cliquez sur le lien dans la description de l'épisode. Et pour les autres, je suis certaine qu'il y a à côté de chez vous, à moins d'habiter au fin fond du Larzac, un petit café-théâtre, une petite salle des fêtes qui vous propose des spectacles d'humour à un prix très accessible. Vous n'avez donc plus aucune excuse pour ne pas aller découvrir des humoristes sur scène. Rire, c'est bon pour la santé. Alors je ne peux que vous recommander d'aller voir du stand-up sans modération. Quand vous aurez sauté le pas, citez en commentaire de cet épisode tous les artistes que vous aurez découverts sur scène. Merci de m'avoir écoutée jusqu'au bout. En attendant de vous retrouver pour un prochain épisode, partagez ce Delbrief autour de vous, sans modération également. Et quelques petits mantras avant de vous quitter : vos chakras, vous ouvrirez ; votre curiosité, vous attiserez ; en salle de spectacle, vous irez et comme toujours, vous n'oublierez pas... d'en rire et d'en delbriefer.