Speaker #0Certaines femmes ne naissent pas au bon endroit, probablement pas non plus à la bonne époque. Et tout ça, c'est un petit peu ce qui est arrivé à notre Olympe, Olympe de Gouges, que je vais inviter dans les cinq prochains épisodes pour nous livrer quelques espaces de son parcours de vie et qu'à travers ses aventures, nous puissions faire des liens avec nos propres vies, nos propres histoires et surtout nos propres manières d'être arborescentes, d'être robustes ou d'être dangereuses. Tout comme Olympe de Gouges a su l'être. Salut les filles d'Olympe, bienvenue dans votre podcast intime et politique. Les filles d'Olympe, c'est un espace pour les femmes qui pensent trop, ou plutôt pour celles qui pensent autrement. C'est aussi une filiation symbolique avec Olympe de Gouges, celle qui a payé de sa vie le fait de rester debout et de parler à voix haute. Cette saison, je vous propose un fil rouge en trois mots. Arborescente, robuste et dangereuse. Une pensée multiple, une puissance qui dure, une parole qui dérange et qui déplace les lignes. Ici, on parle de nos histoires, on parle de création et de transmission, de ce qui freine et de ce qui nous libère. Je suis Florence Hugui, facilitatrice des impossibles, et je vous accompagne à regarder autrement ce que vous appelez blocage, doute ou limite. Et si tout cela, au fond, n'était que des histoires héritées et des récits à transformer. Chères filles d'Olympe, allons ensemble allumer le feu ! L'histoire que je vais vous raconter commence à Montauban, qui est une ville située à peu près entre Toulouse et Bordeaux, dans le sud de la France. Nous sommes le 7 mai 1748, et une petite fille naît dans cette ville, une petite fille qui naît dans une famille d'artisans drapiers qui sont relativement aisés. Une petite fille qui est mise au monde par une femme qui s'appelle Anne Olympe. Mouisset. Cette Anne Olympe, elle est mariée. Elle est mariée à un boucher, à un maître boucher, un bourgeois de Montauban qui s'appelle Pierre Gouze. Et donc, ensemble, ils accueillent cette petite fille qu'ils vont nommer Marie. Officiellement, tout est sous contrôle et la petite Marie va pouvoir grandir dans une famille épanouie et des parents très heureux. Mais officieusement, l'histoire qui se raconte, elle est un petit peu différente puisqu'ils se murmurent à travers la ville. que son père officiel serait plutôt marquis et pas vraiment maître boucher, et qu'il s'appellerait Jean-Jacques et pas vraiment Pierre, puisque Anne Olympe a un amant. Et cet amant, c'est Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, qui est un magistrat, qui est connu comme poète aussi, qui a été académicien, qui est une sorte de figure du patriarcat local, ce qui va placer la petite Marie entre deux mondes, parce que ce père-là ne va jamais la reconnaître, mais pour autant, vu qu'elle est aussi, la fille de cet homme plutôt bourgeois, elle va vivre entre le monde du peuple et celui des élites plutôt lettrées. Dès son arrivée au monde, cette petite Marie va grandir dans une forme d'ambiguïté, puisqu'elle n'est pas complètement d'un monde, mais elle n'est pas vraiment reconnue par l'autre. Elle va devoir négocier avec cette double extraction. Cette petite Marie, c'est la petite Marie qui deviendra Olympe de Gouges. Mais à ce moment-là, elle s'appelle encore Marie Gouze. Elle a une origine plutôt floue, une place très incertaine dans la vie, et puis à ce moment-là, on ne peut qu'imaginer qu'elle aura une vie plutôt banale, la vie de toutes les femmes de son époque, c'est-à-dire une époque où la moitié d'entre elles n'apprenaient jamais à lire et n'avaient aucune instruction. Mais comme Marie est née plutôt hors cadre, elle va, au XVIIIe siècle, avoir la chance d'accéder à l'apprentissage de la lecture. Et ça, c'est grâce à son père. Parce que même si officiellement il ne la reconnaît pas, il va quand même soutenir son éducation, il va quand même être là, quelque part, en coulisses, pour pouvoir accompagner les premiers pas de cette petite fille. Donc elle va apprendre à lire, elle va donc se donner le droit de prendre la parole, elle va se donner aussi le droit de s'accorder une sorte de légitimité. Et là on entre dans quelque chose de très très particulier, qui n'était bien sûr pas du tout à la mode à cette époque. Donc on peut dire que la petite Marie... elle est tout simplement née hors cadre, hors cadre. Et ça, ça produit autre chose, ça produit une sacrée niaque, une sacrée envie de vivre et une sacrée envie de prendre sa place peut-être. En tout cas, c'est probablement ce qui s'est passé avec Marie. À l'époque, on ne parlait pas d'intelligence différente, on ne parlait pas d'atypicité, on ne parlait pas de ce genre de choses. La neurodivergence était un terme qui n'avait même pas été inventé. Mais quand même, quand on voit le parcours de l'âme de gauche, on peut se demander s'il n'était pas un petit peu arborescente avant l'heure, avant que le diagnostic puisse être posé. Parce qu'elle va d'abord, tout de suite, dès ses premiers pas, devoir circuler entre plusieurs mondes et donc devoir faire des liens entre des mondes qui a priori ne se parlent pas ou en tout cas ont relativement peu de contacts. Et elle va continuer toute sa vie de naviguer de cette façon-là, entre théâtre et politique, entre la sphère privée et la sphère publique. Entre les salons mondains et puis des moments de misère assez intenses, elle va penser en bulles très certainement et elle va déployer plein de capacités, plein de créativité, plein de moyens de pouvoir prendre sa place différemment et de s'imposer dans une époque où on n'attendait absolument rien d'elle. Si cette histoire nous parle encore, c'est pas seulement parce qu'on a le goût des archives, c'est parce que ça raconte l'histoire de beaucoup d'entre nous. Beaucoup de femmes qui, aujourd'hui encore, naissent dans un milieu qui n'est pas forcément favorisé et qui ont envie d'arriver à accéder à d'autres fonctions, d'autres vies, et qui vont devoir se battre pour le faire, comme si cette légitimité ne leur était pas donnée depuis le départ. Toute cette histoire-là m'a fait penser à une de mes clientes. Je vais pas vous donner son prénom, on va la baptiser Nadia. C'est une femme qui est arrivée un jour dans mon cabinet, qui est une femme plutôt brillante, et même très brillante, qui rêvait de créer une entreprise, mais qui n'en avait pas vraiment le courage, parce que Nadia, elle est d'origine étrangère. Et donc, elle a grandi dans un milieu où on lui a demandé de se faire discrète. Vous savez, c'est comme les personnes qui sont issues d'autres pays, d'autres terres, d'autres cultures, et qui ne veulent pas faire de vagues quand elles arrivent dans leur pays d'accueil. alors elles sont beaucoup comme ça. Elles veulent être discrètes, elles veulent essayer de passer inaperçues, elles vont surtout faire le moins de vagues possible. Nadia, elle a reçu très fort ce message et donc au moment où elle a envie de briller, au moment où elle a envie de se déployer, au moment où elle a envie de devenir vraiment qui elle est, et bien ça coince parce qu'on ne peut pas. On ne fait pas de vagues, on reste discret, ce n'est pas pour nous. Tout son milieu modeste lui revient à la figure et elle se retrouve avec plein de croyances limitantes. Alors bien sûr, ce n'est pas la même histoire que celle de l'âme de gouge. Mais au final, ça va atteindre peut-être le même objectif, dans un premier temps en tout cas, c'est que ça va la réduire. Elle va un peu se laisser dominer par tout ce langage, toutes ces paroles qu'on lui donne, et puis qui font qu'elle n'a pas vraiment le droit de se déployer. Alors elle finira quand même par être reconnue, elle finira quand même par arriver, mais c'est l'accompagnement qu'on a fait ensemble qui a certainement permis de produire ce déclic et qui lui a donné l'autorisation de pouvoir aller plus loin. Bien sûr, le coaching n'existait pas non plus en 1748 et donc Olympe de Gouges n'a pas du tout bénéficié de ce genre de soutien. Mais Olympe de Gouges est allée chercher des ressources à l'intérieur d'elle et elle a réfléchi à comment faire pour pouvoir s'accorder, s'acheter, avoir la possibilité de se doter d'une certaine liberté. Pour elle, ça va passer par le mariage et elle va devoir se marier très jeune à un homme qu'elle n'aime pas particulièrement. Mais elle sait que cet homme est beaucoup plus âgé qu'elle, même si on n'est pas tout à fait au clair sur l'âge qu'il avait au moment du mariage. Mais on sait que Marie, elle, elle avait environ 17 ans. Et elle va épouser cet homme qui va très vite la mettre enceinte. Ce qui fait qu'elle va avoir un fils très très rapidement. Elle a moins de 20 ans au moment où Pierre, son fils, arrive au monde. Et alors là, il se trouve que son mari a le bon goût de mourir très vite. Ce qui est merveilleux puisque ça lui donne un statut social, le statut de veuve. Et ce statut de veuve, il va tout changer pour elle, puisqu'elle va pouvoir, à partir de là, partir découvrir le vaste monde, ça va consister à monter à Paris, ce qu'elle n'aurait peut-être pas pu faire si elle avait été fille-mère ou si elle avait été simplement célibataire. Si vous aussi, vous avez grandi sur un terrain qui n'était pas toujours favorable, et que vous avez entendu ce genre de phrases, vous savez, les trucs du style « c'est pas pour nous, reste à ta place, sois discrète, contente-toi de ce que tu as » , dans mon monde à moi, on me disait « arrête de péter plus haut que ton cul » . C'était moins gracieux, mais enfin, vous voyez bien l'idée. Le problème, c'est qu'on a entendu toutes ces phrases. Et toutes ces phrases, elles vont souvent nous empêcher, parce qu'on les a intégrées, parce qu'elles sont à l'intérieur de nous, parce qu'elles ont créé des espèces d'autoroutes de pensée qui font que tout notre travail consiste à créer des chemins de traverse pour nous donner d'autres croyances, pour nous donner d'autres possibilités et d'autres occasions d'aller à la rencontre de qui nous sommes pour de vrai. Bien sûr, la future Olympe de Gouges, Nadia dont je vous ai parlé ou ma petite histoire dont je viens de vous partager quelques éléments, ben c'est pas du tout la même vie, on n'est pas de la même époque, on ne vit pas les mêmes problématiques, bien entendu. Mais peut-être qu'il y a quelque chose de similaire dans les freins qui peuvent empêcher ou qui au contraire peuvent nous booster pour arriver à atteindre les objectifs qu'on souhaite atteindre dans nos vies. Mais peut-être que c'est pas à nous le problème, vous ne croyez pas ? Peut-être que ce sentiment de ne pas nous sentir à notre place ou de se dire qu'on n'a pas droit à une telle... telle ou telle place, en réalité c'est plutôt un signe d'un cadre qui a été peut-être mal adapté et puis qu'il s'agit de remettre en question. Et c'est ce qu'on fait tous les jours. C'est ce que toutes les femmes font depuis des siècles, se donner la possibilité d'atteindre tous les objectifs qu'elles souhaitent en n'étant pas encombrées de tous les cadres, de toutes les chicanes qui ont été posées sur le chemin par souvent un système patriarcal qui ne souhaitait pas être remis en question. Donc Marie... Elle aurait pu rester marigouze, elle aurait pu accepter son mariage contraint, elle aurait même pu se remarier une fois que son époux était décédé, elle aurait pu rentrer dans le rang, parce que rentrer dans le rang... Je pense que nous sommes beaucoup à avoir eu cette injonction-là, de nous dire « bon, c'est bon, là » . Moi, je me souviens de mon père qui disait « non, mais Florence, elle va grandir, un jour elle va se calmer » . Sauf que maintenant, j'ai grandi et que je ne me suis toujours pas calmée. Et je ne suis pas la seule, de loin pas. Nous sommes beaucoup, dans ce cas-là, à ne jamais avoir envie de nous calmer. Donc Marie, elle ne rentre pas dans le rang, mais par contre, elle va trouver un moyen de se donner une nouvelle identité. Et ce moyen, elle ne va pas le chercher très loin. Elle va simplement puiser dans le prénom de sa mère. Son nom de famille, c'est Gouze. Et donc, elle va simplement modifier cet orthographe et elle va devenir Olympe de Gouges. C'est comme ça que son nom est arrivé. C'est comme ça que sa nouvelle identité lui a donné l'autorisation de s'en aller, de partir sur les chemins et d'aller jusqu'à Paris avec son fils sous le bras. Un truc, évidemment, que personne ne faisait à cette époque-là. Mais Olympe de Gouges, ça a été son premier acte de rébellion. Ça a été son premier acte. d'autonomisation et c'est important de vraiment s'en souvenir parce que Olympe en faisant ça elle a simplement créé un chemin qui fait que les femmes n'ont absolument plus besoin de demander aucune autorisation quand elles veulent quelque chose, elles le prennent, elles s'en emparent et elles vont jusqu'au bout de leur démarche. Alors bien sûr dans la vraie histoire il y a un homme qui va la prendre un peu sous son aile et qui va la protéger parce que quand même il y a une histoire de réputation, les femmes ne se baladent pas comme ça à travers la campagne et à travers les villes en étant veuve, sans chaperon et sans personne pour s'occuper d'elle, simplement pour des questions financières, parce qu'il n'était pas question qu'elle travaille, en tout cas ce n'était pas forcément de cette façon-là que la société était organisée. Et donc il y a bien un homme qui va jouer un rôle un peu en coulisses et qui va lui permettre d'aller à la rencontre de qui elle a envie de devenir. Mais nous n'en sommes pas encore là. Par contre, si cette histoire vous a parlé, que vous êtes un petit peu reconnus dans toute cette histoire-là, rejoignez la communauté, rejoignez la communauté des Filles d'Olympe, que ce soit sur les réseaux sociaux, que ce soit en vous abonnant à la lettre du dimanche qui vous arrive donc chaque dimanche, comme son nom l'indique. C'est là qu'on apprend parfois à repousser des cadres, mais peut-être aussi à se sentir appartenir à une tribu, une tribu qui a l'air de poursuivre le même genre d'objectif que nous, c'est à dire nous donner toutes les latitudes et toutes les largesses dont nous pourrions avoir besoin pour pouvoir prendre nos places et surtout devenir parfois tout à fait dangereuses. Et ce n'est pas le moindre des souhaits que je vous adresse. Vous le savez, on ne n'est pas libre, mais on peut le devenir à coup de mots, à coup d'actes et à coup d'audace. Peut-être que l'histoire de l'âme de gouge va nous enseigner deux ou trois choses à ce sujet. Je le souhaite en tout cas. je me réjouis de vous retrouver pour la suite de cette série et en attendant je vous remercie de m'avoir écouté jusqu'au bout