- Speaker #0
La France est le dernier ou dernier ex aequo des pays de l'OCDE sur la confiance. C'est-à-dire ? En quoi ? La confiance en les autres. À la question, faites-vous confiance aux autres, on est à 25%. Ah bon ? À dire oui. On est à presque 60% en Europe du Nord.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #0
Donc, qu'est-ce que ça veut dire quand tu fais presque trois fois moins confiance ? Plus de deux fois moins.
- Speaker #1
L'industrie de la construction est en plein bouleversement. Nouvelles normes, utilisation des matériaux, consommation énergétique sont nos enjeux. Je m'appelle Richard Mita, je suis serial entrepreneur et CEO de Sinax. Chez Sinax, nous digitalisons l'industrie des matériaux de construction. Ma passion, le digital appliqué à des secteurs qui ne l'attendaient pas. Dans Les bâtisseurs, j'interview des visionnaires de l'industrie pour vous inspirer dans votre propre transformation environnementale, digitale et managériale. Bienvenue dans Les bâtisseurs, le podcast de ceux qui bâtissent aujourd'hui pour demain. Bienvenue dans ce nouvel épisode des bâtisseurs. Aujourd'hui, je reçois Laurent Moisson, le cofondateur des forces françaises de l'industrie. Salut Laurent.
- Speaker #0
Salut Richard.
- Speaker #1
Tout d'abord, merci de venir à mon micro et de raconter un peu ton histoire. C'est un plaisir. Tu es un personnage ou tu es en train de devenir un personnage de l'industrie française. Entrepreneur, personne de la tech, tu as baigné dedans pendant plus de 20 ans. Tu vois, même... amener une boîte à être vendue à un grand opérateur télécom, si je ne me trompe pas. De fait. Et à un moment, tu es passé du côté obscur de la force, tu as rejoint le monde des industriels. Aujourd'hui, tu les défends. Tu es également auteur. Tu as écrit un livre sur l'influence des masses qui s'appelle « De Jésus-Christ à Kim Kardashian » . Tu n'as pas trop le look d'un Kardashian, pourtant.
- Speaker #0
J'y travaille.
- Speaker #1
Et, dans ton dernier écrit, tu as mis les... contes et légendes de la réindustrialisation en trois tomes. Et le premier tome vient de sortir qui s'appelle « La France s'en va en guerre en oubliant ses munitions » . La question que je me pose dans un premier temps, Laurent, la question que se pose nos auditeurs, déjà, est-ce que tu peux te présenter ? Moi, je n'ai retenu que ce qui m'intéressait. Mais il y a plein d'autres choses derrière l'homme que je vois aujourd'hui.
- Speaker #0
Exactement. Alors, moi, je suis Laurent Moisson, j'ai 52 ans. Je suis marié, j'ai quatre enfants. J'ai commencé par faire... En fait, je suis assez passionné d'histoire, donc tout naturellement, après le bac, moi je voulais être au début journaliste. Et à l'époque, il fallait faire une école en admission Bac plus 2. Je me suis dit, j'adore l'histoire, j'y vais. Alors, j'ai complètement tourné la page de toutes les matières, on va dire, plutôt scientifiques, où j'étais plutôt très bon d'ailleurs, on va dire jusqu'au lycée, où je me suis mis à faire du sport de haut niveau, faisant de l'aviron. Heureusement. De moins en moins. Et donc j'ai fait beaucoup d'avions, j'ai fait des championnats étranges, j'ai fait plein de choses comme ça. Et je me suis évidemment un petit peu moins intéressé aux maths et la physique, qui étaient pourtant des matières très fortes chez moi. Et je me suis retrouvé finalement à dire, j'ai envie d'une crise d'adolescence tardive. Je me suis mis à faire des études littéraires, d'histoire, que j'ai adoré. Et si bien j'ai oublié de prendre le virage vers l'école de journalisme.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc, je me suis mis à faire de la recherche en histoire. Jusqu'au jour où j'ai un de mes copains qui m'a dit, mais Laurent, tu veux être prof ou... C'est quoi l'histoire ? Je lui ai dit, mais pas du tout, je veux faire du business. Il m'a dit, ouais, il faut changer. Fais quelque chose. Et donc, il m'a pris un peu par le bras. J'ai fait un master business dans une école quelconque. Et puis, ça m'a permis de rentrer dans le secteur entreprise. Donc, à l'époque, il fallait faire son service militaire. J'ai fait une coopération que j'ai faite en coteau. Côte d'Ivoire, dans la banque. Et en rentrant, j'ai rejoint finalement la boîte d'un de mes professeurs du master que j'ai fait, qui est une boîte de com et qui m'a offert un CDI. Donc j'ai sauté dessus et il m'a demandé de rejoindre les effectifs d'une petite agence digitale qu'il venait de créer. J'ai été l'employé numéro 4.
- Speaker #1
C'est en 99.
- Speaker #0
99, exactement. À l'époque, le digital, la data, c'était le web. Il n'y avait que ça. Mais c'était très intéressant, tout ce secteur qui prenait vie. Donc, ça m'a aussi beaucoup intéressé, à tel point qu'avec un pote, on se grattait la tête en disant, on veut lancer quelque chose. Et lui, en fait, il était ingénieur du son. Et on s'est lancé, on a créé une startup dans la musique. c'est C'était en 2000, je pense qu'on l'a faite en 2000. Ouais, c'est ça. Donc, le temps de créer l'entreprise, de faire tout un tas de choses. Bon, la bulle d'Internet avait explosé. Mais on a eu un succès d'audience assez... Vous faisiez quoi dans la musique ? Alors, en fait, on a fait MySpace, mais 5 ans avant MySpace. Même concept, c'est-à-dire, chaque artiste pouvait créer son espace personnel, mettre ses dates de concerts. À l'époque, on était chargé du MP3. Voilà, c'est les... Tout le monde n'avait pas la DSL. Donc, c'était ça. Et on a fait des... très grosses audiences, beaucoup plus que certaines majors et tout, mais à l'époque, le système français, notamment dans la SACEM, ne regardait pas ça d'un bon oeil, puisque ça s'associait plutôt au piratage, etc. Donc on avait des contraintes légales et même de reversement qui étaient complètement dingues. Ce qui fait que le business model en ligne était difficile à trouver.
- Speaker #1
À l'époque, c'était difficile de faire monétiser ça, les gens ne payaient pas en ligne, il n'y avait rien de tout ça. Alors,
- Speaker #0
c'était le début de ça, mais surtout, même pour des artistes qui disaient, moi je ne suis pas à l'Assasem et je veux bien... Je suis à l'Assasem et je le fais gratuitement pour faire la promée pour mes concerts. L'Assasem nous disait, ce n'est pas grave, il faut quand même nous donner un euro par téléchargement.
- Speaker #1
C'était beaucoup quand même.
- Speaker #0
Oui, c'était un peu beaucoup. Donc nous, on a trouvé un business model dans l'événementiel et on s'est mis à organiser les concerts. qui marchait très très bien, jusqu'à ce qu'il y ait un type qui décide de mettre deux avions dans les tours aux Etats-Unis. Et là, risque terroriste, toutes les tournées de concerts se sont arrêtées. Et notre business model s'est complètement effondré. Les assurances nous ont lâchés parce qu'on ne voulait plus assurer des concerts alors que tout le monde se disait « Oh là là, le terrorisme est partout ! » Donc je me suis retrouvé... À l'époque, je faisais mon quatrième tour de table. Et donc... de multimillionnaire potentiel à devoir vendre la boîte en... Je l'ai vendue en un mois et demi, vite fait. À quelqu'un qui passait par là, j'ai envie de dire. Malheureusement, on n'a pas fait grand-chose. Et donc là, il a fallu que je trouve un boulot vite. Bon, j'avais 25 ans.
- Speaker #1
Oui, donc ça allait quand même.
- Speaker #0
C'était pas un drame, mais j'étais déjà marié et mon épouse attendait notre premier. Donc à l'époque, on habitait dans 17 mètres carrés, la Défense. Bon, je ne me payais pas beaucoup en tant que startupeur, mais étant patron, je n'avais droit à rien, de chômage et tout. Donc j'ai sauté sur le premier job qui passait par là. Et puis je me suis mis à chercher une entreprise qui voulait bien de quelqu'un qui avait une première expérience entrepreneuriale et qui voulait continuer ça, quitte à prendre des parts d'ailleurs, parce que ça, ça m'intéressait. Et comme je n'avais pas vendu très cher, Je n'avais pas non plus beaucoup d'argent, donc je me suis intéressé à des entreprises qui étaient en difficulté. Parce que ça ne vaut pas très cher. Je suis rentré grâce à une connaissance qui m'a présenté son patron et qui a dit « J'ai besoin de quelqu'un qui m'aide à dynamiser tout ça. » Je suis rentré, on s'est tapé dans la main. Rapidement, j'ai pris la direction du cabinet. On avait un deal d'association avec lui. Ça faisait du conseil. Alors, il y avait une branche développement informatique en législative libre.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et une branche conseil en stratégie et en marketing dans les télécoms. Et à l'époque, c'est le début où les télécoms se mettent à racheter tout. C'est-à-dire qu'ils font tellement d'argent avec le mobile.
- Speaker #1
C'est Jean-Marie Messier. C'est cette époque-là.
- Speaker #0
C'est l'époque Jean-Marie Messier. C'est l'époque Wanadu, première audience web d'Europe. C'est l'époque où... où les opérateurs se mettent à lancer des banques en ligne, à faire des chaînes, à se lancer dans plein de choses. Et donc, c'était absolument passionnant.
- Speaker #1
C'était quoi ? C'était 2002,
- Speaker #0
2003 ? Ouais, c'est ça. Et puis bon, moi, je suis resté... J'ai fait tout un bout de carrière là-dessus. Et j'ai vu le moment où, même si les opportunités, notamment chez Orange, qui était le seul groupe français à dimension internationale, c'est-à-dire que les autres... étaient des très belles boîtes, mais uniquement sur le marché français. Orange, France Télécom, Orange, c'était dans plusieurs pays. Et donc, il y avait un groupe, il y avait des moyens considérables, il y avait des licences qui étaient achetées à droite, à gauche, etc. Donc, c'était formidable. Moi, j'ai appris ce métier, j'ai appris le métier de consultant, parce que j'ai découvert ça, parce que je suis arrivé là-dedans, je n'étais ni un expert des télécoms, ni un expert du consulting. Donc, j'ai découvert le consulting dans les télécoms. Ça m'a plu, j'ai bien aimé le côté humain, c'était sur des sujets très techno, mais qui racontaient des histoires. Et puis, moi, comme je n'étais pas ingénieur et très capable d'expliquer des trucs très, très compliqués, enfin, si plus exactement, en fait, moi, j'étais obligé de vulgariser. Et du coup, j'étais l'un des seuls du marché à savoir vulgariser. Donc, dès qu'il y avait des mecs qui parlaient de trucs techniques, compliqués, de machins, moi, pour l'expliquer, il fallait que je comprenne. Et donc, j'étais obligé de vulgariser. Et du coup, j'expliquais des choses à des gens qui me disaient « Ah, mais tiens, c'est marrant, c'est la première fois que je comprends. » Donc ça, ça a développé, en tout cas, ça a révélé chez moi cette capacité à vulgariser des choses complexes. et à rendre intelligibles par des personnes non spécialistes des sujets très compliqués.
- Speaker #1
Ça, c'est peut-être tout ton passé littéraire et d'histoire. Alors, on permet aussi d'avoir cette capacité-là, j'imagine.
- Speaker #0
Alors, moi, je connais plein d'historiens qui écrivent des trucs incompréhensibles.
- Speaker #1
Parce qu'ils écrivent à des gens qui pensent comprendre.
- Speaker #0
Mais en tout cas, j'ai toujours eu, moi, ce souci de raconter des histoires à des gens. Et puis surtout, quand tu... Moi, j'ai quatre enfants. J'aimais beaucoup leur raconter des histoires, leur expliquer ce que je faisais. Là, quand tu es un gamin en bas âge, tu ne vas pas lui raconter des trucs très compliqués. Entre mes parents qui voulaient savoir, les gens, moi j'aime bien raconter tout ça. Me voilà en train de développer ce savoir-faire. Ça a très bien fonctionné. L'entreprise s'est redressée très vite. Belle époque pour les télécoms.
- Speaker #1
Super époque. Exactement.
- Speaker #0
On voit l'autoroute s'ouvrir devant nous en disant, wow, ça va être super. et Parallèlement arrivent les services achats. Donc les services achats des grands opérateurs et toutes les grandes entreprises à cette époque-là commencent parce qu'il y a une jurisprudence. En fait, je crois que c'était chez SFR. Il y a une entreprise, il y avait une quarantaine de personnes, dont, je dis une bêtise, 38 qui bossaient chez SFR. Et elle se fait sortir parce qu'elle n'est pas jugée fiable par l'opérateur. Bon, donc évidemment, elle perd quasiment 100% de son chiffre d'affaires. Elle ferme. Et là, les employés se regroupent, attaquent SFR en disant en fait c'est du salarié déguisé. Donc on est chez vous et ils gagnent. C'est-à-dire que SFR se retrouve obligé, de récapituler le délit de marchandage, de récupérer la petite quarantaine de personnes qui étaient là. Ça fait jurisprudence. Du coup, partout dans les grands groupes arrive au niveau des achats le fait de dire vous marquez tous vos fournisseurs à la culotte. dès qu'on dépasse un certain pourcentage de leur chiffre d'affaires, on arrête. Donc en fait, comme d'habitude en France, on passe, on prend une décision sur un fait divers, émotionnel, qui est problématique, on en fait une loi qui va handicaper toutes les PME, parce que du coup, plus un seul grand groupe n'accepte de faire ce qu'on faisait tous, c'est-à-dire, en général, tu commences avec des petites PME, tes premiers clients. Et un beau jour, tu as un grand groupe qui te dit j'aime bien ce que vous faites, je vous donne votre chance. Comme c'est un grand groupe, il a une puissance d'achat qui n'a rien à voir avec les PME, donc assez vite, tu es dépendant. C'est-à-dire que tu fais 50, 80%, voire 90% de ton chiffre d'affaires.
- Speaker #1
On a tous vécu en plus ça en tant qu'entrepreneur. Exactement.
- Speaker #0
Donc, qu'est-ce que tu fais à ce moment-là ? Tu te dis, bon, ce que je vais essayer de faire, c'est développer à fond ce compte et dès que j'ai suffisamment de moyens, je prends des commerciaux ou je rachète des boîtes à côté pour... équilibrer mon chiffre d'affaires, mais dans un deuxième temps. Là, tu ne pouvais même plus faire ça. Moi, je vais voir à l'époque celui que j'avais rejoint dans son entreprise qui lui était clairement sédant. Et j'ai dit, écoute, c'est peut-être le moment qu'on cède la boîte parce que d'ici un an, un an et demi, ça va mal se passer. Donc, on fait le truc. On part en recherche. On continue la croissance. Ça a très, très bien marché. Donc, c'est une boîte à forte croissance avec une belle rentabilité, qui n'était pas très grande. Moi, je suis rentré, elle faisait 2,4 millions. Là, on était, en deux ans, on est monté à plus de 6 millions. Enfin, aux alentours de 5-6 millions. On se vend.
- Speaker #1
Pour une SS2I, on appelait ça une SS2I à l'époque, j'imagine. Non,
- Speaker #0
c'est un petit cabinet de conseil. C'était quand même assez... C'est Novédiens, c'est ça ? Non, ça s'appelait JIPO à l'époque. Et donc, on vend à ce qui va devenir Novédiens.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc, moi, je m'attends à prendre mon chèque et je vais à partir.
- Speaker #1
Tu apprends pas autre chose ?
- Speaker #0
Exactement. Je me dis, je vais faire une transmission. Enfin, une transition, pardon. Et puis, finalement, non. L'équipe dirigeante des rachons de l'île, enfin, je veux dire, les associés me disent qu'on aime bien que... Voilà, continue. Donc, moi, je continue. Je monte le chiffre d'affaires jusqu'à, je crois, de mémoire, quasiment 17 millions. Enfin,
- Speaker #1
c'est pas mal à l'époque.
- Speaker #0
C'est énorme. Ça monte à fond. Je deviens directeur général du groupe, puis président, parce qu'il y avait des problèmes de gestion dans les autres entités. Donc, bon, le président de l'époque saute du fait des... des associés. Moi, j'étais un petit associé là-dedans, mais j'étais associé. Et puis, je me retrouve président avec ceux qui décident de me donner la présidence et donc de faire sauter l'ancien me disent, t'inquiète pas, de toute façon, on va fusionner avec une boîte qu'on a rachetée, qui était une boîte cotée. Ça va durer trois mois. Parce que moi, je voulais passer à autre chose. C'était quand même une période qui était compliquée. C'était après 2008, la crise et tout.
- Speaker #1
Autre crise, la crise financière de 2008.
- Speaker #0
Oui, il y en a un certain nombre quand même. Et donc je me dis, ok, très bien, ça ne va pas durer longtemps. Puis, Credit Crunch pendant l'été. Donc, le plan de financement de l'entreprise tombe et on n'est pas racheté. Donc, les trois mois transformés en trois ans sont transformés exactement en trois ans. Donc, ça a duré trois ans, durant lesquels, tous les ans, j'allais voir mes associés. Je disais, écoutez, je rachète. Bon, tu n'y arriveras jamais, machin, on ne veut pas. Je dis, ok, je passais l'été, j'allais voir des fonds d'investissement, machin, j'arrivais. C'est bon, j'ai ça. Et après, il y a toujours un qui change les avis. Donc, au bout d'un moment entre ça et puis c'est vrai. Il y avait une ambiance très particulière, puisque l'ancien président était encore actionnaire important, connaissait très bien un certain nombre de personnes, il y avait des bruits dans tous les sens. C'était très difficile à gérer. Bon, moi j'ai réussi à faire tenir le truc convenablement. On a dû quand même réformer ça, fermer des filiales, décroître. Donc ça, c'est quelque chose qui était réoccupant dans ces métiers-là. C'est-à-dire quand tu vends des filiales ou quand tu arrêtes des activités, t'as un nombre de consultants qui baissent. Moi, je me rappelle de certains clients pendant les crises, notamment la crise qu'il y a eu PSA, qui a failli déposer le bilan à une époque. PSA faisait... C'était le plus gros client de ma principale filiale. Et je crois qu'on avait, de mémoire, je vais peut-être dire une bêtise, mais on avait une cinquantaine de consultants qui étaient là-bas régulièrement, enfin, en permanence, quoi. Et ils nous expliquent que en deux mois, ils allaient nous envoyer 45. Et quelques temps après, Orange nous en renvoie 20. Parce que pareil...
- Speaker #1
Un contrat, c'est ce qu'il y a de pire.
- Speaker #0
Non, mais ça, c'était horrible. Ça,
- Speaker #1
c'était horrible. C'était quand c'était en 2008,
- Speaker #0
ça ? Ouais, c'est... En Europe, c'était dans la foulée.
- Speaker #1
C'était dur.
- Speaker #0
C'est dans la foulée. Et moi, je me rappelle, c'était vraiment une période très difficile à l'époque. Est-ce qu'il y avait plus de 400 personnes ? Et tu te prends des charrettes, d'énormes charrettes là-dessus. Une entreprise qui était déjà... Moi, j'avais redressé un certain nombre de choses, mais on n'avait pas du cash en revendant. Donc, les mecs t'annoncent ça et les gens arrivent au fur et à mesure, semaine après semaine. Et moi, je les attendais à la sortie de l'ascenseur et il fallait licencier immédiatement. Parce que si tu te prends 50-60 intercontrats comme ça, tu déposes ton bilan deux mois après et là, ce n'est pas 30 ou 40 personnes que tu dois licencier, c'est 400. Donc, c'était tellement difficile que je pense que j'ai effacé plein de choses. Je te le raconte de mémoire, mais ça a été une période très difficile de ma vie. Dans un contexte en plus, encore une fois, actionnaire réel, c'est-à-dire avec des associés, qui était très difficile. Il y avait des gens pas bienveillants du tout, avec beaucoup d'animosité. Et il a fallu gérer tout ça. Donc ça a été une expérience difficile, mais du coup très enrichissante.
- Speaker #1
Et vous arrivez à le vendre quand même.
- Speaker #0
Un beau jour, alors que c'était l'acte de guerre depuis... Moi j'ai fait deux offres, les deux offres ont été rejetées après. Et donc la troisième, les associés finissent par se mettre d'accord. Moi j'avais expliqué aussi que ça n'allait pas durer non plus un milliard d'années cette affaire. Et on confie à KPMG Corporate Finance le mandat. D'accord. qui fait un bon boulot et c'est vendu. Et en plus, c'est vendu à une entreprise qui connaît, enfin en tout cas, qui avait des gens qui connaissaient bien l'entreprise. Donc moi, j'ai pu sortir très vite. Ça se fait en 2014. En 2014, je sors de là. Puisque tu m'as posé la question tout à l'heure pour comment un mec qui a bossé dans la tech finit dans l'industrie.
- Speaker #1
En fait, là, c'est le tournant un peu qui est intéressant. Jusqu'à présent, on se demande mais pourquoi est-ce que ce monsieur... et le cofondateur des forces françaises de l'industrie. Voilà. Alors,
- Speaker #0
il y a plusieurs choses. D'abord, moi, je suis un littéraire qui a été fier des trucs techno. Je n'ai jamais été formé, j'allais dire, au management et à l'entrepreneuriat parce que j'ai fait des études très universitaires. Donc, j'aime bien découvrir des trucs. Ça, c'est le premier point. J'ai une curiosité intellectuelle. J'aime bien changer d'air, comprendre. En fait, à chaque fois que tu changes de référentiel, tu comprends mieux le fonctionnement de l'être humain. Parce que tu arrives à faire la différence, tu vas dans trois ambiances différentes, et un truc qui reste, c'est l'être humain. Et donc tu le vois différemment. Ça, ça m'intéresse. Autre élément intéressant, c'est que moi je suis très très axé aussi, il y a des moments de la vie qui font que tu es appelé à faire quelque chose. Et c'est une conviction très puissante que j'interroge peu. En fait, je me laisse un petit peu aller par des grandes... Enfin, c'est pas des pulsions, c'est vraiment des choses assez profondes. Et là, moi, ma mère, on est en 2014. Ma mère était déjà malade. Elle est décédée en 2015 d'un cancer. Et elle me dit, alors qu'elle était très mal en point, écoute, Laurent, moi, j'avais quand même pris de l'argent, j'avais vendu mes parts. Ça allait bien. Et elle me dit « Je suis très inquiet pour ton frère. » Mon petit frère, l'un de mes petits frères, parce qu'on est quatre aussi, s'appelle Adrien, et qui commençait à montrer un certain nombre de traits d'une instabilité qui s'est révélée avec le temps être une maladie, en tout cas, qui avait un problème de santé mentale, une musculité bipyolaire. Et donc, moi, je ne me rendais pas forcément compte. Je pensais qu'il avait un côté ultra créatif et bordélique, mais Merci. C'était un homme très intelligent, charismatique, qui avait beaucoup de qualités et qui, à chaque fois, se faisait avoir ou partait dans des trucs. Il me disait depuis des années, si on s'associait, j'ai toujours dit, il y a autre chose à foutre. Et au moment où je vends, il ne m'a pas lâché. C'est le moment, c'est le moment. Ça, plus ma mère, plus le moment où tu te dis, tiens, c'est vrai qu'il était dans un monde. Ils faisaient de la production publicitaire. Ils travaillaient pour des agences sur des opérations qui étaient assez spectaculaires, qui étaient très créatives. Et puis, moi, comme j'avais à l'époque beaucoup travaillé sur l'influence, c'est là où je sors un bouquin aux belles lettres qui s'appelle Napoléon Hannibal, ce qu'ils auraient fait dans le digital.
- Speaker #1
C'est là ton premier essai, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui, c'est le premier que je sors chez un éditeur un peu chic, les belles lettres. J'étais entre deux intellectuels qui parlaient de grec ancien. Un grand patron du CAC 40. Et là, je mets un petit peu dans ce bouquin tout ce que j'avais appris chez Novédiat. Enfin, je veux dire, chez Hippo, machin, tout ce que j'avais appris dans la tech. Et donc, je m'associe avec mon frangin, notamment pour découvrir le sujet que j'avais en tête, qui était vraiment l'influence. Moi, je me suis toujours intéressé dans mes études et dans mes lectures à l'exercice du pouvoir. Et même, j'avais une petite expérience, puisque c'était une ETI avec quelques centaines de personnes. Alors, c'est pas un État, c'est pas...
- Speaker #1
Et tu avais quand même une belle exercice de ce que c'est que le pouvoir dans un petit...
- Speaker #0
Dans un écosystème. Ce qu'on appelle une ETI.
- Speaker #1
Une ETI, oui.
- Speaker #0
Une ETI et tout. Donc, j'ai trouvé ça intéressant. Et je me dis, allez, hop, je vais bosser là-dessus. Donc, j'avance.
- Speaker #1
Mais tu le disais, il y a trois choses. Tu me disais, il y a l'humain qui t'anime. Il y a un peu cette vague de fond. Alors moi, je transforme ça par une vague de fond. Mais tu avais quelque chose qui te porte,
- Speaker #0
que tu disais. Exactement.
- Speaker #1
Et la dernière chose, c'est quoi ? C'est ce fait d'avoir... c'est Ce sujet de l'influence, ce sujet de...
- Speaker #0
C'est cette curiosité intellectuelle où je vois mon frère qui crée des collectifs d'artistes, qui les amènent bosser avec des marques, qui font des trucs parfois complètement foirés, parfois absolument génial. Et là, je me dis c'est ça l'avenir, c'est-à-dire la capacité à toucher le cœur des gens pour les convaincre de quelque chose. D'accord. Et donc là, ça me ramène à... toutes mes études sur l'histoire, toutes mes lectures, je me suis dit comment est-ce qu'un beau jour, une communauté humaine accepte de confier le pouvoir, c'est-à-dire d'être dirigé par quelqu'un, par élection ou pas, parce que parfois c'est héréditaire ou c'est machin. Ça se passe comment ? Qu'est-ce qui fait qu'on accepte de nous-mêmes, parfois, ou qu'on donne une légitimité, ou qu'on renverse d'ailleurs un pouvoir parce qu'on estime qu'il n'est plus légitime ? Et là, je vois la troupe, le troupeau Merci. où il y avait des imposteurs absolus, des artistes géniaux, des avant-gardistes, des intellectuels, de tout ça. Je suis assez fasciné par tout ça, par le monde que mon frangin avait réuni. Et il me dit, mais tu sais, voilà, j'ai besoin d'un mec qui sait faire du business autour de ça, à nous deux. Et je dis, allez, j'y vais, entre ma mère, la curiosité intellectuelle et les besoins de mon frère. Je fais ça et en même temps, je dis, écoute, moi, je... suis un homme de business. J'ai des clients avec des grands groupes. J'aime faire du conseil et de la stratégie et pas simplement faire un coup de com'. Donc, je garde un pied dans mon métier de conseil, exactement. Et j'avais rencontré, en fait, Patrick Bensaba, qui était à l'époque PDG de Business et Décision, qui m'a dit, alors, il m'a fait du pied pour que, en fait, je vienne prendre la direction d'un certain nombre de activités chez lui. c'était une boîte cotée qui était plus grande que celle que je venais de vendre et je me suis dit, pourquoi pas, je vais garder un pied là-dedans. Je gère un peu ma barque là-dedans.
- Speaker #1
Et comment on arrive aux forces françaises de l'industrie ?
- Speaker #0
Alors tu vois,
- Speaker #1
là je ne vois plus, tu m'as perdu. Alors,
- Speaker #0
donc moi je fais ça là-dedans, j'en mets mon pied dans Business & Decision. Et peu de temps après, Patrick Bensaba... prend une maladie nosocoméiale et il meurt.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Si. En quelques mois. laissant femmes et enfants stupéfaits, attristés, évidemment. C'est un groupe très dans un état. Surtout que c'était quelqu'un qui était très proche de ses équipes et tout. Son successeur, qui était son associé historique, m'appelle un beau jour et dit, écoute Laurent, il va falloir que moi je reprenne ça, j'ai besoin d'avoir quelqu'un comme toi. On retourne la boîte. Je lui dis, attends, Christophe... Je suis dans mes trucs à côté. Il me dit, attends, on embarque ça, on trouve un deal. Tu t'en occupes un peu. Et puis le reste, on le fait ensemble. On développera des choses. Mais là, j'ai besoin que tu viennes m'aider. Sauf que moi, je me jette à 100% là-dedans. Donc beaucoup moins sur les activités avec mon frangin, etc. J'essaye de suivre, mais c'est compliqué. Je récupère un périmètre qui fait une cinquantaine de millions d'euros. Une quarantaine, entre 40 et 50. donc d'une taille ou... tu peux pas, tu es avec un management intermédiaire un peu cabossé, donc beaucoup de voyages, beaucoup de machins, beaucoup de... Bon. Donc je me replonge là-dedans, c'était passionnant aussi, je mets un peu en stand-by cet écosystème, mais j'en garde en tête toute la logique un petit peu émotionnelle.
- Speaker #1
Tous les mécanismes.
- Speaker #0
Ouais, les trucs d'influence et tout, ça continue à m'intéresser, etc. On essaye de racheter avec le management de l'entreprise. mais ça ne passe pas au niveau de la famille, donc on vend en orange. On vend, moi je sors de là avec une belle expérience, je commence à me réintéresser à mon sujet, et puis là, coup de téléphone de Microsoft que j'avais rencontré via Business & Decision, parce que j'ai récupéré dans mon périmètre, il y avait la partie intégration, le partenariat stratégique. Et je m'entendais très bien avec... tout un tas de gens chez Microsoft, notamment avec son directeur général, Carlo Curasanta. Et au moment où je sors, il me dit, écoute, Laurent, viens bosser, machin. Donc, il me fait carrément une offre d'embauche. Et moi, j'étais jusqu'au bout. Et puis, j'ai dit, non, écoute, Carlo, je ne suis pas prêt. Il faut que je récupère mes affaires avec mon frère. Et donc, j'ai fait une mission pour lui. Et puis, pendant ce temps, je replonge dans l'univers de mon frangin. Je m'en suis rendu compte au fur et à mesure, mais sa santé mentale allait de moins en moins. Il était de moins en moins stable. C'était de plus en plus difficile avec les clients, avec les gens avec qui il bossait. Il y avait de plus en plus de problèmes. Mais moi, je n'étais pas du tout sur la santé mentale. Je me suis dit qu'il se fout de la gueule du monde. J'en voulais, je l'engueulais tout le temps. Je ne me rendais pas compte qu'il était malade. Mais j'étais là, derrière, et j'essayais de réparer les conneries. À un moment, ça devient plus possible. Il voulait faire autre chose. Il voulait créer une réserve virtuelle. C'est un zoo à 360. Il allait filmer les animaux. Au début, il était vétérinaire. Docteur en vétérinaire. Donc, il est parti filmer aux quatre coins du monde les animaux dans leur habitat naturel. Et ça donnait des trucs absolument dingues. Tu voyais le lion qui venait lécher l'objectif parce qu'il posait des trucs par terre. Tu volais avec les flamants roses. Donc, ça a été un truc... extraordinaire qui existe encore. J'ai mon autre petit frère qui en a pris la direction générale et ça marche très bien. Il s'appelle Wildy Merchant. Et donc, pour faire ça, il n'avait pas d'argent, machin. Donc, j'ai dit, écoute, je te rachète tes parts. Donc, moi, j'ai racheté mes parts. Je me suis associé avec un de mes anciens collaborateurs de conseil. Et puis, on a lancé une activité. On a repris, en fait, cette coquille historique et on a fait ce qu'on savait faire les uns et les autres. C'est-à-dire des trucs plus business, plus conseil, machin. Et puis là, je rencontre... Alors d'abord, j'ai une conscience. On est à peu près à l'élection de Macron.
- Speaker #1
En 2017-2018, c'est ça ?
- Speaker #0
Et donc, je me retrouve à l'époque avec tous mes potes, mes connaissances, c'est des dîners en ville, avec des gens qui ont plutôt réussi, plutôt de l'argent, sont plutôt dans la tech, dans les affaires, dans le machin. Et tout le monde craignait un deuxième tour, Le Pen, Mélenchon, machin, en train de dire « si c'est ça, moi je me tire, mon argent est ici, j'ai plus qu'à aller en envoyer là » .
- Speaker #1
C'est marrant, 10 ans plus tard, on en est au même âge.
- Speaker #0
Elle a blasé ça, de toute façon, tant qu'on ne réforme pas, c'est marrant, mais si on ne fait pas le job, il ne va pas se faire tout seul. Et donc, tout le monde commençait à dire, m'expliquer comment il allait foutre le camp si jamais ça merde. Et puis la France est foutue, et puis machin, et moi, ça commence à monter, comme ça. Et je finis, du nez, je finis par un peu exploser mon gentiment, mais je dis, écoutez les gars, si les gars et les gattes, parce que les filles disaient pareil, si nous, qui réussissons, qui avons du savoir-faire du truc comme ça, on se part, on n'y va pas. Si on n'investit pas dans ce pays, si on ne donne pas sa chance, si on n'investit pas dans les talents. Et moi, j'avais tout ce que j'avais fait avec mon frère. J'ai vu des pâtissiers, j'ai vu des artistes, j'ai vu des artisans, j'ai vu des machins. Il y a un talent de malade. Tu as vu des bâtisseurs. Voilà. Et donc, tu arrives comme ça et tu te dis, mais ces gens-là, si on va vers eux et qu'on investit un petit peu de trucs, on peut faire des belles choses. On peut faire des belles choses. Et ça, je l'avais appris notamment dans mon expérience de conseil. Quand on va... pitcher contre Roland Berger, McKinsey, machin, truc en Afrique du Sud. T'es le petit Frenchie qui est pas connu. Tu sais faire des sacs à main et de la baguette de pain, on passe par toi. Par contre, sur des trucs un peu compliqués et chiants, on va plutôt prendre des Allemands ou des Américains. Donc, tu sais très bien que t'as une étiquette, en tant que Français, sur tes savoir-faire. Un peu ce que fait Bernard Arnault, il a été là où on est les meilleurs. Donc, il profite de l'étiquette positive de Français. Tu peux avoir une étiquette négative parce qu'on dit les Français n'ont rien à voir là-dedans, je prends des Chinois, des Allemands, des machins, des trucs. Donc j'ai dit, voilà, là, il y a plein de savoir-faire qu'on connaît qui colle un petit peu à la peau de la France. Mais nous, on investit dans l'immobilier, dans la tech, on place notre argent sur des trucs sans... On ne va pas investir là-dessus. Donc je dis, c'est pas possible. Je fais une tribune sur Medium, qui marche bien.
- Speaker #1
D'accord. Podium qui est une plateforme un peu de blog à l'époque. Voilà,
- Speaker #0
exactement. Et donc, plein de gens qui me contactent, notamment des copains, t'as raison, machin, truc. Et on crée un premier véhicule d'investissement. On met des ronds, chacun, et on dit, on va investir dans des boulangeries, dans des marques de fringues, dans des trucs comme ça, français. Alors j'étais au début pas sur l'industrie, j'étais sur le savoir-faire.
- Speaker #1
L'artisanat plutôt.
- Speaker #0
Les métiers French Touch, comme on dit à l'époque sur la musique.
- Speaker #1
Le French Touch Fund.
- Speaker #0
Exactement, c'est le French Touch Fund. Donc l'idée, c'est de dire, il y a des choses... La musique,
- Speaker #1
c'est ça ?
- Speaker #0
Non, moi, c'était plus sur des métiers.
- Speaker #1
C'est en référence à la musique, le French Touch Fund.
- Speaker #0
Oui, la French Touch, en fait, c'est ça. Mais tu l'as aussi, French Flair, Rue de Milly. C'est des trucs qui sentent la France, où on se dit, les Français, une petite touche, un petit avantage dans des trucs. Je me suis dit, on va investir là-dessus. Parce qu'il y a des talents, il n'y a pas beaucoup d'investissement et il y a des belles histoires à raconter. Et en plus, ça fait du bien à des métiers où ce n'est pas que des bacs plus 5 qui sont payés des fortunes et tout. Il y a aussi un moyen de régler mon problème de deuxième tour qui est de dire non mais attendez, si on donne du pouvoir d'achat et de la réussite à ces mecs-là, ils vont arrêter de penser avec leurs pieds.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Donc, ils vont arrêter d'être cons. C'est ça que je me disais. Il y avait un petit peu aussi de... on va dire de condescendance avec ces gens-là n'ont pas compris, on va leur expliquer. Depuis j'ai changé d'avis. Et donc je me retrouve là-dedans, je commence à faire ce fonds, ça prend du temps. En début je fais la tournée des fonds de Paris parce que je me dis, ouais le private equity va investir et tout. Et puis le mec il te dit, non mais Laurent t'adorais comme entrepreneur, mais comme investisseur t'as jamais été patron de fonds et tout. Donc le jour où tu trouves un premier investisseur, je veux bien être le deuxième, jamais trouver le premier. Donc au bout d'un moment... J'appelle des potes, on fait des tickets entre 50 et 150 000 balles. C'est quand même de l'argent, mais c'est à la portée des personnes avec qui je discutais. Et puis, on fait une première levée de fonds, deuxième, troisième, machin. Et en fait, au fur et à mesure, on a levé un peu plus de 4 millions.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Ça a été le premier véhicule d'investissement et on a pris une dizaine de participations. Et là, il y avait tout. Ça allait de la boîte de fringues, la marque de fringues, jusqu'à des choses qui travaillent avec des cafés-restaurants. des... belles histoires, avec aussi des échecs. Mais on se lance là-dedans, on apprend l'investissement dans les PME, parce qu'au début, je l'avais fait tout seul, autant dire que quand t'investis tout seul avec des potes, personne n'a le temps de s'en occuper. Donc là, je me suis dit, je veux structurer quelque chose où on aura des fils pour s'en occuper, pour payer des gens.
- Speaker #1
C'est un vrai métier, ça occupe quelqu'un.
- Speaker #0
Exactement. Donc ça, moi, je me suis dit, et depuis, je n'investis plus jamais dans quoi que ce soit si ce n'est pas en commun avec des gens que je connais. Parce que je me connais, en plus, moi je suis un peu un dingue de la prise de risque, et donc je suis très content d'y aller avec des gens qui sont beaucoup plus prudents, ou qui ont des décisions collégiales, ça me va très bien. Et donc, dans ce cadre-là, je rencontre le patron d'une boîte qui, à l'époque, était en difficulté, qui venait de se faire reprendre après un tribunal de commerce, qui était Smuggler, dernier costumier français, et qui était dirigé depuis des années par... patron emblématique, celui qui avait fait vraiment exploser la marque, qui est Gilles Attaf, et qui a eu un problème industriel à un moment, et du coup qui est tombé en redressement judiciaire, et le mec qui a investi chez lui, qui a racheté en fait, c'est... Quelqu'un que je connaissais, c'était pas un ami, un truc comme ça, mais c'est quelqu'un que je connaissais, qui me dit Laurent, moi j'aimerais bien qu'on le reprend avec toi. J'ai 50 fer au feu, donc j'ai pas le temps, mais par contre, ça m'intéresse de m'y intéresser. Enfin, ça m'intéresse de regarder. De regarder, t'aider un peu, etc. Et là, je découvre, j'ai la taf, je me rappelle toute ma vie, moi je m'habillais en smuggler. Parce que dernier costumier français, je me suis dit, je vais faire bosser des mecs de chez nous. Fabriquer à Limoges. Donc, j'ai arrêté Hugo Boss, machin et truc, et j'ai fait Smuggler. J'étais en costume noir. Bon, costume noir, ça ressemble essentiellement à un costume noir. Et il arrive au moment où, il me fait, ah, vous êtes très bien habillé, vous. Excellente marque. Je me dis, comment ce mec sait que mon costume noir, il est Smuggler ?
- Speaker #1
C'est sa marque.
- Speaker #0
Ouais, mais enfin bon. Je me suis dit, incroyable. On est tombé en amitié comme on tourne en amour. Ah, génial. C'est un coup de foudre. Vraiment, on est devenu très amis. très vite. Et puis, on se voit, on machin, il voit ce que je fais avec l'investissement. Et donc lui, c'est l'un des messieurs Made in France. Il était l'un des premiers certifiés Origine France garantie. Il a toujours travaillé pour des entreprises françaises qu'il fabrique en France. Il a démissionné dès que ça ne se fabriquait plus en France. C'est un type qui a des convictions très fortes. Et puis, un beau jour, il me dit écoute Laurent, dans le petit monde du Made in France, dont tout le monde se foutait à l'époque, Il manque un club. Il n'y a pas de club. Il y a le salon du Made in France, c'est une fois par an. Il y a les assises du Produit en France, tous les deux ans. Mais il n'y a pas le côté récurrent que toi, tu fais avec tes actionnaires, tes machins, où nous, on se voyait à peu près tous les mois pour voir si on investissait pas dans un truc que dans un autre. Et il me dit, aide-moi à monter un club. Je lui dis, écoute, tu sais quoi, on va prendre mon petit bidule, là. Moi, je fais venir mes copains, toi, tu fais venir les tiens et roule ma poule. Il me dit, ouais, on y va et tout. Puis là, je me dis, mais attends, gérer un club, c'est quand même un boulot. Moi, j'avais à l'époque un copain qui avait lancé des clubs d'entrepreneurs français à l'étranger, qui étaient en Espagne et pas encore au Portugal. Mais maintenant, c'est au Portugal et en Italie en plus. Et qui s'appelle Emmanuel Delau et qui savait faire ça. Donc, en fait, je présente l'un à l'autre en disant, écoutez, si vous vous entendez bien, on crée ce truc ensemble. On brainstorm sur le nom, donc ils s'entendent très bien, ça marche. Et là, après 150 noms à la con, Gilles dit non, mais les mecs, moi, je veux un truc un peu gaullien, un truc qui sonne FFI, quoi. Puis là, je dis, FFI, c'est Force Française de l'Intérieur et tout. Puis on dit, il n'y a que juste à changer. Puis là, il dit, ouais, Force Française de l'Industrie. Donc, sur l'intuition de Gilles, on trouve le nom Force Française de l'Industrie. Ça nous fait marrer. On se dit, allez, hop, on prend une date, on invite nos potes. J'aurais dit, je... un petit carton d'invitation qui fait quelques lignes. Alors je fais ça pour déconner, j'écris un truc de clando, tu vois, comme taper à la machine, avec une petite peau, taper à la machine, en rouge gras, avec stop à chaque fin de phrase, comme si c'était du morse. Je termine par rendez-vous tel jour, telle heure, assurez-vous de ne pas être suivi. Je mets une cocarde, j'imprime le truc, je le salis, je rescanne pour que ça fasse vraiment papier jauni dégueulasse, machin, et on envoie ça à des potes. Les potes, ça les fait marrer. Ils envoient d'autres potes, qu'on voit d'autres potes, qu'on voit des journalistes. Et entre le réseau de Gilles qui était connu dans le Made in France et les potes de potes qui ont eu machin truc, on fait quatre télés avant le lancement.
- Speaker #1
C'est pas possible.
- Speaker #0
Quatre télés. Quatre télés. Et la dernière, c'était Brunet, le matin. À l'époque, il était sur RMC, donc grosse audience de millions de machins. 45 minutes sur le Made in France.
- Speaker #1
Et c'était avec toi, Gilles et... Alors,
- Speaker #0
ils invitaient... les trois fondateurs. Malheureusement, Emmanuel a eu un retard d'avion, donc il a pu venir. Donc, il y avait Gilles et moi. Et il y avait un type qui fait une carrière absolument incroyable dans le Made in France. Il s'appelle Philippe Véan, Biotech Dental, qui était là sur le plateau également. Moi, c'est la première fois que je le voyais. Il connaissait déjà Gilles. Donc, on se salue, machin, Et 45 minutes là-dessus, parce que lui, il a une boîte absolument incroyable. C'est quelqu'un qui est l'un des leaders sur les aligneurs. les implants dentaires. D'accord. Qui a déménagé une unité de production aux Etats-Unis pour l'installer à Saint-Denis-de-Provence. Enfin, tu vois, il fait tout là-dessus et qui est par ailleurs un investisseur dans plein, plein de projets. Il doit avoir je ne sais pas combien de participations, mais enfin, il doit être entre 100 et 150 participations. C'est un entrepreneur hyper bon et en plus, j'allais dire, dès qu'il a un projet, ça donne une entreprise. Il adore les histoires humaines. Donc, dès qu'il y a une histoire qui l'intéresse, il y va. Et en plus, Un peu, tu vois, le sage, respecté, qui a vu plein de trucs. Il a un côté, c'est assez marrant d'ailleurs, hyper cash, qui peut vachement impressionner. En plus, il est balèze, quoi. Et en même temps, moi, ça, je l'ai découvert au fur et à mesure parce que j'ai fait des podcasts avec lui. On a beaucoup discuté et tout. C'est quasi un philosophe, quoi. C'est un penseur. C'est un type qui a vraiment beaucoup de recul sur la vie, sur l'entrepreneuriat, sur plein de choses comme ça. Et donc, on fait cette émission ensemble. Il sort de là, il dit, bon, allez, mec, moi, j'adore ce que vous faites. J'adhère. On n'a pas créé la structure. Je m'en fous. Il nous fait un chèque. On n'a pas su quoi en foutre pendant deux mois le temps de créer la structure et tout. Mais bon, on a fait ça. Et donc, c'est devenu notre premier moment. Et Brunet, qui aime bien ce qu'on a dit, parce qu'à la fin, il me pose la dernière question, il me dit « Ouais, Laurent, c'est très sympathique ce que vous dites, mais vous savez, en France, on ne fait rien sans les politiques. Alors, c'est quoi le message que vous adressez aux politiques ? » Et moi, là, je me sens... Je me sens Ivanoé, tu vois. Et je dis... Je leur demande solennellement de nous foutre un peu la paix, parce que... Il y a un moment, il faudrait peut-être que les entrepreneurs en fassent des trucs entre nous, plutôt que tout le temps en appeler à l'État et que l'État nous laisse un petit peu, fasse deux, trois pas en retrait pour nous faire confiance. Et vous allez voir, on va redresser le pays. Bon. C'est très sympa, machin. Ils disent bon, très bien, tous avec les forces françaises de l'industrie, ce soir, 20h30, dans mes locaux, machin, truc, et ils terminent en disant rassurez-vous de pas être suivi. Et là, on était le matin et on voit des mecs qui viennent de Nantes, de Lille. d'Aix-en-Provence, de Villiers, un truc comme ça. On attendait 30 personnes, on était 100, on n'a rien bouffé. Avec que les mecs qui étaient là, ouais, on y va et tout, alors c'est quand la prochaine ? Et on s'est fait embarquer dans un machin, on n'avait même pas créé la structure, on n'avait rien, on n'avait pas les statues, et on s'est fait embarquer par la foule, et en fait, on s'est rendu compte que nous, le petit délire qu'on avait, ça avait un écho énorme. Et là, on a décidé de se lancer. Mais moi, j'avais...
- Speaker #1
Avec un peu de recul, c'était en 2019, on est en 2026. Qu'est-ce qui fait que ce moment-là est un moment opportun ?
- Speaker #0
Moi, je reste sur la question.
- Speaker #1
Désolé, beaucoup de gens peuvent le dire. Beaucoup de gens le disaient à l'époque. Tu vois, Montebourg a parlé de ça. Je reprends en politique, mais il y en a un qui a parlé de ça à l'époque. Il n'y a pas grand-chose. Qu'est-ce qui fait que ça a marché ? À ton avis, avec six ans de recul.
- Speaker #0
Alors... Le premier élément, c'est comme toute entreprise, t'as les gens qui disent et qui font pas, et t'as les gens qui disent et qui font. Bon, déjà, ça élimine beaucoup de monde. Dans les gens qui font, t'as les gens qui font et qui se découragent vite, et t'as les têtus. Moi, je fais partie des obstinés. Donc, avec Gilles, qui lui, de toute façon, moi je l'appelle l'obélix du made in France, c'est-à-dire qu'il est tombé dans la marmite quand il était petit, il n'a pas besoin de prendre de la pression magique, lui, il est né made in France, il mourra made in France, et entre les deux, ça sera que du made in France. Bon, donc... On a une conviction, machin. Deuxièmement, on s'entend très bien. C'est-à-dire que c'est un plaisir à chaque fois qu'on se voit, machin. Ce n'est pas un effort. Et c'est vrai qu'à l'époque, on avait nos boîtes, chacun. Donc, on faisait ça en marge. Et on a été porté par le succès du truc. Parce que quand tu as du succès et que tu n'es pas organisé, ce qui était notre cas, tu fais ça un peu comme un hobby. Tu fais ça pour un plaisir.
- Speaker #1
Tu es animé aussi un petit peu.
- Speaker #0
Alors, ce n'est pas que pour un plaisir parce que tu as quand même une volonté de faire un truc utile. Mais dès que tu commences à faire quelque chose, T'as des réactions. T'as des gens qui viennent. Au début, c'est à l'arrache. Deuxième mec qui vient nous voir, pour parler dans notre club, c'est Montebourg, justement.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc, ils se pointent. Moi, à l'époque, on avait investi dans un petit bistrot dans le 18e. On faisait nos événements là. Et là, Gilles m'appelle et fait « Voilà, 22, il y a Arnaud Montebourg qui veut venir. » Il le connaissait, lui. Et nous, à l'époque, on disait « Non, nous, pas... » politique ou alors ils s'assiedent, ils écoutent par les entrepreneurs, ils en ont marre d'avoir que les politiques qui parlent et à ce moment-là, on est obligé de se taire et d'écouter leur connerie. Et il dit non, mais t'as pas compris, il a dit moi je viens pas en tant que politique, je viens en tant qu'entrepreneur et donc il venait pour... Le blanc ruche, à l'époque c'était son miel. Il est arrivé, il a fait le pitch, il nous a fait marrer, mais machin, il est resté jusqu'à la fin de la soirée. Et là, tu te rends compte et nous, on était rien. C'est-à-dire qu'à l'époque, on avait 12 membres. Donc moi j'ai appelé tous mes potes Pour remplir le resto Parce que sinon on me dit putain y'a un monde bourre qui vient Donc on fait ça Il a été mais il a pris des photos Avec tout le monde machin Pour nous encourager Moi je me suis dit c'est quand même curieux En plus Je suis pas un mec de gauche Donc l'image que j'en avais Était pas bonne Et moi il m'a retourné Je me suis dit putain le mec quand même
- Speaker #1
Ils sont bons ces politiques.
- Speaker #0
Non, non, non. Alors justement, justement, tu vois, j'en ai vu, j'en ai vu maintenant beaucoup. J'ai été frappé par la sincérité. Il n'avait rien à gagner là-dedans. Il s'est pointé parce qu'il aimait bien Gilles. Il trouvait que c'était marrant notre truc. Il n'avait plus de mandat. Et il est venu pour nous encourager, il a passé toute la soirée. Mais limite, il fallait le virer à la fin.
- Speaker #1
Il a fait quelques événements comme ça à ce moment-là. Parce que moi aussi, j'étais dans des événements où il y avait monde-boue, on était une vingtaine ou une trentaine. Mais il est comme ça.
- Speaker #0
Alors donc, moi, je découvre un peu ce personnage. Bon, après, je le perds de vue, il revient, machin. Je le croise de temps en temps. Et je vois qu'il s'intéresse, qu'il est bienveillant. Très bien. Donc, on y va. Mais entre-temps, évidemment, ça fait venir encore plus de monde. Et tu arrives au moment où les gens se plaignent. Parce que plus t'as de monde, plus il faut préparer. Tu n'as pas le temps parce que tu as tes boîtes à côté. Tu mets peu de moyens parce que les cotisations, autant de mire que quand on a 12. Bien sûr, tu ne vas pas avoir quelqu'un à plein temps, machin. Donc, tu arrives assez vite au carrefour qui est de dire, soit on fait un truc sérieux et on met les moyens. Soit on arrête ou on fait un petit truc. Et donc, on a décidé de faire un truc sérieux. Et surtout, moi, j'avais commencé à appliquer mes techniques d'influence que j'avais écrits dans mon bouquin. À l'époque, d'ailleurs, je les enseignais à Sciences Po. Et je commençais à écrire. J'avais pris quelqu'un pour faire les postes régulièrement. Et moi, je faisais une tribune ou un article tous les mois ou deux fois par mois. Et à chaque fois, le truc, ça marchait. Enfin, tu vois, ça prenait. J'avais des gens qui revenaient en disant « Ouais, c'est intéressant. » Alors, je commence à « Bon, ok. » Et puis bon, comme j'avais pris des gens qui n'étaient pas trop dans notre sujet, c'était un peu niaiseux, c'était un peu classique. Il n'y avait pas vraiment de profondeur. Et donc, à force de lire ça, j'ai dit, j'en peux plus, donc je vais le faire moi. Et donc, j'ai pris la plume. Et là, le truc, il a explosé.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'on est passé de 4000 followers sur LinkedIn à 30 000 en quelques mois. C'est-à-dire qu'on a multiplié par 15. Et ça monte, Avec des audiences de malades mentales, c'est-à-dire qu'on commence à faire plus d'un million de vues sur notre page LinkedIn par mois.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Sur des sujets qui parlent d'industrie, qui parlent d'entreprise, qui parlent de taxes, de charges sociales. Je veux dire, des trucs où franchement, t'écoutes ça, ou tu lis ça dans les échos, tu bailles, quoi. Et je vois de plus en plus de gens que ça intéresse. Donc en fait, la décision, elle vient de là. C'est-à-dire qu'elle vient du moment où tu te rends compte que tu as des gens qui commencent à compter sur toi. Et qui te disent, les mecs, c'est bien. Alors nous, on n'avait pas de business model. Ça commence à nous prendre de plus en plus de temps.
- Speaker #1
C'était quand ça ? 2021, après le Covid, j'imagine.
- Speaker #0
Nous, on crée en 2019. C'est, on va dire, artisanal jusqu'au confinement. Le confinement arrive, on n'a rien d'autre à foutre que faire des webinars, faire des petites vidéos, machin. Ça explose.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
En même temps, je fais plein de levées de fonds, de trucs comme ça, autour du Made in France, machin. Je me dis, putain, mais il y a un truc là. Il y a quelque chose, quoi. Puis c'est l'époque où on y croyait encore. Et Macron qui faisait des annonces. Alors on se disait, après le confinement, ça y est, l'industrie va repartir. Ça y est, ce pays s'est enfin réveillé. On va se rendre compte d'eux. Et moi, j'écris, J'ai des industriels. Alors que moi, je n'ai jamais été industriel. J'ai des clients industriels, mais je n'ai jamais été industriel. Ils me disent, écoutez, c'est bien ce que vous faites, qu'ils m'encouragent. Je me dis, je ne me sens pas. un peu moins illégitime. On y va, on y va, on y va. Et un jour, j'ai une discussion avec quelqu'un qui n'est pas d'accord avec moi, qui finit par à moitié m'insulter, c'est assez classique, j'ai eu des classes sociaux, qui dit de toute façon, en fait, vous êtes là, vous signez même pas, on sait même pas qui vous êtes. Et là, je dis, ok, à partir de maintenant, je signe Laurent Moisson, tous mes trucs. Donc, en signant Laurent Moisson, les gens s'intéressent à ma page, donc ils m'écrivent en direct, et donc je deviens... malgré moi, petit à petit, une des personnes identifiées qui parle de ce sujet, alors que j'ai globalement aucune légitimité. D'ailleurs, à chaque fois qu'on me dit « Ouais, vous êtes un expert de... » Moi, je suis un troubadour dans l'industrie. Moi, je chante l'industrie, je danse l'industrie, je dis merci à l'industrie, comme dirait l'autre, mais je n'ai pas la prétention de faire ça. Sauf que, quand tu fais ça tous les jours, que tu lis, que tu te documentes, que tu machins, que tu trucs, que t'as un peu le sens du business, que t'as été entrepreneur plusieurs fois, que tu sais le management, le bidulement, tu finis par comprendre. Et donc, de là, se développe une certaine expertise, ça commence à fonctionner et là, on a commencé à structurer une entreprise parce que c'est devenu une entreprise. On a lancé des clubs, on est devenu un média et moi, j'ai mis en fait tout... du coup, j'ai plus du tout m'occuper du reste. Donc, les autres entreprises, soit je les ai fermées, soit je les ai vendues, soit je les ai mises dans l'écosystème. des FFI. Parce que, en fait, ça devient une mission, t'es complètement habité par ton truc.
- Speaker #1
Alors, qu'est-ce que vous faites aujourd'hui ? Parce que le constat était de se dire, le Made in France... La désindustrialisation de notre pays.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Le fait, bon, on va pas sortir tous les chiffres, mais qu'est-ce que vous faites aujourd'hui ? Parce que tu nous as parlé du French Touch Fund, j'imagine, que t'as mis dans la FFI. Non, alors ça, c'est un fonds autour de la FFI. Voilà, ça, c'est un véhicule d'investissement qui doit rester. T'as ce côté un petit peu influence. Qu'est-ce que vous faites ? Alors, nous,
- Speaker #0
on a plusieurs missions. La première, c'est d'influencer.
- Speaker #1
Donc, lobbying influence.
- Speaker #0
lobbying, mais surtout grand public. Nous, notre stratégie, si tu veux, notre approche, moi, c'est ce que j'ai fait après réflexion, suite à mes réflexions et mes travaux. Je me suis dit la façon dont l'influence est faite autour de l'industrie, mais autour de beaucoup de choses, elle n'est pas bonne. C'est globalement des sachants qui vont faire des rapports compliqués et précis, qui vont présenter aux décideurs, qui sont des politiques. Les politiques ont peu de culture industrielle aujourd'hui. Et c'est des gens qui réagissent par rapport à l'émotion de l'opinion. Donc, peut-être que tu leur as expliqué que si ça continue dans 5 ans, on est tous morts. Eux, ils s'en foutent parce qu'ils ont des élections dans 3 semaines, etc. Donc, je me dis que ce n'est pas comme ça qu'il faut faire. Il faut prendre à partie l'opinion. Donc, moi, je ne suis pas là pour faire le job du Medef, de l'UMM, du machin, qui sont très bien, qui font très bien leur job, qui font des négociations en plus où il ne faut pas ouvrir... Moi, j'ai une liberté de ton que les autres ne peuvent pas avoir. T'es en train de négocier avec la CGT, tu vas pas balancer moi ce que je balance. C'est pas possible. Donc, c'est normal qu'il y ait une certaine solidité, presque discrétion, parce que c'est comme ça qu'on fait les meilleurs négo. Mais moi, je m'adresse au peuple. Et je dis, le problème de l'industrie française, c'est pas que l'élite. C'est que nous, Français, on a mis au sommet de notre pyramide de valeurs, des valeurs anti-industrielles. Et tant que nous, peuple, on enverra des injonctions aux politiques qui... qui sont des injonctions anti-industrielles. Tu peux monter, descendre, annoncer des investissements publics, faire un coup, dire qu'il y a 150 projets cathédrales, machin, Notre-Dame.
- Speaker #1
Mais il ne se passera rien. Tu peux creuser un peu là-dessus ? C'est quoi ce que tu dis, ces valeurs anti-industrielles ?
- Speaker #0
L'industrie, tu as un 50 à 30, on va dire. Tu as de la matière, première. On ne veut pas la sortir du sous-sol,
- Speaker #1
chez nous.
- Speaker #0
On a des mines, on a des réserves, on a des machins, on ne veut pas le faire. Ou alors, on veut le faire avec tellement de parcimonie que c'est des projets qui prennent des années. C'est un nouveau émouvant.
- Speaker #1
Mes clients, avec tous leurs arrêtés préfectoraux, qui sont en train de renégocier. Je comprends. C'est problématique. Ça, on comprend. Sur l'extraction, on comprend.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Bon.
- Speaker #0
Ensuite, cette matière première, tu la transformes. Tu la transformes avec de l'énergie. Prêt à taxer en France. En Europe, d'ailleurs. Même qu'on a les centrales nucléaires. Alors, quel tutoriel ?
- Speaker #1
Je suis dans l'énergie.
- Speaker #0
Il y a des centrales nucléaires amorties. Donc, bon. Mais, en tout cas, on a un niveau de taxe. Là, tu vois, on parle du... Du pétrole, c'est quand même l'un des seuls produits où tu as des taxes qu'on taxe avec d'autres taxes. C'est un truc de fou. Tu transformes cette matière avec de l'énergie et des machines. Les machines, ça s'appelle du capital. Capital, c'est un gros mot. Tous les ans, on a la fête, on ouvre la chasse aux riches, la chasse à l'entrepreneur et à l'investisseur. Donc, les détenteurs de capitaux en France, on ne les aime pas, on les menace. On leur dit qu'on va les taxer, qu'on va les prendre, qu'on va les spolier. Bon, on n'aime pas ça. Et enfin, il faut de la main-d'oeuvre, du travail. Le travail est le plus taxé en France et le plus réglementé des pays de l'OCDE. Et pour finir, il faut quand même être dans une usine qu'on va construire sur un terrain. La France est le pays le moins artificialisé d'Europe, 9% du territoire.
- Speaker #1
C'est incroyable. Moi, quand j'entends le monde politique, quand j'entends de moi, ils me disent qu'on a du béton partout. Mais non, c'est l'historien qui parle. Tu peux, tu peux t'appeler historien. Pas historien, pardon, je ne suis pas docteur.
- Speaker #0
On a plus de forêts, mais beaucoup plus de forêts en ce moment qu'au Moyen-Âge. Parce que comme on a une agriculture qui est plus efficace, avec tout ce que les écolos n'aiment pas, c'est-à-dire des machines, des engrais, des machins, des trucs et des bidules, eh bien on a besoin de moins de terre. On a laissé pousser des forêts. Donc aujourd'hui, t'as 40% du territoire français qui c'est des forêts. Alors après on va te dire, ouais mais c'est bien, c'est pas bien, peu importe. Mais en tout cas, on a été beaucoup plus artificialisés qu'aujourd'hui. Aujourd'hui, c'est à 9%. 9%, je veux dire, on est très très loin des Pays-Bas, la Belgique, qui sont très denses, qui sont machin... Donc, malgré le fait qu'on soit peu artificialisés, on a adopté les lois les plus restrictives en matière d'artificialisation des sols. Donc, on avait un foncier abondant et pas très cher, on a réussi à le raréfier, ce qui fait que les terrains sont difficiles à avoir, qu'en plus, t'as une insécurité juridique permanente, que... Tout est compliqué. Donc moi, sur mes cinq trucs, à chaque fois, on est champion du monde de la complexité ou de la taxation. Donc comment veux-tu qu'on s'en sorte ? Alors après, on dit oui, on a des idées. Oui, mais on a une super main d'œuvre. Ben non. On en forme de moins en moins des ingénieurs, les techniciens, les ouvriers, ceux qui passent par la filière professionnelle. Ils te le disent. Ils te disent d'abord on a l'impression d'être les derniers de la classe quand on arrive là-dedans. Ensuite, on manque de moyens. Ensuite, il n'y a pas assez d'apprentissage. Etc. Donc, en fait, si tu veux, moi je suis et c'est le thème d'ailleurs qui m'a motivé pour faire mon dernier bouquin qui s'appelle « Contes et légendes de la rémunération » . Contes et légendes, c'est parce qu'on nous raconte des fables. C'est que tu as une posture incantatoire qui dit « on va réindustrialiser » . Moi, je suis d'accord avec tous les discours du pouvoir depuis le début de Macron. Je suis d'accord avec tout. C'est juste bête qu'on ne le fasse pas. Et donc, on prend des postures, mais après, on va te laminer sur les impôts, on va te balancer. J'ai un de mes membres, un de mes membres qui est un industriel, un bel industriel, qui fait plusieurs dizaines de millions de euros de chiffre d'affaires, qui a plusieurs usines. Il dit, voilà, à côté de mon bled, dans la moitié sud de la France, 1000 habitants. Il y avait une sorte, je ne sais plus, c'est une laiterie ou quelque chose comme ça. Quelque chose, tu sais, du beurre. Je ne sais plus. Quelque chose d'un peu classique. Enfin, 500 emplois, tu vois. Qui comptent dans le coin. Il y a des problèmes. Ils vont au dépôt de bilan. Le tribunal de commerce trouve une solution de reprise. Tous les élus viennent couper le ruban. On ne vous lâchera pas. Un machin, un truc comme ça. La boîte, elle périclite. C'est de plus en plus comme ça. Mais surtout, quand ils disent on ne vous lâchera pas, on va vous aider. Eux, ils partent. Ils retournent dans leur truc d'élu.
- Speaker #1
Et puis le lendemain, tu as Adréal qui se pointe.
- Speaker #0
Qui va dire, écoutez, là, vous n'êtes pas trop aux normes sur la protection de l'environnement. Il va falloir me changer ça, Donc derrière, il faut investir. Il faut acheter le matériel. Il faut bidule. Puis après, tu as l'inspection du travail qui va dire, il y a un peu de bruit dans votre atelier. Donc il va falloir me... Puis l'aération, je ne sais pas si c'est parce que les nouvelles normes bidulent. Le mec, il est mort. C'est ça la réalité. Et en plus, une fois qu'il aura déposé le bilan, définitivement, l'entrepreneur qui a repris après la reprise de la reprise, l'usine va disparaître. Ça te fait des chômeurs, ok. Mais en plus, ton beurre ou ton machin, enfin ce que tu as acheté, tu vas l'acheter de l'étranger. Auprès de gens qui ne font... absolument pas attention aux belles normes de l'ADREAL, de l'inspection du travail et des trucs comme ça. Donc en fait, quelque part, c'est ça qui me passionne dans l'industrie, c'est que c'est la cristallisation de tous nos paradoxes. Là, c'est le côté un peu chercheur en sciences humaines qui ne m'a jamais quitté. C'est de dire comprendre un petit peu les individus. Et la France, c'est tout à fait ça. C'est-à-dire des belles postures, des trucs. On est tous au festival de Cannes. Tu as des discours de ministre France et des discours des acteurs Acteur, festival de Twitcan, toujours sur les grandes causes, les plus lointaines possibles, comme ça tu ne se mouilles pas. Et des trucs généreux avec l'argent des autres. Bon, on adore ça, nous les Français. Posture un peu sociale, machin, truc et tout. Et à la fin, quand c'est la catastrophe, on dit ouais, on va chercher des responsables, mais on ne se remet jamais en cause. Donc, l'industrie, c'est mécanique. C'est de la mécanique, c'est de la physique. Tu ne fais pas de la morale avec la physique. Aujourd'hui, qu'est-ce qui fait que des pays qui étaient avant... absolument pas industriels, sont bien meilleurs que nous. Parce qu'il faut sortir l'idée de notre tête que la Chine s'en sort parce qu'elle ne paye pas beaucoup ses ouvriers. C'est fini. Ils sont meilleurs que nous. Ils sont moins chers et meilleurs. C'est comme ça. Pourquoi ? Parce qu'ils sont passés d'un état d'esprit absolument pas industriel. La Chine du 19ème siècle, il prend le choc des puissances coloniales européennes. C'est un pays renfermé.
- Speaker #1
C'est lié sur l'agriculture aussi.
- Speaker #0
Oui, mais même, qui est une complexité. Enfin, comme nous, il y a des trucs moraux dans tous les sens ou des tabous, on ne peut pas faire ça, c'est inadmissible de faire ci. Chaque chose est moralisée, discutée, polémique, machin. C'est un truc complètement cloisonné, d'une finesse absolue. Mais les trucs complexes, dès qu'il y a un choc, c'est mort.
- Speaker #1
Alors, qu'est-ce qu'il faut chez nous ?
- Speaker #0
Changer des... État d'esprit numéro 1, changer d'état d'esprit.
- Speaker #1
Comment tu fais pour que 65 millions de personnes changent d'état d'esprit ? Ce n'est pas possible.
- Speaker #0
Bien sûr que si, c'est possible, c'est arrivé. C'est arrivé, ça arrive régulièrement. Quand tu regardes l'histoire, qu'est-ce qui fait que les gens changent d'état d'esprit ? Des ruptures technologiques qui amènent des nouveaux usages. En fait, si tu veux, c'est ça qu'il faut comprendre. L'état d'esprit, il y a de la morale dedans. Il y a de la morale, de l'éthique, une notion de bien et de mal. Et de ce qu'il faudrait faire, de ce qui est bien de faire, et de ce qui n'a pas de bien de faire. Ça, ça naît de quoi ? Ça naît de l'usage. Tu prends toutes les ruptures. Les grandes ruptures technologiques ont amené des ruptures morales.
- Speaker #1
Prends la canne. Prends-nous un exemple.
- Speaker #0
Alors, prenons l'art militaire. C'est le moins polémique. Moyen-Âge. Début du Moyen-Âge, l'arme absolue, c'est la cavalerie franque. Les francs explosent tout le monde parce qu'ils ont une cavalerie lourde que les autres n'ont pas, qui est très puissante, avec des gens très courageux, qui sont riches, ils ont plusieurs chevaux, parce que ce sont des propriétaires terriens qui sont devenus des aristocrates, des machins et tout comme ça. Et en face, ça lamine tout. Ça fait le royaume de France. Et puis... rupture technologique, ça devient un usage, un métier. Je suis cavalier lourd. Les mecs, assez vite, ils ont des honneurs, ils gagnent des trucs, on les récompense. Ils ont un statut. Ils deviennent chevaliers. Et le chevalier va se faire une morale. Je défends la veuve et l'artifelin. Je suis forcément très courageux. Si je suis courageux, ça veut dire que je suis un peu foufou, quoi. Je suis un discipliné. Donc, ça donne des caractéristiques, si tu veux, d'une armée qui va être composée de personnes dans cette armée qui vont se sentir chevaliers dans leur... la définition de qui ils sont. Dans leur identité. Ça devient un élément... La morale devient identitaire. Donc tu dis je suis de gauche, je suis de droite, je suis catholique, je suis musulman... C'est pas uniquement parce que tu y crois et que tu adhères et tu machins. C'est aussi parce que tu es vu par d'autres socialement. Tu es identifié par ça. À partir du moment où tu arrives à la morale, il n'y a plus rien qui bouge. Quand tu as, toi, individu, appris une morale qui te dit ça c'est bien, ça c'est mal, la notion du bien et du mal, ça peut évoluer au cours d'une vie, mais c'est rare. Il faut des chocs.
- Speaker #1
Donc toi, tu dis que le choc technologique est une des options qui fait changer...
- Speaker #0
Alors, je reprends mon histoire de chevalier. Un beau jour, le cousin du roi de France, qui parlait français, ça vient de chez nous, qui est un anglais, arrive et dit je suis duve de Normandie et comme ton père, machin, truc, en fait je suis plus légitime que toi pour avoir le trône de France. Donc t'es sympa mais tu descends de là et c'est moi. Bon, le mec, le roi de France lui dit plaisanterie et c'est le début de la guerre de Cent Ans. Le début de la guerre de Cent Ans, c'est des raclées que la chevalerie française se prend, parce qu'elle charge tout droit, elle est beaucoup plus nombreuse, beaucoup plus forte, sur des archers gallois. Les archers gallois, c'est des anciens paysans. C'est des gueux. Alors qu'en face, t'as le dungue en joue, qui te... Et il est à l'arc, qui était considéré comme une arme de lâche. Chevalier Bayer, à son reproche, il disait pas d'arme de jet, que au contact. C'est ça un chevalier. Courage. Donc, le courage, ça donne une inefficacité là-dessus parce qu'il est dogmatique. Il a fallu attendre Duguay-Clin, et Duguay-Clin qui faisait des embuscades dans les bois pour flinguer les archers gallois, parce qu'ils n'arrivaient pas à les avoir en race campagne. Et on se prend raclée sur raclée et on fait la même chaque fois. Parce qu'il... plantent des pieux par terre. Donc toi, quand t'arrives avec ton cheval à Magalo, donc un, il te dégomme avec son arc et en plus, quand tu lui fonces dessus, tu te prends le pieu. Donc, aucune chance.
- Speaker #1
Pourtant, on continue.
- Speaker #0
Mais on continue, pourquoi ? Parce que tu ne peux pas changer. Ça serait mal. Donc, en France, c'est pareil. On se prend raclée sur raclée, d'un point de vue économique. Il faudrait réformer notre système social. Il faudrait arrêter de taxer les entreprises. Mais moralement, on a une partie significative de la... La société qui estime que c'est mal, que notre singularité, notre identité française, c'est notre système social et qu'aller contre ça, ça serait... Donc, on est capable d'alourdir un truc qui est en train de nous bouffer le sang, que nous, notre génération, on paye déjà, mais que nos enfants, ça va être encore pire. Mais t'expliques à des mecs qu'il va falloir qu'ils bossent deux ans de plus, la France est à feu et à sang. Donc, on est sortis. de l'analyse froide d'une situation. Là, on est dans l'idéologie, dans la morale, dans le machin, dans le truc. Donc, tu prends ça sur le social. Tu prends la façon dont on défend l'environnement, qui est une cause noble. Il faut défendre l'environnement. Il faut lutter contre le réchauffement climatique. Maintenant, soit tu le fais de façon pragmatique, soit tu le fais de façon dogmatique. En France... Aujourd'hui,
- Speaker #1
c'est un peu dogmatique.
- Speaker #0
Mais pourquoi ? Pour les mêmes raisons ! Le petit militant junior pour l'environnement, il le fait peut-être parce qu'il a de l'éco-anxiété, qu'il pense que c'est un truc comme ça. Mais d'abord, il ne s'est pas renseigné. C'est-à-dire que la plupart du temps, des types qui ont fait psychosociaux, qui n'ont pas compris les trucs un peu mécaniques qu'il y a derrière. Bon, il y en a qui ont très bien compris, c'est super. Mais il y en a plein qui se font embarquer par le truc. et qui vont bloquer la construction d'une usine. Et à la fin, ils font victoire ! Bon, l'usine, ok. L'usine est délocalisée. Elle est à Shenzhen, avec un peu de bol en terre ouïgoure. Donc, un, tu vas faire bosser des mecs que tu ne payes pas vraiment, dans un endroit où l'électricité est faite avec du charbon. Et en plus, il faut prendre le matos et le ramener en France. C'est-à-dire que leur victoire est une défaite pour le climat, alors que ce sont des militants, machin. Donc, c'est caricatural, ce que je dis. Mais ça arrive.
- Speaker #1
Ça arrive quand même très régulièrement.
- Speaker #0
Donc, en fait, c'est ça notre problème.
- Speaker #1
Mais derrière, attends, parce que là, on est en ce moment à une nouvelle ère technologique. Alors, est-ce que c'est une aussi grosse révolution ou pas que des révolutions industrielles comme on a eu ? Est-ce que c'est une aussi grosse révolution que le web qu'on a eu entre 90, 95, 2000 ? Ça, j'ai envie de dire, ça dépend. En tout cas, ce dont on est sûr. on est face en tout cas à un changement qui est devant nous. Est-ce que tu penses que c'est le changement qui va nous permettre d'avoir un nouveau OS ? Parce que ce que tu dis, grosso modo, c'est qu'il nous faut un nouvel OS. Pour faire simple, il nous fallait un nouveau operating system, il nous faut un nouveau Windows. Je caricature un petit peu, mais ce que tu nous dis, c'est ça. Il nous faut un nouvel OS. Et est-ce que c'est ça qui va nous aider ou est-ce que c'est autre chose ? Parce qu'en fait, la réalité, c'est qu'aujourd'hui, je ne vois pas, alors peut-être que moi, je suis peut-être dans mon petit monde des petits malins, mais c'est Bien que j'y crois, en tant qu'entrepreneur, je reste hyper optimiste et je pense qu'il y a des choses à faire. Je pense qu'on peut faire des choses et que la réindustrialisation existe. Ce n'est pas juste un concept. Mais comment on fait et comment tu fais pour vraiment... Est-ce qu'en ce moment-là, cette rupture technologique qu'on a là va être un point de bascule ou est-ce que c'est un autre point de bascule que tu vois arriver d'une autre manière ?
- Speaker #0
Alors,
- Speaker #1
peut-être que la question est un peu particulière. Non,
- Speaker #0
très bien. Donc, ça crée des ruptures dans la façon de penser. Après coup, c'est Marx qui disait ça. Il dit, en gros, le souvenir d'une institution, avec sa morale, son machin truc, va survivre à la disparition des raisons qui ont créé cette institution et cette morale. C'est comme ça. Donc, tu continues à penser d'avant la révolution industrielle quand pourtant tu prends l'ancien régime. Il y a toute une partie de la population française qui continue à penser comme un aristocrate machin truc, alors qu'il y avait des usines, des machins, c'était fini, on était en république. Je veux dire, le parti royaliste... a continué à être un parti très important très longtemps après. Et on ressortait des valeurs qui étaient complètement has-been. Là, c'est pareil. Et c'est pareil tout le temps. C'est juste que tu changes le titre du bouquin, mais c'est toujours un bouquin. Donc, quand est-ce qu'on change ? On change quand tu rencontres le réel. Et le réel, c'est quand on se cogne. C'est Lacan qui dit ça. Le réel, c'est quand on se cogne. t'es là dans ton idéologie, machin truc, ouais, yaka, faucon, ça c'est bien, on est vu comme des gens bien, on milite, on manifeste, ok. Et puis un beau jour, tu vois autour de toi les gens qui perdent leur boulot, toi t'as du mal à en retrouver, et tu souffres. Et quand tu souffres, tu vis la conséquence des erreurs de ton jugement. Alors parfois, ce qui est très injuste, c'est que ces quelques personnes dans un bureau ou dans un truc universitaire avec des théories un peu fumeuses, qui vont entraîner une erreur qui va être vécue par un paysan dans son champ, un patron de PME et des ouvriers. Donc, ce n'est pas eux qui vont toucher ça. Mais en gros, pour que la personne qui a des idées à la noix se rende compte que ce sont des idées à la noix, il faut qu'il soit confronté à la conséquence de son erreur. Ça, c'est difficile en France. Pourquoi ? Parce que l'idéologie... Ce qui va donner l'idée et l'impulsion politique, elle se fait dans les villes. On est un pays très centralisé. Donc, quand tu es prof d'économie à la Sorbonne et que tu balances ta nouvelle théorie anticapitaliste sur tout un tas de trucs, machin, tu peux passer toute ta vie à enseigner ça sans jamais vivre la conséquence des bêtises que tu professes. Quand tu es entrepreneur, si tu es dogmatique, tu fais un super... produit comme tu le veux, etc. Il ne se vend pas. Tu as 10 secondes pour bouger.
- Speaker #1
Ouais, tu changes.
- Speaker #0
Ou tu fais faillite.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc c'est ça les deux options qu'on a. Soit on fait faillite. C'est la Grèce. Bonjour. C'est la Troïka. Moi, je suis patronne de la BCE. Moi, je suis vendeur de l'Ion. Moi, je suis l'Allemagne parce qu'il faut quelqu'un qui est un chéquier. Donc en fait, la réforme des retraites, on la fait tout de suite. Le marché du travail, on le libéralise comme ça. Et là, c'est fait dans le quart d'heure. Comme ça a été fait en Italie, ils ont viré Berlusconi. C'est comme ça que ça s'est fait. Ils sont arrivés, ils ont dit maintenant, on arrête les conneries. Et donc, ils ont sorti une loi. Salva Italia, je crois, un truc comme ça, Sauvé d'Italie, qui a été prise par une universitaire que personne ne connaissait vraiment, enfin pas le grand public en tout cas, et qui a fait que, bon ben voilà, ils ont fait la réforme sur les retraites, sur le marché du travail, sur tout ce qu'il faudrait qu'on fasse nous, et qu'on refuse de faire. Mais derrière, qu'est-ce qui se passe ? Pouvoir d'achat, laminé, c'est-à-dire tout le monde perd, et ça dure des années. La Grèce, ça fait deux décennies. La Grèce va beaucoup mieux. Mais ça a mis 15 ans. Non, attends, ça s'est mis assez vite à remonter. Mais les Grecs, ils continuent à être pauvres. Donc c'est-à-dire que tu descends très vite, parce que tu n'as pas fait les ajustements en douceur, avec le temps, donc c'est un choc, c'est terrible, en France ça va être des manifs, du désordre, du machin, de la pauvreté, ça va être horrible, et après, ça repart. Et entre-temps, toi t'arrêtes avec tes idéaux, avec tes machins, et tu vois bien qu'il faut se sortir les doigts, et il faut que ça soit. Ça, c'est radical. ça fonctionne, mais c'est terrible. Donc moi, je ne veux pas de ça. L'autre option, c'est qu'on se réforme. Pour qu'on se réforme, il faut convaincre. Alors, c'est de plus en plus facile de convaincre. Parce que les gens vivent le déclassement. Ils le sentent. T'as des problèmes de pouvoir d'achat, qui ne sont plus réglés par la prime bidule, la prime truc et tout. La complexité... Pardon,
- Speaker #1
je pense qu'on devrait avoir une prime de chaleur.
- Speaker #0
C'est ça, voilà. Donc les gens s'en rendent compte, ils voient bien que ça ne marche plus, ils voient bien que les services publics, malgré tous les impôts et les machins, il n'y a plus assez d'argent qui va là-dedans, parce que tout va dans les retraites.
- Speaker #1
Ou dans le remboursement de la dette, mais bon.
- Speaker #0
Non, mais attends, les retraites, c'est... Dans les intérêts de la dette,
- Speaker #1
pardon.
- Speaker #0
Les retraites, tu as entre 20 et 25% du budget de tous nos ministères. C'est pour payer la sur-retraite des fonctionnaires. Oui,
- Speaker #1
la retraite.
- Speaker #0
Donc, si tu veux, on ne s'en rend pas compte. Mais quand on dit, attends, l'éducation nationale ne nous a jamais coûté autant d'argent. Ben oui, mais on l'a eu à 25%. Et déjà, tu vois que, ben non, il n'y a pas tant d'argent que ça. Donc, cet argent-là qu'on a mis dans les retraites parce qu'on veut avoir une retraite longue, eh ben, on ne le met pas dans l'éducation, dans le salaire des profs. On ne le met pas dans l'innovation. On ne le met pas... Bon, etc. Donc, quand il n'y a plus de fric, eh ben, tu es obligé de faire ça. Et là, tu souffres, mais tu remets en cause ça. Donc ça, ça serait, je pense, l'option la plus terrible. Mais ça ne nous prend en nez. Et l'autre option, c'est de faire le levier sur... Écoutez, vous voyez bien que ça ne va pas. Il y a une conscience qui se développe là-dessus. Écoute les politiques qui parlent tous de simplification, de restaurer l'autorité, de revenir machin. Je veux dire, c'est des sujets qu'on abordait à peine aux dernières élections. Donc, il y a une conscience. il faut convaincre. Et il faut convaincre que c'est pas avec des petites réformettes qu'on va y arriver. Et que la réindustrialisation, ça ne se décrète pas. C'est pas des discours. C'est qu'il faut couper les trucs qui ont créé la désindustrialisation. Donc c'est-à-dire qu'on a toujours laissé les causes de la désindustrialisation, et après on voudrait que, parce qu'on a fait le plan Bilule et le plan Truc, tout en laissant toutes les causes de la désindustrialisation, on arrive à réindustrialiser.
- Speaker #1
Les causes, c'est les 5 causes que tu as énumérées tout à l'heure. C'est coût du travail, extraction, énergie, machine, capital, coût du travail et terrain.
- Speaker #0
Et terrain, et dedans, en fait, c'est complexité administrative, fiscalité. C'est les deux sujets. Alors, fiscalité, moi, je mets les charges sociales et machins dedans. Parce que le mécanisme, ce n'est pas de l'impôt, c'est du salaire différé. C'est de l'argent qu'on prend sur la fiche des payes. des salariés et qu'on prend dans les caisses des entreprises.
- Speaker #1
Et sur le positionnement d'un AFFI là-dessus, ce côté, bien évidemment, convaincre, apporter des solutions ou montrer certaines choses, il y a un côté financement, de ce que j'ai fait comprendre.
- Speaker #0
En fait, c'est le côté entraide. Ça, c'est le deuxième truc. Entraide, c'est ça ? Nous, on veut faire des choses concrètes.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
C'est-à-dire que... Ce que je suis en train de faire avec toi, conviction, voilà ce qu'on pense, voilà ce qu'il faudrait faire, etc. Ça, c'est une partie importante du boulot parce que les gens n'ont pas tous conscience de ça et il faut convaincre. Ensuite, on est des entrepreneurs, nous, on aime bien faire. Et en plus, le fait de faire des choses concrètes, ça nourrit aussi le discours. Sinon, on est encore des gens qui disent il n'y a qu'à faut con et on ne fait pas. Donc nous, on se tire les doigts, on s'entraide, on présente les uns aux autres. On prend des experts sur tel et tel sujet pour qu'on apprenne à chasser en l'autre.
- Speaker #1
C'est l'accompagnement aussi ?
- Speaker #0
Nous, on ne fait pas d'accompagnement, mais on a des membres qui sont capables d'en faire et on met les gens en relation. Notre job, nous, c'est de dire, toi tu vends des portes, lui il a besoin d'en acheter, voyez-vous, et comme ça tout le monde est content. Donc l'un des éléments d'entraide, c'est le financement. Donc on a des gens qui investissent chez nous. industriels ou pas, et d'autres qui cherchent à lever des fonds. Pareil, on organise des sessions de pitch, on fait des choses comme ça, on va chercher de l'argent ailleurs, on essaie de motiver les patrons de fonds d'investissement à venir chez nous, on a créé un club de business angels.
- Speaker #1
Ça marche ou pas, que les patrons de fonds d'investissement viennent chez vous ?
- Speaker #0
De plus en plus,
- Speaker #1
ok.
- Speaker #0
Après, si tu veux, les patrons de fonds d'investissement, c'est pragmatique. Donc, ils veulent du retour sur investissement. Et ce que je t'ai raconté en disant Tant qu'on ne change pas les termes de l'écosystème et du contrat, il n'y a pas de raison que tu ne changes pas les causes. Les causes,
- Speaker #1
tu auras les mêmes conséquences.
- Speaker #0
Donc un mec qui est là pour faire fructifier l'argent qu'on lui confie, s'il a le choix entre investir dans des boîtes en France, surfiscalisées, surréglementées, avec des boîtes moins rentables que les boîtes américaines, attendez, il fait quoi ? Ce n'est pas non plus des gens qui ont un sens patriotique tel qu'ils sont prêts à faire perdre de l'argent à leur client. Donc, il y en a qui le font, mais sur des niches, sur des choses. Mais globalement, c'est difficile de trouver du financement. La BPI fait un bon travail. Il y a des fonds d'investissement qui font des choses à partir d'une certaine taille et sur certaines niches. Il y a beaucoup d'argent public. Parfois, c'est bien.
- Speaker #1
Je remercie.
- Speaker #0
Oui, quelque part.
- Speaker #1
Est-ce que c'est l'argent public qui devrait servir ?
- Speaker #0
Non, mais surtout, est-ce que c'est bien géré ?
- Speaker #1
Ça va.
- Speaker #0
Bon, est-ce que c'est... Est-ce que c'est un inspecteur des finances de faire le capital risqueur ? Je ne sais pas. Et puis surtout, les Français, on aime bien la rente. Donc, quand on a de l'épargne, on a la quatrième ou cinquième épargne du monde où il y a de l'habitant. Donc, on a de l'argent, mais on l'investit dans la pierre, dans l'immobilier. On le met sur des livrets à très faible rendement, mais garantis, parce qu'on aime bien la sécurité. Cet argent-là, il finance le déficit public, la dette publique, le logement social, le machin. mais très peu l'industrie en France. Donc, tout ça, c'est pas non plus que parce que les gens sont méchants. C'est parce qu'ils savent compter. Donc, tant que tu changes pas les conditions, c'est pas attractif, c'est risqué. Les entreprises françaises sont moins rentables que les autres, donc elles attirent moins de capitaux. C'est pas con, hein. Il n'y a pas que des gens qui sont méchants, qui ne pensent qu'à eux, qui machin... Alors, oui, mais les gens pensent aussi à eux, bien sûr. Tout le monde n'est pas prêt à mourir pour le drapeau et la PME du coin. Mais pour ça, on n'est pas pire que les autres non plus. Ce n'est pas parce que les Américains investissent massivement dans leur économie productive qu'ils sont plus patriotes que nous. C'est parce qu'ils ont créé les conditions pour que leur économie productive soit plus rentable.
- Speaker #1
Je vois leur tourner, Laurent. Il y a une chose qui m'intrigue. Pas qui m'intrigue, mais le parler avec les forces françaises de l'intérieur. Aujourd'hui, ça n'existe plus.
- Speaker #0
Les forces françaises de l'intérieur ? Oui, parce qu'il y aura un peu de bien.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut imaginer un monde où, parce que j'imagine que les forces françaises ont eu du tri, un jour, est-ce qu'on peut s'imaginer un jour où vous avez fini votre boulot ? Et ça veut dire quoi ? Ce serait quoi ce jour-là ?
- Speaker #0
Ah bah ce jour-là...
- Speaker #1
Est-ce que tu peux t'imaginer un monde où vous avez fait ce que vous voulez faire ?
- Speaker #0
Ah,
- Speaker #1
c'est quoi ce monde-là ?
- Speaker #0
Bah ce monde-là, c'est un monde où les Français ont repris confiance dans leurs entreprises. du coup, parce qu'en fait tout est sur la confiance. Si je n'ai pas confiance, je veux des normes pour vérifier que t'es pas en train de faire des bêtises. Ces normes vont être appliquées, donc il va falloir qu'il y ait des fonctionnaires qui viennent vérifier donc tu crées une administration, ça va te coûter de l'argent, il va falloir, c'est des impôts c'est des mal... et voilà. Donc si tu mets de la confiance, bah t'as le code du travail suisse, quelques dizaines de pages en suisse. Nous, on a 3000 pages. On va t'expliquer que... Certains principes sont très importants. Mais à mon avis, ça tient en 70 pages aussi. Et puis après, on va t'expliquer que dans ton restaurant, l'armoire, il faut qu'elle soit à 10 cm au-dessus du sol. Parce que si c'est neuf, c'est du pénal. Si t'as mal taillé les haies, si t'as déplacé une vipère sans faire gaffe ou machin, oh là là, ces gens font n'importe quoi. Donc, on va micromanager les gens. les entreprises, et ça va créer tout un tas de complexités. Donc, mon monde idéal, ma France idéale, c'est une France comme à l'époque du général de Gaulle, où il y a un État fort, parce qu'on est comme ça, il y a une impulsion, mais c'est un État stratège qui intervient sur quelques trucs du domaine de sa spécialité. Des lois simples, beaucoup moins bavardes qu'aujourd'hui, et ensuite le reste, on le laisse à la liberté, à la confiance. Et si on doit réglementer, on réglemente quand il y a eu un problème. Pas en essayant d'anticiper un problème qui ne se posera pas. Ou suite à un fait divers qui a ému la France, là, plus jamais ça, et on te sort une loi, le principe de précaution. A partir de là... franchement, t'as plus besoin, t'as besoin de beaucoup moins de dispositifs, de bidules. Pourquoi ? Parce que c'est la complexité et la taxation qui créent la sous-performance. La sous-performance fait qu'on a besoin d'aider, donc on va créer un dispositif pour rendre un peu plus performant la sous-performance. Et là-dessus, je veux dire, Reagan, il a dit plein de conneries. Mais une fois, il a dit une phrase, sans doute un de ses conseillers qui a dit ça. qui dit, dans ce pays, tout ce qui bouge, on le taxe, ce qui bouge encore, on le réglemente, et ce qui ne bouge plus, on le subventionne. C'est ça. Il disait ça à propos des Etats-Unis ? À la fin de Carter. Carter, qui était... Il a fait une révolution ultra-libérale. Ça n'en est pas prêt. Non, on n'est pas prêt. Je pense que ce n'est pas souhaitable vu le caractère français. On n'est pas comme ça. Encore une fois, il faut un État très fort. Mais tout en ayant un État fort, On peut avoir des partenariats publics-privés, des entrepreneurs qui ont beaucoup plus de liberté, et du coup, ils n'ont plus besoin d'aide. Là, il y a un débat sur les aides, les entreprises nous coûtent trop cher, on leur donne plein d'argent. C'est normal, tu leur en prends trop, donc tu leur en restes du quid une partie, mais s'ils sont sages. C'est-à-dire que je te prends trop d'argent, mais je t'en donne un peu, si jamais tu m'appliques la loi morale B22, et pour ça, tu vas me remplir le CERFA 3508B. Voilà, c'est ça le sujet. Mon monde idéal, c'est quand tout ça s'est sorti, et on est revenu à un peu de simplicité, tu reviens à De Gaulle, Pompidou, alors bon, avec des évolutions, parce qu'il s'est passé quand même des choses, il y a un réchauffement climatique, il y a des choses dont il faut tenir compte.
- Speaker #1
Ce que tu dis, le mot qui résonne en tout cas, c'est le mot liberté.
- Speaker #0
Liberté !
- Speaker #1
C'est ça le mot qui résonne.
- Speaker #0
Voilà, liberté, égalité, fraternité. Je pense que l'obsession égalitariste, ce qui n'est pas... égalitaire, égalitariste, a renié largement notre liberté. Mais, en plus, comme c'est récessif d'un point de vue économique, ça met en danger la fraternité. Est-ce qu'il y a encore de la fraternité en France quand tu vois comment les gens se détestent alors qu'on est tous là en train d'essayer d'égaliser tout ce qu'il y a ? Plus on égalise, plus ça frustre. Donc on n'y arrivera pas.
- Speaker #1
Après, moi, je pense qu'on a quand même un prisme... Des médias qui nous fait dire que les gens se détestent, mais je pense que quand tu vas, tu vois, quand vraiment tu rentres, tu vois, dans des écosystèmes, quand tu rentres dans des entreprises, quand tu rentres même dans des villes, tu vois, dans certaines villes, nous on a le prisme grande ville, médias, tu vois, dans des villes plutôt plus petites, t'as moins, enfin moi j'ai l'impression en tout cas d'avoir moins ce sentiment de les gens se détestent, tu vois, je le vois beaucoup moins.
- Speaker #0
alors tu sais je ressens beaucoup moins mais je suis peut-être dans mon monde des petits malins alors t'as des stats t'as des stats alors c'est pas sur la détestation c'est sur la confiance la France est le dernier ou dernier ex aequo des pays de l'OCDE sur la confiance c'est-à-dire en faisant quoi ? la confiance en les autres à la question faites-vous confiance aux autres on est à 25% ah bon ? à dire oui on est à presque 60% en Europe du Nord ah oui donc qu'est-ce que ça veut dire quand tu fais Merci. presque trois fois moins confiance. Plus de deux fois moins. Ça veut dire que tu fais moins de business, parce que moi je ne m'associe pas avec quelqu'un dont je n'ai pas confiance. Ouais, j'ai vendu un truc, mais il faut quand même que je m'assure qu'il paye, donc je vais quand même être agressif ou machin, etc. Ça veut dire que tout ce que je t'ai, si je n'ai pas confiance en toi, je compte flics. Donc il faut que j'embauche des flics. Il faut que je leur donne des normes, etc. Et quand est-ce qu'on arrive, et ça aussi c'est des études très intéressantes qui le démontrent, quand est-ce qu'on arrive à se faire confiance ? quand on fait des choses ensemble. Donc le fait, ce que je dis tout le temps, à une époque, on vivait dans des villages ou des petites villes, t'as une tempête, t'as un arbre qui tombe sur la route. Eh ben, tu sais quoi ? Toi, t'habites en face, moi je viens là, moi j'ai une charrette, t'as des bœufs, il y a le troisième qui vient avec sa scie, le machin, on y passe la matinée et on dégage la route. Et à la fin, on a fait un truc ensemble, je te regardais du coin de l'ensemble, je disais, je n'aime pas trop ce mec, ça fait deux fois qu'il ne me dit pas bonjour et tout. En fait, je me suis dit, il est sympa, on a été boire un coup au bistrot, tout va bien. Et on se fait confiance. Donc, plus tu as un système, un parasystème qui arrive, qui dit je m'occupe de tout, moi l'État, vous avez un problème, vous avez une subvention, vous avez un machin, j'ai un dispositif. En fait, aujourd'hui, le même arbre qui tombe dans le même village, tout le monde appelle la mairie pour gueuler, les flics pour gueuler, les pompiers pour gueuler, le préfet, le machin, mais on ne fait plus le truc. On le fait pas, tu vois, c'est ça le sujet. Donc plus on va faire des choses ensemble, c'est ça qu'on fait au FFI. On demande à l'État, laissez-nous faire.
- Speaker #1
Foutez-nous la paix.
- Speaker #0
Foutez-nous la paix. Avec les moyens qui vont bien, c'est-à-dire prenez-nous moins. Laissez-nous et on va s'organiser, on va se cotiser. Et quand tu fais ça, tu repars dans la confiance, tu es moins administré, tu as plus de liberté et tu vas créer plus de fraternité parce que tu créeras plus de perspectives, de machins, de vivre ensemble, de projets communs. C'est ça la fraternité.
- Speaker #1
Très bien. Je trouve ça intéressant le fait de dire qu'à la fin, quand même, ça reste la liberté qui peut derrière permettre à toutes nos valeurs de notre pays. de pouvoir s'accrocher. Ou moins se développer. Moi, c'est comme ça que je le ressens.
- Speaker #0
Je t'en perds ton point. Moi, je te parle...
- Speaker #1
Moi, j'aime beaucoup la liberté.
- Speaker #0
Bien sûr, moi aussi. Mais je t'en perds ton point parce qu'il ne faut pas qu'il soit absolu. Il y a trois valeurs. Liberté, égalité, fraternité. Si c'est que liberté, tu vas avoir le problème inverse. Si tout le monde peut faire ce qu'il veut, ça va créer un déséquilibre, pas assez d'égalité et pas assez de fraternité. Aujourd'hui, on est dans un... système qui a poussé trop loin l'égalitarisme, il ne faut pas renoncer à l'égalité. Il faut la défendre, mais défendre l'égalité, ce n'est pas pareil que défendre un régime égalitariste. Donc, il faut supprimer l'égalitarisme, qu'on revienne à l'égalité. Ça, ça va donner plus de liberté, et non pas une liberté absolue. C'est ça le point. Il faut rester dans l'équilibre. Là, on a poussé trop loin un des curseurs. Ce n'est pas pour ça qu'il faut virer le curseur. C'est pareil sur les normes. Tu vois, les normes, moi, je suis très... critique sur l'excès de normes. Et les gens me disent, ouais, c'est ça, vous voulez pas de normes du tout, ça va être le Far West. Mais pas du tout.
- Speaker #1
Juste un peu moins.
- Speaker #0
On enlève 20%, 30% de normes, c'est très bien.
- Speaker #1
Très bien. Moi, je voulais finir sur une dernière chose. C'est pourquoi, aujourd'hui, un entrepreneur ou un industriel devrait rejoindre FFI ?
- Speaker #0
D'abord parce que c'est sympa. Il y a une bonne ambiance. Tu vas te parler de fraternité, mais nous, on fait très, très attention à ce que... Les gens qui vont prendre leur voiture, prendre le métro pour aller à une soirée ou un déjeuner FFI, écouter les gens et tout, puis se parler entre eux, il faut que ça soit sympa. Donc ça déjà c'est un bon moment. Ensuite c'est des gens qui, ceux qui nous rejoignent, se disent je veux être représenté, je veux que ma voix porte, j'adhère à ce qui est dit et je veux en être parce que c'est comme ça qu'on va réussir à retourner l'opinion et donc les politiques et la France. Et je pense que c'est un combat culturel et d'influence qui a besoin de nombre. Donc les gens qui, à leur petit niveau ou à leur grand niveau, parce qu'on a aussi des gens qui sont très puissants qui nous rejoignent, tout le monde est bienvenu et apportera sa pierre à l'édifice. Et enfin, c'est aussi un club d'entrepreneurs et d'investisseurs. Donc il y a des gens qui viennent y faire un peu de business. Et ça marche parce que là-dessus, on a un tiers de confiance. Donc on n'est pas un club avec des gens qui cherchent que du business parce qu'il y en a un milliard. Et franchement, nous, on est là pour soutenir une cause, mais c'est une cause qui est business. Et on fait ça pour que les entreprises marchent mieux. Donc on ne va pas s'opposer au fait qu'il y a quelqu'un qui cherche à recruter, il y a Bidule qui est sur le marché du travail, et bien on les présente.
- Speaker #1
Et on est une centaine de clubs, c'est ça ? Non,
- Speaker #0
non,
- Speaker #1
non.
- Speaker #0
On a 25 clubs.
- Speaker #1
25 clubs,
- Speaker #0
ok. Dont 18 en France, 7 à l'étranger. Sous la marque La Peña Business Club, qui est le club du troisième associé dont je t'ai parlé au début.
- Speaker #1
Emmanuel.
- Speaker #0
Oui, exactement. Et donc là, c'est pour des gens notamment qui veulent ouvrir des nouveaux marchés. Si on est dans une ville qu'ils connaissent, ils y vont. Ils vont avoir des compatriotes, ils vont parler français, qui vont leur dire, ah ouais, ouais, c'est super, d'ailleurs, je m'en occupe. Ou alors, ne viens surtout pas parce que ce n'est pas un marché pour toi et que moi-même, j'y suis allé. ça dame, ok, Donc, 25 clubs, bientôt 1000 membres et énormément de gens qui viennent nous écouter, nous lire sur les réseaux sociaux, dans la presse, beaucoup. La presse nous aime beaucoup et nous aimons beaucoup la presse.
- Speaker #1
On va s'arrêter là. Je te remercie beaucoup, Laurent, pour ce passage dans les bâtisseurs. Je t'avais dit que tu ne tiendrais pas 30 minutes. Ah oui, c'est ça. Je l'ai rapidement compris. Je l'ai rapidement, rapidement compris. Non, moi, il y a une chose qui m'interpelle, c'est que j'ai l'impression, et c'est là où je pense qu'il faut tous qu'on fasse attention, mais moi, les deux scénarios que tu as évoqués à un moment, le scénario où il y a un mur qu'on peut se prendre, ou le scénario de, ben non, il faut quand même qu'on sorte un petit peu les doigts et il faut y aller. Je ne sais pas quel scénario, tu vois. et je veux pas être pessimiste en disant ça mais pas pour longtemps avant d'attendre ça joue aux prochaines élections et moi la question que je me dis c'est toutes ces initiatives qu'il y a là je pense qu'à un moment ou à un autre la solution elle va venir d'en bas elle va venir des acteurs, quels qu'ils soient à partir du moment où tu te sens acteur il faut y aller, il faut faire quelque chose en tout cas et c'est pour ça que 1 on t'invite 2 on fait tout ça pour moi il y a un vrai sujet d'action Merci à toi pour ton temps et merci à tous de nous avoir écoutés jusqu'à la fin de cet épisode si vous êtes encore là écoutez, allez sur le site des forces françaises de l'industrie on le mettra en commentaire regardez, abonnez-vous, suivez les publications de Laurent sur LinkedIn c'est ça principalement, c'est dans la presse bien évidemment et bien évidemment mettez-nous un petit like ou faites-nous un commentaire maintenant on est également sur Youtube donc allez-y Merci et au prochain épisode. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. S'il vous a plu, n'oubliez pas de le noter et de le commenter sur Apple Podcasts ou Spotify et d'en parler autour de vous. C'est ce qui m'aide à le faire connaître et à motiver de nouveaux invités à partager leur vision. Et pour continuer cette conversation, retrouvez-moi sur LinkedIn.