Speaker #0Les Aventures de Moustache Malloré. Tome 1 : L'Esprit de famille. Une histoire originale, écrite et mise en voix par Mademoiselle M. Je suis ravie de te retrouver pour un nouvel épisode des Aventures de Moustache Malloré. Aujourd'hui, je vais te poser une toute petite question. Est-ce que tu aimes le chocolat chaud ? Parce que moi oui, surtout quand il fait froid dehors. Pour se mettre dans les meilleures conditions d'écoute, on va faire la respiration du chocolat chaud. Ferme les yeux et imagine que tu tiens une tasse de chocolat chaud fumant. Inspire doucement par le nez, comme si tu sentais la bonne odeur de chocolat. Expire ensuite doucement par la bouche, comme si tu voulais souffler un peu à la surface pour le refroidir. Faisons ça trois fois. Inspire, expire. La chaleur du chocolat te remplit et t'aide à te détendre. Inspire, expire. Tu es de plus en plus calme. Inspire... Et puis expire. Voilà, tu es tout à fait détendu, prêt à plonger dans l'histoire. En écoutant les podcasts, tu vas naturellement enrichir ton vocabulaire et découvrir de nouveaux mots, de nouvelles expressions, sans même t'en rendre compte. A présent je te laisse en compagnie de Moustache et de ses amis. Chapitre 19 : Le Départ. Le lendemain je fus réveillé par le bruit d'une voiture qui démarrait. Annie et Franck s'apprêtaient à prendre la route. Je m'étirais de tout mon long, encore engourdi par cette longue nuit. Samuel, insensible au bruit du moteur qui s'éloignait, dormait toujours d'un sommeil de plomb. Je tendis l'oreille. Un vrombissement suspect résonnait dans la pièce. Était-ce lui qui ronflait, bouche grande ouverte, ou était-ce la chaudière qui bourdonnait comme un essaim d'abeilles ? L'aube venait à peine de se lever, mais quelqu'un était déjà en train de prendre une douche à l'étage. Aussitôt, les événements de la veille me revinrent en mémoire. Henriette... Je n'étais pas pressée de sortir du lit, me demandant comment ma matinée se déroulerait. Bien sûr, les enfants iraient à l'école. Qu'allais-je bien pouvoir faire ? La veille, Samuel m'avait fait promettre de rester tranquille. Il m'avait formellement interdit d'entrer dans la maison, par crainte que je ne provoque un nouvel esclandre. Mon estomac grondait. Affamé, je partis en quête de mon petit déjeuner. Entre deux craquements de croquettes, je cherchais la présence d'Annie. Son sourire avait toujours illuminé mes débuts de journée. Elle me manquait. À l'étage, j'entendis des bruits de pas qui résonnaient. Quelques instants plus tard, quelqu'un ouvrit brusquement la porte du garage et se mit à brailler. « Allez, Samuel, debout, c'est l'heure ! » Son intervention fut si abrupte que ma bouchée fit une fausse route. La voix de Caroline au réveil ressemblait davantage à une sirène d'alarme qu'à un doux chant de tourterelle. Craignant de m'étouffer, je toussai de toutes mes forces pour libérer mon gosier. Claquant la porte sans ménagement, je l'entendis clamer « C'est fait ! » Elle s'était débarrassée de sa corvée. Je m'interrogeais, pourquoi avais-je paniqué ? J'étais pourtant habituée à l'entendre crier. Du coin de l'œil, je vis la couette qui remuait. Samuel était en train de se réveiller. Je courus le rejoindre dans le lit, glissant mon museau tremblant sous sa main endormie. Il avait la voix un peu cassée. Sa tête chiffonnée me fit sourire, il nageait passablement dans le brouillard. « Bon, » dit-il pour se donner du courage tout en se grattant le nez, « il faut se lever. Tu me promets, pas de bêtises aujourd'hui. » Je miaulais docilement. Ce dernier parut satisfait. Puis, après m'avoir gratouillé rapidement le menton, il fila rejoindre les autres dans la cuisine. Ses instructions étaient claires. Je pouvais aller et venir librement par la fenêtre du garage, il veillerait à la laisser entre-ouverte avant de partir. Toutefois, il m'avait donné l'interdiction formelle d'entrer ailleurs dans la maison. Je ne devais en aucun cas m'introduire au rez-de-chaussée, ni à l'étage évidemment. Après la dispute que nous avions essuyée la veille, je comprenais très bien la raison de ces restrictions. Je chassais le sentiment de profonde injustice qui commençait à m'envahir. Si j'avais réagi à l'agression de Rousquille, c'était uniquement dans un cadre de légitime défense ! Pourquoi donc étais-je le seul puni ? Je me faufilais par l'ouverture et remontais le chemin dallé. Le jour était à peine levé et l'air frais, chargé d'humidité. À travers la vitre de la cuisine, je me hissais et les observais. Je veillais à me tenir à distance, respectant ainsi les recommandations de Samuel. Mamie Henriette avait tout d'un général autoritaire. Ma bouche crispée, elle était en train de préparer le goûter, tartinant de petites noix de fromage fouettées sur les tranches de pain de mie avec une rigueur militaire. Deux boîtes en plastique, couvercles ôtés à l'identique, attendaient sagement leur cargaison sans bouger d'un millimètre. Caroline, le dos tourné, finissait de siroter son chocolat chaud. Comme à son habitude, elle balançait distraitement ses pieds dans le vide, juchée sur une des chaises de la cuisine. Samuel manquait à l'appel. Il était encore probablement dans la salle de bain, en train de finir de se préparer. Henriette délaissa un instant sa tâche et jeta un bref coup d'œil à la pendule qui indiquait huit heures. Elle alluma aussitôt la radio et celle-ci diffusa son bulletin d'information matinal : Les Bellevillois semblent de plus en plus inquiets. Depuis plus d'un mois, la police de Belleville est à la recherche des auteurs de nombreux cambriolages perpétrés dans la région, mais sans succès. A ce jour, les enquêteurs ne disposent malheureusement d'aucune piste sérieuse. Les déclarations des témoins n'ont toujours pas permis d'établir avec certitude un portrait robot des malfaiteurs, qui courent toujours... "Je ne comprends pas..." s'exclama Henriette d'une voix indignée. « Avec tout ce qu'on entend aujourd'hui, je me demande pourquoi vos parents n'installent pas une alarme dans la maison. Ils devraient sérieusement songer à prendre leurs précautions. Les cambriolages, ça n'arrive pas qu'aux autres. » Caroline eut un haussement d'épaule. « Ben, ils disent toujours que chez nous, il n'y a rien à voler. » Henriette leva les yeux au ciel, exaspérée par tant de naïveté. « Quelle inconscience ! » soupira-t-elle. « Crois-tu qu'un cambrioleur qui s'introduit chez les particuliers connaît à l'avance le montant de son butin ? Bien sûr que non ! Il entre par effraction et il emporte tout ce qui semble avoir de la valeur avant de ficher le camp. » Elle marqua une pause, puis secoua la tête avant de continuer. « De l'extérieur, comment peuvent-ils savoir ? Ce n'est pas marqué sur la porte d'entrée. » « Faudrait peut-être faire un panneau ? » Mamie Henriette se retourna vers sa petite-fille qui se félicitait de sa brillante idée, souriant bêtement. L'instant d'après, Samuel entra dans la pièce propre comme un sou neuf. Il replaça d'un mouvement expert la mèche de cheveux qui lui tombait négligemment sur le front, attrapa une tranche de pain de mie et la glissa dans le toaster avant de soupirer. Visiblement, il ne comptait pas être plus aimable que le strict nécessaire. Ce matin, son curseur était réglé particulièrement bas. « Bonjour Samuel, tu as bien dormi ? » Si ses mots de la veille l'avaient affectée, elle n'en montrait rien. « Très bien ! » lui renvoya-t-il fièrement. Elle enchaîna, jugeant préférable de ne pas insister. « Il ne va pas falloir traîner, le bus ne vous attendra pas. Caroline, veux-tu bien aller te débarbouiller le visage ? Tu as du chocolat partout sur la figure. Et enfile des vêtements propres ! Il te reste à peine dix minutes pour te préparer. » De mauvaise grâce, la petite fille débarrassa son bol, souffla bruyamment pour exprimer son mécontentement, puis fila en direction de la salle de bain. Henriette la suivit du regard sans la réprimander. Samuel était déjà suffisamment froid avec sa grand-mère ce matin. Il était inutile d'ajouter une quelconque tension. « J'écoutais les informations, » dit Henriette à Samuel dans un effort pour faire la conversation. « C'est incroyable ce qui se passe dans le coin, c'est à n'y rien comprendre. Même dans un village comme le vôtre, on rapporte des faits de criminalité. Bientôt, on ne pourra plus sortir de chez soi sans mettre sa vie en danger. "Ce n'est certainement pas toi que ça va déranger. » Elle fit volte-face. « Que veux-tu dire par là ?" "Tu ne sors déjà plus de chez toi ! » « Ah bon ? Et aujourd'hui, je suis où à ton avis ? » Elle pinça sa bouche avec nervosité. « Si je suis là, c'est uniquement pour rendre service ! » Samuel, qui s'était promis de garder son calme, fit un réel effort pour se contenir. Mais l'attitude de sa grand-mère l'irritait déjà. « On l'aura bien compris, mais je ne vois pas en quoi le fait de rendre service t'autorise à faire la loi. » « Je te prierai de baisser d'un ton lorsque tu t'adresses à moi, » commanda-t-elle, autoritaire. « Pour qui te prends-tu, jeune homme ? Qui te permet de me donner des leçons ? "Critiquer, râler, c'est tout ce que tu sais faire, » poursuivit-il en jouant la surenchère. « Si on m'avait donné le choix entre avoir une grand-mère comme toi et pas de grand-mère du tout, dis-toi bien que je n'aurais pas hésité une seconde ! » Il claqua cette phrase en la regardant droit dans les yeux. Elle tomba comme un couperet sur la tête d'Henriette, qui se figea. « Hum. Très bien ! » Elle reposa calmement ses mains sur le plan de travail et entreprit de disposer les sandwiches dans les boîtes avec application. « Au moins, tu auras vidé ton sac ! » déclara-t-elle dignement. « Ouais, ça change rien, mais ça soulage ! » Il avala son dernier toast à la hâte, puis s'empara des deux boîtes de goûter sans même la remercier. « Sur ce, bonne journée ! » Il lui tourna le dos et se dirigea vers le hall d'entrée, fourrant maladroitement une des boîtes dans son sac à dos et l'autre dans celui de sa soeur. Il cria à cette dernière de se dépêcher en enfilant sa veste d'un geste pressé. « Ça va, j'arrive ! » Il claqua bruyamment la porte en partant, ce qui fit sursauter Henriette. Cette dernière s'approcha de la fenêtre, puis renonça. Mamie Henriette baissa la tête en direction du sol. Elle avait l'air peiné. C'est alors que je vis Rousquille trottiner vers elle pour la réconforter et tourner la tête, écoeuré. Je filai en direction du jardin. Les voir ainsi se câliner me donnait franchement la nausée. Dans mon esprit une idée folle était en train de germer... Dans cette guerre, Rousquille était qu'un pion. Mon principal ennemi, c'était évidemment Henriette. Si je voulais prendre l'avantage, je devais apprendre à la connaître. Je devais savoir pourquoi elle agissait ainsi et qui Henriette était en réalité... Pour ce faire, il n'y avait pas mille façons de procéder : je devais m'introduire dans la maison ! J'étais convaincu qu'en fouillant ses affaires je percerais enfin le mystère. C'était risqué, d'autant que Samuel m'avait expressément demandé de ne plus m'en mêler. Sur le moment, pourtant, cette idée ne me parut pas si mauvaise que ça... Il suffisait simplement que personne dans le quartier ne me voie.