Speaker #1« Bonjour et bienvenue dans les Dialogues théologiques, le podcast de la Nouvelle Revue Théologique. » « Alors, le pape Léon XIV arrive en France et le vendredi 25 septembre... » Au Stade de France, à Saint-Denis, près de 80 000 jeunes vont participer à une veillée avec lui. Le programme annoncé est grandiose, il comprend des témoignages, des questions adressées au pape, un enseignement, une invocation des saints de France, et à la fin de la soirée, la présentation de la sainte tunique d'Argenteuil. Cette veillée, elle me permet de réfléchir avec vous à la piété populaire. Je crois qu'elle réunit en effet plusieurs de ses formes habituelles. Une foule, un pèlerinage, un élan, des chants, des récits de saints, une relique et puis des gestes de vénération. On peut déjà observer qu'un langage religieux, visible, sensible et collectif continue de mobiliser largement. Mais surtout, comme d'habitude, en m'aidant de ma lecture des articles de la Nouvelle Revue théologique, Je voudrais réfléchir avec vous à ce que les reliques, les images, les gestes populaires disent de notre foi aujourd'hui, à la manière de les discerner et à leur trouver leur juste place dans la vie de l'Église. Alors n'oubliez pas de liker, de vous abonner au podcast et puis mieux, de vous abonner à la NRT. Vous savez qu'il y a une promotion pour un nouvel abonnement numérique ou bimédia, c'est moins 40%. 36 euros au lieu de 60 euros avec le code: promo-40. Religiosité populaire, dévotion populaire, il faut préciser les mots. Je reprends ce que dit le Directoire sur la piété populaire, un document du Vatican publié en 2001. La religiosité populaire exprime une ouverture au sacré, un besoin de sens, de protection. qui sont présents dans le cœur humain, mais elle n'est pas nécessairement enracinée dans la foi chrétienne. La piété populaire, elle, désigne une foi qui prend corps dans des gestes et dans les traditions d'un peuple. Elle engage le cœur, la confiance, la reconnaissance, le désir de se tourner vers Dieu, mais le cœur ici, ce n'est pas seulement l'émotion. Le sensible, c'est aussi la volonté de se donner, d'adhérer à Dieu. Au sens théologique précis, vous le savez, la dévotion, c'est un acte de la vertu de religion. Elle nous rend disponibles au service de Dieu. Il est juste et bon de rendre grâce à Dieu. Alors comment allons-nous développer cette disposition intérieure et la faire grandir ? Le pape Paul VI, saint Paul VI, estimait déjà dans Evangelii Nuntiandi en 1975 qu'il ne fallait pas confondre religiosité et dévotion. Et il disait bien que la dévotion populaire désigne la manière dont la foi s'exprime dans une culture, par des pratiques qui ne sont pas d'abord des raisonnements. Processions, pèlerinages, reliques, images, neuvaines, fêtes. Des gestes de pénitence, des gestes de confiance, toutes ces pratiques peuvent porter une foi authentique, mais elles peuvent aussi devenir ambiguës. Et la question théologique est là. Il ne s'agit pas ni de les approuver toutes, ni de les écarter toutes. Il s'agit de discerner. Alors, permettez-moi de prendre le cas de la tunique Argenteuil. C'est vrai, l'évangile selon saint Jean raconte que les soldats se partagèrent les vêtements de Jésus, mais refusèrent de déchirer sa tunique sans couture. La tradition chrétienne a souvent interprété cet épisode comme un symbole, un signe. Ce vêtement, c'est l'image de l'unité de l'Église. Et je trouve que dans une rencontre autour du successeur de Pierre, ce symbolisme est tout à fait compréhensible. La devise du voyage du pape Léon XIV, pour que le monde et la vie nous fassent regarder cette tunique. en l'associant à la passion du Christ, c'est-à-dire au don de sa vie. Mais il faut distinguer le symbolisme de l'objet et son authenticité historique. Des historiens, je les cite, Nicolas Guyard, Nicolas Sarzeaud, l'ont rappelé dernièrement dans une tribune publiée par La Croix. Pour eux, ils ont analysé cette sainte tunique, et bien ils relèvent... qu'elle n'apparaît dans les archives qu'au milieu du XIIe siècle. Et une datation au carbone 14, réalisée en 2004, situe ce tissu au VIe ou au VIIe siècle. Les données historiques, scientifiques, ne permettent donc pas aujourd'hui de l'identifier au vêtement porté par Jésus au Ier siècle, lors de sa crucifixion. Nicolas Guyard, Nicolas Sarzeaud reprochent aussi à certains milieux catholiques de développer une apologétique peu attentive aux méthodes universitaires, aux autorités ecclésiales et de laisser ainsi subsister une ambiguïté entre vénération autorisée et authenticité affirmée. Je crois qu'il faut entendre cette critique. La foi chrétienne ne dépend pas de l'authenticité d'un textile. Lorsque le pape Jean-Paul II s'était présenté devant le Saint-Suède de Turin, son homélie avait consisté à dire « je vois ici la relique de la souffrance de tous les hommes » . Il était passé de ce tissu ensanglanté marqué par la torture, il était passé de ce matériau. à ce qu'il voulait signifier, c'est-à-dire toute la passion de l'humanité à cause du mal, du péché. Une relique discutée ne peut pas devenir une preuve de la passion ou de la résurrection. La tradition catholique a ses propres ressources critiques. On a eu les bénédictins mauristes autrefois, on a aujourd'hui les jésuites, les bolandistes. qui nous disent « attention, la vérité historique, elle existe » . Le respect de cette méthode historique protège la foi contre des affirmations qu'elle n'a pas besoin de soutenir en réalité. Et donc un objet dont l'origine apostolique n'est pas démontrée peut servir tout à fait de support à la mémoire chrétienne, à la manière d'une icône par exemple, mais à condition que sa présentation soit honnête. On devrait donc parler de l'étoffe traditionnellement vénérée à Argenteuil, comme la tunique du Christ, et non de la tunique certainement portée par Jésus. Alors j'espère que vous n'avez pas déjà fermé ce podcast parce que vous êtes furieux, mais je voudrais renvoyer ça aux véritables analyses qui ont été faites sur la religiosité populaire. la piété populaire en général. Les théologiens se sont penchés sur cette question depuis longtemps. Je me réfère à l'analyse du salésien Albert Albert Verwilghen, spécialiste de Saint-Augustin par ailleurs. Dans un article de 1987, il présentait son analyse de la religiosité populaire dans les documents récents du magistère. Et il montrait que Paul VI, dans Évangile, nous s'en dit, puis Jean-Paul II, refusait de mépriser ces dévotions populaires. Ils y reconnaissaient une soif de Dieu, une foi incarnée dans une culture, et donc un point de départ possible pour l'évangélisation. La dévotion populaire, pour Jean-Paul II comme pour Paul VI, c'était un point de départ, ce n'était pas un point d'arrivée. Alors, Albert Verwilghen soulignait aussi l'ambivalence de la piété populaire. Certes, elle peut favoriser la confiance, la patience, la générosité, le service, mais elle peut aussi glisser vers la superstition, la magie, le ritualisme ou la recherche d'une sécurité religieuse. Et tout au long du XXe siècle et au XXIe siècle aussi, le magistère a invité à la purifier. transformé plutôt qu'à la supprimer. Les critères proposés par le magistère et Albert Werelligen les présente sont assez clairs. Il s'agit de se recentrer sur le Christ. Il s'agit de se nourrir par l'Écriture sainte. Il s'agit de relier notre dévotion à la liturgie et au sacrement, à approfondir sa foi personnelle et puis vérifier l'engagement dans la charité. La dévotion populaire, tous ces actes, ces gestes, ces signes font partie des sacramentaux qui sont forcément à relier aux sept sacrements de la vie chrétienne, aux sept sacrements de l'Église, aux sept sacrements du Christ. J'aimerais prendre l'exemple du film La Passion du Christ, réalisé par Mel Gibson. En 2004, le film a suscité un débat comparable à la question de la dévotion populaire sur la place du visible, du sensible dans la foi. Certains critiques estimaient que l'accumulation des violences imposait une émotion au spectateur, réduisait sa liberté, rendait difficile un véritable acte de foi. D'autres ont jugé que le film rendait perceptible la réalité corporelle. de la passion, souvent atténuée, il faut bien l'avouer, dans la prédication. Dans la NRT, un aumônier militaire, Guy Van de Vel d'ailleurs, avait défendu la légitimité théologique de ce film. Il faisait remarquer que la violence est située par Mel Gibson à l'intérieur d'un récit de liberté, de pardon et de rédemption. Et donc il est faux de ne voir que la violence. que la souffrance dans ce film. Ce film posait la question de l'identité de Jésus et conduisait le spectateur vers un possible acte de foi. Et puis, si on veut mettre en valeur la résurrection, on est bien obligé de passer par la croix qui ne peut pas être séparée du mystère pascal. Je crois que sans conclure que toute image violente serait automatiquement évangélisatrice, On peut reconnaître la cohérence d'une telle lecture. Une émotion religieuse doit être interprétée. Une représentation sensible peut aider à contempler le Christ. Elle peut aussi enfermer dans la fascination ou la culpabilité. Et donc le critère, ce ne sera pas l'intensité d'émotion, mais ce sera les fruits de cette émotion. Est-ce que je suis conduit à une foi plus libre, à l'espérance, à la charité ? au pardon, au souci de ceux qui souffrent. Et là, c'est une sorte de discernement ignatien que je vous propose. Le discernement d'Ignace, c'est de ne pas considérer obligatoirement toute émotion comme un signe de Dieu. Il demande d'examiner vers quoi conduisent les mouvements intérieurs, ce qu'ils produisent dans la durée. Une consolation authentique augmente la foi, l'esprit. espérance et la charité, et elle rend plus disponible à Dieu et au service. Une expérience qui va nourrir la peur, qui va enfermer, qui va pousser au mépris des autres ou à une dépendance magique, demande au contraire à être interrogée. Et par rapport aux formes sensibles de la foi, on l'a peut-être un peu oublié, mais Ignace de Loyola donne le raccord d'une place positive. Dans les règles pour sentir avec l'Église, dans les exercices spirituels, il demande de louer la prière adressée aux saints, la vénération des reliques, les pèlerinages, les sièges, les pénitences extérieures. Évidemment, son texte a été écrit dans le contexte de la réforme, lorsque les réformateurs, les protestants, les luthériens, contestaient ces pratiques et refusaient d'attribuer aux œuvres humaines une efficacité propre pour obtenir le salut. Mais Ignace ne dit pas que les gestes sauvent par eux-mêmes. Il rappelle plutôt que la grâce reçue engage une réponse humaine et que cette réponse passe aussi par le corps. Marcher vers un sanctuaire, s'agenouiller, jeûner, allumer un cierge, porter une relique, ça ne remplace pas la foi, mais ça l'exprime, ça peut donner à la foi une forme. concrète, ça peut ouvrir à se rendre disponible. La valeur des actes de la dévotion populaire dépend de leur orientation vers Dieu et des fruits qu'ils portent. Je vous propose de continuer cette réflexion dans un deuxième podcast qui sera consacré à deux théologiens, Serge Bonnet, qui était un dominicain du XXe siècle, qui s'intéressait beaucoup à la dévotion populaire, et puis tout simplement au pape François qui nous a... a invité à réfléchir au sensus fidei.